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« EXTREME-DROITE », L’OBSCUR ENNEMI

24 Avr

La soirée électorale fut très poussive et laborieuse, ne réservant aucune surprise. Cette absence de faits marquants ou de prises de positions inattendues ou courageuses est finalement tellement logique, elle s’inscrit tellement bien dans l’ordre des choses qu’on pourra presque se lamenter de voir les pronostics s’accomplir aussi précisément. Quand tout tend à devenir limpide, c’est qu’il y a une sclérose chez les acteurs ; eux-mêmes, comme les français, se mettent en mode défensif, car ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Que tout cet orchestre tremble alors !

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C’est sans doute une anecdote mais elle reflète un phénomène immuable et profond : les candidats des partis de gauche associés ou  »dissidents » de confort du Parti Socialiste ont axées leurs discours post-électoral sur le résultat de « l’extrême-droite » – car c’est ainsi qu’ils persistent à qualifier le FN. Exactement comme ils le firent en 2002, ère lointaine et révolue ou Jean-Marie Le Pen surgissait au second tour contre toute attente, événement qui rendait légitime, aux yeux des schémas de l’époque, de telles réactions. Mais que ces candidats en soient encore à brandir la menace fasciste, alors même qu’ils viennent d’être totalement (Poutou, Arthaud), plus (Eva Joly) ou moins (JL Mélenchon) désavoué par le peuple, les fait ressembler à des espèces de cantatrices entonnant une dernière rengaine illuminée avant de basculer vers la retraite, l’oubli et la décrépitude, au milieu de momies et de reliques d’un autre temps, dont ils sont les seuls à encore apercevoir la beauté.

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Lamentable Eva Joly qui pour éviter d’assumer son score, qu’elle rechigne à relever et commenter, vomit le Front National et prétend que ses électeurs se sont « laissé abuser ». De la part d’une femme subtilisée par ceux qu’elle appelle ses « amis », c’est presque insolent. EELV reste donc enfermé dans sa position inepte, qui ne lui permet que d’être supplanté. Ce masochisme apparent s’explique par les intérêts des entristes libertaires au sein du parti, évoqué précédemment.

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Mélenchon surtout. Mélenchon également pointe, d’emblée, le score de l’ « extrême-droite ». Il rappelle son combat contre cet adversaire millénaire et accuse la classe politique de complaisance avec l’ « extrême-droite ». C’est qu’il n’a que ce mot à la bouche. L’ « extrême-droite » est l’ennemi, chacun se braque sur elle, alors même que la désignation demeure calomnieuse, que le FN, ennemi facile, n’est pas présent au second tour, enfin qu’il n’assume pas les responsabilités ni n’a semé de troubles dans le pays ou étouffé les français d’impôts locaux.

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Raser l’extrême-droite, fantasmée ou réelle, identifiée ou approximative, éternelle ou post-moderne, est la priorité des gauches. Le sort des Français est accessoire ; il s’agit surtout de protéger ces derniers d’un démon dont l’incarnation présumée n’a jamais blessé ni trahis ces mêmes Français. Alors Mélenchon appelle à se mobiliser pour le 6 mai « pour battre Sarkozy » et lance « je vous demande de ne pas traîner des pieds comme s’il s’agissait de me faire gagner». Grotesque.

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D’abord, il est manifeste que Hollande n’a pas besoin de renforts, en tout cas pas aussi insistants ; ensuite, Mélenchon se couche, comme le voulaient la logique et les commentateurs avisés et parfois mesquins. Pire, il ne cherche même plus à peser ou négocier. Certes, il considère que son score lui permet de se poser en clé du second tour. Pour autant, il n’entend pas contraindre Hollande pour ou en quoi que ce soit ; il va d’ailleurs jusqu’à proclamer clairement « ne demandez rien ». Merveilleux lapsus.

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Comme si vaincre Sarkozy était une urgence et que la Nation était au bord d’un gouffre que l’équipe  »socialiste » pourrait esquiver ; soit, ou est la garantie ? Encore une fois, la dramatisation lui permet d’éviter tout risque et tout investissement réel. Surtout, il sert le duel gauche/droite, pourtant dépassé, mais aussi le tandem PS/UMP, en faisant encore une fois de Marine Le Pen le yang de son ying, alors qu’elle pourrait être une alliée de raison. Mais ça, c’est croire que Mélenchon pourrait être un acteur politique honnête et cohérent.

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« Ne demandez rien »… Mélenchon invite à la résignation en maquillant sa pleutrerie par la pitoyable dérobade consistant à transférer les combats de ses électeurs vers d’autres, beaucoup plus tactiques et politiciens. L’animateur a emmené ses moutons à l’abattoir, ou à l’illusion – tranchez vous-même.

Campagne & Premier tour 2012 sur Zogarok...
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- Joly, bouc-émissaire des fake écolos et vrais Verts-roses-rouge-orange 
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MELENCHON, SCHEMAS DE PENSEE & NOTIONS PHARES (ré-activation)

18 Mar

Etudions de près les notions-clés, les abus de langages et les stéréotypes qui fondent la pensée, la rhétorique ou la dynamique du cas Mélenchon. Ce sera l’occasion de mesurer à quel point sa vision de l’avenir est candide et sa conception de la politique fébrile et désuète.

