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CONVERSATION SECRÈTE ****

22 Oct

conversation

4sur5  Réalisé entre les deux premiers Parrain et cinq avant Apocalypse Now, Conversation secrète est l’un des meilleurs films de Francis Ford Coppola. Cette Palme d’Or cannoise de 1974 a déjà les atouts esthétiques de celle de 1979 (Apocalypse Now) et raconte comme lui la solitude d’un homme coupable et aliéné, basculant sinon dans la psychose, au moins pas loin du délire, cela sans jamais quitter le sol commun. Conversation Secrète recèle de séquences profondément troublantes, en relation avec le dialogue entre cet homme et le monde extérieur.

Harry Caul est un spécialiste de la filature, joueur de saxophone à ses heures. Il suspecte un couple de déguiser un projet de meurtre sous des conversations banales leur servant de code. Développant une obsession au sujet de cette affaire, il sent une menace, dans lequel il tient un rôle indéfinissable. Dépourvu du moindre humour, le film évolue sur cette solitude mentale et aboutira à des séquences proches de l’horreur, des passages à la lisière du cauchemar et de l’hallucination. Ambiance De Palma claustro.

Avec Conversation secrète, Coppola partage certaines fixations anxiogènes de Polanski, une propension au huis-clos, à la peur et au vertige existentiel. C’est un film très étrange, extraordinairement sombre, apparemment explicite, carré, mais sentant l’opacité. Les forces du complot ont gagné : la lecture n’est pas politique, elle est plutôt technologique. Ceux qui ont les armes et les masques pour les utiliser dominent dans l’ombre et font des autres leurs pantins. Il n’y a pas de mur pour les pantins, tant qu’ils n’ont pas le germe du doute.

D’une part, c’est le règne d’un climat paranoïaque où la réalité est proche d’une terrifiante fantasmagorie. Il faut vivre en se sentant à disposition de forces planquées, au sens propre (écoute) et au sens large, finalement. Insécurité partout, intégrité et intimité inexistantes. À cette prise de conscience de pouvoirs occultes et de leur assise technique s’ajoute celle de la mesquinerie de tous. Dans cette prison, même ceux vivant dans l’illusion sont cruels gratuitement et somme toute, ils sont disposés à vous moquer et vous détruire.

Percevoir ce manque d’égard pour votre personne empêche de s’épanouir et de traiter le monde avec une rationalité éclairée. En même temps, les éléments dont vous disposez sont intuitifs et les quelques manifestations concrètes peuvent être relativisées par les autres, ou au contraire confirmer cette réalité vraie. Mais percer le voile de l’hypnose vous expose tout en vous isolant ; et ceux situés dans l’entre-deux pourraient même vous en vouloir à mort. Puis il y a un autre niveau : toute cette angoisse est nourrie par votre culpabilité.

Il y a la peur d’être pris en défaut et de rendre des comptes sur des attitudes non-éthiques, puis celle d’être abusé comme vous-même avez abusé. Vulnérable, Harry est aussi comme un sociopathe craignant que tous les autres soient disposés comme lui ; et réalisant que d’autres esprits malveillants l’observent, comme lui a observé des vies en toute impunité. Dans Conversation secrète, les progrès technologiques sont le masque de la domination et ils rappellent que vos droits ne pèsent rien devant les facultés techniques d’organisations malveillantes.

Note globale 83

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Le Voyeur + La Vie des autres + Blow Up + Blow Out + Le Conformiste + Hellraiser le Pacte + Snake Eyes   

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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MINI – CRITIQUES : MUBI (2)

4 Oct

Le révélateur *** (France 1968) : Second film (suivant Marie pour mémoire) de Philippe Garrel, à seulement vingt ans ! Tourné en Allemagne immédiatement après les événements de mai 68, avec Laurent Terzieff, ce Révélateur est un opus notable aux rayons ‘expérimental’ et ‘arts & essais’. Il présente un onirisme plus ou moins terrien, domestique et existentialiste ; est probablement bercé de psychanalyse, ou ouvert à la chose.

Autour d’un enfant d’abord secoué voire effrayé par ses parents, traîné par eux dans leurs escapades, les libérant parfois. Leur relation, leurs gesticulations sont un spectacle et une source d’éveil ou de distraction pour lui. Il est au chevet de parents vivant dans la peur, que lui ne comprend pas ; comme eux fuient le monde, lui se détachera bientôt de ces malheurs et ces menaces supposées dont il ne voit que les effets.

Triomphe de l’enfant, de son élan vital et de son optimisme ; sur des parents déboussolés, parfois l’utilisant, à d’autres moments tentés de l’abandonner et se retrouver. (64) 

Les hommes qui marchent sur la queue du tigre * (Japon 1945) : Quatrième film de Kurosawa, entre suspense (besogneux) et comédie (ultra-pudique sauf pour les mimiques). Tout est ultra-appuyé (farces, faciès, symboles), les longueurs s’accumulent, parfois sans raison. Tiré d’une pièce de théâtre, en garde l’esprit et les raideurs obligées, la lourdeur du mouvement. Faible intérêt pour l’espace, sauf au début et via la micro-exception finale.

Resté censuré par le gouvernement d’occupation américain jusqu’en 1952. Clairement le moins bon de Kurosawa vu à ce jour. ‘Tora no o wo fumu otokotachi’ en VO, ‘The men who tread on the tiger tails’ en anglais et ‘Qui marche sur la queue du tigre…’ sur MUBI. (38)

Le lit de la vierge * (France 1969) : Errances froides à rallonge, débouchant sur beuglages de Pierre Clémenti – appelant « mon père » à son secours, car il voit bien qu’il n’arrive à rien. Sinon, divers échecs assortis de cris de terreur, pour illustrer le désarroi du Christ de retour aujourd’hui. Pas de confrontations, pas de séquences avec ou sans moralité, prise de conscience – mais des successions de monologues décalés et de saynètes allégoriques obscures.

Bref, c’est en plein dans ‘l’expérimental’ complaisant avec substrat intello ‘mystique’ – ça en emploie toutes les recettes, jette peut-être plus de mots que la moyenne. Ce qui en distingue plus nettement est le niveau technique – confirmation d’une photo de qualité propre aux travaux de Garrel, après Le révélateur (Michel Fournier déjà à la tâche) et avant Les hautes solitudes.

La recomposition familiale est fidèle : le père est Dieu, le fils et ‘l’homme’ (conscient, émotif, probablement) sont en Jésus. Même actrice pour la (mère) vierge Marie et pour Marie-Madeleine : ohlolo la psychologie des profondeurs est de sortie !

Tourné en Bretagne au début puis à Marrakech. Un peu de musique locale, ou de hippie avec Nico pour le vocal. Au même moment, Bunuel livrait une autre version athée d’un tel phénomène, parmi les sketches et hérésies distanciées de La voie lactée. (28)

Un conte de Noël ** (France 2008) : Premier contact avec le cinéma de Desplechin. Reste aimable malgré la longueur et les remous. Deuxième de la trilogie Dédalus, autour d’une famille bourgeoise parisienne, genrée artiste – à ses heures catho dissipée (se reposant sur les vieilles traditions pour digérer leurs soirées). Ambitionne Bergman (dernière période) ; un Fanny & Alexandre au présent.

Amalric tient le rôle d’un canard boiteux et fier de lui. Il laisse quelques-unes des meilleures répliques à sa ‘mère’ Deneuve, en besoin de greffe. L’ado, Paul, présumé ‘fou’ apparaît surtout à terme comme un égaré mou. Anne Consigny joue une connasse, de type chouineur, haineux et pseudo-moral. Emmanuelle Devos ressemblerait à Angela Basset : what the fuck ? Divisé en trois, ce conte aurait donné un soap sans suspense. (50)

Chien enragé ** (Japon 1949) : Kurosawa tourne avec sa star Mifune et son camarade Shimura. Mifune joue un détective moralement embarrassé par l’arme d’un crime. Kurosawa l’a dirigé juste avant pour L‘Ange Ivre, ils sont aux débuts de leur riche collaboration (16 films).

