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TROIS JOURS AVANT LE CHANGEMENT…

13 Mai

Le mirage Hollande déjà sabordé

A peine élu, Hollande est déjà rendu impotent, ses plans discrédités et sa posture d’alternative abattue. Dans la foulée des insolents résultats des Législatives Grecques, d’une Bourse en panique et d’un marché sceptique, les acteurs de l’actualité cherchent ouvertement à transférer les souverainetés nationales vers l’Union Européenne. Parallèlement, les commentateurs labellisés légitiment les prises de positions tranchées de leaders appliquant la vision néolibérale de l’économie et de la politique, la seule enseignée de façon massive tant par le biais des médias que des programmes scolaires ambitieux. Ceux qui devraient être les observateurs sont des porte-paroles, vraisemblablement pas tout à faits conscients de leur caractère moutonnier et prosélyte.

Plus que jamais, l’Europe est régentée par l’Allemagne, Etat fédéral qui trouve son compte, plus que les autres, dans l’établissement d’une Union supranationale et défend ardemment ses intérêts (car la monnaie euro est consacrée par et pour elle, a été formalisée selon sa propre monnaie antérieure). Ambassadeur de Bruxelles et des dogmatiques européistes, Merkel vient réprimer les alternatives et nier l’autorité d’un chef d’état sur son propre pays. Révision du Pacte de Stabilité ? C’est non et ce « non-négociable » de la Dame de Fer allemande se substitue au « There is no alternative » qui scellait, peut-être sans savoir à quel point, l’ascendant d’une logique implacable. De toutes façons, Hollande n’a posé aucune condition, le « non » est donc d’autant plus aisé qu’il vient contrecarrer une posture à l’arrachée, n’expliquant ni le comment ni l’après. Il en va de même pour l’idéal de « croissance », mot-valise à la mode depuis quelques jours, concept rabattu mais jamais planifié par l’intéressé et son équipe.

Et pendant ce temps, Hollande s’amuse du brio des Corréziens, parvenus à hisser un des leurs au  »poste suprême » (comme on pouvait le clamer, avec raison, il y a déjà quelques décennies) pour la seconde fois. En marge, il glisse à son entourage et ses collaborateurs que la situation de l’Europe, l’élection en Grèce et les perspectives de récession radicale le préoccupe ; d’ailleurs, il fait confiance aux solutions qui sont exposées par les leaders de la technocratie bruxelloise et leurs acolytes, les économistes de l’école néolibérale.

C’est donc un nouveau Président ému de son parcours, tout affecté de devoir quitter sa Corrèze, qui s’offre à la vue des Français. L’oligarchie des incapables trouve là une pleine et belle incarnation ; un type lambda qui, comme nous, sera spectateur de notre Histoire et dont les gémissements ne seront même pas audibles pour les décideurs de notre destin.


Diversion par les mœurs

Et sur quoi Hollande se recroqueville-t-il déjà ? Sur les réformes sociétales, de mœurs, et l’application de principes humanistes gratuits mais sans implication, de symboles égalitaristes. Il y aura donc parité parfaite dans le Gouvernement, pour la première fois ; puis bientôt, le mariage  »gay » (on parle peu, voir jamais, de « mariage homosexuel »).

Obama s’est épris du sujet très récemment… À l’heure ou l’empire néolibéral est chamboulé et que les peuples se donnent les moyens de gronder (mais avec les outils qu’on leur accorde), le chef d’État de la première puissance du Monde fait les unes en évoquant l’union civile homosexuelle, thème qui pourrait être réglé en un clin d’oeil… Mais la gauche libérale-démocrate a tout intérêt à repousser les réformes sociétales, car elles lui garantisse un combat penaud et fédérateur, tout en faisant des adversaires  »conservateurs » d’odieux passéistes bloquant le progrès et les libertés individuelles. Il y a une deuxième raison, c’est qu’une fois les homosexuels mariés, ceux-ci n’ont plus, comme les hétérosexuels mariés et dans une situation sociale équivalente, d’intérêt à se bercer des litanies consensuelles des valets des néolibéraux.

L’UMP tient bon, Copé tient la barre

Copé dit d’Hollande que c’est une « anguille », mais Copé lui-même est une anguille ; méthodes, personnalités et perspectives inverses, mais anguille qd même ! Après la fin des élections présidentielles, le leader de l’UMP a eu la bonne idée de reprendre le programme de Sarkozy pour la campagne des Législatives ; reste à voir en quoi les deux aventures électorales se répondront ou se contrediront.

Paradoxalement, ce programme, sans le mal-aimé Président sortant, perd son meilleur porte-parole. Copé, mal défini, n’est pas, pour l’heure, cohérent dans des postures idéologiques quelconque, puisqu’on le connaît plutôt comme un défenseur taquin de l’ordre établi et de la position officielle de la droite de gouvernement sur les débats ou polémiques du moment.

Raillé, assimilé à une « droitisation » opportuniste (sauf que le terme de  »droitisation » a été invoqué pour chacune des postures un tant soit peu non-linéaires de Sarkozy pendant cinq ans), ce programme a permis à Sarkozy de revenir à 48% et de se réapproprier l’électorat traditionnel des droites (mais aussi les non-alignés et les attentistes), devenu sceptique et parfois revenu de loin. Ce sont surtout les slogans qui ont rassurés, mais aussi la possibilité d’offrir aux électeurs du Front National une brèche, même factice ou dérisoire, sur leurs sujets de prédilection. C’était, notamment, la renégociation à propos de Schengen ; ayant gagné le respect de Merkel et des européistes, Sarkozy aurait pu davantage inciter à quelques inflexions. Il aurait pu aussi se transformer en Orban français, en mode libéral et atlantiste ; c’est en tout cas ce qu’il a laissé leurrer. Opération brillante et sans doute pas si vaine, car ainsi Sarkozy a su redonner un horizon à la droite traditionnelle. Elle n’aura le récupérer si elle comprend son intérêt objectif au lieu de se laisser absorber par l’illusion « centriste-humaniste ». Lisse et bien sous tous rapports, cette étiquette est un piège aguicheur qui la conduira à l’échec (électoral bien sûr, idéologique surtout) et à l’abandon de toute influence sur le jeu politique (quand ces centristes-humanistes croient justement le contraire).

