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CHEZ NOUS *

5 Juil

1sur5  Lélection présidentielle française de 2017 a été un tel capharnaüm que Chez nous, film de quasi-militant planqué sous les oripeaux ‘citoyens’ (et sûrement ‘amoureux du débat’ ou autres fadaises de faux indéterminés), n’aura jamais eu l’occasion de dominer les unes, ne serait-ce qu’une petite journée. La petite crise (‘polémique’ est trop sophistiqué pour ce niveau-là) autour de sa sortie prochaine n’en a même pas été une, les cadres du FN s’étant emballé en l’incendiant avant d’avoir assez de matière, quitte à se repentir poliment et timidement par la suite. Ils n’ont réussi qu’à attirer l’attention sur une charge bouffie et mélodramatique à leur encontre, sur laquelle les rares commentateurs ‘officiels’ auraient dit à peine plus, en France du moins (car selon le réalisateur, le film est passé ainsi d’une « notoriété zéro à internationale »).

Comme sa promotion assurée par Lucas Belvaux, Chez nous est malicieusement hypocrite : il se contente de ne pas nommer le FN, sa cheffe et ses hommes, mais s’y réfère constamment. Ainsi il lui greffe ce qui lui plaît sans craindre de procès de sa part, ou d’avoir à répondre de son opportunisme à n’importe quel observateur pourvu de scrupules autres que ceux animant la formation d’un tel film. La leader du Bloc Patriotique est la fille d’un provocateur (Roland Dorgelle reflète l’inénarrable Jean-Ma’ – orphelin de la pucelle d’Orléans) odieusement raciste, elle fait référence à la « fracture sociale » (de Chirac) et à la promesse de « Karscher » (de Sarkozy) lors d’un discours. La commune Hénard est une référence claire à Hénin-Beaumont, ex Hénin-Liétard. Le numéro 2 est un comploteur psychorigide un peu fluet reflétant certains très proches de Le Pen bis (la brigade ‘gay’ pourfendue par de nombreux puristes à droite du FN). Les convergences avec le Front National ne sont pas juste idéologiques, propres au langage, aux plans récents d’un mouvement, elles concernent aussi l’histoire et les anecdotes du parti. Le film attaque et caricature le FN sur ses affaires, réelles ou présumées, avec les proches et candidats ‘boulets’ au lourd passif, les lieutenants irréprochables et les braves novices retenus car ‘faisant’ ‘proches des gens’.

Marine Le Pen est salement brossée via le costume sombre de Catherine Jacob – au passage elle se coltine des sous-entendus lesbiens (la patronne du Parti du Progrès en Norvège a subi la même attaque, plus directement). La tendance à l’objectivation par le sommet d’une hiérarchie semble, avec ce film, un fait tout neuf et propre à ‘l’extrême-droite’, ou alors propre à elle lorsqu’il deviendrait si froid et brutal. Les dirigeants agrègent des dossiers, pour écarter les emmerdeurs et tenir les troupes fragiles. Stéphane, le ‘nationaliste-révolutionnaire’ ou néonazi apparaît comme la vérité ‘primitive’ mais embarrassante du mouvement. Philippe Berthier (Dussolier), venu lui mettre la pression, le renseigne à la manière des méchants dans les Disney, Terminator et Harry Potter : « tu n’avais qu’à mettre un costume, regarde [l’autre] l’a fait – changer de stratégie c’est pas changer d‘objectif – tu pouvais pas le comprendre ça ? ». Mais comme les hyènes du Roi Lion ils sont débordés par leur violence, qui affectent leurs rapports – Marine Dorgelle-Jacob, charretière à ses heures, sait aussi bien protéger ses ouailles face aux médias (à un Mr Cohen à la radio) que rabaisser ses collaborateurs lors d’une mauvaise nouvelle.

Le film s’en sort toujours en faisant écho, même de loin, aux réalités éprouvées et il lui arrive de frôler ‘juste’. Il est dans le vrai avec son défilé de jeunes cadres ou bras droits lissés, énarques ou parisiens parachutés (pour encadrer les potiches quand ils doivent leur céder l’affiche), ou encore avec les candidats prétextes, non-informés, parfois bidons (sur ce dernier point le ‘cordon sanitaire’ contre le FN est aussi coupable, d’où l’inintérêt probablement d’aller fouiller dans cette direction pour Belvaux et ses troupes). D’ailleurs le FN a subi une vague de défections après 2015, de membres déçus et candidats qui se sont sentis lésés (mais peut-être pas assez pour se laisser exploiter par les médias hostiles au FN, en s’exposant à nouveau – il aurait fallu se défendre pour cet engagement encore douteux en 2017). La petite Pauline est tout près de grossir ce lot, car les déconvenues et autres réveils ne vont pas tarder. Elle est présentée comme une bonne fille qui découvrira ce que sont ceux qui l’ont recrutée ; la véritable nature et l’ampleur des convictions de son amant ; en somme, de quoi elle est entourée, dans son Pas-de-Calais gangrené.

Malheureusement le film se fout de son milieu et ignore les questions sociales, tant qu’elles ne servent pas son message – tout est arraché à soi pour être entièrement retourné vers la politique. Le film évoque l’exclusion, la misère, au début ; l’amie de Pauline fait part de son sentiment no-future, sa sensation que la localité est délaissée, etc – des friandises, quand ce ne sont pas des justifications. Ce qui intéresse Chez nous, c’est juste le côté sombre. On ‘tombe dans’ le ventre de la bête immonde comme on ‘tomberait’ dans la délinquance, la drogue, la violence, la pathologie. Et dire qu’une femme bienveillante peut se faire avoir, rendez-vous compte ! Elle est candide, il faut bien le dire – elle met plusieurs semaines pour réaliser qu’elle n’a pas consulté le programme qu’elle est censée porter, ni même entendu ses maîtres le citer. La transformation de l’infirmière restera toujours extérieure (jusqu’à participer au travestissement de la peste brune en peste blonde – aryenne en toutes circonstances) ; en vérité c’est sa bonne volonté qui est absorbée et corrompue.

