Tag Archives: George W.Bush

POSTAL *

15 Août

postal uwe boll

1sur5  Avec ses adaptations de jeu vidéo, Uwe Boll est passé de l’anonymat (parmi ses sept premiers films, seul Amoklauf est relativement facile à se procurer) à une large notoriété, immense chez les nanardophiles. House of the dead, Alone in the dark et BloodRayne lui ont valu le qualificatif de « master of error » et il est généralement considéré comme l’un des pires réalisateurs actuellement en activité. Cependant pour être un nouvel Ed Wood, il faut aussi lâcher des perles dont l’ambition et l’excentricité n’auraient d’égal que la médiocrité.

Uwe Boll accomplit alors Postal, une comédie très grasse et politisée, partageant très peu en commun avec le jeu vidéo dont elle prend le nom. Sorti en 2007, le film se veut subversif, humilie les nains, les humains en général ainsi que Bush (fin du second mandat en janvier 2008) et Ben Laden en particulier, qui s’avèrent deux joyeux camarades partisans d’un Holocauste nucléaire. En garnitures, Boobs en parade et outrances abjectes telle que tonton Dave dans son intimité entre la litière et la literie. Glaviot juvénile et crétin, tolérable un quart d’heure, le film vire à la torture. Uwe Boll a beau faire une référence à Pink Flamingos (les caravanes, la grosse et ses œufs), il n’arrive pas à la cheville du baron du trash John Waters (lequel place la barre très haut), surpassant plutôt les pires dégueulis de Sacha Baron Cohen.

Il livre un fourre-tout exalté, indigent, violemment immature, prenant ses dérives scabreuses et gluantes pour des impertinences, ses rodomontades de cours de récré pour des parti-pris de surhomme. Boll pointe le cynisme omniprésent et y participe lui-même. Il se met en scène dans son propre film et vient régler ses comptes, en vendant des Koukougnettes – l’interminable délire autour de ces ours en peluche si délicatement nommés est l’occasion d’évoquer le financement de ses films, dans une logorrhée trouble d’où émane un sarcasme vengeur. Après avoir embarqués des acteurs renommés dans ses films, Uwe Boll fait cette fois participer Vince Desiderio, créateur du jeu Postal. Par sa bouche il qualifie leur bébé d’« adaptation de merde », avant de se battre contre lui.

Suite au tapage de Uwe Boll autour de ce film et à la surprise qu’il a constitué à sa sortie, Postal est devenu ‘culte’ et reste l’opus le plus connu de son auteur. Il a a lors commencé à se forger une communauté de fans, plus ou moins nuancés ou rigolards, tandis que certains haters de Boll se sont trouvés perplexes. Pourtant Postal est bien plus éprouvant que les précédents exploits du réalisateur. Alone in the dark et House of the dead dressaient un inventaire de bourdes typiques et de lourdeurs impayables ; ils pouvaient facilement devenir des plaisirs coupables. Postal n’est qu’un enfer de constipés mononeuronaux lâchant le bouchon. Les quelques idées furtives ou fulgurances gamines ne permettent pas à Postal de nous amener ailleurs que dans les recoins les plus gluants des poubelles de l’esprit. Au moins le spectateur découvre les thématiques faisant vibrer Uwe Boll, dont font partie le terrorisme nihiliste et le spree killing ; ce sera les moteurs de Rampage, peut-être son seul film décent.

Note globale 20

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (1)

Note arrondie de 21 à 20 suite à la mise à jour générale des notes.

Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités

LE RETOUR EN GRACE DE LA DAME DE FER

9 Fév

The Iron Lady est l’une de mes grandes attentes de l’année. Phyllida Loyd étant l’auteure de Mamma Mia, je ne me fais guère d’illusions et me doute que le film s’adresse à un public bourgeois, peut-être bohème et probablement assez mûr quoiqu’il en pense. Mais, dès le premier teaser, ce mélange de Bree VanDeKamp et du Général de Gaulle auquel Meryl Streep donne vie m’a enthousiasmé.

°

Nous allons d’abord évoquer l’actrice politique, son style idéologique, l’application de sa vision du monde tel qu’il devrait être et leurs stigmates. Puis, sur la base des images et extraits du film, la chronique s’étendra sur le personnage-même, celui du réel et celui d’une œuvre qui, manifestement, cherche à réhabiliter Madame Thatcher.