Malheurs, menaces sur la vie, tentation du laisser-aller ; l’irruption du ‘Mal’ et de la corruption dans la vie (professionnelle) ; traversée de la misère ; période de canicule, sensations d’écrasement, fatigue générale et irritation.

Assimilable aux ‘films noirs’ anglo-saxons, ce qui valide le préjugé du Kurosawa cinéaste nippon américanisé. (62)

Signes de vie ** (Allemagne de l’Ouest 1968) : Premier long-métrage d’Herzog, en noir et blanc comme son court Herakles. Un soldat allemand bloqué sur une île refuse l’inaction. De quoi devenir un symbole des ‘ratés’, égarés, mis à pied, s’obstinant à gesticuler.

Le documentaire amorphe l’emporte sur le portrait ou l’introspection. Herzog se place et nous embarque en témoins inclus dans la torpeur, tranquillement hagards et extérieurs. Sa signature est bien présente : cette approche ‘brute’ montre son style à l’état mal dégrossi, l’intérêt se porte déjà sur les élans grandiloquents et stériles d’un inadapté.

La révolution absurde à la fin, quand il est arrivé en état de se faire interner, relève du beau geste. Cette tentative spectaculaire de quelques secondes affirme un peu le goût de la grandeur travaillant le soldat. Par son inanité c’est la démonstration de son impuissance. (52)

Après la nuit * (Suisse 2013) : Dans les bidonvilles créoles, action à Lisbonne, essentiellement nocturne. Embrouilles, (semi-)ghettos, gangs et trafics, misère modérée, etc. Une certaine routine. Un dealer à machette défile au milieu en posant régulièrement une trogne mélancolique. Pour les gens qui ont aimé le côté Cité de Dieu dans Madame Sata. Techniquement correct, mais inaccompli en tant que documentaire et raté (bâclé ?) en tant que fiction. (26) 

Tropical Malady *** (Thaïlande 2004) : Découverte d’Apichatpong Weerasethakul. Première partie sentimentale, seconde glissant dans le fantastique, le tout sensoriel à plein régime, avec dream-pop en bande-son. Film ‘d’esprits’ mystiques – et film de fantômes atypique.

Un des deux gays/protagonistes évoque son oncle qui ‘verrait’ ses vies antérieures – c’est l’annonce d’Oncle Boonmee, Palme d’or 2010. « Monsieur a l’air très heureux aujourd’hui » / « c’est normal c’est jour de solde » : universalité des clichés ? (66) 

Nuits d’ivresse printanière ** (Chine 2009) : Film chinois (de Lou Ye) rempli de trucs occidentaux typiques (la femme qui le fait suivre, les photos sur le portable, gnangnanteries) ou almodovariens (l’un des types se déguise dans des bars). Histoires qui se croisent et se confondent un peu, accumulations, dans un style aérien et sensuel. Plutôt random, mais généreux pour les scènes de ‘craquages’ et frontal (autant que possible) pour les scènes actives et nues.

+1 pour la claque lors de la grosse crise, mais annulé par le +1 pour le pétage de plomb de la fille au bureau. (48)

Gosford Park ** (UK 2001) : Chez les aristos anglais dans les années 1930. Mon premier vu d’Altman. Sur les deux heures, ne fait que présenter des personnages (très nombreux – s’agit-il du pilote d’une grande série ?) ; l’enquête s’ajoute sur les derniers trois quart d’heure. Gros casting, caméra ‘aérienne’, compositions et technique de haut niveau. Sorte de cinéma de chambre étendu à toute la grande propriété, avec toute la vaste faune des variétés de nobles ou riches et de servants – et de la dissidence là-dedans. (50)

La forteresse cachée *** (Japon 1958) : Un des Kurosawa les plus accrocheurs (probablement même plus que Vivre !, mais derrière Le garde du corps), plus compatible avec un public jeune et/ou occidental et/ou actuel. En contrepartie, La forteresse est moins intense et mystérieux que son Château de l’araignée. Mifune y devient sérieusement badass. Film d’aventure incluant la comédie (les deux acolytes pleutres, ouvrant la séance sur un échange d’injures). (68)

Les nains aussi ont commencé petits *** (Allemagne de l’Ouest 1971) : Un an avant son voyage au Pays du silence et de l’obscurité, Herzog dégote déjà des individualités anormales, prises en groupe. Il nous présente une communauté de nabots fêlés, limite déments, en rébellion contre le directeur du pensionnaire (frappé de la même infirmité). Gueules de vieux, propos d’ados sous substance et attitudes d’enfants fous. Cynisme, ricanements et pétages de plombs à foison (avec un soupçon de cruauté envers les animaux). En noir et blanc, comme Herakles et Signes de vie, premiers films du réalisateur d’Aguirre. Digne des Midnight Movies de la même décennie, mais redondant et finalement bien lent. Tournage à Lanzarote (îles Canaries). Musique pénible. (68)

L’enfer de la corruption / Force of Evil *** (USA 1948) : Tourné par un cinéaste inquiété pendant la phase maccarthyste, ce film perçu comme anticapitaliste est une des références fondatrices déclarée de Scorsese. En plus d’être très court il a un style rapide, droit au but, qui le rend très dense sans sacrifier la lisibilité.

En contrepartie il est schématique. Sa rigidité l’amène à s’affadir continuellement sans s’autoriser de relances (pas ou peu de nouveaux éléments), en suivant la déchéance des frères – il paraît alors surchargé et insensible à ses personnages/prétextes. Les dialogues sont excellents et les vingt premières minutes pleines de durs, qui se fâchent vite.

C’est un bon film sur la paranoïa à échelle individuelle, de l’individu dans la société (pas de la parano ‘psychique’ ou proprement psychologique) – celle d’un type abîmé dans les méandres de la corruption, des trafics, des abysses au cœur de la ville-lumière – pas un tourmenté par des penchants naturels, mais bien par la réalité.

Avec cet accent sur le capitalisme ‘parallèle’ (beaucoup de cette sorte d’euphémismes et de déclarations indirectes), Force of Evil rejoint la mouvance de film noir sans être représentatif et anticipe effectivement les films d’argent de Scorsese. Il est peu comparable aussi en tant que films de gangster, à cause de sa façon surtout discursive de montrer l’entrepreneuriat et sa culture de la prise de risque pervertis. (70)

Fata Morgana * (Allemagne de l’Ouest 1971) : L’intro le garanti, ce sera répétitif – mais c’est normal et ce n’est que faux-semblant, ça c’est le titre qui l’indique. Herzog s’est embarqué dans un délire proche des mondo movie, dont résulte une espèce de doc hippie dark (la musique est de leur milieu, pas d’Afrique traditionnelle).

Des blancs manifestement stones (on en trouve plus dans la partie III-L’âge d’or), des autochtones blasés/indifférents et trois pauvres animaux : un fennec/renard des sables attaché par un enfant, un varan (interminable), une tortue barbotant. Tout ce brave monde s’encroûte dans les déserts africains, élu pour l’occasion théâtres des illusions humains et mensonges religieux. Le retour ‘chez nous’ (en fait, à Lanzarote – où Herzog a également tourné Les nains aussi) se résume à un passage pseudo-festif (en plusieurs temps, naturellement).

Symbolisme lourd à l’appui : dans la partie I-La création, alors qu’une vieille radote en voix-off sur la création des animaux, la caméra balaie une zone jonchée de cadavres de bovins, desséchés, vidés, atomisés. Les textes appartiennent à la mythologie maya, chapitre invention du monde. (42)

Le beau Serge *** (France 1958) : Premier film de Chabrol, à 28 ans. Brialy est de retour dans le village (de la Creuse) où il a grandi. Devenu un citadin, il a été malade récemment et doit « vivre au ralenti ». Son ancien ami (par Gérard Blain), un alcoolique et père d’un trisomique vite avorté, a honte de ce qu’il est (devenu) : un raté.