Au paroxysme de son infâme mais sincère dévotion, elle entonne La Marseillaise avec eux, regard ému porté vers le ciel (on dirait bientôt une patiente exaltée de Martyrs). Mais c’est qu’elle est trop simple, trop à l’aise dans son territoire sordide, bourré d’ignorance et de ressentiments (pas de ‘bourré’ tout court, comme quoi ce film n’est pas absolument mesquin). On observe cette France périphérique (rattrapée par une autre établie à Nanterre), une gueuse et vieille France, aux goûts ‘ringards’ et à la culture au mieux télévisuelle. Ils sont tous sur leurs ordinateurs ou derrière l’écran archaïque, la télé, elle encore (le reste est trop moderne et ‘intuitif’ -et cher ?- pour eux, qui au summum de leur puissance et de leur émancipation auront le droit d’être des victimes à la détresse modérément urgente). Les parents bavent à propos de cette sur-consommation : leurs gosses regarderaient du porno ou d’autres choses qu’ils leur cachent ! Ces autres choses sont anxiogènes, complotistes, parfois même ils les produisent (le site Hénart-Vérité monté par un adolescent – le bout de la rupture avec le réel [réel où le grand remplacement n’existe pas et les menaces sont dérisoires, ou pas celles ‘que veulent nous faire croire les fachos’] c’est, après tout, le délire schizophrénique).

Si ces pauvres gens sont si aliénés et mal-pensants, en plus d’être simplement des humains bien primaires, c’est aussi la faute des médias, nous enseigne Chez nous ! En effet, quand le gros peuple se rassasie avec la bonne humeur de Patrick Sébastien, ses ouailles les plus turbulentes, celles qui cherchent à savoir ou simplement sont encore un peu curieuses ou disponibles, se trouvent sous les feux des cracheurs de haine. C’est Zemmour et la propagande frontiste (un tract avec Jaurès est carrément cité – il a bien été édité par le FN, quelques années après la récupération encore plus absurde par Sarkozy) qui pourrissent nos têtes ! Enfin, les leurs, celles de ces gens-là – de bien pauvres gens ; le seul débat possible portera sur eux : sont-ils pardonnables ou pas, victimes ou complices, médiocres de nature, simples ratés ou otages de leurs déterminations – et de la cruauté du néolibéralisme, de la désindustrialisation, de la paupérisation et de l’abandon de zones anti-glamours dès la racine ?

Chez nous est certainement odieux et consternant, jouit de privilèges tels que les agents de l’intelligence mondaine et de l’expertise proprette lui passeront ses fautes quand elles ne les trouveront pas parfaitement fondées. C’est un défonceur de portes ouvertes gueulant tout haut ce que tout le monde est fortement autorisé à gerber (le crétin sous-politisé et le chroniqueur vaniteux en priorité). Tout coule avec une facilité aberrante, dans un tableau noir. C’est la ligne et ça marche (même le ‘scénario’ est secondaire) ; en terme de psychologie, de vraisemblance, c’est au mieux brouillon et opportuniste (trop d’heureuses concordances, de négligences ahuries). Mais sur le moment, dans le flux, ça fonctionne, à condition d’avoir éteint ses protestations de nature esthétique ou rationnelles (sans parler de ses éventuels penchants idéologiques). C’est à l’image du passage où la reine-blonde déambule sur son estrade : que du gros envoyé à la chaîne. Cela dit, la vraie a démarré le débat d’entre-deux tours ainsi, la chaleur et la rage ‘dehors’ en plus, l’once de talent et le panache ‘naturel’ en moins.

Dans ces excès de film de flics condamnant les milices, Chez nous trouve sa vraie réussite. Il donne le plaisir de voir, moins le mal à l’œuvre ou en gestation, que ‘la réalité’ par un filtre malade. Le filmage se fait hystérique, dès qu’on s’enferme dans une scène avec les membres du FN ou se mêle à des contaminés. L’approche parano (sans entrer dans le thriller, mais avec certains de ses codes) et débordante d’hostilité en fait un spectacle clairement partial, malhonnête, mais fascinant par son outrance et sa détermination – plutôt que séduisant. C’est aussi un documentaire involontaire sur la façon dont le FN et son électorat sont perçus ; en ce domaine aussi, tous les clichés et toute la malveillance sont de sortis. Au point de s’écarter du sujet : le discours de la grosse blonde est bien plus conservateur et identitaire que ce que sortait Marine Le Pen, qui est avant tout une populiste et a jeté son dévolu sur le social. Quand aux courants en marge du FN, c’est une tambouille des ‘extrêmes-droites’, des skinheads, identitaires, etc ; les courants internes n’existent pas, les refoulés n’en sont pas, les deux seules catégories sont les ‘présentables’ et les ‘non-présentables’. Le coaching des militants est un précis de démagogie, celle de la proximité (« vous êtes comme eux et avec eux » – ce qui est également la base de nombreuses ‘gauches’ mais peu importe), typée ‘populisme’ tradi/de droite – la sélection et la musique crispée horrible orientent, mais toutes les couches de subjectivité disponibles collées là-dessus ne métamorphoseront pas les faits en mensonges. Elles montrent simplement que le film est plus pressé de diaboliser et d’instrumentaliser des faisceaux de vérité que de rechercher cette dernière.