°

°

Par son allure, pour son charisme, Margaret Thatcher est à mon sens l’un des personnages politiques les plus brillants du siècle passé, un des rares qui me fascine et via leur simple apparence, suscite une empathie teintée d’admiration béate et candide. J’ai bien parlé de personnage, parce que sa personnalité, sa carrière, ses réalisations et même son idéologie sont quasiment des anecdotes, en tout le seront sur cet article.

°

Ou plutôt, l’intérêt pour nous est de comprendre combien l’ambiguïté politique de Thatcher est visible dans son personnage. Le style personnel de Thatcher est la vitrine d’une certaine vision du monde en même temps que son caractère est le vecteur de nuances décisives. Au libéral-conservatisme dont cette Dame de Fer est une sorte de haut idéal caricatural et flamboyant, s’ajoute une dimension de grand chef patriote en contradiction absolue avec l’héritage direct et indirect de Maggie et de l’idéologie qu’elle a permis de diffuser, implanter pour finalement dénaturer.

°

Margaret Thatcher est aussi un produit de communication politique brillant et affûté. A la fin des 70s, le gouvernement travailliste (c’est-à-dire se réclamant du socialisme démocratique) est en piètre posture et la victoire des conservateurs ne fait guère de doutes. Devenue leader des Tories en 1975, Thatcher est encore une figure peu connue du grand-public. L’évidence de son élection ne peut dissiper un certain trouble dans les rangs ; il s’agira de la première femme chef d’État élue en Occident.

°

Aussi, en vue de l’échéance de 1979, la championne de la  »droite » britannique est reformatée ; sa garde-robe est épurée, les accessoires trahissant la condition originelle de simple fille d’épicière sont métamorphosés. Mais surtout, il fallait cultiver l’accent Oxbridge (l’accent finement élaboré des étudiants des universités d’Oxford et de Cambridge) enfoui sous cette voix vaguement aiguë et nasillarde qui un jour lui fit tort au Parlement, lorsqu’un député socialiste railla celle qui « crissait ». C’est ainsi que se façonna ce timbre si particulier qui participera au charme carnassier de Thatcher et assoira, dans l’imagerie collective au moins, sa crédibilité en tant que personnage d’autorité.

°

Pour parfaire son aura, la future Premier Ministre est contrainte de jongler entre plusieurs paradoxes, devant surjouer la wonderwoman rigoureuse, sous les traits d’une femme anglaise sophistiquée, mère au foyer harmonieuse et affairiste hyperactive.

°

°

La Droite New look

°

Il y a alors un enjeu qui dépasse Thatcher en même temps qu’elle en est le moyen d’impulsion. A la fin des 70s, face à la crise de l’état-providence et la remise en question de la validité des modèles sociaux et sociétaux, le « libéralisme tempéré » fait de plus en plus d’adeptes ; or il n’y a pas plus excessif que les nouveaux convertis, qui pousseront les dogmes jusqu’à leur point de rupture ou jusqu’à les trahir. Thatcher est l’outil de promotion d’une droite new look ; celle anticommuniste et rigoriste sur le plan sociétal (sauf au niveau des mœurs, quoiqu’il y ait un grand écart avec sa défense des valeurs familiales et son soutien précoce à la décriminalisation de l’homosexualité) qu’elle interprète avec Reagan, mais aussi, de façon plus générale, toute une droite qui s’empare du libéralisme économique (et non du libertarianisme) pour se regonfler après une période de panne idéologique relative.

°

C’est ce qui en fait le personnage controversé qu’elle est devenu. Amusant d’ailleurs comme Thatcher est souvent citée par certains comme un repère politique consensuel, une référence naturelle et presque un argument d’autorité, alors qu’il s’agit d’une figure de détestation majeure de l’après-seconde guerre mondiale. 

°

The Iron Lady semble prendre ce parti, posant apparemment Thatcher comme un leader courageux et adulé autant que craint ; les teasers montrent  une visionnaire trahie de toutes parts alors qu’elle accomplit une mission salvatrice (en tout cas, le film semble être de parti-pris et porté à justifier et relégitimer l’action de l’ancienne Premier Ministre). 

°

°

Émissaire et idéologue mondialiste ou Nationale-libérale improbable ?