L’UMP peut encore se tirer honorablement des Législatives, mais elle aura du mal à transformer l’essai (l’essai étant la remontée fulgurante de Sarkozy, qui a su remobiliser à droite et au centre et capter les indécis). La droite mainstream perdra probablement ce scrutin, peut-être même y aura-t-il une nouvelle vague rose qui justifiera des commentaires condescendants au sujet de la stratégie de l’UMP depuis l’entrée de Sarkozy dans la campagne (c’est-à-dire il y a deux mois et demi). Mais ils auront tort ; c’est simplement que les électeurs croient peu à la praticité des réformes promises, ou ne croient pas que les dirigeants de l’UMP pourront tenir des engagements aussi forts. Pour s’émanciper de l’absolutisme européen, Sarkozy a réussi, dans l’entre-deux de l’élection, à apparaître comme le plus apte, à défaut et même si c’est cruellement absurde, d’être le plus sincère et décidé. Un sursaut ponctuel mais néanmoins impressionnant, d’ailleurs près de la moitié (un sondage à la sortie des urnes avançait le chiffre de 51%) des électeurs du FN ont tenté le vote Sarkozy, peut-être avec l’énergie du désespoir ou bien un espoir timide, mais ils l’ont fait néanmoins, quitte à se tromper.

Le cerbère de confort tient sa belle affiche

Mélenchon n’en finira jamais d’user des armes du système pour exister. L’hypothèse d’un duel Marine/Méluche est donc désormais réalité, la candidature étant validée ce samedi. Jusqu’à jeudi, Mélenchon ne savait ou il serait catapulté ; il s’est même cramponné à des alliances réclamées (et non négociées) à Martine Aubry. Au lendemain du premier tour pourtant, cette crapule niait encore l’intérêt des législatives pour son cas personnel (allant jusqu’à minimiser son implication). Aujourd’hui, il s’invite sur les terres de Marine Le Pen pour pérenniser la bonne affiche des  »populistes », déjà encouragée lors de son émergence (avec notamment le face-à-face autour de la table de JJ Bourdin). C’est amusant, c’est triste aussi. D’emblée, Mélenchon réaffirme ses vieilles manies en animalisant sa concurrente, notamment en lui demandant de venir « aboyer » devant lui. Il réclame le débat, tout en conservant ses manières de malotru et maintenant le clivage anti-riche/anti-immigré qui séparerait les gauches radicales des droites extrêmes… alors même que Marine Le Pen a été bien plus cohérente, pugnace et surtout concrète dans, non seulement sa dénonciation de la sournoise banalisation de la crise de la dette (perçue, par le biais des médias, comme allant de soi), mais qu’elle y a par ailleurs apporté des solutions globales et précises (abrogation de la loi de 1973 notamment).

En dépit de cela, c’est ce même théâtre de dupes qui est de nouveau mis en scène. Le système envoie ainsi dos-à-dos ses deux facettes  »radicales », consacrant les deux personnages comme les représentants de mouvements à la marge des consensus, comme deux excroissances spectaculaires. Dans ce choc des  »extrêmes », Mélenchon incarne le côté  »utopiste », l’idéal que les formations plus raisonnables ne peuvent assumer, trop occupées par le principe des réalités. A l’autre bout du ring et de l’échiquier, MLP est la menace réelle et ultime, le réceptacle de tous les non-dits les plus nauséeux, celle qui engendre les débats qui font mal, celle qui bascule dans un monde interdit et pose des perspectives aveuglantes tant elles se hissent hors du cadre rationnel de la raison et de la démocratie. C’est là les images mentales qui sont fixées et sculptées dans l’esprit des français.

En outre, il y a des questions politiques pures, que les médias dominants ne posent pas et que les médias alternatifs ne posent pas non plus (par mélenchonisme -c’est le cas d’AgoraVox-, désintérêt, ou parce que l’actualité est trop vaste et vivace en cette période post-électorale doublée d’une accélération de la crise occidentale).

Les voilà donc : le FDG restera-t-il une structure, un large espace de coopération de gauche ? Ou bien est-il voué à n’être qu’un rassemblement ponctuel ? Sera-t-il torpillé par l’égoïsme des élus du PCF ou la lâcheté de Mélenchon – les deux s’annoncent déjà ? Y a-t-il d’ailleurs encore un Front de Gauche, à l’heure ou Mélenchon et ses acolytes peinent à trouver des accords et des circonscriptions ? Bref, l’étiquette Front de Gauche existera-t-elle toujours après ces Législatives ? Et si c’est le cas, est-ce que le mouvement orchestré par Jean-Luc Mélenchon ne deviendra pas un FN de confort d’une majorité de centre-gauche (balayant des cadres d’EELV à des satellites du MoDem) ?

Le rallié opportuniste

Éternel loser, Bayrou reste le spectateur de sa propre déchéance. Voilà un homme espérant se fixer au carrefour de la vie politique mais que ses voisins survolent et ses lointains adversaires méprisent. En évoquant le « danger » d’une cohabition, le brave centriste a fait le boulot, qu’aucune force apparente ni aucun mouvement d’opinion ou politique ne réclamait. Splendide retournement de veste, de la part d’un des meilleurs propagandistes de l’idée, schématique et simpliste mais pas innocente, selon laquelle Hollande allait ruiner la France.