L’article s’appuie sur plusieurs citations concrètes issues de saillies mélanchonesques dans un contexte de performance médiatique ou de réaction filmée (plusieurs vidéos et liens ont été intégrés pour permettre à chacun de se forger sa propre opinion et d’étendre les sources). Ces références ne valent pas pour elles-mêmes mais parce qu’elles sont symptomatiques  de ma perception générale de Jean-Luc Mélenchon. Égal à mon sujet, je me répands en sophisme ; mais j’ai la décence de vous prévenir et d’avoir des exemples fournis.

Beauf de gauche

Lorsqu’il a fait sécession du Parti Socialiste en réalisant, au terme de trois décennies de mûre réflexion, que celui-ci n’avait de « socialiste » et peut-être même de « social » que le nom, Jean-Luc Mélenchon a amplifié ses tics les plus grossiers. Objectif : interpréter, à merveille et mieux que quiconque, le rôle du bon vieux briscard, du beauf dogmatique mais généreux.

La gauche radicale a alors pu abandonner Besancenot, l’idéaliste pour étudiants et midinettes, pour s’approprier une figure plus traditionnelle, mais aussi plus avisée, de pilier de gauche : Méluche, formé chez les trotskystes, quand le petit Olivier a été formaté dès ses 14 ans par SOS Racisme et les Jeunesses Communistes Révolutionnaires, organisation militant contre la guerre et l’interdiction des signes religieux à l’école.

Cette incarnation assez parfaite du « beauf de la gauche, la vrai, la dure » est autant l’atout ultime que l’obstacle au progrès de Mélenchon. S’il est tant apprécié par les médias, qui adorent être accusés de tous les abus imaginables et jouer les jeunes filles prudes devant ceux qui les brusque, c’est qu’il est tout à fait inepte, incapable de prendre le pouvoir et d’imposer des thèmes dans le débat. Il ne sait que prendre le contre-pied des dispositions des autres en sortant de vieilles reliques.

Les autres, ces centristes

On pense à la rhétorique trotskyste de base (qui ferait d’Hervé Morin un ressortissant du Bloc Identitaire ou de l’Oeuvre Française), pourtant Jean-Luc a raison sur ce coup, le Parti Socialiste, formation indécise mais assimilable au « centre-gauche », poursuit une orientation centriste (le terme de « centre-gauche » est à comprendre dans sa forme la plus négative qui soit ; il s’agit d’un parti tourné vers la gauche par les fondamentaux qu’il déclame, mais qui se rattache finalement au centre « mou » par sa passivité idéologique). Pour mieux se couvrir de ridicule ou simplement pour rester fidèle à ses tics de brave « vieux con » dépassé, Méluche qualifie cette autre gauche de « truc bizarre ». Il regrette que ses anciens camarades soient devenus des traîtres ; il ne comprend pas qu’on puisse être flexible avec les dogmes (quand lui-même est un marxiste et un progressiste à la petite semaine – et cette planification écologique, slogan merveilleux masquant un grand flou).

L’ « écart de caricature » qu’il constate entre lui et Copé (Des Paroles & des Actes du 17 novembre 2011) est peut-être bien plus ténu que Méluche ne veut le croire. Les références pachydermiques à Marchais, surtout en récupérant le pire du dernier grand dinosaure du PCF, donnent le sentiment que Mélenchon s’acharne à rejouer un bêtisier ; on ne va pas parler psy, mais l’homme de gauche anxieux et confronté au champ du réel, s’il croit à ce frêle agitateur, doit être prévenu : le temps ou ses derniers espoirs s’envoleront est imminent.

La notion de camp

C’est que le bon Méluche est toujours enferré dans la conception du bloc contre bloc. Il y aura toujours plusieurs blocs les uns face aux autres, parfois il n’y en aura que deux. Mais la dualité droite/gauche, dont la validité est contestée depuis deux décennies, n’est même plus secondaire aujourd’hui ; tout au plus est-elle un lointain écho que seuls les maillons privilégiés du système aiment à mettre en valeur.

Mélenchon s’inscrit toujours dans le camp de la gauche et il est confronté à un dilemne ; faut-il rejoindre les autres gauches, faut-il les éjecter et restaurer, seul, la Gauche authentique ? C’est un peu le complexe du libéral classique, qui était de gauche hier et est de droite aujourd’hui, à moins qu’il ne soit juste que libéral. Mais tout ça n’intéresse pas Mélenchon puisque ce qui compte pour lui, c’est bien l’étiquette et qui est à même de mieux la mériter. Comme si être l’homme fort de la gauche traditionnelle était une décoration… 

L’humaniste citoyen

S’il joue les gros bras, c’est d’abord pour défendre les faibles et les opprimés. De qui, de quoi ? Du « capitalisme », des « grandes entreprises » et de Sarkozy qui sèment la désolation dans notre pays. Soit ; et Mélenchon est l’homme debout face à cet ordre des choses abusif et odieux. Il s’agit dès lors de se poser comme un homme de convictions, tenace et décidé. Aussi, si jamais il était à côté de la plaque, ça ne compterait pas ; en effet, Mélenchon est un homme sincère, il dit ce qui lui vient, ce que son coeur lui commande (il n’hésite jamais à partager sa conception « tripale » de la politique). A défaut d’être pertinent, il est touchant en plus d’être fort et courageux – n’importe quel spectateur un peu attentif ou emphatique est alors sidéré par tant de vérité, par cette simplicité rugueuse et vivifiante.