°

Pourtant on aurait tort de lui attribuer tous les maux. Certes, nous connaissons les prétendus « libéraux-conservateurs » qui emprunteront la voie entamée ou plutôt défrichée par Thatcher ; ils ont fait de leurs pays les esclaves d’une mondialisation pervertie et illusoire, puisque seuls quelques acteurs peuvent s’inscrire comme des dynamiques impliquées dans cette mondialisation « restreinte » devenue la face émergée du mondialisme. 

°

Ces types de gouvernements ont eu pour effet de dénaturer leur pays, alors même qu’ils en singeaient les valeurs élémentaires (Berlusconi, « l’italien », ne sert finalement qu’à lâcher son pays à l’autorité européenne – sacré coup de fatigue pour un ersatz de fasciste). C’est tout l’inverse chez Thatcher qui est une nationale-libérale avant tout, une sorte de De Villiers plus progressiste et ambitieuse.

°

La Dame de Fer a restauré l’ampleur nationale et l’ascendant du Royaume-Uni (jusqu’à la Guerre), est montée au créneau en contenant les influences extérieures. Ainsi, pas de putsch européen sous Thatcher et, si les britanniques sont restés vigilants, c’est probablement pour une large part grâce à elle. 

°

Sauf que tout cela n’est peut-être que constats de courts-termes ou évaluations politiciennes, voir cosmétiques. Aussi, les « anti » ont de nombreux éléments en main et ne se privent pas de les exploiter. De l’antisocialiste à l’antisociale, il n’y a qu’un pas que la Dame aurait franchit avec les répressions sévères de mineurs en particulier et de grévistes en général. Car au moment même ou le scepticisme, voir le rejet de l’Europe de Thatcher, réaffirment la grandeur et la souveraineté nationale, celle-ci saque sa plèbe et contribue à institutionnaliser le modèle mortifère qui étouffe les classes populaires anglaises. Il y a donc un paradoxe, car cette autonomie nationale, qui suppose que le recours étatique reste à disposition, n’est pas ou est mal utilisé, ou plutôt est exploité suivant des principes similaires aux instances vouées à déposséder les foules de leur liberté. Et même à la déposséder tout court ; la poll tax vaudra d’ailleurs à Thatcher son éviction (alors même que cet impôt grotesque n’avait pas ses faveurs ; apparemment supplantée par la trop longue durée de son règne, elle poursuivait donc une logique qu’elle avait confortée, tout en devenant d’une certaine façon passive devant les enchaînements de sa propre mécanique). 

°

Il faut relativiser l’impact de la politique thatchérienne et surtout revenir sur cette tendance à lui prêter des intentions malsaines, en tout cas toxiques. De toute évidence, cet anticommunisme virulent a été salvateur à son époque, d’ailleurs, Thatcher est sans doute la femme qu’il fallait à l’Europe et surtout la Grande-Bretagne déclinante des 70s (le redressement économique est avéré, c’est un fait, pas un point de vue). Mais ce n’est pas tout d’avoir foi en la liberté, encore faut-il se rappeler qu’à un moment, le peuple ne peut plus se l’approprier ; le problème est dans le jusqu’au-boutisme, puisqu’un excès de dureté s’est substitué à un excès de laxisme. Effectivement, le peuple n’est plus dépendant et c’est l’idéal libéral le plus haut ; sauf qu’une large part ne peut même pas compter sur lui-même et qu’on le prive de toute initiative, implicitement ou frontalement. Et comme toujours, le serpent se mord la queue.

°

La femme est l’avenir de la com’ politique

Depuis l’ère Thatcher (moins pour elle que suivant un phénomène très global), outre une droite devenue plus financière que républicaine, la communication politique est un enjeu en elle-même. Elle est scrutée par les observateurs avisés mais aussi par le public, qui tend même aujourd’hui à disséquer de plus en plus les messages que les tribunitiens leur adresse (espérons-le avec force au moins). Les politiciens qui s’esquintaient (surtout en France) à convaincre soigne leur image, car désormais il leur suffit, croient-ils, d’épurer leurs discours, tracer de grandes lignes et, surtout, les illustrer avec brio et avec des performances charismatiques ternes mais adaptées aux vœux et à l’imaginaire de l’auditoire du moment (le discours du Bourget de Hollande est un faste exemple).