Afin de justifier cette orientation, on invoque des raisons de valeur plutôt que de politique, d’économie. La vérité, c’est que Bayrou fait de la realpolitik à son échelle personnelle et que l’européisme béât du Parti Socialiste lui facilite la tâche. En outre, Bayrou s’est offert au camp du vainqueur annoncé en espérant participer à sa réussite électorale ; mais il n’a créée aucune interdépendance, le PS et Hollande ne lui doivent rien, simplement lui est à leurs pieds sans pouvoir plus désormais se retourner sur sa droite, puisqu’il l’a abandonné. Son ralliement, qui en fait n’existe que pour lui (il n’a intégré aucune équipe) a brisé un non-dit qui lui était favorable : en ayant toujours pas basculé officiellement vers le centre-gauche, Bayrou conservait ses chances de récupérer les fuyards modérés, libéraux et  »humanistes » de l’après-Sarkozy. Il a encore raté sa chance et s’est encore vautré tout au fond d’un gouffre, face à une pente probablement encore plus pénible à escalader (et en plus avec le sentiment, pour les électeurs, que désormais ce n’est même plus la peine). 

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ET MAINTENANT ?

22 Avr

A CAMPAGNE BIDON, DUEL FINAL BIDON

Ce fut donc une campagne oscillant entre les lamentables petites phrases du PS, le mea-culpa et les mensonges grotesques mais brillamment mis en formes de Sarkozy, cette campagne fut celle de l’esquive, de la diversion. Il aura fallu attendre les qualifications pour le second tour pour que la situation de la France devienne un enjeu sérieux des médias ; la tonalité « frivole » sera probablement balayée et les médias chercheront à nous donner, dans les deux semaines qui viennent, le sentiment que quelque chose de grand et de grave se joue. A cela s’ajoutera une euphorie, faussement contenue pour mieux être attisée (la fabrication d’un suspense quant au vainqueur n’est pas à exclure – quoique le roman de la campagne se soit déjà suffisamment, et surtout visiblement, gonflé autour de phénomènes artificiels).

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Mais il faut voir au moins à moyen-terme. Dans ce genre de moments, cela permet d’éviter un gros coup de fatigue ou d’atténuer une fièvre ponctuelle. Et puis c’est un effort auxquels nos animateurs et politiciens affairistes ne consentent que ponctuellement. Quelque soit l’élu dans deux semaines, il ne sera pas le grand décideur de la Nation, d’ailleurs la délégation des pouvoirs du Président va s’accélérer au cours de ce mandat. Au profit des technocrates chéris de nos européistes comme de l’idéal de marché-libre et sans restriction. Tous ces dogmes délétères vont pouvoir s’épanouir, au point que les sombres desseins dénoncés par les patriotes éclairés comme des rebellocrates flamboyants et nostalgiques (façon Mélenchon) trouveront une application dans le réel. Devant cet ultime abandon du politique, désormais validé par la présence du tandem en lice, les marxistes et les nationaux pourront faire leur coming-out ; non seulement la rhétorique autour de la lutte des classes va reprendre tout son sens, mais surtout l’abolition des frontières sera sanctifiée dans tous les domaines : géographiques, politiques, ethniques, culturels. Sur les deux premières notions, cette abolition sera progressivement institutionnalisée. Sur les dernières, elle sera encouragée, légitimée, par le bruit ambiant au nom de la tolérance ou par des amendements au nom de la non-discrimination et de la quête d’harmonie sociale. L’argument consistant à prendre la défense des minorités et des groupes humains alternatifs est une façon habile de les étouffer ou de les inviter à se convertir. Les artifices grotesques et les parures exubérantes sont acceptées ; derrière l’esthétisation, le néant du droit et l’encouragement à l’isolationnisme pour tous ces groupes traités de façon contradictoire (à la fois défendus et pris à partie comme jamais ; avec une volonté affichée de restaurer leur dignité et en même temps une fâcheuse tendance à les caricaturer, en les affligeant de représentants dégradants ou les assimilant à des valeurs heurtant délibérément le  »bon sens » populaire).

QUE FERA HOLLANDE ?

Lorsque Hollande sera élu (s’il est élu!), il y a fort à parier qu’il jette la suspicion sur les comptes qu’il trouvera. Discrètement pendant la campagne, le bloc PS s’est déjà trouvé les prétextes de mener une politique drastique d’austérité. Hollande pourrait donc nous la faire à la grecque, accusant un vilain gouvernement de droite qui vient d’être chassé du pouvoir d’avoir tout plombé. Ce sera évidemment une aberration, puisque le PS a participé à cet endettement et fut même un accélérateur de la crise de la dette dès l’ère Mitterrand. Ce boulet est donc traîné depuis 30 ans et non depuis le simple passage de Sarkozy. L’escroquerie consistera à faire porter cette responsabilité au Président sortant, comme si son mandat était une parenthèse délétère à ce point : c’en est la parangon, peut-être l’achèvement voir le point de rupture, mais pas le motif n°1.

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Deux grandes possibilités :

1°) Hollande se lance dans une politique protectionniste courageuse. Il se peut qu’il s’y résolve dans quelques mois face à une précipitation de la crise financière. On peut par exemple imaginer qu’un scepticisme si grand des marchés au sujet de son équipe le presse d’imposer des privations excessives et radicales ; il y aura alors le risque de déclencher un chaos social, auquel Hollande pourrait refuser de se soumettre. Si ce n’est pas le cas, il agira en infirmière, c’est-à-dire en suivant les pratiques habituelles des démocrates, qu’ils se disent  »sociaux » ou  »libéraux ».

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2°) Hollande applique une politique de rigueur faussement téméraire & prétendument  »raisonnable ». C’est-à-dire qu’il fait ce qu’aurait fait « la droite » ; avec les mêmes postures.

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Gageons que la libéralisation des mœurs permettra de combler le manque de courage et le mensonge fondamental du Parti Socialiste, qui ne l’est plus que de nom.

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QUELLES RECOMPOSITIONS A VENIR ?

