Tag Archives: Gilles Lellouche

LA CHAMBRE DES MORTS **

28 Mar

3sur5  Au début du film les deux fauteurs de troubles taggent un message sur les murs de Thilliez Electronics. Le nom de cette entreprise est un clin-d’œil à Frank Thilliez, auteur de romans noirs et polars, juste un peu moins (re)connu que Chattam en France. Sa Chambre des morts (2006) a été un très gros succès, lui permettant d’abandonner son poste d’informaticien pour se consacrer à l’écriture. Si Thilliez a au moins une vertu c’est de ne pas retenir ses coups et la première adaptation cinéma en atteste.

La Chambre des morts profite d’un scénario tortueux, de gueules cassées taillées au burin et d’une mise en scène simple et généreuse. Elle est à la limite du criard mais le film sait presque toujours s’arrêter à temps avant de se perdre dans le grotesque, un peu moins au niveau de la complaisance lourde dans le malaise (quand Lellouche et Zaccai prennent l’écran). Rien de neuf mais une belle efficacité. Ce thriller français case les références (Silence des Agneaux & cie sont au rayon culture) et les clichés du genre en vigueur depuis une quinzaine d’années, sans trop explorer de leurs côtés.

Ce sont des béquilles, voire un postulat dans le cas dans la petite nouvelle brillante et mystérieuse, au passé ravageur qu’on ne manque pas de signaler, mais sur lequel on ne fera pas trop miroiter au spectateur. Le film s’occupe de tas de postures pour habiller un corps banal et doper l’essentiel : un travail d’ambiance et de nerfs. Car La chambre des morts est léger, il est animé mais ne creuse rien, ses personnages virent insipides ; mais il ne louvoie pas, offre régulièrement des recadrages puissants (et Mélanie Laurent a une composition intéressante). L’énergie candide du film lui vient aussi de son acceptation de la réalité, du bitume et de la vulgarité : commissariat sans afféteries, flics aux brainstormings normaux, excentriques de profession.

Le sensationnaliste, le bigger-than-life, c’est pour les scènes de crimes et pour la perversité – abondamment citées, rarement montrées mais souvent suggérées. Avec son affaire ‘bonus’ en parallèle (qui rejoindra la principale de façon astucieuse) et ses quelques raccords ambigus, La Chambre des morts ressemble à un très bon téléfilm pressé, s’autorisant des largesses (sans valoir Trouble ou Dédales). Un divertissement qui ne laisse pas de traces, mais a réveillée la poupée Annabelle sept ans avant qu’elle soit le sujet du spin-off de Conjuring. La Chambre des morts n’a pas à rougir face à ce genre de productions.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Pacte des Loups

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

LES INFIDÈLES ***

3 Fév

3sur5  Film collectif, ou film à sketches réunissant sept réalisateurs, Les Infidèles a connu une carrière paradoxale. Très attendu, il a enregistré de brillantes performances au box-office mais a également été très mal reçu, critiqué voir délaissé une fois consommé. Une polémique autour de ses affiches promotionnelles où Gilles Lellouche et Jean Dujardin apparaissent en position suggestive est venue s’y ajouter. Elle dénonçait une attaque à la dignité humaine, celle des femmes en l’occurrence, objet de consommation valorisant ces infidèles héroïques. C’est pourtant bien l’homme qui prend le plus dans ce film surprenant.

.

Les Infidèles est scabreux et cynique, c’est aussi la bonne grosse et méchante farce qui vous rend presque mélancolique. Très cruel, il fait défiler des personnages ridicules, bouffons, esclaves de leurs désirs et tentations, socialement et sexuellement aliénés d’une façon ou d’une autre. Le film comporte plusieurs grands sketches séparés par d’excellentes saynètes ( »Thibault » avec Guillaume Canet, la meilleure ;  »Simon » avec Manu Payet, la plus pittoresque).  »Le Prologue » et  »Las Vegas » encadrent l’ensemble, où Lellouche et Dujardin, les chasseurs-consommateurs, sont en proie à des dilemmes existentiels et certaines révélations.

Le reste du temps, Dujardin emprunte de nombreux costumes tous inattendus et parfois peu flatteurs. Celui du Séminaire est le plus mesquin. Dujardin y campe le loser absolu des comités d’entreprise. Nul, lourd et otage à la fois, échouant à conclure comme à épater la galerie. Il a voulu être un winner d’école de commerce, c’est juste le lourdaud qui tente de s’intégrer. Le deuxième long segment, avec Lellouche cette fois, est autrement assassin. L’acteur y est un orthodontiste marié mené par le bout de la queue par une adolescente de 19 ans. Il voit sa conquête en sympathie avec le beauf de teuf le plus ado attardé, récupérée par toutes sortes de hippies merdiques et de jeunes blaireaux opportunistes en pure quête de chair. Le tout après savoir subit ses amis étudiants suffisants, médiocres et impudiques. On compatis.

À l’arrivée c’est une comédie dramatique fataliste, jouissive et un peu trash, comparable à une dissertation en état de gueule de bois. Le final verse dans la parodie ; c’était bien acide et téméraire, pourquoi la fuite dans le second degré ? Au moins, Les Infidèles aura assumé le pire des errances de ses hommes normaux.

Note globale 66

Page Allocine & IMDB + chronique Zoga sur SC

Suggestions…

Note arrondie de 67 à 66 suite à la mise à jour générale des notes.

Voir l’index cinéma de Zogarok