°

Ainsi, Bush s’est fait grenouille de bénitier, protecteur studieux et compatissant, loyal à son père et à l’Amérique ; Tony Blair joue les sage-femmes, infirmière sermonneuse des britanniques cherchant à arrondir les angles tout en louant les règles du jeu qui ont sabordées les conditions de vie de ses patients amochés. Sarkozy, lui, est une sorte de Thatcher raté avec des tics lepénistes et des manies mitterandiennes, simulées avec toutes les peines du monde et pour quel échec ! Et c’est une formule ratée sur tous les plans ; il est plus excessif et outrancier que Miss Thatcher dans ses réformes sécuritaires tout en étant incapable d’aller au bout de ses impulsions/décisions, il est soumis au dogme ultracapitaliste quand elle en était à la fois l’ouvrière et une dompteuse sur son sol. Par ailleurs, il est un faux chef et bien qu’omniprésent, il est impuissant ; enfin, au lieu de fixer la politique par rapport à son propre agenda, c’est les discussions de salons sur sa personne qu’il stimule (pas d’enjeu avec Sarkozy ; il ne sert qu’à distraire la masse).

°

Première femme leader d’un parti politique avant même d’être la première chef d’Etat du Monde du XXe siècle, Thatcher est de facto une pionnière ; il est naturel ensuite qu’une femme prenne la tête d’un parti ou le représente ponctuellement – il faut le dire d’autant plus que ce truisme n’en était pas un il y a seulement trente ans. Mais la façon dont elle a mené son triple mandat amène à envisager quelque chose de terrible : porter sur la scène publique une femme pour mener une politique donnée pourrait être une manière de faire passer avec plus d’aisance des valeurs autoritaires, réactionnaires ou coercitives. Admettons que Chavez soit l’odieux népotiste que la communauté internationale présuppose ; pourquoi Kirchner, qui poursuit en Argentine une politique similaire, quoi-qu’à des degrés moindre et bien qu’elle ne soit pas affiliée aux mouvements régionaux boostés par Chavez, n’est jamais pointée du doigt par qui que ce soit ? Comment se fait-il que les flagrants délits de mensonge de Christine Lagarde suscitent moins d’émules que la pédagogie fallacieuse et paternaliste de DSK ? Pourquoi à Condoleeza Rice a-t-ton toujours concédé cette aura de personnalité modérée et éclairée alors qu’elle était plus réactionnaire encore que Colin Powell ?

°

Mais pour que l’illusion soit effective, il faut une dose de subtilité (ou de servilité à ses spin doctors) ; c’est cette qualité qui a manqué à Ségolène Royal, plombée par sa volatilité et ses trop grands écarts de postures (malgré quelques tentatives de rendre cohérent ce no man’s land dans lequel elle sa vautrait). Comme elle, certains technocrates ou opportunistes besogneux et sans envergure ou vision oublient que les artifices usés sur scène doivent être le prolongement de sa propre personnalité ; c’est ainsi que se construisent les personnages politiques valables sur la durée et appelés à devenir des références – Montebourg, Chevènement, Cohn-Bendit, chacun dans leur genre de prédilection. Toute la bonne volonté du monde ne peut réparer l’erreur qui consiste à se muer en un quelque chose de tout à fait extérieur à soi (et donc finalement standard) : c’est ce qui, aujourd’hui, me fait espérer la défaite, au moins psychologique, de François Hollande (à moins que l’incarnation du looser pathétique émeuve les français et les frappent dans leur inconscient collectif, ce qui serait le signe d’une grandiose débandade).

°

Pour clore et en revenir à l’avantage du label « féminin » (le label « issu de la biodiversité nationale » fonctionne aussi – et dans la même intention de berner les peuples : Obama est une sorte de Omar Sy en haut de la pyramide), il faut souligner une chose : femme, Thatcher l’était-elle vraiment ? Le gouvernement de Thatcher n’a jamais compté aucune femme à une poste-clé, pas plus qu’il n’y en eut à graviter autour d’elle une fois qu’elle pris le contrôle des Tories puis de l’État. Par ailleurs, la Première Ministre n’a jamais mis en avant sa féminité, assumant plutôt une sécheresse langoureuse à l’occasion. Lorsqu’elle affiche ses attributs de femme, c’est comme si son corps restait impassible face à cette féminité, voir comme s’il le méprisait abondamment. 