On voit le film aux côtés de François/Brialy, dont les voisins seraient « comme des animaux (…) on a l’impression que vous n’avez aucune raison de vivre ». Il y a du vrai mais c’est négliger la frustration à refouler, pourtant manifeste chez les aigris du bar comme chez d’autres petites gens (pas tous). Son ami est plus clairement affecté car il a eu le tort d’espérer. Le ‘bon sens’ voudrait qu’il parte : mais ‘à quoi bon’. L’impuissance, le ressentiment et le dégoût s’opposent plus souvent que la peur à un grand départ, à une tentative d’épanouissement.

Le film se dilue un peu autour de la bagarre. L’orientation finale est un peu improbable, avec ses parallèles christiques. Détail regrettable : si on ne nous disait pas à plusieurs reprises au début qu’Yvonne est moche, on ne s’en rendrait pas compte (elle est jouée par Michele Meritz). (72)

Les Cousins ** (France 1959) : Reprend le duo du Beau Serge (et quelques acteurs secondaires). Cette fois c’est Blain qui s’invite et Brialy le receveur – le campagnard vient à Paris. Chez les jouisseurs-branleurs, avec un exemplaire vivant comme un prince, mais aussi un beau bal de mondains hédonistes et à la marge des variétés de jeunes pédants – et aussi de vieux !

L’histoire d’une inadaptation, de sentiments et scrupules débiles, d’une grande perte de temps. La photo et la mise en scène sont typiques d’une certaine qualité d’époque, un peu plus raffinées que l’ensemble du cinéma de Chabrol à venir. Blain apporte un contraste sans lequel l’ennui l’emporterait. (58)

Entre le ciel et l’enfer *** (Japon 1963) : Un des rares Kurosawa post-Sept Samouraïs se situant un des rares dans le présent (comme auparavant Vivre et L’ange ivre). Fait partie des polars (comme Les salauds dorment en paix), versant un peu moins célébré de son œuvre.

Quasi huis-clos (dans la grande maison) pendant la première heure. Tourne alors autour du refus de payer de Gondo et de sa position (sociale et de dominant au sens large) à tenir ; il a peu de considération à côté, indifférent en dernière instance – et la raison comme ses besoins familiaux l’y autorisent, seuls des ‘grands principes’ pourraient s’opposer. La deuxième heure est centrée sur l’enquête et la capture du criminel, qui aura la parole au dernier acte, dans un face-à-face éclair avec le riche désargenté devant le rebelle damné.

Les enjeux moraux et sociétaux dominent sans trop vouloir se déclarer, laissant l’action voire l’intrigue flotter. Ces enjeux s’expriment principalement via des discussions matérialistes et relatives à la hiérarchie. Fait beaucoup de démonstrations et de mystères pour retarder l’inéluctable et l’antagonisme convenu. L’autorité tergiverse seulement pour des raisons pratiques, à cause de la pression ; le reste suit ; finalement l’édifice pesant sera effectivement ébranlé, au détail voire peut-être dans quelques consciences, mais trop vaguement pour secouer les nôtres et plus encore celles des acteurs de cette société.

D’où un aspect Hugo light, plus posé et emprunt de recul, mais sans gains en pertinence pour autant. Ce film pourrait se décliner ‘facilement’ au théâtre, mais donnerait a-priori un résultat très rigide : dialogues abondants, directs, chargés, quasiment tout passe par eux (pour l’essentiel du reste, par les acteurs). Sans musique, informatif et ‘réaliste’. Côté ravisseurs et victimes, personnages compliqués et ombrageux, lourdement ‘typés’ ou intense. Une scène en train assez audacieuse pour l’époque. (66)

Cœur de verre *** (Allemagne de l’Ouest 1976) : Herzog nous présente des pseudo exaltés de Bavière au XVIIIe, sur la pente de la religiosité délirante après que le souffleur de verre, maître de la seule activité apportant une ‘valeur ajoutée’ au village, soit mort avec son secret.

Approche en deux hémisphères : dans le village, avec la folie et l’exaltation collective ; une approche ‘cosmique’ en marge. Ce second versant vient finalement nourrir le second, en étant infiltré par un élan scientifique et en voyant le chemin pour la reprise de l’espoir et ‘la foi’ de cette petite région.

Ce film a simultanément l’apparence d’un documentaire et d’une digression mystique. Les lieux sont magnifiques mais pas spécifiquement allemands (tournage dans la forêt de Bavière, aux USA, en Irlande, en Suisse).

Les acteurs tourneraient sous hypnose, à l’exception du vacher aux prophéties apocalyptiques. Bonne bande-son, plus typique. (68)

Un baquet de sang *** (USA 1959) : Film d’horreur léger, grotesque, doucement sarcastique et satirique, signé Roger Corman. Un type falot (quoique l’acteur soit inapproprié – hiatus en tout cas sur les premiers plans), qui a tout du larbin mais avec des rêves, aspire à la reconnaissance de ses pairs (beatniks) et du monde (rempli de femmes). Dès sa première ‘réussite’ il se voit en ‘artiste’ et enfin les autres sont là pour valider, au lieu de le rabaisser.

Malgré ce protagoniste on rit mais sans grands éclats. Ce film est d’abord une curiosité où l’art du recyclage domine à tous les degrés. Il est clairement sous influence de Poe, auquel Corman s’apprête à consacrer une série de libre adaptations où défilera Vincent Price.

Nous sommes trois ans avant le carnage gore Blood Feast ; ce film-là est assez cheap et régressif, y compris dans son rapport à la violence. Les premières morts (du chat et du flic) sont stupides : le chat, déjà empaillé, le flic, vite abattu (et planqué au plafond par un avorton en panique). Le ton est à la fois ironique et enfantin à l’égard des émotions ou aspirations des personnages, y compris par rapport au milieu des laudateurs d’ ‘artistes’ et ‘créatifs’ (des jeunes, souvent toxicos ou avec du temps à perdre, qui ne conçoivent pas d’autre expression du génie). (68) 

La petite boutique des horreurs ** (USA 1960) : Assez connu grâce à la présence, pourtant mineure, de Jack Nicholson (client du dentiste ‘alternatif’) dans un de ses tous premiers rôles (sept ans avant de contribuer à The Trip comme scénariste). Mauvais goût, délurés et ‘drogués’ ; c’est un parent innocent de John Waters, encore en plein dans l’optimisme généralisé. Comédie hystérique : les appels de la plante (« feed me » de petit animal de cartoon) ; les tronches d’ahuris ; le dentiste fou. Le gore est surtout verbal et lorsqu’il est physique, c’est très pudique et artificiel (la fin avec les têtes à fleurs). Le remake est plus trivialement et ‘pulpeusement’ ‘haut-en-couleur’. (52)

Alexandra *** (Russie 2007) : Traitement indirect de la guerre par Sokourov. Centré sur une vieille de passage dans un camp militaire (en Tchétchénie) où se officie son petit-fils. Elle déambule, s’interroge sur l’état du monde présent et fait son examen de conscience. Chez les soldats et le peuple occupé, elle constate la frustration ou l’accablement de tous – il reste encore la foi ou l’habitude. (72)

Barberousse *** (Japon 1965) : Un des plus fameux Kurosawa, particulièrement respecté sur Sens Critique (influence de Torpenn, le ponte originel ?). Durée-fleuve (trois heures).

Toshiro Mifune est dans le rôle-titre du médecin « humaniste » parfait, montrant à l’occasion une forte aptitude à coller des gnons. Le film accepte l’idée d’extraire du bien dans le mal – valide les sombres raisons poussant à l’altruisme.

Deuxième partie (après l’entracte) consacrée au ré-établissement de l’ex-domestique. Quelques moments avec ‘le souffle de la mort’ rapprochent ce film de La gueule ouverte de Pialat. (72)

Dernière femme sur Terre ** (USA 1960) : Sorte de vaudeville post-apocalyptique (d’une apocalypse instantanée, 100% bis de foire). The last woman est ravissante, le style aidant. Le reste ne vaut pas grand chose : trop lent, ménageant une petite tension qui ne s’épanouit pas. Une certaine ambition anime les dialogues mais au mieux elle pousse à conclure : décidément les Hommes manquent de savoir-vivre. C’est donc un petit Corman, agréable quand même, représentant typique du ‘tout ça pour ça..’. (44)

La Créature de la mer hantée * (USA 1961) : Rempli de détails loufoques, change plusieurs fois de direction. Des incongruités vaguement relevées, des pics d’humour (avec Betsy Jones-Moreland, déjà présente dans Dernière femme sur Terre, opus de Corman sorti en 1960).