Cette préférence pour le réel décrété à celui censé être brocardé s’exprime par tous ces trucs absurdes jetés pour raccrocher les ‘fachos’, ‘réacs’ et ‘populistes’ à la modernité (dans laquelle ils sont effectivement insérés – l’accepter et même le visualiser peut être difficile, Chez nous en donne une énième preuve) : le viral, la photo des roms, le « tu pratiques » pour le catholicisme comme on pourrais s’avouer des façons de s’enfiler. Ces façons de percevoir sont totalement loufoques. Par endroit, il est envisageable que gens projettent. Ce qui est certain, c’est qu’ils s’expliquent à partir de leurs représentations, qui sont très étroites, minimalistes, infantiles ; parfois, pas plus dégrossies que celles dont se repaît la comédie ‘beauf’ du dimanche soir. Par là Chez nous permet de réaliser à quel point les gens, même en mesure de s’informer largement, sont ignorants et déterminés à le rester. C’est bien, toujours, l’épouvantail, qui préoccupe les ‘citoyens engagés’ (qui le sont surtout dans leurs connexions) ; et l’épouvantail ultime reste le FN. Il n’y a pas de surprise et même pire, on s’enfonce dans la caricature assermentée. Ce degré de conformité à l’air du temps, aux sous-analyses labellisées, même si on s’y attend, reste toujours, paradoxalement, surprenant – l’erreur fondamentale c’est de croire, même encore un peu, qu’il peut y avoir des surprises venant des hommes, en meute, parfumés et disposant de carte blanche pour la méchanceté, avec leur ‘conscience’ figée substituée à un intellect encore en marche, non-couvé/mécanisé.

Chez nous est taillé (et bénéfique) pour les gens qui ont besoin/envie qu’on leur rappellent que le Mal existe et est bien localisé ; il a un visage et une adresse, ceux du FN, avec ses cousins flamands (et ses équivalents européens – mais il n’est pas question d’élever le curseur au-delà de la fosse nord-pas-de-calais ou style Ardennes). Le FN est le paratonnerre de tout ce qui peut exister comme doute, comme questionnement. S’ils sentent un relâchement, s’ils s’inquiètent d’un faits d’actualité ou d’un phénomène criant mais inconvenant, quoique ce soit causant un désordre aux ronrons et aux hiérarchies ambiantes : les ‘intègres’ ont l’image du FN, la menace, il leur suffit donc de rejeter sur lui et de se reprendre eux, marcher dans le droit chemin. D’ailleurs les signaux ‘politiquement incorrect’ sont évacués de ce film ou pas reconnus comme tels – lorsqu’il leur arrive de surgir, c’est encore la faute des crypto-nazis ; il y avait une sérénité malgré tout, ils ont souillé cette harmonie des exclus en s’énervant. Ce dédain catégorique et acharné a le mérite de désinhiber les troupes – d’ailleurs certains acteurs se lâchent pour jouer les pauvres gens cons, stupides ou égarés ; c’est qu’ils sont à la fois en mission et en récréation. À ce jeu Anne Marivin (dynamique mais reliée à des tombereaux de navets – sans doute le cinéma des primates votant FN quand la colère est venu à bout de leur passion du bowling) est championne. Étrangement, c’est aussi le cas de l’unique antagoniste assumée, spécimen de mégère frustrée criarde et de gauchiste incapable de refréner ses enthousiasmes et ses passions, toutes destructives (nous savons contre quoi elle se pose ; pour quoi plaide-t-elle, mieux : pour quoi de solide, de profond et de durable ?).

Note globale 31

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (1), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (1), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

 Voir l’index cinéma de Zogarok 

 

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QUELLE DROITE MAINSTREAM DEMAIN ?

9 Déc

PoliticalComp - Droite française

L’éclatement, sinon de l’UMP en tant que structure et cap idéologique, au moins de sa base logistique, est une fausse catastrophe pour la Droite mainstream. Naturellement, cette disharmonie entame sa crédibilité ; bien entendu, on ne pourra plus leurrer l’unité et la cohérence du mouvement, à moins d’assumer qu’il soit offert aux passions et plans de carrière de ses ténors les plus acharnés.

La division d’aujourd’hui prépare le rassemblement de demain

Mais la division d’aujourd’hui prépare le rassemblement de demain. C’est la meilleure stratégie politique. Elle n’est peut-être pas consciente ; mais elle sera payante, au moins dans l’estime des électeurs. En forçant la reconnaissance des différences entre courants, la Droite mainstream feinte de prendre en considération les aspirations propres des groupes sociaux qu’elle apprivoise naturellement. Il manque alors la figure du grand chef, du leader tout-puissant : mais celle-là est enterrée et Sarkozy a achevée de la souiller. La droite n’est plus bonapartiste depuis longtemps et Marine Le Pen elle-même se heurte à ce manque d’avatars autour de sa figure, certes flamboyante et solide, mais solitaire dans le paysage politique.

L’heure est toujours au pragmatisme ; après tout, c’est la nature même de la droite mainstream. Tant pis pour le héros ; au pire, il faudra préciser que c’est l’homme du quotidien, celui dont il faut protéger le pain au chocolat (droite grotesque – Copé) ou aménager en douceur le démantèlement de ses droits sociaux (droite veule -UDI). Il faudra aussi prendre l’habitude de négocier des « tickets », à l’américaine, avec un Président et un Premier Ministre qui soit son auxiliaire, son complément idéologique : ainsi, au républicain-libéral mollasson Fillon s’ajouterait le réac-néolibéral Copé et pendant que l’iconoclaste secouera le responsable, chacun se retrouvera au même endroit : chacun votera pour la droite mainstream, la seule capable d’assumer ses propres vues, alors que c’est simplement celle qui absorbe tous les vocabulaires sans assimiler le logiciel (exactement comme le PS actuel ne peut que survoler l’écosocialisme, la social-démocratie et même le social-libéralisme réel [allergie avortée au « monde de la finance »], mais en simuler quelques qualités, en nommant un gestionnaire, en affichant une sympathie, en projetant au loin une réforme nébuleuse).