Zogarok reviendra rapidement et plus abondamment sur ce thème. C’est l’intérêt majeur d’une élection, surtout lorsqu’elle est décisive ; à ce titre, ceux qui baissent les bras pour se précipiter dans le cocon libéral-bourgeois, soit dans le « vote utile », par principe, habitude ou résignation, ont tort. D’abord, parce que la victoire effective et immédiate n’est rien ; ainsi un Hollande vainqueur à 57% la semaine prochaine mais dans un contexte d’abstention de 35% devrait faire face à quelques vérités. Mais surtout, lorsque les candidats alternatifs, même s’ils échouent à figurer parmi le tandem de tête, se montrent puissants et attractifs, la victoire peut prendre le goût d’une prise d’otage. D’ailleurs, de quel côté est l’enthousiasme ; celui des leaders naturels, sur lesquels beaucoup se sont repliés passivement ou par peur de se tromper ; ou celui des challengers qui ont su braver l’ostracisme de l’ensemble des adversaires, le mépris de classe et le mépris de caste. Cela ne déverrouille pas un système. Mais ça trouble les schémas, reformule le paysage politique et pose des bases cohérentes pour l’avenir.

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2012 aurait pu être une élection de réalignement, c’est-à-dire un scrutin ou certaines formations implosent, d’autres voient leur consécration et certaines leur avènement. Il peut encore le devenir, mais les scores élevés des deux leaders compliquent cette tâche. Et comme prévu, désormais les deux rois-pantins ont écartés les ménestrels ; il est venu le temps d’être sérieux, de simuler la volonté, la puissance et le contrôle sur les Empires, politiques, financiers et immatériels, qui étendent leur emprise sur la France.

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Vers une explosion du PS & de l’UMP ?

Si le tandem PS/UMP reste omnipotent, avec 55% des suffrages cumulés, les deux formations ont attirés des électorats complémentaires. D’abord, à la marge, dans leur sociologie. Mais surtout dans leurs motivations : près d’un électeur sur deux de François Hollande a  »voté utile » ou pour contrer Sarkozy. Et c’est sans inclure ceux qui votent selon leur fidélité partisane. Sarkozy a bénéficié, dans une moindre mesure, d’un front anti-Hollande, animé par quelques dogmatiques de la droite mainstream autour des Copé et Wauquiez.

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Face à ce manque de vigueur, le PS et l’UMP peuvent péricliter à tout moment. C’est le paradoxe de ces étoiles mortes. Du côté de l’UMP, si Sarkozy échoue, c’est très probablement Copé qui passera en tête de la droite libérale-conservatrice. La guerre des chefs que certains anticipent n’est pas si évidente ; il pourrait s’agir de petits combats, notamment de coulisses, peut-être de fond, qui se grefferaient sur des réformettes ou des postures. Mais, sauf si quelques loups plus jeunes que Copé montrent les dents, la qualification d’un nouveau champion à droite s’effectuera de façon presque mécanique.

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Naturellement, il y a Fillon, plus populaire, plus aimable et lucide aux yeux du public. Mais celui-ci ne trouvera pas la force de mener un combat aussi dur, sauf (c’est une condition essentielle et c’est la seule) s’il est assisté d’une équipe décidée. Juppé est l’homme d’une ère révolue ; même s’il est apaisant pour la droite et reconnu par une partie de ses adversaires.

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La vraie menace pour l’UMP concerne davantage la formation elle-même que sa direction. Y aura-t-il des mutations idéologiques ? Ou une amplification du sarkozysme, à la sauce Copé ; les lieutenants de la droite devront intégrer que cette dernière est plutôt indigeste. Il faudra vacciner le vautour. D’ici là, avec un pactole de 27%, l’UMP demeure la grande formation de droite et jouit d’une assise considérable. Aux suivants de gâcher ce legs inespéré ! 

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Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que le PS aussi est menacé d’explosion, qu’importe d’ailleurs que Hollande soit élu. Dans le cas inverse, le parti échouera aux Présidentielles pour la quatrième fois ; mais sa domination aux échelles inférieures, des collectivités locales aux régions, assurera son maintien. La victoire aux Législatives confortera cet ascendant ; elle aura lieu quelque soit le Président élu – d’ailleurs l’échec de François Hollande dans deux semaines permettrait de laisser les différents courants du PS s’exprimer plus aisément.

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C’est de ces derniers que viendra le changement ; le PS de François Hollande est inepte à stimuler ce changement, mais d’autres PS pourront l’orchestrer, avec ferveur et enthousiasme d’ailleurs. En effet, un parti s’étalant de Hamon et Montebourg à Valls et DSK ne peut tenir impunément ; tant de lignes ne peuvent cohabiter éternellement, encore moins lorsqu’elles partageront les responsabilités de la gouvernance. Tout ce qui retient ces hommes et ces clans idéologiques, c’est leur qualification de « gauche ». Or ce clivage n’est plus prioritaire et surtout la « gauche » est multiple, d’ailleurs le PS est devenu une boutique ou sont exposées toutes ces variétés difficilement compatibles.

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Que faire des 18% de MLP ?

MLP peut profiter de la chute de la droite mainstream ; unifiée dans l’UMP, elle s’est perdue en chemin et se trouve K.O., exsangue. De là à hisser Marine Le Pen en tête de la droite, il y a un monde ; en revanche, avec 18% des suffrages, le Front National affirme un ancrage solide et s’impose comme le grand leader des partis alternatifs. Une telle situation pourront plomber ces derniers (d’ailleurs le FN était bien « le diable de confort » comme l’a clamé Mélenchon – mais c’est déjà une autre époque), mais le FN semble avoir réussi sa normalisation.