Monstre rare (une apparition éclair avant sa parade des dernières minutes) et digne d’une poupée moisie de marché aux puces. À la limite de l’amateurisme avec des tendances chaotiques – part totalement en vrille sur l’île. Pourtant c’est à la même période qu’était produit The Pit and Pendulum.

Mon premier 3/10 depuis un mois avec Chez nous et Le missionnaire. (32)

Toni ** (France 1935) : Avec des abrutis du midi (Toni est un immigré italien qui travaille auprès des autochtones) et une pauvre Marie. Tiré des notes d’un projet de roman (de Jacques Levert) et produit par Marcel Pagnol. Confirmation de mon ‘incompatibilité’ avec l’œuvre de Jean Renoir. Néanmoins j’ai eu de la sympathie pour les décors, les trois ou quatre protagonistes – et de façon générale, c’est relativement divertissant (ça se veut aimable en premier lieu puis tragique) et la grossièreté des personnages finit par les rendre intéressants. (48)

The Terror/L’Halluciné ** (USA 1963) : Anciennement traduit en ‘Le château de la terreur’. Assez malmené dans les avis/notes spectateurs, probablement car fauché et décousu. Ré-utilise les décors de films précédents de Corman (Le Corbeau et peut-être aussi La Malédiction d’Arkham) ; une pratique courante chez lui, l’hyperactivité étant à ce prix.

Typique du style Corman et d’une certaine esthétique gothique et un peu ‘folklorique’ vendue sous format ‘train fantôme’. Dégage un charme enfantin dès son excellent générique d’ouverture. Histoire alambiquée et traitement superficiel, alourdi par son programme et sa naïveté au fur et à mesure. Une sorte de film ‘de série’ à la fois exquis et régressif.

Premier film où Nicholson est en tête d’affiche ; également sa troisième apparition chez Corman (il a un petit rôle dans La boutique des horreurs de 1960) et la seconde collaboration entre Corman et Francis Ford Coppola. (62) 

Cashback ** (Royaume-Uni 2007) : Prolongement du court-métrage (2004) éponyme réalisé également par Sean Ellis. Esthétique éclectique, d’une originalité marquée par l’air du temps ; entre le romantisme post-ado deux ans après Eternal Sunshine et l’ironie tendre, à base de lourds archétypes, d’excentricités très marquées et d’une once de potache mise à distance du cœur – la poésie du protagoniste et ses grands élans restent épargnés. (54)

Les ailes du désir ** (Allemagne de l’Ouest 1987) : J’en avais vu le remake, La cité des anges, dans des conditions qui ne me permettent pas de m’en rappeler. Je n’avais pas aimé mais il pourrait fournir une expérience plus agréable que cette séance-là. Ce film, que je souhaitais voir depuis les débuts de ma cinéphilie (à cause du titre, de l’affiche et de l’étrange notoriété) – mais qui ne m’intéressait pourtant pas, ne décolle jamais. On comprend le désarroi et la blasitude de l’ange. Il y a donc un concept original et ses illustrations bout-à-bout. Le film est froid mais s’il prenait la visite de l’ange totalement ‘à chaud’ ce serait aussi stérile et non-attractif. Ambitieux et somptueux (en principe) mais aussi pompeux et assommant (dialogues, narration, propos et postures). (48) 

Du rififi chez les hommes ** (France 1955) : Adaptation d’un polar d’Auguste Le Breton, suivie de trois autres dérivés pour le grand écran et deux autres en romans. Festival de l’argot et intrusion dans les ‘bas-fonds’ et les mafias de Paris. Si ça vous plaît mais qu’à raison ça vous semble tiède, voyez plutôt Port du désir avec Gabin sorti quasiment le même jour.

Froid, poseur, besogneux, langoureux. Exilé, Jules Dassin (Démons de la liberté, Forbans de la nuit) reste un metteur en scène américain. Le fond, le scénario, sont banals, à la limite d’en devenir odieux (les personnages ‘boulets’ ou ‘faibles’ – dénigrement pas compensé par la présence de pointures en face), si tout ce manège n’était pas carrément rasant. Forcément les tentatives ‘mélo’ prennent pas. Rappelle un peu Asphalt Jungle. (46)

L’Île au trésor ** (France 1985) : De Raul Ruiz je n’avais déjà vu que L’hypothèse d’un tableau volé, au principe casse-gueule et au résultat convaincant sans être attractif pour moi. Ce film est une adaptation ouvertement autonome de L’Île au trésor de Stevenson. Le roman est cité directement une fois, le cadre et les relations ne sont plus les mêmes, l’aventure est esthétique et narrative. Atypique et audacieux, joli mais lent, trop autiste et peut-être décousu pour être pleinement intéressant. Flottant à la limite du rêve personnalisé. Farces intellectuelles ou érudites en guise de dialogues, parfois à la limite du stérile. (56)

Woyzeck ** (Allemagne de l’Ouest 1979) : Herzog se base sur la pièce inachevée de Georg Buchner (1837). Kinski s’inscrit dans un rôle plus introverti que d’habitude, plus égaré et pathétique aussi (en proie à la confusion, menacé de chuter dans la bestialité). Son personnage est un inadapté même sur les choses primaires (justifiant son cucofiage). Il se répand en laïus délirants, débuts de divagations poétiques ou énoncés ‘bon sens cryptique’.

La mise en scène tient à distance les personnages et situations. Le style est d’un théâtral atténué ou compartimenté. L’exercice tombe dans le surplace passé un certain stade, tendu genre paralysé en filant vers un dérapage final – bête et tragique, une conclusion parfaitement assortie à cette destinée.

La réduction à à peine 80 minutes paraît judicieuse – il ne semble pas y avoir énormément à proclamer ou afficher. Déjà les hauts moments dramatiques s’éternisent sans autre raison que la pose. C’est un film d’intuitions qui ne se permet, ou ne peut se permettre, de ‘grands sauts’. Pour la musique, on a pioché dans le meilleur – l’usage peut sembler décalé, car il renforce le côté aberrant du personnage, sans davantage affecter le concernant ; le lyrisme pourrait opérer en isolant la scène mais est ‘inaudible’ sinon. (62) 

La Leon * (Argentine 2007) : En noir et blanc avec quelques très beaux plans. Assez plaisant mais paresseux voire un peu crétin dans ses représentations. Le scénario est celui d’un court contemplatif de quinze minutes. Autant revoir Tropical Malady ou s’amuser avec L’inconnu du lac. (42)

Police ** (France 1985) : Le film de Pialat avec Depardieu (cinq ans après Loulou). Marceau y a moins de 19 ans, on lui ‘découvre’ un visage rond ! Plus crû et ‘bonhomme’ que le futur L.627 de Tavernier. En trois tiers : un premier d’aspect documentaire et très énergique, un dernier personnel avec la liaison entre les deux protagonistes, un intermédiaire(plus court) où l’intérêt se tasse, centré sur des situations plus récréatives ou secondaires. Pourtant quelques affaires s’y règlent ou s’accélèrent et Bonnaire gratifie Gérard et le public d’un passage nu (ses débuts, assimilée à une prostituée, peuvent déconcerter vu depuis aujourd’hui ou sans doute déjà depuis vingt ans).