L’UDI de Borloo ne peut pas (seule) devenir leader de la droite

Compte tenu de sa nature-même, il faut un mouvement hétérogène à la Droite, pour continuer d’ignorer la pauvreté de son bagage idéologique (et son émiettement immédiat si centristes, libéraux classiques, conservateurs, populistes et souverainistes décidaient réellement d’affirmer leur identité propre) : ses composantes ont énormément en commun en surface et dans la pratique, mais tout les sépare tant dans l’écho sociologique qu’elles recherchent que dans la vision de la France et de l’ordre du Monde. En vérité, la Droite Mainstream (UMP) est bien plus vaste que la Gauche Mainstream (PS), et son (habituelle) harmonie largement plus opportune.

Il y aura de toutes façons, sinon une plateforme unitaire de droite (le RPR et l’UDF étaient déjà, eux-mêmes, des mouvements catalyseurs d’infinies variables dont le grand-public se moque), au moins une candidature unique de la droite : en rassemblant de l’UDI jusqu’à la droite « hardcore » (Copé), en passant par la droite « modérée-libérale » (Fillon), cette candidature unique devra légitimement être adoubé par le peuple de Droite. S’il y a aujourd’hui l’émergence de la prise en compte « des droites », ce n’est que pour mieux étouffer les quêtes d’alternatives des électeurs de la droite mainstream (car au sein-même du noyau dur des deux blocs traditionnels et consensuels, les fidèles doutent). L’UDI de Borloo achève de supplanter Bayrou et tire vers la droite cet électorat centriste, urbain, éduqué et au modernisme désuet qui gravite autour des profils libéraux-bourgeois et libéraux-démocrates et a été tenté, voir (à la marge) a cédé à Hollande au premier tour de 2012. L’UMP copéiste

L’UMP fillonniste joue tout à la fois les vigies de base, la modération, campe l’ouverture à tous les Français (alors que Copé cible sévère et Borloo exclue les « extrêmes ») tout en ne-transigeant-pas-d’un-pouce ; il pourra espérer jouer la synthèse, quand Copé pourra espérer surfer sur la vague de défiance envers la caste politique (bien qu’il soit le parangon, jusque dans son attitude et ses convictions d’extrême-droite sociale et économique, de ce qui invite au vote « populiste » et à la dissidence électorale) et la fameuse « droitisation » de la France et du continent. Borloo, lui, sera l’atout progressiste, le libéral-libertaire de la bande – mais un tout petit libéral et un tout poli libertaire. Il restera à la remorque.

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Political - les 3 droites UMPistes

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Les trois droites « Mainstream » en résumé :

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1 = épicentre « droite Copé » (néolibéral & réactionnaire) : droite, droite radicale, EXD & centre-droit = néolibéraux, libéraux-populistes, réactionnaires (reprise de l’axe Sarkozyste de 2007, avec un centre de gravité et un balayage plus à droite sur les deux échelles). 35% des électeurs classiques de l’UMP, 37% des jeunes électeurs. Compatible avec le FN (qu’elle contribue à isoler et cherche à aliéner), peut cohabiter avec le Modem si les deux sont au second rang.

2 = épicentre « droite Fillon » (conservatisme libéral) : droite & centre-droit (abrite l’essence même de la droite « mainstream » : tendance libérale-néolibérale soft sur l’économie, conservatisme bon teint, désir d’ataraxie et de statut-quo, sceptique mais vite dépassée sur la libéralisation des moeurs). 40% des électeurs classiques de l’UMP, 30% des jeunes électeurs. Compatible avec le Modem, ouverture possible au petit noyau de souverainistes et à Dupont-Aignant.

3 = épicentre « droite Borloo » (libéral-démocrate) : centre & centre-droit (accueille les centristes, les réformateurs, les jeunes générations de l’UMP, mais aussi les libertaires, libéraux-démocrates, libéraux-bourgeois chics et urbains). 25% des électeurs classiques de l’UMP, 33% des jeunes électeurs. Compatible avec le Modem (qu’elle supplante) et la majorité du PS.

QUENELLE APOSTROPHE

7 Juil

Dans un océan d’hypocrisies et de mondanités, celui qui aime déclamer des vérités nues, qu’elles soient innocentes ou sarcastiques, est toujours perçu comme un rustre. Et c’est ce qu’il est effectivement : il trouble l’ordre public artificiellement maintenu lorsque le souci commun et exclusif est la cohésion et la stabilité, au mépris de toute recherche ou de toute introspection. Le spectacle de la politique est un océan d’hypocrisies et de mondanités ; et la Société toute entière tend à reproduire cette façon d’être et de s’accommoder du Monde. Jean-Marie Le Pen, pour le pire et pour le meilleur, a été un « rustre » et un homme « inquiétant », comme il le confie au Times pour définir son image auprès de ce qu’il qualifie d’élite parisienne. Il a raison, mais c’est un peu de sa faute : Jean-Marie Le Pen n’est pas seulement un politicien virtuose, c’est surtout une alchimie étrange, la synthèse d’un sale gosse jusqu’au-boutiste et d’un homme de convictions inébranlable. Et lorsqu’il montait sur le ring, c’était sans protection : pour le pire comme pour le meilleur, c’est toujours un spectacle.