Et celui qui reproche un sophisme ou un bon mot un peu trop spontané à un idéaliste ne peut être qu’un bougon à l’âme flétrie. Ou comment, grâce à un idéal fumeux mais basé sur des notions connues de tous (celle de la gauche éternelle) et un humanisme de comptoir, Mélenchon apparaît comme le plus humain des prétendants à l’Elysée. Dès lors, les potentiels électeurs sensibles à la droiture, aux engagements et aux paroles loyales et charitables apercevront une sorte de « sauveur », en tout cas un homme intègre et décidé à faire respecter l’Homme et ses droits. Un meneur généreux au milieu des traîtres (d’ailleurs n’oublions pas que pour s’élever, Mélenchon a fondé sa rhétorique sur le « tous pourri »).

Marine Le Pen, « défenseur du capital »

En homme du passé, JL Mélenchon qualifie la représentante du Front National d’amie des marchés financiers. Dans les 80s, JM Le Pen aurait pu être considéré comme un allié tacite du capitalisme sauvage, bien que le nez dans le guidon à la façon de Mélenchon aujourd’hui, ses raisonnements et sa vision étaient étrangers à cette idée. Cependant, à défaut d’être antilibéral, c’était déjà un antimondialiste.

Marine Le Pen a gommées les contradictions à ce sujet. Comme Besancenot, le gardien du temple Mélenchon divertit Mme Parisot, laquelle mesure combien Marine Le Pen est son premier véritable adversaire démocratique crédible et présidentiable. Mélenchon s’en prend aux « grands patrons », aux génies de la finance, mais tout est brouillard au-delà des formules tranchantes. A la différence de Marine Le Pen, jamais il ne remet en question la réforme de 1973 et surtout jamais il ne semble au courant de son existence (invoquant à l’occasion des auxiliaires anecdotiques gravitant dans la galaxie de cette vieille mesure passée sous silence). Faute d’inattention, mémoire sélective ou jugement circonscrit ? Un peu des trois et beaucoup des deux derniers sans doute. Et plutôt que restaurer l’autorité de la Banque de France, Mélenchon invoque l’Europe ; il est sans doute l’artisan d’une Europe sociale et le moins européiste des européistes, mais il en est tout de même ; Mélenchon pourrait alors être, en quelque sorte, une solution de dernier recours (ou de second tour)… s’il n’était pas lui-même le rabatteur des ultracapitalistes.

D’ailleurs, à l’égard de celle qui devrait être une associée ponctuelle et objective, théoriquement et si l’opposition aux dérives du capitalisme était structurée,  aboutie et assumée pleinement des deux côtés, Mélenchon a le vocabulaire des ténors du PS et de l’UMP ; ainsi il accuse Marine Le Pen d’être à la tête du « parti de la haine », rengaine un peu dépassée mais qui demeure ancrée chez lui, au point de resurgir lors de son discours de Metz du 18 janvier. A la même occasion et ne boudant jamais la saillie excessive et d’une contre-vérité funeste, il la pointe comme une « austéritaire, du côté des patrons » – ceux-là même qui ont peiné à digérer la récente intervention devant eux la championne du FN, se contentant de lui prêter une oreille curieuse.

Anecdote de petite cuisine, lors de l’Edition Spéciale (France2) consécutive à l’intervention télévisée Présidentielle du 27-10-2011, Marine Le Pen subissait les attaques de Mélenchon qui justement la taxait d’alliée ultime du « grand capital ». Ce à quoi elle répondait, plus navrée qu’agacée, un joli et définitif  «… on a changé d’époque monsieur Mélenchon».

L’humour pour réenchanter la France

Jean-Luc fait souvent part de sa bonne humeur derrière les grimaces ; et à chaque fois, il arbore un sourire et simule l’effusion de joie pour rompre avec la colère surfaite et les froncements de sourcils qu’il entretient soigneusement depuis le début de sa journée de petit chef de gang. 12 janvier 2012 sur le plateau de Des Paroles & des Actes (présenté par le « larbin » Pujadas), lorsqu’il est interrogé à propos de « sa qualité la plus présidentiable », il ne cite pas sa fameuse  »passion » ou sa capacité à  »entraîner les foules » ; il évoque son humour. Parce qu’avec un peu d’auto-dérision tout devient possible.