 

Le premier trailer

 

Tout commence par le dénigrement de Thatcher, avec un tandem de coachs (qui comprend en vérité un réel partenaire politique) présomptueux et volontiers condescendant. Thatcher est mise dans une position de faiblesse, d’ou elle déborde aussitôt ; ainsi, depuis le démarrage officiel de la promotion, The Iron Lady s’inscrit dans le camp de Thatcher, mettant en avant un personnage courageux, faisant face à l’adversité et s’en tirant avec excellence. Alors que le spectateur s’attend logiquement à découvrir une espèce d’autiste inaptes à assumer des fonctions décisives, c’est une femme pleine d’aplomb qui apparaît à l’écran.

°

Néanmoins, Margaret est ici anachronique et n’incarne pas le leader idéal, pas esthétiquement et physiquement en tout cas. Sa démonstration d’autorité est convaincante, mais le chapeau dont elle refuse de se séparer atteste d’une identité hybride qu’il serait de bon ton de peaufiner pour que le charisme de la championne ne soit pas entâché de quelques fautes de goûts (les reliques héritées du passé doivent être standardisés, c’est leur seule option). La vidéo annonce une métamorphose ; la conversation entretenue est exclusivement axée sur un changement d’enveloppe et la sortie de la chrysalide est entrevue dans les dernières secondes.

°

La cohérence de cette scène est totale. On peut ainsi observer un environnement physique à la croisée des chemins, post-moderne 70s mais essentiellement neutre et fonctionnel. Une imperméabilité qui fait écho à l’allure adoptée par cette espèce de rigoriste incandescente qu’était Thatcher : c’est un glaçon décharné et élégant contenant une colère intense et inlassable.

°

°

La bande annonce officielle

 

A-priori, The Iron Lady surfe sur cette image glam-conservative de Thatcher (dont l’infecte Anna Wintour a récemment fait un idéal esthétique) ; pour faire miroir à cet aspect essentiel, le film exhibe aussi généreusement la décrépitude physique d’aujourd’hui.

°

Les promoteurs ont vraisemblablement décidé de jouer la carte « faste, grandeur et décadence » ; les grandes décisions et les affaires du Monde se mêlent à une dimension intime tragique et grandiose, avec quelques pointes d’un quotidien plus trivial (la dualité réussite-famille). Alléchant, mais assurément partisan. Le risque est d’esquiver l’essentiel sur le plan social ; le potentiel pour un beau sinon grand film sur le pouvoir et ses implications est ostentatoire.

°

°

LA THATCHER DU REEL EN QUELQUES VIDEOS

°

Maggie l’antisocialiste : la conservatrice inflexible et grand-guignole

°

Maggie, vue par une certaine droite aveuglée par son idéalisme

La voix de Maggie : Avant/Après 1979

Contrainte à la démission, c’est une Maggie réduite en petite bourgeoise provinciale du 3e âge qui salue ses concitoyens

La décadence : Maggie n’est plus qu’un pantin flasque, à peine dans l’ombre de sa propre caricature

 

SCENE POLITIQUE OCCIDENTALE : LES ACTEURS LÂCHENT L’AFFAIRE

30 Jan

Il n’a même pas la décence d’être latent, pourtant il ne semble pas l’inhiber. Le ridicule de Hollande et la promotion de ce ridicule à la tête de l’Etat scellent en quelque sorte le potentiel destin de la France pour les décennies à venir : n’élire à sa tête plus des pantins les années ou, de dépit, elle se déplace pour voter – ce truc bientôt tellement archaique et vain, presque une posture de poète maudit de cour de récré au début du XXIe siècle.

Le ridicule de Hollande est la marque et le symbole d’un abandon global. Abandon des français, qu’aucun prophète ne viendra sauver (autant éviter les contes pour enfants – y croire nuit au jugement à long-terme) ; abandon du politique surtout, parce qu’aucune élite ne fait plus l’effort d’innover ou de s’enquérir des besoins de ceux qu’elle prétend incarner, guider, ou même carrément dominer (en échange d’une protection – ça équilibre).