Malheureusement, Jean-Marie Le Pen est réduit à l’état d’animateur culturel au FN. Bien sûr, c’est le chef d’atelier ; néanmoins, il est une attraction de second plan au-delà de la structure formelle ou du cadre partisan. Par ailleurs, le poste de Président d’Honneur ne l’a pas empêché d’être supplanté : il décore simplement sa perte d’ascendant sur le monstre qu’il a engendré. Marine Le Pen a fait le ménage, remercié parfois avec empressement de nombreuses figures tutélaires ou peu commerciales du Front National : Jean-Marie Le Pen l’a toujours regretté mais a fait preuve de retenue, peut-être un peu dépassé par le départ de personnages aussi fondamentaux que Roger Holeindre, ancien cadre de l’OAS certes, mais homme d’une intégrité exemplaire (tant d’un point de vue idéologique, patriotique, que FNiste ; sa sincérité presque troublante le fait ressembler à un JMLP plus grave) qui permettait de conserver les connexions avec le FN « conservateur-populiste » et social ancienne version, lequel a quelque peu fait défaut à Marine Le Pen lors du premier tour.

Hier, c’est-à-dire au moment de la rédaction de cet article,  a éclaté une petite polémique autour de cette interview de l’ancien leader du FN, ou il aurait qualifié sa fille de « petite bourgeoise ». Le Pen père a profité de sa vidéo hebdomadaire pour remettre les choses à leur place : il parlait de « petite fille bourgeoise » ; il ne s’agissait pas pour lui d’exprimer un mépris particulier à l’égard de la bourgeoisie, mais de souligner l’écart d’esprit inhérent entre un homme issu de condition modeste et son enfant élevée dans un milieu relativement aisé, à l’abri du besoin, d’impératifs « virils » (c’est le terme de Le Pen) mais aussi, probablement, des préoccupations populaires. C’est partir du principe qu’en ne vivant pas une situation, on ne peut jamais s’en imprégner tout à fait ; que la compassion, la compréhension, la prise en compte honnête, ne remplacent pas l’expérience vive et physique. C’est un point de vue défendable, mais peut-être trop passionné.

Mais le mal est fait ; naturellement, c’est une nouvelle page du roman de la déchirure entre Le Pen père et fille, un énième avatar dans la guerre des générations au sein du FN et peut-être une étape dans l’histoire psychologique du parti. Il y a toutes les raisons de minimiser ces conclusions ; pourtant, c’est bien elles qui seront tirées de ce micro-évènement. Alors autant prévenir. Ensuite, la petite phrase sera récupérée par les adversaires politiques du Front National et de Marine Le Pen, en particulier les plus diamétralement opposés, qui sont également, pour une bonne part, les plus médiocres. Il faut compter sur les libéraux-démocrates du PS et les capitalistes-libertaires de l’UMP, ainsi que leurs associés du centre mou aux lubbies  »modernes ». Belkacem ou l’un de ses clones pour le Gouvernement, Dati ou Koziusco-Morizet pour l’Opposition UMPistes auront beau jeu de pointer les dissensions internes du Front National.

Sauf qu’il y a un risque. Si on relève honnêtement le micro-évènement, il met en lumière la rupture idéologique entre Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, servant l’image modérée, réformée et lissée du FN post-Jean-Ma. Le fossé, au moins « culturel » et « sociologique » que crée celui-ci avec sa fille renvoie Marine Le Pen dans le camp des démocrates et républicains tièdes (par contraste avec l’aussi caricatural « archétype » du camp des autoritaires et cyniques offensifs), de ceux qui acceptent les règles du jeu et se conforment aux normes sociales. Bref, relever les différences entre JMLP et MLP, c’est avouer que Marine Le Pen n’a aucune raison d’être exclu des Majorités futures, puisqu’elle serait une héritière bâtarde, voir une version light et superficielle de l’ « extrême-droite ». Marine Le Pen serait donc hypocrite ou peu fiable ; mais elle n’est plus du tout fasciste pour le coup… et la rejetter, c’est rejetter la polémique, la remise en question, l’ouverture politique et faire preuve de dogmatisme.

Autre risque majeur : surfer sur la qualification de « petite bourgeoise » pour montrer combien Marine Le Pen trompe son électorat et escroque son leadership auprès des ouvriers. L’argument qui tue : Marine-Le-Pen-vit-dans-un-château-à-St-Cloud. L’aberration : les railleuses seront d’odieuses filles de la haute-bourgeoisie, ou starlettes fabriquées par l’élite ou nourries à des idéaux élitistes, incarnant la faim d’illusions matérialistes et le cynisme social.

Il y a fort à parier que l’argument sera néanmoins utilisé, peut-être pas par rafales, mais probablement sur la durée. Mais il s’agira toujours de trouver la juste mesure : asséner que, certes, Marine Le Pen a rompu avec les exubérances de son père, mais c’est parce qu’elle « cache » son jeu. Relever la différence et compenser par, au choix : « Marine Le Pen n’en demeure pas moins une femme d’extrême-droite, « Marine Le Pen sème la haine dans le pays », « Marine Le Pen doit être combattue ». Et la meilleure ; vous la connaissez sans doute, des foules de philosophes la prononce à chaque discussion de groupe à propos du climat politique : « Marine Le Pen reste plus dangereuse que son père ». Pourquoi ? Voilà le motif assorti : « Parce qu’elle veux le pouvoir »… alors que son père n’en voulait pas. C’est un peu vrai, JMLP avait d’ailleurs conscience du plafond de verre au-dessus de lui, de même qu’il a pu parfois se trouver piégé dans son rôle de grand-guignol de la République – ou plutôt de clown trash sorti du placard national.  Mais faire de Marine Le Pen un personnage politique vicieux et calculateur, mentant « avec aplomb » (Duhamel) ou surfant sur la crise, les peurs et la misère croissantes… c’est finalement consacrer Jean-Marie Le Pen en héros posthume, le transformer en un grand manitou minimisé en son temps et somme toute, pas tellement sinistre ni même plombant.