Anconina avait déjà son jeu très singulier, probablement mauvais ou inapproprié ; tout ce qu’on sent face à lui, c’est qu’il dissimule avec acharnement – mais quoi ? C’est tout ce qui intrigue chez lui. Dans Itinéraire d’un enfant gâté ou La vérité si je mens, cette sorte de non-jeu ou de jeu de dupe flagrant sera plus approprié, tout en restant d’une anomalie et d’une inefficacité flagrantes. (52) 

La Cité des femmes *** (Italie 1980) : Issu du Fellini vulgaire et décadent accompli de la troisième partie de carrière. Après la première heure chez les féministes puis dans la brousse italienne, vire à la logorrhée d’images, d’aventures et de décors insolites. Maistroianni est devenu un gros bébé aliéné par les femmes (après avoir su les manipuler ou les mettre à distance dans Huit et demi).

Voyage toujours plus irréel dans les fantasmes personnels d’un homme, censés refléter des peurs et désirs propres à son genre, à la racine ou à un niveau plus actuel, face aux avancées sociales obtenues par les femmes. Quelques déviations s’y ajoutent comme lors du passage chez l’espèce de gnome avec une dégaine d’apprenti Phantom of Paradise.

Dans le même registre tentez China Blue de Russell, cinéaste dont Fellini se rapproche avec cet opus. (68)

Chronique d’une disparition * (Israël 1996) : Le premier film de Suleiman use de la caméra ‘intruse’, postée depuis la porte, la fenêtre ou l’angle opportuniste au coin de la rue, pour montrer des gens chez eux ou devant leurs petits commerces le plus souvent. Ce sont des palestiniens modestes, dans un train-train aliéné, parfois statique. Comme en marge de ce dont ils sont censés être des membres. Mais et alors ? Voilà des résidus de la civilisation, comme partout ailleurs.

Ils se robotisent à cause de ce conflit finalement plus larvé qu’effectif (vu depuis ce film), jusqu’au dernier plan où le vieux couple est affalé et indifférent devant sa télé où passe l’hymne israélien. Suleiman allonge ses symboles au lieu de chercher à ‘ajouter’. Il laisse donc de côté les possibilités en germe, comme la piste du musée et des pauvres attrapes-touristes, qu’il relie seulement à sa création pour ce qu’elle contribue à ironiser.

Un peu après la moitié, le réalisateur écrit à la machine « La conscience latente serait la Palestine » juste avant sa conférence. À l’image elle se résume en une scène avec le micro défectueux (long gag crispant), suivie par celle avec les flics pissant contre un mur. Le reste se déroulera autour de ce mec à l’air groggy et de petites poussées lyriques rabrouant l’humour malheureux. (38) 

Gémeaux *** (Argentine 2005) : Film de non-jugement (moral ou éthique) à propos de l’inceste. Donne au spectateur de multiples occasions de se ‘rincer l’œil’ – en toute innocence pour lui, avec embarras pour eux. Le frère et la sœur semblent éprouver un amour sincère, spontané et profond, qui ajoute au malaise et à la circonspection.

La réalisatrice sait montrer les non-dits et les non-sus parfois à demi-consentis.Cet amour sordide se produit au quotidien, à l’insu des parents, parfois presque sous leurs yeux. Il ne manque qu’un réveil ou quelques éléments plus crus – ou même d’avoir bien vu ce qu’on a vu.

C’est d’ailleurs par étapes que la révélation a directement lieu – en montant l’escalier puis avant de passer la porte, prenant le temps de prendre le choc comme s’il devait descendre par paliers pour être vraiment réel et vraiment compréhensible – le long d’une séquence justifiant tout ce qui a précédé pour ceux qui se seraient impatientés.

La mère parle d’inceste qu’elle soupçonne de la part du père d’Olga sur ses filles, en estimant la chose récurrente « dans certaines classes sociales » ; d’autres micro-événements peuplant le quotidien ou la télévision renvoient à la chose. Sur ce plan le film est (passivement) ironique concernant les clichés dont sont parés les pauvres – en même temps l’inceste est aussi souvent attribué à certaines catégories de riches ; cette famille-là est bourgeoise mais pas d’ascendance aristocratique évidente. (66) 

Intervention divine * (Autorité nationale palestinienne 2002) : Elia Suleiman est un palestinien qui a vécu une décennie à New York avant de se lancer au cinéma avec des soutiens européens (sa première production personnelle est Chronique d’une disparition). L’ensemble de ses réalisations sont centrées sur le vécu des palestiniens.

Dans son film le plus connu (où il s’est promu acteur principal) il évoque à nouveau l’absurde réalité des gens sous emprise du conflit et de l’occupation en Palestine. Il tartine maintenant la chose de fantasmes, ramène des images similaires, voire les duplique carrément. Du cinéma engagé allégorique sous Prozac.

Le seul fait ‘hautement significatif’ et communicable à l’ensemble des spectateurs est le passage du ballon avec Arafat (et ceux avec la fille mais ils sont déjà plus fantaisistes dans leurs visées). La photo et l’ambition dans la démonstration ne relèvent pas du discount, mais à quoi bon ? C’est un petit théâtre d’absurdistes auto-déclarés lucides sur l’abrutissement dont ils sont l’objet. L’histoire d’amour à demi-surréaliste au milieu de la grisaille est à l’image de toute la dynamique : éculée, fatiguée, même quand elle se veut forte et insolente.

Enfin ce film a son joli ronron burlesque, son humour mordant et désabusé, puis assez de symboles pour frapper l’imagination et titiller le critique. Mais la scène finale dérivée de Matrix et de la liturgie achève d’enfoncer le film dans l’auto-complaisance et la divagation ironique.

Illustration de la fraude concernant ce film en un coup-d’œil : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45261.html (42)

Passe ton bac d’abord *** (France 1978) : Du cinéma ‘vérité’, crû mais sans théâtre ni ‘décrets’ par l’écriture, à la limite du pseudo-documentaire, sur la jeunesse et sa reproduction des schémas. Enfermement dans les cycles – sans la violence (et le focus) du Family Life de Loach. On les voit devenir des adultes obtus et perplexes comme les précédents.

La direction d’acteur laisse à désirer au départ, mais en laissant-faire, Pialat obtient de bons résultats. Peut écœurer ou saouler au début et progressivement se laisse voir avec une attention froide. Pourrait être drôle ou accablant mais est trop précis et concis pour laisser ça prendre.

Ne laisse pas tout couler comme Loulou produit deux ans plus tard, qui semblera paradoxalement ‘surfait’ dans son intérêt pour les prolos et leurs aventures. (66)

MINI-CRITIQUES 3

24 Juin

Témoin muet ** (Allemagne 1995) : Essai ambitieux et haut-en-couleur, où une fille semble découvrir le tournage d’un snuff-movie. L’intro grotesque parodie celle de Blow Out, déjà sarcastique, en tirant vers la ‘dark zone’ chez Hélène et les garçons.

Cache-cache ; duperies (et faux suspenses) en présence de la police ; puis la traque et le grand piège. Au bout, rebondissements constants – donnant un avant-goût du plongeon vers la diarrhée d’action pour la dernière ligne droite du prochain film d’Anthony Waller (Le loup-garou de Paris).

Garde un côté bis très propre et sensationnaliste à la fois ; glauque et aérien, bis irréel. Le cachet photographique et plusieurs détails dans les scènes à haute tension rappellent Argento (celui de Suspiria et Opéra).

Prix du Jury Fantastic’Arts 1996, l’année où Le Jour de la bête remporte le Grand Prix. (62)

The Refrigerator ** (USA 1991) : Bouffonnerie assez colossale et très décalée. Du nanar de haute volée, souvent délié, plein d’énergie, conséquent dans ses fantaisies, avec une certaine recherche dans la mise en scène (et peu de préoccupations pour l’élévation technique). Essaie des sketches sexuels façon Nightdreams ou Dressed to Kill. Yo-yo permanent : ennuyant voire assommant, enthousiasmant la séquence d’après grâce à son culot. (52)

Contracted *** (USA 2013) : Centré sur la contamination d’une jeune fille/grande ado après une relation sexuelle peu/non-recherchée. La sanction est d’autant plus cruelle. Anxiogène et intense, unité d’action, état d’esprit ‘jeune’. La victime est prisonnière du cynisme ou de l’indifférence des autres, dont les jugements sont souvent faux ou négligents ; elle tend à être niée et objectivée. Les transformations sont spectaculaires et repoussantes même si la fille conserve, un temps, une certaine attractivité – le phénomène ressemble alors à une transition vers un état de créature désespérée (et hargneuse ?), peut-être celui d’une sirène. (70)

Impasse des deux anges *** (France 1948) : Dernier film de Maurice Tourneur, où un romantisme froid vient troubler des matérialistes épanouis. Une femme s’apprête à épouser un aristocrate, vieux con (encore frais) qui veut en faire sa chose. Simone Signoret a un jeu affecté au début ; crédible en réaliste sans états d’âmes, excessive quand elle passe en mode garçonne ; en même temps, un tel profil est vraisemblable. Idem pour l’artificialité de certains (totalement crédible vu le milieu).