Mais le plus impayable de tous, c’est l’abandon de l’illusion. En effet, le spectacle est devenu grossier, de plus en plus transparent. Il y a eu un basculement total depuis quelques années, accéléré par la sortie de piste de JM Le Pen (peut-être bientôt amplifié par la sortie d’une biographie de l’ancien monstre de la scène politique française). La cohérence du show est ténue, les débats y sont absurdes ; des hippies capitalistes et des conservateurs new look ergotent pour éviter de se serrer la main en public. Il n’y a plus que des parasites sur les ondes et même Sarkozy, frustré d’être si tôt parvenu au sommet de son plan de carrière, peine à maîtriser son propre personnage, trébuchant entre toutes ses vestes. Noyé dans des costumes trop grand pour lui, il patauge avec un sérieux plombant, joue aux gros bras tout en assénant qu’il est posé et disposé pour les siens, il se pose en patriarche solide et fiable tout en soulignant combien la France est tributaire de son courage. Détail à ne pas omettre ; le premier des Français, leur président-roi dégénéré, a suivi les plans d’un milliardaire-philosophe pour rétablir son aura et inscrire une ou deux lignes positives à son propos dans les livres d’Histoire. Mais ce sujet là n’est déjà plus passionnant depuis longtemps ; il évoque si lourdement ses improbables mutations profondes (ah! cette pause faussement pénétrante, ce regard perdu, tendre et rieur taillé pour apparaître en héros blessé et inspirer l’admiration), que même les plus patients soupirent d’aise. Et c’est pour cela que nous sommes tant à avoir la sensation qu’il est perdu d’avance pour 2012 : or il est encore au poste et gare aux ustensiles, certains sont appropriés pour le ménage mais d’autres n’auront pour effet que de faire reculer la poussière sous le tapis.

Ce moyen superflu, c’est la grogne et le ressassement de constats négatifs ; la façon d’arriver à ses fins, c’est d’aller dire « Non » et plus « Non, mais », puis assumer jusqu’au bout sa rupture, l’intégrer intimement et surtout l’appliquer au réel, sans plus désormais se rappeler  lorsque ce réel est devenu trop dur, que le fameux ustensile est à disposition. Votre défiance, en elle-même, n’est pas une arme dissuasive ; elle vous mine et elle amuse vos maîtres. Parenthèse « chiffons » close.

Parce que l’art du politique c’est aussi, quand il n’y a plus de politique, de savoir donner le change, faire illusion. Mamère, le décroissant à la petite semaine, est très bon à ce jeu-là (pris en flagrant délit, tapez « noel mamère » et « vélo » sur votre moteur de recherche) ; Dany lui est encore plus brillant, parce qu’il refuse de se soustraire à ses ornières depuis 40 ans et que ça lui permet de rester cool ( »je vous ressert un peu d’Europe ? volontiers, je croit que mes coliques s’intensifient depuis quelques temps mais je suis si gourmand »).

La farce ne s’arrête pas aux faux-semblants quant aux postures et aux élans de  »courage politique » factices (pourquoi pense-t-on encore aux écologistes français ?) ; la farce est globale et a été portée à son terme sous Sarkozy. Les prestations de Frédéric Lefebvre, la bêtise crasse, les déclarations péremptoires et la morale de classes odieuse de ce personnage étrange, sur lequel rien ne semble avoir de prise, démontrent aux Français qu’ils sont si peu de choses qu’on peut charger des ignares de les superviser. Lefebvre, cette caricature de paillasson consentant, cette insulte définitive aux convictions et aux efforts idéologiques de l’électeur de droite lambda, est probablement l’avatar le plus hallucinant de la galaxie Sarkozy, devenu, au moins, l’égal d’un Gremetz, son équivalent dépressif et nauséeux. Mais les Français pourront continuer à voter pour ce petit groupe d’arrivistes indécents, d’ailleurs les électeurs parisiens ont toutes les peines du monde à abandonner ces chers Balkany…

Mais Hollande, lui, fait tout juste semblant ; ou est l’effort, l’esprit de sacrifice nécessaire à tout leader-caution pour inspirer la confiance des masses ? Cet esprit de sacrifice se traduit d’habitude par l’adoption de tics d’homme sérieux, une rigueur, une sécheresse paternelle dans la voie, ou au contraire une attitude pédagogue faussement débonnaire (ou posture DSK) ; qu’il y ait au moins un drame shakeasperien (quoique Ségolène ait déjà fait tout le boulot et écrit une histoire pour son ex-tendre et cher), un traumatisme à exorciser, avec une connotation idéologique grotesque à l’occasion (comme les attaques de communiste subies par l’enfant Silvio Berlusconi ; ou le père fouettard de Mme Royal – décidément !).