Génial, sauf que Jean-Luc en trublion de service mode offensif, c’est pas si brillant & que sur le terrain, Hollande règne déjà en maître. Voilà une idée pour Sarkozy ; qu’il dégobille sur son bureau présidentiel lors de sa prochaine allocution télévisée, qu’il s’affuble d’un gros nez rouge pour évoque les minables salariés se contentant de moins de 1.500 euros par mois,  qu’il se mette en duo avec Nadine Morano et lui propose de former un ticket pour mai 2012. Certes, il ne grimpera pas dans les sondages, mais au moins, il aura réchauffé le coeur des Français et ça, ça n’a pas de prix…

Peut-être que le plus drôle chez Jean-Luc, c’est cette capacité à réprimer dans l’ombre un opportunisme politicien assez fulgurant. Le rapprochement avec le PCF n’a été qu’un prétexte pour ramener à lui la base électorale de cette formation antédiluvienne ; l’invocation de raisons climatiques pour justifier d’avoir snobé la fête de l’Huma jusqu’à il y a peu était une pirouette assez magistrale à ce titre (On n’est pas couché du 17-09-2011). Heureusement que Méluche sait s’approprier les dogmatismes des autres (en plus du sien, ça fait beaucoup d’ornières.. -mais, ornières de gauche!).

L’orateur magnifique

Il est devenu impossible d’évoquer Mélenchon sans omettre de rappeler combien le président du Front de Gauche est un orateur flamboyant. Chaque portrait du personnage s’accompagne d’un petit exposé didactique sur l’art oratoire du tribunitien. Lors de sa prestation dans l’émission Des Paroles & des Actes (01-2012), emporté dans son élan, il explique que De Gaulle apprenait par coeur et donc « récite » ses discours, tout en soulignant que lui s’inspire certes, mais est souvent spontané, n’ayant pas besoin de notes.

Ce qu’il omet de dire, c’est que les sophismes de gauchistes sont si archaïques et rodés qu’effectivement le recours à une quelconque préparation n’est pas nécessaire à un challenger de la gauche communiste. Et tout en dénigrant le fondateur de la Ve République, Mélenchon se montre très « transparent », donnant en plateau des recettes techniques, se lançant avec enthousiasme dans une ou deux expertises (comment garder le contrôle lorsque le micro renvoie un mauvais son). Qu’il applique cette acuité et cette sincérité à l’ensemble des domaines qu’il prétend traiter.

Honnêteté sélective

Il n’est pas interdit de croire que Méluche est un homme sincère, sauf que… ses oeillères lui gâche la vue et mentent pour lui. Ses discours s’inscrivent dans une sorte de cohérence fermée ; ils tiennent en eux-mêmes mais seulement parce qu’ils restent amarré à un modèle, un fait ou une visée unique. La saillie est alors déconnectée du réel, d’autant que chaque argument échoue face à Mélenchon, pas parce qu’il est inapproprié, mais parce que Mélenchon, en brave bloc du passé, balaie toute les subtilités éventuelles du discours adversaire. Il y a une honnêteté à deux vitesses ; Mélenchon arrive à structurer son propos, attrape des motifs qui l’appuieront ; à côté de cela, il ignore tout ce qui pourrait le remettre en question. Jusqu’à l’imposture.

Lui, l’anticapitaliste, l’anti-délocalisation, l’anti-élite, l’antimondialisation, l’antisystème, n’évoque jamais les organismes lieutenants de ce qu’il combat. Bilderberg ? Il passe sous un tunnel ! Quand aux institutions « locales » liées à la pensée unique et aux schémas politiques dominants, lui qui en est membre fait celui qui ignore de quoi on parle ; pourtant, il a fréquenté les participants des réunions du club du Siècle dont le nom paraît ne rien lui évoquer. Sans doute se gardait-il, par pudeur, de s’intéresser aux soirées privées de ses supérieurs hiérarchiques…

De même, le président-fondateur du Parti de Gauche possède un lourd passif ; le soutien à Maastricht n’est pas très cohérent pour l’opposant à une « Europe libérale ». Le « patriotisme européen » et le mépris pour le rejet du traité par les Danois faisaient la démonstration de son ambition supranationale et de son élitisme : des valeurs de gauche, certes, mais antisociales avant tout. Cela dit, le Mélenchon de l’époque justifiait sa traîtrise par une quête du compromis – assez invraisemblable dans la forme aujourd’hui, même si elle sera effective sur le fond- et un idéalisme « citoyen » benêt et vaporeux.

Après tout, Mélenchon n’est pas à une contradiction abyssale près ; chacun avait pu relever que le « Qu’ils s’en aillent tous » qui servait de titre-slogan à son manifeste paru en octobre 2010, s’il était appliqué au réel, verrait l’ancien Ministre sans réalisations faire ses valises pour retrouver la vie civile, à l’instar des « puissants » qu’il vilipende et dont il a été le  compagnon de route (et non l’inverse – ce qui prouve peut-être sa bonne foi mais encore plus son inconsistance). Pour en revenir au club du Siècle et pour ceux qui le découvre sincèrement, il s’agit d’une organisation de despotes éclairés – espérons qu’ils le soient en tout cas, le mensonge auto-administré peut permettre de dompter la réalité en écartant ses vérités les plus crues (nous sommes des Mélenchon d’en bas, finalement).