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Marine Le Pen sera un chef de file crédible et fort, sur plusieurs conditions :

  • 1°) si la ligne Philippot l’emporte ;

  • 2°) si l’ouverture s’affirme (ce qui ne signifie pas se vendre ou se sacrifier) – d’ailleurs le « rassemblement » en vue des législatives l’annonce ;

    enfin et surtout,

  • 3°) enfin et surtout, si les consciences évoluent et dépassent, voir se passent, des clivages et grilles de lecture révolues ou obsolètes

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Front de Gauche : challenger ponctuel ou nouveau pôle stratégique ?

Les partisans, les journalistes d’I>Tele et les cadres ont été vraisemblablement déçus, pourtant les 11% de Jean-Luc Mélenchon sont un succès net, à une hauteur prévisible. Seuls les obnubilés de la farce médiacratique ont pu croire un seul instant que Jean-Luc Mélenchon atteindrait les 15% ; ceux qui s’attendaient à le voir devancer Marine Le Pen sont de doux rêveurs ou d’incroyables naïfs.

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Anecdote révélatrice, Laguiller culminait à 10% dans les sondages en 2002, avant de se contenter de 5.7% le 21 avril, son meilleur score. Cette année-là, avec Besancenot, elle permettait à l’extrême-gauche (hors-PCF ; gauche non-gouvernementale donc, pour les puristes) de franchir la barre des 10%. Deux constats à tirer : Mélenchon a profité de l’embellie traditionnelle en fin de parcours pour les leaders gauchisants, que la bonhommie flamboyante attise, avant que ces frais captifs ne se tournent vers une gauche plus raisonnable, plus institutionnelle : bref,  »l’autre gauche » permet de capter et d’acheminer le vote utile – ce n’est sans doute pas délibéré mais c’est le résultat de l’opération.

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Néanmoins, en semant « le bruit et la fureur », Mélenchon a offert à la gauche de la gauche une structure vaste et opérante qui permettra d’afficher des scores efficaces. Toutefois, celle-ci demeure dépendante de ses associés, puisqu’elle est vraisemblablement peu disposée à remporter un second tour en cas de duel. Comme pour le FN, il y a donc nécessité de triangulaires. Contrairement à celui-ci, un parti-valet ne peut se le permettre, à moins de submerger son maître. Par conséquent, le Front de Gauche devra compter sur les figures tutélaires et locales du PCF pour espérer atteindre cet objectif. Les effets de ce conservatisme ne manqueront pas d’être présentés comme un exploit au soir des Législatives, avant qu’un peu de raison, de recul et d’analyse ne vienne y remettre de l’ordre.

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Comme prévu donc, Mélenchon a asséché l’ensemble des réserves à gauche du Parti Socialiste. Cela a pour effet pervers de mettre en exergue la faiblesse de cette gauche authentique ; en effet, à gauche du PS et même si on inclus dans cette zone, outre les deux étiquetés trotskystes, Eva Joly voir, sans méchanceté, Jacques Cheminade, nous n’atteignons pas les 15%. L’avenir n’est pas ici, l’espoir non plus.

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Quelles coalitions entre partis ?

L’enjeu essentiel, pour former un Gouvernement mais aussi des blocs susceptibles de proposer des majorités crédibles ou des alternatives puissantes, est de créer des ponts entre les partis. Les formations de Gauche n’ont à ce titre plus que leurs héritages, une certaine culture, beaucoup d’éléments de langage et des ennemis communs. Avec son petit pactole à deux chiffres, Mélenchon a attiré à lui de quoi former un parti indispensable à la gauche du PS. Reste à savoir s’il saura s’assurer la fidélité de ses partenaires et notamment des communistes, emportés par l’arrogant et besogneux Pierre Laurent. Des alliances Front de Gauche/Parti Socialiste sont très vraisemblables, car les porosités sont évidentes. Malheureusement, cela signifierait sacrifier son intransigeance et beaucoup de dogmatismes pour Mélenchon et ses alliés, car il leur faudrait composer avec une aile qui derrière son étiquette centriste, a déjà basculé largement à droite de Bayrou pour s’inviter, idéologiquement comme culturellement, auprès de Rachida Dati ou autres bling-bling compatissants.

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Si le MoDem s’associe au Parti Socialiste, le PS sera consacré comme le grand parti des libéraux-bourgeois. Dès lors, pour Marine Le Pen, l’affrontement sera plus aisé car plus limpide : une telle association (combinaison la plus européiste de tous au demeurant – ne manque que EELV) ne peut qu’aboutir à défendre des intérêts absolument contraires à ceux de l’électorat de la championne frontiste. Dans ce cas, en marge, le Front de Gauche peut récupérer des déçus du PS et des cadres excédés malgré leur loyauté. Ce serait quitte ou double : soit le mouvement montre ses limites en ne décollant pas malgré la nouvelle donne et les ralliements, pendant que l’électorat populaire continue de filer vers Marine Le Pen ; soit le parti réussit ce que cherche cette dernière, c’est-à-dire créer un rassemblement opposé à l’hégémonie du capitalisme libéral. Marqué à gauche, sans les boulets et les assignations à un extrémisme survolté et obscur car mal défini, un tel mouvement pourrait prendre de l’ampleur. Il pourrait trouver écho dans les médias, qui assumeraient alors l’idée de « nation » tout en pouvant continuer à se distinguer de Marine Le Pen. Pour les antimondialistes de gauche, ce serait une aubaine ; reste à savoir quelle gauche sera celle-ci, si ce sera un rassemblement de moribond face à une gauche sociale incarnée par la culturellement droitiste et idéologiquement hybride équipe de Marine Le Pen.

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Surgirait alors un triptyque socialiste-libéral-souverainiste ; il est possible que la formation socialiste peine à exister, surtout si des personnalités comme Montebourg demeure au PS et incarne une passerelle entre le FDG et le PS, jonction factice car se contredisant elle-même. Sauf que d’une telle façon, une alliance de raison entre FDG et bloc souverainiste autour du FN, serait alors compromise ; ne nous leurrons pas, elle a déjà peu de chances de voir le jour, malgré sa criante évidence de principes. Sauf si des crises terribles précipitent la recomposition.