Le film tire toujours des vertus de la fausseté des individus, de leurs propres mises en scène. Les dialogues peuvent être redevables de leurs absurdités et de leurs prétentions (les laïus de la vieille la jouant maîtresse des us de salon et du cynisme parfumé, les tirades de ‘monsieur’ : « Je suis pour les traditions c’est la superstition des gens bien élevés »). Spirituel, malgré un manque d’élan dans le développement. Les gens espérant de l’émotion ou des grands sentiments incarnés seront déçus. (68)

Monsieur Hire *** (France 1989) : Leconte s’approche du thriller glauque en gardant sa fibre sentimentale (la comique est exclue). Michel Blanc joue un antihéros dont le type semble être ISTJ 5w4 mais romantique (Secondaire radical, plutôt non-actif et Émotif sur la caractérologie de Le Senne). Ce protagoniste semble atypique ; il est surtout [l’asocial obsessionnel] extrême – un type triste et sombre, inhibant ses réactions, semble peu animé ou de manière très sélective.

Le film rappelle Le Locataire de Polanski, même si la comparaison le disqualifie. Éclairages contrastés, participent à un travail d’ambiance important et concluant – le scénario est presque conventionnel, le traitement de fond reste assez fade (la pudeur est probablement en cause). Très court (à peine 80 minutes). Le ‘theme’ est sur-exploité. Si vous avez aimé, essayez Willard (pour le solitaire excentrique ‘amoureux’ des souris) et Les Vestiges du jour (pour l’espèce de schizo formaliste). (72)

Visiteurs extraterrestres *** (1993) : Fait beaucoup languir mais ne se dérobe pas, sera démonstratif. Donne même une superbe scène ‘d’horreur’. Ciblé, pas de trous d’air, les moments flous ou apparemment superflus trouvent une réponse/dénégation ou une utilité. Compatible avec les attentes des fans de Spielberg et du public de Stranger Things. (68)

Killer Crocodile ** (Italie 1989) : Nanar réputé dans le domaine de la boucherie animalière. À base de croco radioactif. Comme Refrigerator, vaut largement le coup pour les amateurs de détritus savoureux/insolite ; n’a pas la folie de ce dernier. Personnages bien typés, dialogues de lucide bourré ou parodique, pas de temps morts, générosité dans l’action et les drames. (54)

Le miroir se brisa *** (UK 1980) : Tiré d’un opus de Miss Marple, la saga d’Agathie Christie. Frappe surtout via son casting. Charmant notamment grâce aux décors, dialogues bien affûtés, le niveau de tension est plus modeste. Par Guy Hamilton, réalisateur spécialisé dans les James Bond, également auteur de l’adaptation Meurtre au soleil concernant la romancière. (68)

Le jeu de la mort * (Hong-Kong 1978) : Dernier film de Bruce Lee, à la notoriété dopée par l’hommage de Tarantino via Kill Bill. C’est un gros bricolage, le film de base tourné en 1972 étant complété par des ajouts de 1978, doublant sa durée (de 40 à 82 minutes, ou 96 en version longue).

Différent de Big Boss ou La Fureur de Vaincre/du Dragon, cet opus donne beaucoup de place à une intrigue policière et tout y est plus occidental (divertissements, médias, etc). Les personnages sont très affectés, sans le minimum de ‘suite’ et de sensibilité présent dans les opus cités précédemment.

Montage brutal, scénario très bricolé et s’évaporant à partir d’une trentaine de minutes, rythme hystérique. Ni grâce ni ennui, ni intérêt à développer, sauf essentiellement pour les fétichistes et les fans. Pas de quoi inhiber les opportunistes : ce Jeu de la mort lance une saga. (38)

Le choc des titans *** (USA 1981) : Encore plus kitsch qu’Excalibur ou Legend, cette représentation du mythe de Persée fait défiler un grand bestiaire de dieux, créatures naturelles, mécaniques ou surnaturelles, héros, sages et souverains, etc. Les décors/maquettes sont monumentaux, les effets spéciaux désuets (dès le vol de mouette en ouverture). Les espèces d’animatronics relèvent plutôt du dessin animé.

Harryhausen tire une révérence embarrassante d’un point de vue tech(nolog)ique, car sa contribution artisanale est en dissonance avec le reste ; mais le charme opère encore et cette participation achève d’inscrire le film dans un esprit plutôt ‘cartoon’ et ‘fantasy’ innocent, à l’exotisme réel mais discipliné – comme un reflet inversé de Conan. (70)

La Nuit du jugement * (USA 1993) : Film de série B avec actions intenses, scénario débile et personnages insipides. Photo sombre, tons bruns et glauques, plans réfléchis et parfois insolites. Survival urbain et souterrain charriant du néant. Travail sur l’atmosphère, bande-son typée. Un film raté de plus dans la carrière de Stephen Hopkins (Perdus dans l’espace, L’ombre et la proie), avec des qualités techniques et un beau potentiel esthétique, mais rien dans le ‘ventre’. (38)

Le caporal épinglé ** (France 1962) : Adaptation d’un livre de Jacques Perret, commençant sur la fin de la ‘drôle de guerre’ (1940). Renoir (assisté de Guy Lefranc) reprend le thème de La grande illusion, sans donner dans le mielleux et l’euphorie cette fois. C’est son avant-dernier film, à un moment où il est déjà passé à la retraite concernant le cinéma, préférant la télévision, le théâtre et l’écriture.

Les personnages (hommes en âge de servir, jeunes pour la plupart) se comportent en galopins, rebelles en étant fuyards ou dissidents sur des questions pratiques, sans aller ouvertement dans des confrontations désespérées (pas d’héroïsme). Successions de tours, de déplacements et replacements ; éparpillé et insipide, en exprimant amour conséquent (profond mais primaire) de la liberté (sans idéalisme par ailleurs).

La direction d’acteurs semble aléatoire. Quelques dialogues forts envoyés par Claude Rich. (52)

Les Révoltés du Bounty *** (USA 1962) : La mutinerie sur le navire Bounty (1789) a inspirées de nombreuses œuvres, dont un roman de Jules Verne et un autre de Robert Merle, puis au moins deux films avant celui de Milestone en 1962. Il faut le voir pour ses qualités plastiques au sens large (temps à Tahiti, Technicolor, costumes). La construction est un peu ‘flottante’. Trois heures c’est trop long pour que ça contient et ce que ça envoie. Les personnages sont brillamment portés et habités, plus courts en eux-mêmes ; les portraits sont succincts, les auteurs jouent sur la solitude du pouvoir mais laissent couleur au lieu d’aller en profondeur – alors qu’il y a le terrain pour. De bons dialogues, de bonnes gueules ; courts passages éloquents (face-à-face tendus, tribunal). (64)

Mais où est passée la 7e compagnie ? *** (France 1973) : Premier vu de la franchise. Un classique du film de bidasses (genre dominé par les français à l’époque, concernant le grand écran).

Réalisation brutale, pataude au début ; des gags pachydermiques, les meilleurs sous forme de farces prenant le temps de s’étaler (ne pas confondre avec le running gag) – au contraire du second opus, plein de jets ‘spontanés’ s’écrasant aussitôt. Les scènes contre les allemands, ou à leur détriment, sont les meilleures ; plus mordantes, sans sacrifier l’esprit ‘gentil’.