Alors, est-ce favorable ou plombant, délibéré et si oui à quel point ? En tout cas la petite phrase a autant de chance d’être un acte de sabotage  (la vision d’un Le Pen père refusant que sa fille le dépasse est largement servie pour peu qu’on désire initialement abonder dans ce sens) qu’un encouragement nuancé. Tactique complice ou testament taquin mais aidant ; les deux, surtout la seconde. La tactique, à quoi bon : pour Jean-Marie Le Pen, la Vérité ou à défaut la transparence compte par-dessus de tout, aussi est-il probablement persuadé que cette disposition à l’honnêteté radicale paie toujours. Son honnêteté radicale lui a valu la disgrâce éternelle de ceux qu’il honnissait : quel meilleur cadeau pour un prophète politique ?

LA VIDEO QUI DIT TOUT (intro) : LE PEN DE POCHE OU VISAGE PARMI D’AUTRES D’UNE NOUVELLE GÉNÉRATION FN ?

19 Juin

10e et dernière catégorie du Blog, lancée dans la foulée des « Spectacles & Documents » démarrés avec Rendez-nous Jésus de Dieudonné. L’intention ici, avec cette « Vidéo-sentence » est d’exposer des vidéos éloquentes ou significatives. L’enjeu est de montrer des moments ou beaucoup de choses deviennent transparentes, pour peu qu’on y prête attention et qu’on accepte de réviser ses certitudes, ce qui implique de renoncer à la sécurité d’une vision du Monde et de grilles de lectures fermées et définitives. Le support : des extraits médias, essentiellement vidéos, révélateurs, parfois de façon grossière, parfois de façon subtile ou même subliminale (mais ce n’est pas à ce genre de manipulations ou de falsification que je suis le plus attentif).

Il s’agiera autant de relever des faits physiques (par exemple des irrégularités aux principes d’égalité et de démocratie dans la pratique des médias ; des mises en scène particulièrement suggestives ou orientées) que des phénomènes plus profonds (faux-semblants, duperies, chocs évocateurs dans les débats, la communication ou les prestations publiques). Naturellement, les sujets seront essentiellement politiques ou alors peu ou prou « idéologiques ».

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Cette catégorie sera aussi (c’est le cas aujourd’hui) l’occasion de rebondir sur un sujet d’actualité sans l’approcher de façon didactique ou conventionnelle – ni avec l’impératif de l’exhaustivité. Je crois que l’information doit servir la vue globale – sans quoi elle ne consiste qu’en accumulation de news ;  même un édito ponctuel vaut mieux qu’une supervision continue.

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L’ultime catégorie s’ouvre donc sur l’issue du dernier tour des élections de 2012, que je crois décisives. Occasion manquée pour le peuple, puisqu’il continue de se leurrer dans les vertus de l’opposition droite/gauche, ce rendez-vous en quatre temps a néanmoins vu l’affirmation d’une candidate authentiquement progressiste, puisqu’issue du camp du « Non », de la cause nationale et de l’antimondialisme. Dimanche dernier, le FN a réalisé une prouesse puisque deux de ses candidats l’emportent dans leurs circonscriptions.

Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen seront donc les seuls députés du Rassemblement Bleu Marine : ce n’est pas une surprise, j’avais d’ailleurs fait ce pronostic (il faut dire que les scrutins, comme la vie politique, sont très prévisibles pour peu qu’on abandonne oeillères -ou biais quelconques- et espoirs). Malgré son score brillant au premier tour (plus de 42%), Marine Le Pen abordait le second sans garantie : elle a su mobiliser mais la peur (de la démocratie ?) l’a vraisemblablement emporté… de 114 voix (50.11% pour l’insignifiant notable Philippe Kemel).  Les pratiques du PS dans cette région pourront faire douter légitimement, mais l’authenticité des résultats demeure tout à fait vraisemblable, d’autant que les situations paradoxales ou les électeurs baissent les yeux et rejoignent ceux qui leur ont causé mille turpitudes sont légions (par ailleurs, Mr Kemel n’est pas impliqué de près dans « les affaires » locales).

L’évidence de l’élection de Marion Maréchal-Le Pen m’a d’abord beaucoup agacé, parce qu’un retour du FN au Parlement n’avait pas la même allure avec une jeune fille inexpérimentée, redevable de sa position favorable (circonscription la plus mariniste au premier tour) et son succès à ses liens familiaux et l’exposition médiatique automatique qui en découle, ce qui ne légitime en rien sa présence. Marion Maréchal-Le Pen a probablement été élue par une flopée de jeunes hommes et de mamies lectrices de Gala, heureux de trouver une si fraîche représentante. Son accession au poste de député participe du roman de la politique et de la dynastie Le Pen, aussi son jeune âge et sa fragilité évidente et avérée (aux Régionales 2010 dans une vidéo qui sera probablement ressortie à la Une prochainement) ont pu séduire, toucher tout en désamorçant les suspicions. La jeune fille de 22 ans semble inoffensive et pleine de bonne volonté, sûrement dépassée et c’est cela aussi qui plaît aux électeurs : des candidats normaux, décidés mais frêles ou alors seuls et impuissants.