Le personnel politique est constitué essentiellement de fantômes déguisés en champions et tâchant de déguiser le Néant. Les aspirants pourraient, par défaut, dégager une aura, un charisme, bref être leur propre programme, mais même à ce niveau ils faillissent (Berlusconi ou Bush, au moins, incarnent quelque chose de leur nation, une de ses facettes). Les candidats sont comme détenus par des partis, alors que ceux-ci devraient les propulser et être leur tremplin ; Hollande et Joly défient toute concurrence à ce titre. Ils cherchent à se glisser dans la peau de chefs, mais sont étrangers à ce qu’ils font et presque étrangers à ce qu’ils provoquent ; ce sont les ouvriers de mécaniques qui les dépassent, les partis n’étant plus que des plateformes pour carriéristes, EELV en l’occurrence se déchirant -en interne- entre deux grands actionnaires (Duflot contre Cohn-Bendit). Notons que l’aptitude de Cécile Duflot à se mettre en scène émotionnellement tout en adoptant une posture d’indignée et des tournures d’esprit de lycéenne exaltée mais responsable risque de tarir encore un peu la qualité du débat public.

Une anecdote récente atteste de cet étrange fossé entre le représentant du parti, c’est-à-dire celui qu’on présume être sa synthèse (idéalement un hybride cohérent de ses courants majeurs) et les pratiques des cadres du même mouvement ; c’est le vote PS en faveur du récent projet de loi incriminant la Turquie  (à propos du génocide arménien – officiellement, de tous les génocides du monde entier en général ; et cela sans haine, véhémence ou discrimination). Une initiative outrancière destinée à déclencher le bruit et la fureur ; elle permet de créer une agitation axée autour d’un corps étranger aux domaines de préoccupations des Français. La majorité du camp PS a voté pour, les députés ont donc suivis le gouvernement dans les faits (tout en susurrant, tête basse mais l’air affecté, leur réserve devant les micros) alors que pendant ce temps, Hollande regrettait cette loi.

Comme de circonstance, après tout (c’était  »ce qu’il fallait dire ») ; sauf que ça n’a aucune cohérence – et que, fidèle à lui-même, Hollande récite, l’air contraint et pressé d’en découdre pour aller vaquer vers d’autres expériences plus joyeuses, la ligne officielle du Parti Socialiste, cad celle d’un parti d’opposition n°1 se justifiant de lui-même par cette simple donnée présumée inamovible – le contre-pied automatique (alors même que dans les faits, il se comporte comme son camarade – simplement, les formes ne sont pas les mêmes ; les réflexes sont différents, mais l’héritage et la vision qui devrait faire l’identité de ces blocs sont dilués de la même façon).

Le politique est mort, les partis-machines suivent des plans qui les surpassent et les gouvernements invitent à la démission des peuples. Au-delà de toute perspective partisane, réalisons que parmi les candidats en mesure d’être présent au second tour en 2012 (ils sont, dans une perspective  »raisonnable », en écartant les hypothèses trop lointaines voir fantaisistes, quatre), seule Marine Le Pen  »fait » de la politique, produit un discours, dessine une voie. Bayrou en parle, avec acuité, mais il n’est pas un acteur, alors comment pourrait-il être un moteur ? Il apparaît d’abord comme un commentateur obstiné et contenant son aigreur ; au mieux c’est un vieux sage, un gourou sans légionnaires plutôt, mais il n’est plus vraiment respectable et bien qu’il soit décidé, il semble lui-même ignorer ce qu’est son but. De quoi est fait ce qui l’anime ?

L’élection de 2012 s’annonce ainsi plutôt sombre, dans la mesure ou nous avançons vers une échéance, avec la nécessité d’en tirer le meilleur parti, et alors qu’aucun prétendants ne séduit ni ne convainc une proportion nette de l’électorat potentiel (15% de décidés pour Marine, 15% de décidés pour une alternative au PS, 15% de « pragmatiques » se tournant vers la gauche mainstream ou le centre-gauche, 15% de sarkophiles devant l’éternel…). De toutes les manières, la France sera prise en otage par de petits groupes farfelus, déconnectés du réel, trop radicaux ou aux points de vue iconoclastes, complexes et peu fédérateurs. Se poser au milieu du champ de bataille en observant ou le traverser en courbant l’échine n’est pas très propice à créer l’unité, mais plutôt à jouer le consensus mou en repoussant les problèmes.