L’art de l’esquive

Là encore, Mélenchon n’a peut-être pas conscience de cette aptitude à nier par réflexe la réalité d’un débat. Pourtant, il suffit de tendre l’oreille pour réaliser combien le leader du Front de Gauche évite les sujets fâcheux, précis ou demandant, plutôt que des postures enflammées, des solutions ou des analyses personnelles. Il dévie généralement en s’appuyant sur une facette évoquée plus haut, arborant alors le visage de l’humaniste citoyen, de l’altruiste sincère mais dont la bienveillance est minée et freinée par des agents extérieurs.

Rien de mieux pour sortir du sujet que d’invoquer des généralités ou des vérités universelles plus ou moins probantes ou appropriées. Sur le thème, anecdotique mais dont on mesure vraisemblablement mal les implications et les conséquences possibles de tout interventionnisme législatif, du cannabis et des drogues douces, Mélenchon s’est illustré (jeudi 12 janvier – Des Paroles & des Actes encore) par une auto-censure qui prenait les atours de la raison et de la prudence (« je suis pas médecin moi »). Et il a raison à ce titre, mais il y a un paradoxe : comment peut-on être dans le spectacle, l’invective permanente, puis quelquefois se débarrasser d’une question en jouant les ambassadeurs éthiques ou l’homme mesuré et responsable, sans sombrer dans une schizophrénie voyante.

Toutefois, guidé par le sceptre de la coolitude, il lance un merveilleux « on me dit » (comme si pour ce sujet là, les autres pouvait alors parler à notre place ; comme si le rôle du politique s’arrêtait là – étrange pour un homme aussi prétendument investi). Puis il développe l’argumentaire classique des pro-légalisation  »consciencieux », généralisant des emplois analgésiques isolés à l’ensemble des cas médicaux potentiels. Il faut voir le bon côté des choses : Mélenchon se fout totalement du sociétal. C’est déjà bien de savoir viser.

D’ailleurs, le rituel du coup-de-gueule n’est-il pas une méthode de planqué ? Faussement indiscipliné, Mélenchon accable quelques boucs-émissaires (le FMI, Sarkozy, les agences de notation…) sans jamais pointer les mécanismes et encore moins en expliquant comment il va les démonter. A cela il préfère afficher un optimisme à tous crins, arguant que « nous n’avons jamais été aussi riches, il faut savoir ou prendre », que la retraite à 60 ans est accessible à tous et sans incident. Soit, mais ou est le plan cher Robin des Bois ? En outre, en se recroquevillant toujours sur la colère, même sincère, même légitime, ne jette-t-il pas le discrédit sur sa propre action et sur son ambition de rendre l’Europe plus sociale et la France plus unie ?

(Article du 18 février 2012 à 1h00 – réactivé le 18 mars 2012 à 12h30)

MADAME JOLY, JE COMPATIS

6 Fév

Une figure élitiste inappropriée

Madame Joly, vous m’avez fait pitié à plusieurs reprises récemment et notamment lors de votre passage dans Dimanche+ face à Anne-Sophie Lapix, ou quelques sondages venaient rappeler l’absence de crédibilité et le rejet qui sont les seules réponses qui aient fait écho à votre candidature. Votre problème peut se résumer de façon lapidaire ou en quelques axes, aussi je ne raterais pas une telle occasion.

Madame Joly, vous assumez depuis le début le rôle de la candidate dite « de témoignage », dès lors la faille est double. D’abord, vous n’agissez et ne vous exprimez pas comme quelqu’un se proposant aux suffrages des Français, mais se portant devant eux pour exécuter une performance pré-rédigée par d’autres (et dans cette perspective, les Français peuvent venir tamponner, chaque voix est un bonus – bonus de témoignage). Vous vous permettez de nombreux écarts, mais vous ne pouvez vous émanciper ; aussi, vos « exploits » idéologiques déroutent et chacun en reste là, puisqu’il n’est pas question de persévérer ; donc, vous suscitez des polémiques en vain et elles ne servent qu’à vous plomber (au lieu de conforter vos atouts, vos dogmes).  Vous êtes alors, simplement, une candidate originale remplissant une fonction moribonde.

Mais surtout, cette « originalité » justement, se nourrit davantage des excès d’une vision « politiquement correcte » que de la synthèse de pensées contraires ou voisines, ou d’innovations quelconques. Ainsi, vous incarnez avec brio la gauche autoritaire, l’idéalisme punitif, prônant des valeurs moribondes et toxiques, sous l’apparat de la liberté et de l’ouverture (d’esprit – certainement pas politique) ultime. Le personnage contrasté mais aux traits saillants et caricaturaux que vous campez tient un peu de la méchante infirmière de Vol au-dessus d’un nid de coucou (même si vous avez une perception du monde « miroir » de la sienne) et de la mamie un peu destroy, progressiste et sans tabous, c’est-à-dire celle qu’on voudrait tous avoir, mais dont on n’est pas sûr qu’il serait avisé de la soutenir dans une compétition politique plus décisive qu’un scrutin local.

