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LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS **

2 Déc

le train sifflera

3sur5  En 1952 s’achève l’ère classique du western, dominée par John Ford. Avant le triomphe du western spaghetti à partir du milieu des années 1960, c’est le temps du western moderne. Le Train sifflera trois fois est emblématique de la tentative de recomposition du genre, lequel tâche de muter vers une forme plus noble en s’attribuant profondeur ou sens politique. Multi-oscarisé, Le Train est devenu immédiatement un classique controversé du western, acclamé alors mais contrariant toujours.

Dénonçant le maccarthysme et la délation dans la profession, le scénariste Carl Foreman sera mis sur liste noire. Le film a tout de même aussitôt jouit de cette puissante reconnaissance critique et publique, tenant en respect la polémique politique. Zinemann réalise un film progressiste rappelant Le Corbeau de Clouzot. La place des femmes est singulière pour un western, avec le portrait raffiné de Amy Fowler (Grace Kelly) et la charismatique Mme Ramirez (Katy Jurado). Zinemann rompt avec l’optimisme patriotique, affichant la lâcheté d’une population refusant de rejoindre le sheriff Bill Kane (Gary Cooper) en besoin de renforts, alors que celui-ci se dévoue au moment où il devrait partir à la retraite.

Charmant au début, Le Train frustre vite, mais continue d’interpeller par ses intentions et sa nouveauté. Il jouit également d’interprètes remarquables. Malheureusement le ton est trop didactique, les ambitions mal relayées. On contemple un produit sentencieux, très psychologisant, audacieux tout en restant assez sommaire dans ce qu’il énonce. Par ailleurs, comme dans Rio Bravo (réaction de Howard Hawks et John Wayne à ce western non-conforme), il y a un manque d’action et d’exploitation des décors déroutant pour le spectateur venu pour un western authentique.

Ici au moins cependant, on tourne entre plusieurs lieux ; et si la morale est compassée, cette fantaisie démocratique vaut mieux que le paternalisme disneyen. Plutôt le gauchisme amer que la mobilisation et la rédemption niaiseuses. Quand au le final, ce n’est pas flamboyant, mais quand même déjà plus intense que la pauvre chute ridicule de Rio Bravo. Que Le Train sifflera trois fois ait profité de circonstances favorables pour se hisser comme référence d’un pan entier du cinéma, soit, mais au moins lui n’est pas l’objet d’une hallucination collective et ne doit pas l’estime dans laquelle il est tenu à une nostalgie mielleuse. Avis aux cinéphiles prêts à contempler une espèce de Ghosts of Mars sérieux et engagé.

Note globale 60

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Nuit du Chasseur + La Horde Sauvage

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