Naturellement, l’argumentaire est toujours hasardeux par endroits (voir son face-à-face avec le candidat UMP l’affrontant dans la triangulaire), mais même l’âme grincheuse et sceptique que je suis doit reconnaître sinon la force, au moins la détermination, dont Marion Le Pen a su faire preuve. Dans son discours post-résultats, elle y a été du clin-d’oeil jeuniste, mais son langage était plus précis. L’attitude trahit encore une difficulté à assumer l’engagement et la mesure de la tâche (sourires adressés aux quidams de la salle  quand des millions d’autres complices attendent un serment ou une clarification), mais la volonté y est et probablement avec elle, la prise de conscience qu’elle n’est qu’un maillon d’une histoire et d’un mouvement plus large, mais qu’elle peut défendre (sur ce critère, le CV est abondant) et servir en accompagnant son renouveau. J’espère qu’elle ne prendra ni la grosse tête ni le leadership des dogmatiques de service, l’urgence n’est pas dans les épopées personnelles ou la rédaction d’un plus faste roman de la vie politique. Pourvu que tout cela soit un peu plus qu’une revanche de Carpentras.


LE FN DE DEMAIN : QUITTE OU DOUBLE

3 Juin

Le FN post-2012 sera-t-il un grand mouvement d’émancipation populaire ou, en tant que valet de la droite libérale, un nouveau leurre ? C’est probablement le plus grand des dilemmes à résoudre en cette année électorale qui était l’une des dernières occasions de renverser ou au moins ralentir les processus et les hégémonies en cours. Même si on peut s’en désoler pour des raisons d’idéologies (les flirts douteux de Jean-Marie Le Pen), conceptuelles (les contradictions internes et notamment sur le gaullisme et le libéralisme) ou pragmatiques (difficile d’assumer un passif et une défiance aussi péremptoires), le Front National est le seul outil dont les Français peuvent s’emparer pour servir leurs intérêts propres (intérêts patriotes ou intérêts  »de classe » pour l’ensemble d’entre eux). Mais pour que le Peuple puisse s’approprier le FN en passant outre les prescriptions de masse administrées par quelques élites financières, médiatiques et culturelles, il faut que le FN devienne lui-même pleinement un mouvement transversal, ou les postures outrancières sur des sujets moraux et sociétaux soient relégués au second plan. Les électorats du FN doivent dépasser leurs menues différences, qu’elles concernent leur religion, leur conception du sacré, de l’école, des mœurs, ou même les principes séculaires de laïcité ; le périphérique doit être pris en compte mais s’incliner devant l’essentiel, la souveraineté populaire et l’indépendance nationale. Car de ces notions dépendent la survie, c’est là qu’est l’urgence immédiate.

Vers un FN assimilé et dénaturé par la bande à Copé ?

Risque majeur : le FN post-2012 peut devenir l’aile rurale-populiste d’une extrême-droite néolibérale, actuellement aux manettes (quoiqu’elle ait, il y a deux semaines à peine, cédée la place à son équivalent sociétalement et nationalement laxiste). Le bloc de substitution qui assumera la place de l’UMP pourrait avoir recours à ce FN en plein essor pour en faire sa béquille et la caution d’une ouverture attestant de sa bonne foi. A la façon du PS d’un côté et de ses satellites de l’autre, une telle droite gouvernementale peut répartir les rôles et accentuer les sensibilités d’un bord à l’autre : en marge de l’UMP libéral, le FN aura son rôle de droite populiste, archaique et xénophobe, sorte de boîte de Pandore perpétuellement effleurée pour mieux servir le jeu du clivage gauche/droite. Or il n’est pas question de nuance : l’UMP et le FN n’appartiennent pas au même univers politique et il n’y a guère que sur le plan local (avec des élus d’envergure modeste) que des ponts peuvent se créer sans que le FN soit compromis.

En lui accordant une caution  »populaire », en en faisant le mouvement de l’homme du quotidien alors que c’est celui qui se couche le mieux devant les orfèvres de son aliénation, le FN peut devenir le jouet de l’UMP et par extension de tout le système politique. Un jouet redevable qui plus est, accédant à des mains-tendues qui seront autant de cadeaux empoisonnés ou d’actes symboliques : postes notoires grâce à des alliances, parts de Proportionnelle.

Il s’agirait alors d’un FN légitimé, dédiabolisé et effectivement plus tout à fait d’  »extrême-droite », mais plus dangereux et néfaste que jamais, puisqu’il partagerait le pouvoir pour abandonner méthodiquement ses combats et ses visées nationales en les travestissant d’excès de rages sous contrôle, d’anti-intellectualisme, anti-parisianisme et anti-élitisme. Désormais établi, le Front National serait moins facile à accabler et la critique serait nuancée, mais avec des arguments paradoxaux : ce FN assimilé à l’UMP serait un parti « facho » mais raisonnable, respecté car normalisé jusque sur le plan économique et social, la clé de l’intégration étant l’abandon de l’intention politique au profit de la posture (adhérer au théâtre ou se des performers et des metteurs en scène se jouent des dupes et des idéalistes). 

Rénovation du FN : reculs et hésitations de Marine Le Pen

Si la candidature de Marine Le Pen a suggérée une rupture possible et suscité l’espoir, la dernière partie de sa première année de chef de l’opposition « à l’UMPS », c’est-à-dire le temps de la campagne intensive, rend davantage sceptique. A plusieurs reprises, MLP a semblé tout gâcher, pas tant en « revenant aux fondamentaux » comme aiment à le dire les journalistes à chaque petite saillie polémique, mais plutôt en surfant sur l’islamophobie galopante et le populisme à la petite semaine, ou les sujets périphériques -justement!- prennent le pas et les effusions de comptoirs sont légitimées sans autre forme de procès ni de regard critique ou analytique.