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Ou bien, toujours dans le cadre de ce trio, Marine Le Pen s’affilie quelques expatriés de l’UMP suite à l’implosion. Elle se gonflerait alors d’une aile conservatrice (modérée ou populiste) et incarnerait ce que d’aucuns appelleront probablement dès lors « la vraie droite ». 

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Article publié à 21h15, rédaction complétée le lendemain.

ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES 2012 : SYNTHÈSE ZOGAROKÉENNE DES PRÉTENDANTS

15 Avr

Quatre critères pour définir et évaluer les 10 candidats de l’Election Présidentielle de 2012.
* Le personnage
* La vision (du Monde & de l’avenir)
* Le projet 
* Le parti (ou à défaut la plateforme ou formation au sens large)
 
C’est l’occasion de dépassionner (ou de cibler), dans la mesure du possible, les points de vues ou sympathies affichées ici, parfois de les nuancer au cas ou c’était nécessaire mais aussi de faire converger les diverses publications.
 

MARINE LE PEN ****

Le personnage 5/5  Même si le vote charismatique n’est pas déterminant (il m’aurait amené à certains votes contradictoires lors de précédents scrutins), il serait ridicule de nier son influence. Marine Le Pen est probablement l’un des personnages politiques les plus fascinants dans notre région du Monde ; son histoire personnelle, l’héritage qu’elle doit à son père (et même s’il a pu la plomber) l’a formée au point d’en faire une bête politique hors-norme et extrêmement aboutie. Ce qu’elle est en tant que femme est donc indissociable de la pratique politicienne ; sans aller jusqu’à affirmer que sa construction s’est calquée sur celle du Front National et par extension d’un bloc national conséquent dans ses postures, les moteurs de ce tempérament de battante, de cette confiance en soi et sa vision sont vraisemblablement issu de sa trajectoire familiale (phénomène qui par ailleurs pourra servir les accusateurs aux arguments courts – comme Manuel Valls qui s’y est déjà réduit). Tout le fatras sur la « modernité » de la candidate FN ne doit pas faire oublier la vraie force de MLP et les raisons de son attractivité ; le naturel qui se dégage de ses prestations télévisées (et contraste d’ailleurs, en partie, avec ses apparitions plus officielles), la cohérence de sa rhétorique (stable et structurée), la franchise de ses performances en font un personnage attachant et, souvent même, fascinant. Cet aplomb inouï n’en fait pas immédiatement un chef d’Etat, mais c’est en tout cas le gage des personnalités dans le sillage desquelles on veut s’engager.

La vision du Monde 4/5  Offensive, ambitieuse et apaisée. Restaurer fierté et unité nationale est un enjeu pour Marine Le Pen comme pour l’ensemble de ses collaborateurs ou homologues ; l’opposition au Mondialisme et à ses représentants est une nuance importante ; carrément décisif par contre, le refus de condamner le modèle social français, le rejet de la rhétorique « anti-assistanat » détournée par la droite pour détruire les structures de solidarité.

Le récent retour sur les thématiques de l’avortement a mis en doute, légitimement aurait-on pu croire, sur la cohérence de Marine Le Pen qui sapait là un travail de normalisation du Front National dans l’univers, rabattu mais médiatiquement essentiel, des moeurs. Mais, comme souvent, la proposition, artificiellement gonflée et diabolisée, s’est trouvée largement remise au point ; et finalement, ce sujet se rattache à un ensemble plus général. Le refus du « laxisme » régulièrement évoqué est une pierre angulaire de la vision de Marine Le Pen : il s’agit d’abord de bannir ce laxisme économique, social et judiciaire dont une partie croissante du peuple souffre ; ensuite, de rompre avec un laisser-aller moral, à un égoïsme irrationnel. Là, l’horizon concerne autant l’individu que l’unité de civilisation. 

En revanche, la participation à l’encouragement insidieux à une islamophobie mal définie, tant dans ses objectifs que ses ennemis, vient diluer le message pour ramener le FN de Marine Le Pen vers des lubbies populistes de bas étage, d’autant que le traitement n’est pas des plus subtils (et que dès lors, le « système » dénoncé par MLP se sert plus facilement d’elle pour en faire l’exutoire honni de ses propres craintes, parfois irrationnelles, à l’égard du musulman). D’un point de vue laicard mais aussi culturel, la posture est salvatrice ; mais le sujet est tendu et propice au désordre et aux détournements passionnels (surtout de la part de la gauche bourgeoise).

Le projet 4/5  Le but des efforts du FN actuel est la reprise en main de la France à l’heure de sa dissolution dans une Union Européenne plus soucieuse de ses consommateurs que de ses peuples. Et la reprise en main du destin de celle-ci passe par le contrôle de ses propres frontières mais aussi par la prépondérance de ses propres législations sur celles d’une Union que les Français, comme d’autres, ont choisi de rejeter. Sur ces sujets-là, le projet du FN me va tout à fait.

Identité, Justice & Immigration. L’application de la « priorité » devenue « préférence nationale », même si elle peut choquer ou dérouter, est une mesure naturelle que l’on retrouve dans l’ensemble des pays du Monde. De même, la remise en cause du « droit du sol » n’est pas un principe universel.

Economie & social. Le programme cherche à se donner les moyens d’une relance grâce à un protectionnisme intransigeant et un coup-de-pouce aux PME. Le « Small Business Act » à échelle française tient compte de la réalité des rapports de force et du marché tout en visant à restreindre son emprise et armer les industries et les entrepreneurs français. Pour réduire la dette publique, il s’agirait de se passer de «dépenses inutiles et néfastes»  ; en revanche, les financements de l’Etat ne sont pas évoqués (malgré une remise en cause de la réforme des retraites du quinquennat bientôt à terme). Notons le « Chèque premier logement » à destination des primo-propriétaires. Enfin, mesure phare, la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires et l’annulation de la loi de 1973, que seule Marine Le Pen a eu le courage de remettre en question, quand d’autres sur « ses terres » ignoraient son existence ou s’en accommodaient.