Cet opus garde la meilleure réputation de la trilogie – il est largement au-dessus de ce qui doit venir en effet. (64)

Pathology *** (USA 2008) : Cousin d’Anatomie, cite également le serment d’Hippocrate (avec une ouverture gênante), avec deux nuances colossales. Cette-fois le serment n’est plus dévoyé mais carrément oublié, même si dans tous les cas c’est le tremplin à une curiosité perverse. Et surtout il ne s’agit plus d’approcher la bête ou le complot ; la focalisation est à l’intérieur.

Inclus dans un groupe de tueurs peu après son entrée dans l’unité, le protagoniste est l’un des seuls individus sympathiques – il arrive à le rester malgré ses crimes. Car c’est notre repère au milieu du panier de crabes (celui qui se frotte à notre place, qu’on s’y projette ou l’accompagne doctement) – son ignominie est relativisée par celle des autres.

La folie des grandeurs est en ligne de mire mais s’avère moins pertinente pour ces cas-là que la recherche de sensations fortes. Style prévisible, droit au but, soigneusement malsain ; pour une séance intense, sans niaiseries ni pudeurs. Quelques passages fondent vers le clip glauque (avec percées SM) et le sexe est récurrent après les meurtres (à deux). (72)

On a retrouvé la 7e compagnie ** (France 1975) : Toujours à la télé (sur TMC), je découvre la première suite d’Où est passée la 7e compagnie. Même configuration au début, puis cette fois l’équipe (une seule modification, avec Aldo Maccione remplacé) se retrouve détenue dans un château avec des officiers français. Les crétins doivent assurer le salut et l’évasion des grands, ils vont multiplier les évasions et les pas de côté.

Le spectateur est jeté directement dans les événements et donc dans la gaudriole. Le résultat est sans ressorts. Aucun rire pour ma part, contrairement au premier opus. La réalisation ne s’est pas améliorée et la laideur s’est ajoutée. Les personnages secondaires sont sous-exploités, y compris les truculents comme Jackie Sardou (en vieille Crouzy). (46)

Cotton Club *** (USA 1984) : Francis Ford Coppola récupère cette salle ‘mythique’ à Harlem, où des noirs jouaient (et dansaient) – Cabe Calloway et Duke Ellington ont triomphé ici. Le film se déroule donc pendant les roaring twenties (sœur américaine des années folles) puis la Prohibition.

Le Cotton Club sert de fond et d’ambiance au moins ; les spectacles (claquettes et autres) passent régulièrement au premier plan régulièrement. Le trompettiste (cornettiste ?) Dixie Dwyer est une des rares exceptions (joué par un Richard Gere, qui semble plus jeune et vulnérable que dans American Gigolo) sur le plan racial – d’ailleurs ce protagoniste n’existe qu’en fiction. Un casting de ‘masse’ défile et le tout s’achemine vers le clash de gangsters, avec tornade finale.

Coppola essaie de faire quelque chose d’ample, sur une surface réduite (script et rapports humains compris). Derrière circule une petite foule de personnages et de situations, qui resteront secondaires mais se relient (les affaires raciales, les concurrences amoureuses, les ambitions et les -sales- coups).

Le film s’élève à un niveau technique qui reste rare et mobilise une reconstitution très exigeante. (74)

L’économie du couple *** (Belgique 2016) : Lui a une personnalité infecte ; un passif-agressif, toujours en position de victime puis de revendicatif lésé. Elle est impitoyable, dans l’entre-deux entre dureté et abus vis-à-vis de son mari, face auquel elle ne veut rien céder ; veut en faire le comptable et responsable de son dégoût, ses amertumes ?

Film de mœurs, assez trivial et ‘français’ à l’arrivée, mais lucide sur les rapports en famille et les confrontations de deux anciens amants sortis de leur joyeux sommeil. Petits instants Tellement vrai chez les petits-bourgeois.

L’éducation des enfants semble regrettable. Les gamines prennent des largesses. Les dommages viennent notamment de l’irresponsabilité et des faiblesses de la figure paternelle. Point de vue cohérent de la part de Joachim Lafosse, auteur du plutôt réac Élève libre. (64)

Toni Erdmann *** (Allemagne 2016) : La protagoniste a une fonction proche de celle de Clooney dans In the Air, l’issue du film est très différente. Le point de vue est sidérant, à l’image des personnages, qui se débattent avec leur perplexité de gens pauvres et stériles (et bien lotis). Le film n’est pas dans la moquerie, plutôt dans la tentative d’empathie et le soutien passif, à la façon d’un guide bienveillant et non-directif – comme la femme aux œufs (à la compréhension surprenante). Humour acide, précis, étalage de malaises, froideur constante.

Très mécanique, joue sur la surenchère quitte à l’enfoncement (côté Ma Loute). Au programme, du pétage de plombs/de la régression d’absurdiste tout neuf et trop vieux, décalé – à sec. Le père, avec ses errements et ses missions-rôles, montre qu’il n’est pas un génie de la blague, mais un lourdaud ‘entier’ dans ses provocs. En théorie le récit est celui d’une double-libération ratée, les oppositions sont surlignées – c’est le clash du Fi loser vivant sur ses grosses rentes vs TJ usée, sauf qu’un demi-siècle après 68′ c’est bien la jeune qui assume le sérieux. Ce père est un peu un nul, vieil optimiste et humaniste primaire (‘il faut vivre’, « le bonheur » etc) ; inconséquent dans son rôle, sait pas réparer.

Idée du travestissement pour arriver à communiquer, pour rompre avec les ‘voies sans issues’, la vie trop réglée et l’âme glacée, etc ; pour briser le faux ce n’est pas géant – mais tentative rapprochements entre êtres, incapacité à sortir de rôles pré-écrits, personnages ‘vides’.. Le sens de l’humour est inaccessible (à Ines/Sandra Huller), comme toute sincérité. (70)

L’attaque des crabes géants ** (USA 1952-57) : Roger Corman, phobie nucléaire, crabes radioactifs et mémoires d’humains mutés. Évoque les vieux rêves du cerveau humain (sans âme) sauvé après la mort. Contrairement à de nombreux concurrents, ce bis montre la créature régulièrement. À son échelle les effets spéciaux sont convenables. Très court. Sérieux, active des rengaines fondamentales, sans forcer ni se planter. Bon spécimen pour les fans de ‘nanars’ sauf s’ils espéraient la folie des grandeurs ou une vraie nullité. (54)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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SÉANCES EXPRESS n°27

26 Fév

> Aux frontières de l’aube** (57)  fantastique

> The Outsiders** (51)  drame/sentimental US

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AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE **

3sur5 Film de poursuite avec vampires aux trousses, Aux frontières de l’aube est ancré dans son époque jusque dans ce qu’il s’acharne à ne pas être. Les 80s marquent une rupture pour les vampires, subitement orphelins de l’esthétique gothique. Le film de Katherine Bigelow (Point BreakDémineurs) ne compense pas par un substitut glam trash (façon Les Prédateurs de Tony Scott) ou un style apocalyptique urbain, mais en intégrant une dualité nette entre l’Amérique des ranchs paisibles et la horde de vagabonds immortels. Pas de princes ni de voyageur fantaisiste, les créatures ici sont un paysan athlétique et des bohémiens pâlots en jeans.

S’il jouit d’une bonne réputation et d’un statut d’œuvre-phare auprès des amateurs du genre, le film n’est pas tellement original, se contentant de juxtaposer deux univers parallèles, les avatars du vampire et le contexte du western docile et civilisé. Cette combinaison est pourtant une innovation au cinéma ; mais la synthèse est aussi sophistiquée que le climat faible. Bigelow compense habilement la violence et la sécheresse de l’ensemble par une tension romantique (charmant tandem amoureux avec ses attitudes entre inhibition et intrépidité), mais son emphase est plus limité que sa maîtrise. Le spectacle demeure balisé voir consensuel en son genre (sinon en tant que thriller horrifique) : la charge lascive des goules et de leurs homologues est méprisée, le récit trop fermé, figé sur les bases de départ et même le héros est un personnage assez réduit et effacé. Puissant tout en sobriété, divertissant mais relativement fade, Near Dark (titre VO) décolle lors de tournées sanguinolentes et autres démonstrations explosives du clan, mais là encore l’inhibition créatrice est criante.