Dans sa critique du Mondialisme et surtout, très concrètement, de l’aliénation des peuples par la dette et les principes économiques néolibéraux, Marine Le Pen a considérablement étoffé et précisé le discours global du FN. Ces vues nouvelles, ou plus élaborées, qui ont rendu son offre plus riche et plus crédible, doivent beaucoup à son entourage récent, l’ex-chevènementiste Philippot en tête ; on a pu retrouver également des perspectives très « soraliennes ».  Mais en février-mars, moment d’un tassement dans les intentions de vote, ce virage arrive à son point de rupture ; soit le grand-public assimile doucement le nouveau FN, qui lui est en voie d’accomplissement, soit Marine Le Pen revient à des thématiques plus triviales ou offensives. Le choix est cornélien, surtout que les propos de Marine Le Pen, d’habitude raillés ou condamnés, sont jugés avec condescendance, chacun s’empressant de déclamer combien il juge son programme économique aberrant ou farfelu – sans jamais, naturellement, soutenir le jugement par quelques précisions (Lapix tente de s’en charger mais choisit une approche partielle, plongeant dans des détails éparses, pointant les calculs sans évoquer les principes). Pour le reste, l’aspect showman de MLP est mis en avant, de même que ses réparties les plus brutales ; aux figurants de booster l’animation. JM Le Pen est d’ailleurs assez plombant pour sa candidate, les proches de Gollnisch lâcheurs et médisants (alimentant la rancœur des traditionalistes et des lecteurs de Rivarol à l’égard de Marine Le Pen) ; et puis il y a Mélenchon, l’inespérée roue de secours et cerbère de confort.

Depuis, Marine Le Pen a souvent semblé céder à son aile réac-populo, ou au moins lui accorder la priorité dans la hiérarchisation des sujets. Elle qui s’illustrait en nationale-républicaine, parfois acrimonieuse ou acerbe, a notamment cédé en laissant son programme économique alternatif et protectionniste être minimisé ; elle s’en détourne pour le laisser à ses lieutenants (le timide Nicolas Bay ou le sous-estimé Julien Sanchez). D’ou la contradiction : lors de la validation en catimini du MES, elle tient l’aubaine même, l’acte de trahison des élites agissantes et politiciennes qui est le parangon de sa dénonciation, tant d’un point de vue général (en tant que formation contestataire ou anti-européenne) que spécifique (« l’europe-passoire » – terme repris tel quel par Sarkozy pour les besoins du second tour). Effectivement, elle le dénonce avec virulence… ponctuellement ; puis plus rien et c’est aussitôt l’heure de dévier vers le Halal. Par cette diversion, Marine Le Pen s’est accommodée du rôle de droite populiste de service. C’est moins un rôle de composition que de circonstance, car elle se l’accapare faute de mieux, à la fois par stratégie et par nécessité de faire quelques concessions à un « système » qui justement la restreint lorsqu’elle pose des desseins cohérents et réellement offensifs. 

Sauf que l’incohérence est là, qui révèle les limites, peut-être du courage ou de la sincérité clameront certains, mais surtout de la marge de manœuvre de Marine Le Pen. Malgré son indépendance et la machine rôdée qui la soutient, elle n’est pas (pas encore ?) en mesure d’épanouir sa pensée et d’affirmer ses ambitions.

Ainsi, l’ouverture au FN des médias mainstream se fait ; et c’est Louis Aliot qu’on invite sur France2. Aliot, le beauf  »de droite », caricature de petit-bourgeois médiocre et parvenu grâce à son réseau de beaufs roulant des épaules, est reçu sur tous les plateaux, accueillis dans les matinales des radios prestigieuses, s’invitant éventuellement à la table des intellectuels et des polémistes pour se faire ambassadeur du Front National et des 18% d’électeurs sur lesquels il s’appuie volontiers, en général pour légitimer ses lubbies basiques. De type chasse-fric-beaujolais-antiburka. Aliot est l’incarnation de cette droite rance, cynique et matérialiste, qui est le pont entre le FN et l’UMP : d’ailleurs, il se garde bien de dévaloriser l’UMP, préférant faire de « la gauche » une déviance, tout en confondant, jusqu’à l’incohérence, toutes les composantes de cet ennemi figé et gratuit. En laissant se développer une telle rhétorique en son sein, le FN risque, de lui-même, l’enfermement dans les dualités et les schémas du « système » qu’il réprouve ; or on ne peut pas emprunter ses outils à celui dont on fait par ailleurs son inversion sur-mesure. Les qualifications de « rouge », de « bolchéviques » ou « communistes » fusent ; c’est compréhensible de la part de Jean-Marie Le Pen qui, dans sa jeunesse puis au cours de sa carrière politique, a vu l’hégémonie de l’URSS et le vertige du communisme. Mais quand Louis Aliot fait de cette Gauche archaïque, qui plus est marginale et vidée de sa substance, une menace, c’est le grotesque et la diversion absolue. Car ainsi il se choisit un adversaire facile et consensuel, voir carrément inexistant, le communisme absolutiste évoqué n’existant plus que dans les fantasmes du plouc de droite financière ou de la droite rétrograde. Ces deux droites antisociales, confondant inculture et esprit populaire, liberté et aliénation volontaire et qui sont en contradiction, tant avec la ligne majoritaire de Jean-Marie Le Pen que celle de Marine Le Pen. Le problème du clan Le Pen, c’est ses mauvais rejetons, qui feraient mieux de s’occuper de la vitrine plutôt que de vouloir s’approprier la boutique.

Encéphalogramme plat et dépression conceptuelle : les ploucs sont de chaque côté

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