Il n’y a sans doute pas chez vous de mépris (en tout cas délibéré) du peuple, mais ce que vous dégagez sera forcément qualifié ainsi, parce que vous êtes dissuasive, castratrice (c’est aussi cette droiture et ce goût de la vérité tranchant qui ont séduit dans un premier temps) et coupée des peuples.   Le problème, c’est votre amour d’une vision du Monde abstraite, fantasmée et presque adolescente ; vous vous y complaisez en faisant mine de croire que chacun peut s’y confondre ; en attendant, vous êtes le laquais de la gauche « démocrate » (alors que vous savez bien qu’elle-même n’existe que parce qu’elle fait écho à l’UMP), l’acolyte excentrique, sensible et facétieux, mais toujours dispensable en fin de compte. Oui, le plus grave pour vous est là : vous êtes sous contrôle de personnalités qui vous méprise et vous utilise, vous poussant à exhiber vos défauts les plus gênants et à proférer les réformes les plus inappropriées.

Vous êtes l’outil permettant à EELV d’assumer sa proéminence sur l’échiquier politique sans que les leaders, officiels et officieux, de ce mouvement n’ait à se salir les mains. En d’autres termes, vous avez été sacrifiée par un jouisseur et une arriviste.

EELV comme tremplin (personnel) & instrument de paralysie (global)

C’est sans doute votre ambition d’entrer dans l’univers politique et d’en devenir un avatar (vous avez voulu percer en Norvège, au MoDem) qui vous a amenée à réprimer votre acuité, à nier la réalité avec laquelle vous alliez devoir composer. Cette volonté et cette ténacité à porter un projet personnel quelqu’en soit le prix ne sont pas seulement louables, ils sont admirables et montrent bien à quel point vous avez le cuir épais. Pourtant vous avez perdu.

Ce dont vous n’avez pas voulu prendre conscience, ou avec lequel vous avez estimé pouvoir jouer, c’est à quel point un programme fourni et un goût du combat se heurtaient, voir entravaient les stratégies internes de EELV et notamment des deux personnages piliers de cette plateforme, c’est-à-dire Duflot & Cohn-Bendit. Cette espèce de fédération électorale se borne à prôner le statut-quo, tout en donnant l’illusion d’une modernité audacieuse ; ce progressisme laborieux s’affirme par le biais de promesses de réformes sociétales mineures ou admises par l’écrasante majorité de la population civile et de la sphère politique (mariage homo, dépénalisation des drogues douces…).

Il faut voir aussi la logique et les intérêts des deux grands protagonistes ; les raisons de Duflot sont moins transparentes, mais aussi moins sournoises, sinon pathologiques et cruelles. La Présidente du parti s’est implantée et le temps du « Mme Souflot » est loin. Mais elle est encore trop récente, trop neuve sur les plateaux et il lui faut consolider son potentiel, afin d’être mûre pour l’avenir et pour envisager 2017 sous le statut de figure essentielle de la compétition. La limite de Duflot, c’est sa vacuité aberrante, son absence de projet, de vision et même de déduction flagrants. Pourtant, le personnage pourrait devenir l’un des plus plébiscités par sa génération, grâce à des prestations certes poussives, mais jouant toujours avec habileté sur la fibre émotionnelle. Mme Duflot se confond parfaitement dans les clichés du courant dans lequel elle s’est inscrit. Ses réparties pauvres et démagogues et ses démonstrations intellectuelles limitées (sens du raccourcis intellectuel d’une monstrueuse efficacité en tout cas) en font la parfaite candidate des nouveaux convertis aux urnes et à la citoyenneté participative. En d’autres termes, le côté petite conne savante de Duflot peut séduire les 18-25 ans (voir 18-34) désintéressés qui voteront par principe, mais peut-être aussi par nécessité (pression implicite du milieu) car il s’agit de se donner une conscience politique sans prendre le risque d’être exclu ou raillé par qui que ce soit.

Pour Cohn-Bendit, c’est très différent. Lui ne vise pas les hautes institutions, il se satisfait très bien de l’exercice d’un pouvoir plus concret : briller lui importe davantage que contrôler. Les présidentielles : il n’ira pas, jamais, il l’a promis et chacun veut bien croire que la fonction est incompatible avec ce qu’il est. Parce que Cohn-Bendit refuse toute affiliation, ne veut pas être encarté ; c’est qu’il lui faut jouir, il lui faut savourer sa liberté et même si elle n’était qu’un leurre (ce n’est pas le cas), il agirait de même.

EELV lui permet cela. Il peut ainsi avoir une place politique importante, satisfaire son désir de domination – dans le sens ou il a toutes les cartes en main et peut se moquer du jeu des autres, lui qui a assumé d’être le Gargantua poli de la scène politique hexagonale. Notre ogre libéral-libertaire s’en trouve ainsi marqué à gauche, son foyer naturel, en étant un agent indépendant mais actif : il peut tout faire chavirer alors même qu’il n’a qu’un pied dans le vaisseau.

Cohn-Bendit récupère donc tous les bénéfices de la puissance effective, sans même se mouiller, sans mettre les mains dans le cambouis, sans être engagé comme il le serait s’il était au PS. Il y a donc, chez lui, un refus de faire face, esquivé avec virtuosité. Accessoirement c’est sans doute ce qui le rend si détestable au regard de certaines populations « de droite » (celle du travail, celle patriote et celle des valeurs, de la morale et des traditions).