Sociétal & moeurs. Le refus de lâcher du lest au sujet de la législation concernant les droits homosexuels est une erreur, car il enferme le FN dans ce que ses adversaires qualifieront de « conservatisme » ; pour ces derniers, il s’agit d’un des seuls thèmes polémiques (l’UMP et le PS s’en serve pour se différencier) et il permet la mise à distance et la mauvaise foi à peu de frais. Cela dit, le FN devra céder au moins sur le mariage homosexuel puisqu’en maintenir l’interdiction sera une aberration pour les générations qui feront le futur ; néanmoins, il ne faut pas omettre que le mouvement est en phase de mutations et que les « vieux de la vieille », mais aussi une certaine partie des frontistes historiques, ont déjà été bousculés (et une rupture pour des raisons de postures sociétales, ce serait bien le plus beau gâchis possible).

Institutions, système électoral. Soumettre le régime législatif à la proportionnelle est une urgence démocratique ; le programme du FN précise envisager de l’appliquer à toutes les élections. L’idée d’un référendum pour le retour au septennat est vaine, désuète et inintéressante.

Environnement. Assez limité ou axé sur des mesures dérisoires. A retenir tout de même, l’importance accordée à la relocalisation des énergies (municipalisation de l’eau également) et surtout, sortie du nucléaire à long-terme.

Tout cela gêne encore largement aux entournures, il y a probablement des zones de flous ou de légèretés. Mais ce serait un sophisme malhonnête  de prétendre que beaucoup de concessions sont faites à la vieille garde ainsi qu’à un public « de droite » un peu rance ; le FN d’aujourd’hui semble s’axer sur une direction saine, même si certains thèmes majeurs, comme la réponse à apporter à l’islamisme, restent à déterminer ou même, à revoir si le FN tient effectivement et sans concessions à la réconciliation des français et à la vivification des forces nationales.

Le parti 3/5  C’est là que le bât blesse… A moins que… On rapportera ce qu’on voudra sur la genèse du Front National, en l’état aujourd’hui, c’est le seul authentique parti d’opposition et d’alternative aux processus en cours, le seul, parmi les formations jouant un rôle non pas en coulisses mais au premier plan, à proposer une rupture globale. D’abord, le FN a longtemps été un fourre-tout des droites de la droite et des recalés de l’échiquier ; cependant, les fantasmes et les phobies autour de ce parti sont autant un piège pour ses cadres que pour l’idée même de souveraineté nationale, que les outrances de Jean-Marie Le Pen ont permis de caricaturer et d’assimiler à des valeurs passéistes, abusivement provocatrices et volontiers borderline. Tout cela sera traité bientôt dans un ou plusieurs articles consacrés.

Marine Le Pen sur Zogarok…

> Potentiel électoral des alternatifs 

NICOLAS DUPONT-AIGNAN ***

Le personnage 4/5  Cheminade répète, comme en 1995, qu’il faut à la France « un homme de caractère » ; son candidat est trouvé, le loser de la campagne n’a plus qu’à se tourner vers NDA. Lorsque Sarkozy est sacré par la droite fin 2004, un homme se dresse contre lui, estimant que l’OPA du nouveau leader de l’UMP concourt à épurer la ligne du parti. Cet homme réunira à peine 10% des suffrages, score ridicule mais exploit relatif compte tenu de l’obnubilation des médias et de l’effervescence générale autour de l’élection du personnage politique en passe de devenir le plus admiré et le plus controversé de France. Mais face à la rupture de style de Sarkozy, NDA, soutien actif du « Non » au référendum de 2005, fait davantage écho au ras-le-bol populaire, au désir de protectionnisme et à l’inquiétude concernant la place de la France mais aussi son état de santé moral et financier interne. NDA fonde son propre parti pendant la campagne présidentielle de 2007 et demeure une personnalité d’arrière-plan ; sa présence à ce scrutin présidentiel, en dépit des quolibets des chansonniers embourgeoisés et du silence médiatique, est une belle preuve de courage et d’intransigeance. En sa faveur aussi, la cohérence du parcours de ce proche de Séguin puis de Chevènement. La limite (formelle) du personnage concerne son absence d’entourage (visible et/ou médiatisé) et une certaine raideur, un aplomb qui sont gage d’autorité et de respectabilité, mais peuvent rendre l’approche rugueuse pour les non-initiés.

La vision du Monde 4/5  La défense d’un souverainisme global qui s’accommoderait d’un « marché libre » mais contraint et régulé, avec une finance dissociée des intérêts nationaux surtout, est probablement l’option la plus viable et la plus vraisemblable en l’état, alors que les projets de Marine Le Pen ou de la gauche radicale fédérée autour de Mélenchon sont plus difficilement tenables, trop excessifs ou redoutables pour passer. Dupont-Aignan incarne un pragmatisme peu glamour, peu clinquant, sans se confondre dans les utopies égalitaristes ou fantasques, ni dans l’incantation délicieuse mais passive d’un Bayrou qui, par souci de consensus ou d’harmonie, ne va jamais au bout de ses logiques. NDA est le candidat juste, le réformiste raisonné de cette campagne.

Le projet 4/5 Il oppose, à Marine Le Pen qu’il considère comme une « prisonnière du Front National », une vision patriotique « sereine ». Sauf que si MLP est peut-être embourbée dans une formation ou se croisent des droites extrêmes et des factions abusivement iconoclastes, elle, est le vote utile des souverainistes et de ceux qui aspirent à instaurer un protectionnisme français ; quand NDA, lui, plafonne à 2%, est inaudible, raillé, méprisé pour sa communication (parfois anachronique ou naïve, il est vrai).