Après les morceaux de bravoure, Aux frontières de l’aube s’achemine vers un conflit entre famille originelle et réseau d’adoption, élu lors d’une dérive et à cause de désirs ou d’étincelles amoureuses. Sans surprise, Near Dark tirera vers une conclusion assez  »prude », condamnant l’élan de passion, la sortie du route, tout en s’en servant opportunément pour être attractif. Sans ce type de lecture ou de biais (auquel Bigelow se sacrifie excessivement), il s’agit encore d’un Roméo & Juliette dont les parties sont irréconciliables mais liées par l’affect et le combat ; l’heureuse originalité, c’est de permettre aux protagonistes principaux d’éviter la tragédie (happy end new wave). C’est ce genre de procédés poussifs, de structures  »morales » et séquentielles très communes, qui rendent le film, si raffiné soit-il (très joli aller pour l’Enfer), terriblement linéaire et formel. Sa subtilité est diluée par trop de renoncements ou de manies conventionnelles et une approche cosmétique des sentiments qui par ailleurs sont censés être exacerbés.

Note globale 57

Interface Cinemagora

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THE OUTSIDERS **

2sur5  La grande et véritable raison de la notoriété de Outsiders est son casting, parsemé de futures stars (Tom Cruise trois ans avant Top Gun, Patrick Swayze, Matt Dillon). Déjà anachronique en son temps, The Outsiders se calque sur les grands classiques du cinéma adolescent des 50s-60s, façon American Graffiti ou La Fureur de Vivre (beaucoup ont parlé d’hommage presque explicite à ce dernier). Réalisé par Coppola dans la foulée d’un Rusty James aux mêmes dispositions, le film célèbre la rébellion vu sous l’angle traditionnel de la grande fresque teen hollywoodienne. Les méthodes et les tubes sont là, les initiés adorent, les autres confondent les modèles et les ersatz.

Avec son romantisme suranné et sa connivence appuyée avec une contre-culture de circonstance, The Outsiders oppose des ados bourgeois et des déclassés précoces, s’affrontant en bandes. On y coupe pas : il y aura le chassé-croisé entre les jeunes vierges avides sous le masque BCBG et les écorchés vifs grimés en délinquants querelleurs. En outre, le ton est assez puéril, le récit progresse par paliers ; les pirouettes du scénario et le manque de solidité sont criantes. Le British Film Institute ne s’y est pas trompé en inscrivant The Outsiders dans sa liste des « 50 films à voir avant d’avoir 14 ans », car c’est lors de la petite adolescence qu’il aura toute l’occasion de marquer les esprits. Car il y a aussi l’approche sincère de ces hommes inachevés engagés dans un processus de marginalisation volontaire, voir de renoncement déguisé devant la misère inéluctable. Les portraits sont plein d’empathie et de tendresse, à défaut de lucidité sociologique voir de réalisme.

Note globale 51

Interface Cinemagora, page Allocine

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Séances Express : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12

Voir l’index cinéma de Zogarok

2012 : SÉANCE DE RATTRAPAGE

30 Jan

L’année 2012 a été plus riche que la précédente en matière de découvertes cinés. Mais en dépit de ces retrouvailles, la Politique n’est pas loin de prendre l’ascendant sur la Blogosphère… Affaire à suivre. L’année 2013 s’annonce sous les meilleures hospices, avec le remake de Maniac pour démarrer.

En attendant, voici quelques films de l’année écoulée, dans la foulée de chroniques spéciales pour The Amazing Spider-Man, Des Hommes sans Loi, Laurence Anyways ou Frankenweenie
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ONE LIFE / VIVRE ***

3sur5  Film-documentaire animalier, adapté de la série-documentaire « One Life » diffusé par la BBC, il n’a eu les honneurs de la sortie en salles qu’au Royaume-Uni ; en France il est sorti en DVD par anticipation des fêtes de fin d’année de 2012.

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Le parti-pris consiste à faire de la vie animale une immense constellation où se déploient des combattants et des prédateurs de chaque instant. La structure est sans surprise mais beaucoup plus maîtrisée que d’ordinaire dans le domaine ; Martha Holmes réalise une œuvre intense qui gagne à être ouvertement scénarisée.

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Raffinée et cash, souvent pince-sans-rire, sa mise en scène transforme des poursuites ou des quêtes en séquences à suspense, tout en agrémentant les courses ludiques et les drames élémentaires de commentaires informatifs et enjoués (le narrateur US est Daniel Craig ; Anouk Grinberg pour la VF). La biodiversité est envisagée comme le matériau brut d’un recoupage clipesque, dense et intelligent.

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Grâce à cette originalité du ton, au rythme et à une grâce certaine, ce document animalier se hisse au-dessus du lot. La BBC n’a pas réuni les moyens de Yann-Arthus Bertrand pour Home et son produit n’arbore pas la même splendeur, mais il est plus condensé, plus divertissant et se passe de toute velléité idéologue, pour simplement s’acquitter de sa mission authentiquement écologique et de ses impératifs d’entertainment. 

Note globale 65

Page Allocine  + Zoga sur SC

Voir le film (en VO)

SuggestionsHome + Félins

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TWIXT ***

3sur5 Avec Twixt, Coppola flirte plus qu’il ne revient à la source de son œuvre, l’époque où il appartenait aux écuries de Roger Corman et sortait Dementia 13. Un cinéma de genre, mineur mais divertissant. Il honore cette vieille passion avec élégance, mais ne s’arrête pas là : Twixt est un immense théâtre en trompe-l’oeil, arpentant les genres et l’œuvre personnelle du personnage. Le postulat classique de série B débouche sur une foule d’expérimentations, elles-mêmes consacrées autant à racoler une intrigue classiciste qu’engendrer une sorte de thérapie familiale.

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Le film se vit d’abord comme un spectacle un peu hagard et halluciné, une sorte de métafiction exhibitionniste mais trop polie pour être malade. Pour illustrer le processus de création littéraire, Coppola rempli sa mise en scène d’auto-suggestions et multiplie les morceaux de bravoure et de poésie loufoques, hybrides et grand-guignols. Il fait cohabiter logorrhée métaphysique de briscard sur le départ, ironique et néanmoins ravi, conte gothique et farce à suspense. Le charisme de Val Kilmer, magnétique dans un costume à contre-emploi, est presque un aspect secondaire. C’est surtout la beauté de Twixt qu’on retient, la sophistication du trait : la violence elle-même est désincarnée, c’est la grâce qui compte, dans la forme et dans les moyens (c’est le troisième film de l’ère numérique pour le cinéaste). 

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Néanmoins Coppola s’identifie largement à ce personnage, créateur fatigué quoique toujours vigoureux, virtuose mais assailli simultanément par deux certitudes : celle d’avoir encore des visions en stock, celle d’avoir perdu le souffle, l’énergie d’engager un chef-d’oeuvre absolu. Il se consacre ainsi à donner le meilleur de lui-même, sans chercher le recul ni l’artifice, sans calcul mais en espérant confectionner un produit ludique. C’est l’œuvre d’un cinéaste se vivant soudain comme un gamer, s’attachant à la mise en scène avec une superficialité revêche. Résultat : un spectacle curieux, nonchalant et ravissant, cynique et généreux. Une sorte de rêve lucide où Coppola assume et revendique un lâcher-prise tout en portant haut ses ambitions d’esthète et d’explorateur introspectif. C’est parfois un peu creux et pourtant toujours habité, d’ailleurs les amateurs avertis seront chaussés de lunettes infrarouges que n’auront pas la plupart des spectateurs, qui n’auront qu’à profiter d’une balade si douce, macabre et enjouée, merveilleuse aussi malgré d’étranges écarts pragmatiques, à la mélancolie rieuse.

Note globale 63

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Bilan de l’année 2012 (et de 2011)

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