Dès lors, il apparaît évident que ces deux-là se soit ligués et camouflés derrière la candidature « Joly ». Sans doute la situation amuse-t-elle Cohn-Bendit, qui est l’importateur d’Eva Joly ; il lui a donné son ticket pour la gloire et la regarde se débattre. Ce sacrifice écoeurant, roublard et peut-être malsain n’est pas que l’oeuvre d’un hédoniste, c’est aussi le fruit de la philosophie libertaire, espace idéologique romantique par son goût du chaos, du consumérisme qu’on imagine forcément flamboyant. Mais ce n’est pas celle qui peut être en charge du Monde, sinon celui-ci devient une fête, mais une fête pour si peu.

Ce tandem, mais aussi l’ensemble des cadres de EELV, ont alors fait savoir qu’ils se rappelaient à leurs engagements d’alliés supposés. Mais le résultat est terrible, puisqu’ils ont fait de Madame Joly une assistée, donnant l’impression qu’il était nécessaire d’interpeller les personnages proéminents pour assumer la campagne, voir la faire exister. Pire, cette assistance n’est qu’un faux-semblant grotesque, puisqu’en vérité ces associés dénigrent toujours ce que leur championne présumée fait, dit, mais aussi est (« la république irréprochable, moi je sais pas ce que ça veut dire »). Les hypocrites y verront un modèle de démocratie interne ; les adversaires, une aubaine et un cadeau.

La stratégie du sabordage & des concessions confortables

Avant de tuer Joly, les figures de EELV ont démolit tout ce qui était susceptible de remettre en question, relancer, diversifier ou préciser les positions du parti. L’échec de Hulot aux primaires de 2011 est la stigmate de ce phénomène, de cette industrie de planqués. Une victoire de Hulot menaçait EELV d’une intervention, voir d’une prise extérieure sur le parti. Il y avait le risque d’une clarification, d’une unité et surtout, ô cauchemar, d’une vague populaire.

Deux chamboulements inadmissibles auraient alors secoué le mouvement ; d’abord, séduire un électorat « populaire », moins orienté sur la gauche et plutôt sensible au charisme (contestable sans doute, mais effectif) de Hulot ; voilà qui aurait entâchée l’image d’EELV (qui se veut élitiste et éclairé), aussitôt en position déceptive pour ses maîtres. Ensuite, bien sûr, un succès précipiterait le parti aux responsabilités, stabiliserait le mouvement et son action et obligerait ses membres à rendre des comptes. Car les écolos, ce n’est dans le fond qu’un petit club ; on s’y chamaille, mais c’est un tremplin au service de carrières, rien d’autre, sauf lorsqu’on a décidé, justement, de capitaliser sur un leader important, parce qu’il y a une occasion et que le ciel est clair pour la gauche (Mamère en 2002).

Au-delà des turpitudes minables du parti étiqueté « écologiste », cette stratégie du sabordage réduit encore la possibilité d’alternatives aux deux blocs « mainstream » et à la logique d’affrontement stérile de deux mastodontes gravitant autour de modèles similaires mais se disputant sur les axes et l’esthétique des postures. Par conséquent, ceux qui reprochent au FN d’être un recours toxique n’ont pas d’ « alternative républicaine ».

Las, la stratégie d’EELV consiste à empiler les succès aux élections intermédiaires pour glorifier quelques personnalités, leur donner un créneau ou ils excellent et une machine qui leur permet une certaine autonomie. Ceci, tout en étant affilié à une majorité évidente, qui assume pour eux le principe du réel (ou se dérobe, mais c’est à sa charge). Pendant ce temps là, la star montante (ou stagnante) a tout loisir d’animer les débats sans jamais trop s’investir et récupérer tous les thèmes que les autres ménagent, par prudence, raison, stratégie (électorale ou de gouvernement) ou pragmatisme. En somme, le modèle individuel de Cohn-Bendit s’est généralisé à EELV (mais l’action politicienne de Jack Lang ou Rachida Dati, voir Rama Yade ou Luc Ferry, est du même acabit).

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Voilà, madame Joly – je suis obligé de revenir vers vous pour conclure, parce que ceux qui devraient être vos sbires, vos bras droits et vos promoteurs occupent davantage le terrain que vous et ont pris l’ascendant sur le petit bloc vert dont vous êtes la porte-parole bizutée. Vous serez probablement zappée en vitesse, surtout que vous ne touchez aucun public particulier : vous ne captivez pas un profil spécifique, en dépit de votre allure et de votre style pourtant assez hors-normes. C’est dommage, mais c’est aussi de votre faute, car vous êtes, peut-être malgré vous, le prototype d’une forme de dérive du progressisme (le « fascisme » de gauche) qui s’avère être le cheval de Troie du Mondialisme.

C’est cet excès qui, par-delà les calculs politiciens, les performances et les parures rhétoriques ou stylistiques, est la raison profonde de votre inévitable échec.  Vous incarnez la ramification extrême d’une branche de la pensée mondialiste et c’est pour ce motif que vos partenaires vous renieront, prenant des distances avec tant de déviances multiculturalistes et procédurières – et même liberticides (ou quand le paradoxe émerge et menace de flanquer par terre toute une cohérence ténue). En quelque sorte, vous pourriez, si vous demeurez telle que vous vous présentez aujourd’hui, être la facette « extrême » gênante de ce que seront vos collègues dominants ; comme l’homme de gauche se justifie de sa position de gauche en mettant en avant, sans avoir l’air, qu’il est une version atténuée de son homologue radical (Mélenchon aujourd’hui par exemple – que Hollande commence à faire semblant de prendre pour un interlocuteur possible, vraisemblablement pour installer l’idée qu’ils sont tous les deux liés mais séparés par des nuances – façon de maintenir l’illusion d’une cohérence du bloc de gauche & même de la validité d’une « gauche »). Vous êtes un peu la Le Pen du centre-gauche ; une position enviable, mais… Bon courage !

SUPER MELUCHE

18 Jan



Mélenchon est formidable ; alors que le néophyte pourrait le percevoir comme une sorte de créature hybride synthétisant les gauches n’ayant pas renoncé à leurs leitmotiv de bases, il n’est en fait que le bon vieux contestataire de service, le freaks docile et fait-maison, l’éternel gauchiste sur le retour, bref : l’épouvantail consentant du système. D’ou la légitimité de la comparaison avec Marine Le Pen… du moins, c’est le raisonnement impliqué par la grille de lecture standard, « duhamelienne » pour faire court. Là ou il y a rupture avec cette vision impeccablement structurée, c’est que Le Pen 2 est un adversaire du « système » (quand Le Pen 1 était un bouffon gargantuesque mais borderline) et que l’ensemble de ses déclarations, de ses projets, en tout cas (et y accorder confiance et crédibilité est l’affaire de chacun) son dessein, sont cohérents et convergent dans ce sens ; quand Mélenchon, lui, déploie sa vision au sein de la grille de lecture « duhamelienne ». En quelque sorte, il occupe la fonction laissée vacante de l’oppositionnel caractéristique de service ; l’oppositionnel fonctionnel et prétexte. Mélenchon est le mouton noir ; pas l’intrus offensif.

Il voit en Marine Le Pen l’associée du capital – et, pour un homme des 80s tenant la dite droite de la droite pour réac-capitaliste (reaganienne marquée dans le camp des conservateurs intégraux pour faire court), c’est logique. Simplement, cette droite de la droite le double à sa gauche aujourd’hui, en raison d’une vision globale de ce qu’est le Mondialisme – or il n’y aura pas d’alternative sans acceptation de la vérité. Le « Chevènement avait raison » est déjà un grand pas pour Mélenchon, mais c’est si peu de choses ; le fait est que le leader du Front de Gauche, tout épouvantail qu’il est, n’est pas pleinement consentant. Pour une raison simple ; il sait qu’il n’est qu’un épouvantail de pacotille.  Le problème ; il refuse d’admettre pourquoi. Mélenchon sait qu’il occupe un terrain qui doit être occupé et s’applique à remplir une mission, faire le sale boulot, pour en arriver à n’être que ce qu’il exècre : un éléphant affalé sur ses positions & un technicien habile, opérationnel et tout à fait vain.

Amuseur, bonne conscience de gauche, éventuelle caution pour ses alliés « centristes » (selon ses propres termes – sans doute quelques bribes des premiers enseignements..), Mélenchon ne voit pas que la presse le bichonne, le taquine pour de faux, l’épingle sur des facéties insipides, le rend sympathique en exhibant ses colères, le fait passer pour idéaliste passionné alors qu’il n’est qu’un dogmatique brouillon. Il ne voit pas, ce jeudi 12 janvier 2012 ou il est l’invité de Des Paroles & des Actes sur France2, comme on envoie personne face à lui pour le remettre en question (sinon un économiste curieusement cool et coulant ce soir-là), démonter point par point ses propositions, asséner des contre-vérités à son sujet, comme c’est le lot de tous les véritables anti-systèmes, ceux qui ne le sont pas que de nom, ceux qui ne tâchent pas d’optimiser leur label mais investissent le champ du réel sans posture ni fioritures archaiques, c’est-à-dire sans symboles ou références du passé ; ceux qui tâchent de construire plutôt que de se parer de tous les atours qui les feront se sentir parfaitement adapté à leur niche.

Au panier, Mélenchon ; au panier, c’est là ta place, du bruit & de la fureur rien ne surgit : reste chez toi et attend les bras croisés, le résultat sera le même, l’Histoire défile sous tes yeux mais tu est incapable de la mesurer. Le pire à propos de ce sacré Méluche, c’est qu’il se pourrait bien que ce brave homme croit ce qu’il dit… S’il se trouve à ce point livré à des énergumènes ineptes et inconscients de ce qui se joue au-delà d’eux-mêmes, c’est que le débat public est tombé bien bas.

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Bientôt : article spécial sur les notions-clés du personnage Mélenchon.

Sophismes, postures, slogans : les avatars du nouveau laquais flamboyant du système.