La réappropriation de la souveraineté nationale a son corollaire ; la rupture avec l’Union Européenne telle qu’elle est aujourd’hui. Un tel projet serait l’occasion de rassembler les eurosceptiques de tous bords, qu’ils le soient pour de bonnes ou de mauvaises raisons, mais aussi une certaine gauche aspirant à l’instauration d’une Eruope « sociale », c’est d’ailleurs un leitmotiv récurrent chez la gauche radicale (aile « soft » du NPA – majeure partie du Front de Gauche et du PCF – aile gauche du PS, type Hamon/Montebourg). Il permettrait aussi de relancer le sentiment européen, paradoxe salvateur contrastant avec le passage en force sur des motifs illusoire des partis socialistes et démocrates européens.

Dans le même sillage, indépendance par rapport à la BCE, abrogation de la loi de 1973, retour à un emprunt à taux zéro à la Banque de France. Tout cela fait la synthèse entre les inspirations sociales du gaullisme et les visées de l’idéal d’ « Europe des Nations »‘ laissé en suspens depuis une décennie. Une façon plus souple et cohérente d’inciter les peuples à faire bloc, se rappeler en quoi ils se ressemblent et peut-être, éviter de trouver l’ennemi à l’intérieur de la zone.

Le parti 3/5  C’est la seule formation authentiquement « gaulliste » parmi celles qui émergent ; le RPR ne l’était plus, en raison de l’usure du temps ; l’UMP dès sa création ne s’attribuait les vertus et les symboles du gaullisme que pour mieux les trahir et servir une vision néolibérale et sécuritaire. DLR associe national-libéralisme, autorité de l’Etat et valeurs républicaines, ne transigeant ni sur le rôle social de l’Etat, ni sur le refus de s’arroger un bouc-émissaire au sein de la population, ce qui n’est pas une mince affaire (car mêmes les partis « modérés », « progressistes » ou « radicaux » de gauche se vautrent dans cet écueil malsain).

NDA sur Zogarok…

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JACQUES CHEMINADE ***

Le personnage 3/5  Individu assez étrange, relativement insaisissable. A la fois plein d’aplomb et totalement dépassé, sémillant et morose, brillant et besogneux, lunaire et borderline. Devenu l’attraction privilégiée de la foire médiatique, au point que les plus médiocres peuvent se parer de brevets d’acuité en enfonçant le clou par quelques saillies de comiques de fin de repas.

La vision du Monde 3/5  Cheminade est fier d’avoir « prévu la crise » dès les 90s, ou on le raillait déjà, quoique dans des proportions moindres. Pour situer poussivement, le « Che » est vraisemblablement quelquepart entre les altermondialistes sérieux et les nationalistes de gauche. Déterminer sa position sur un échiquier politique gauche/droite serait une perte de temps, car sa ligne politique et ses idéaux ne rencontrent que très ponctuellement les clivages inhérents à ceux-ci. La lutte contre la finance, l’emploi du terme connoté des « banksters », la hantise d’une décadence intellectuelle à l’oeuvre le situe autant à la gauche de la gauche qu’un peu sur la droite d’un conservateur traditionaliste soft (type De Villiers).

Son alternative aux totalitarismes actuels pourrait se définir comme une espèce de néo-mondialisme utopique. Tout cela est politiquement intéressant, les analyses sont avisées et souvent courageuses, mais les hypothèses sont néanmoins quelquefois  improbables, parfois abstraites, presque toujours restreintes à l’incantation (quels alliés, quels moyens, quelles compétences ou méthodes pour tous les projets évoqués ?).

Le projet 3/5    Le gage de la présence du Che à la compétition, c’était l’humiliation perpétuelle par tous les journalistes. Que Cheminade surgisse et c’est le défouloir autorisé, d’autant que personne n’est derrière lui et ne viendra le défendre. Beau gâchis.

Passons les broutilles (franc polytechnique) et les axes phares (imposer la transparence dans le monde de la Finance ; nouvel ordre monétaire international -!?- ; réquisition de la Banque de France ; séparation des banques d’affaires et de dépôt – comme les autres candidats un tant soit peu crédibles ou audacieux), allons à l’essentiel : le projet spatial, qui n’a rien de ridicule. D’abord, il faut bien un jour se décider à entamer un chemin long, épineux mais à l’issue glorieuse ; ensuite, la compétition spatiale amuse moins les Chinois et dans une moindre mesure la Russie, qui eux savent combien cet enjeu est essentiel pour avoir un ascendant sur les camarades dissipés de ce Monde ; enfin, un projet national à long-terme voir de civilisation, ce n’est jamais que ce qui redonne un peu de sens, de vitalité, d’espoir et de fierté à un pays, sans quoi il n’est que le réceptacle d’une masse d’individus seuls, repliés, dont l’horizon triste se réduit à l’entourage et la réalité directe. Sur la forme et sur le fond, rien de ridicule, finalement…

Le parti 3/5  Assimilé à une entreprise sectaire, à une taupe masquée de l’extrême droite, à un institut de propagande de marxistes et complotistes gentiment illuminé, Solidarité & Progrès est un parti anonyme, sans aucun poids, régenté par son seul « cadre », Jacques Cheminade, depuis sa création en 1996. L’idée fondamentale consiste en l’instauration d’un marché « altruiste » alternationaliste. Sur le plan sociétal, les positions sont relativement « réacs » mais fondées, bien qu’elles inspirent un a-priori très caricatural (sur les jeux vidéos par exemple).  La formation est difficile à définir en elle-même, car pas réellement dissociable de son leader.

Cheminade sur Zogarok…

Ça sert à quoi un Cheminade ?

JEAN-LUC MELENCHON **

Le personnage 2/5  Entre Sarkozy (pour le mépris des troupes et du chaland) et Patrick Sébastien (des bisous, de l’amour et de l’humour et la vie est tellement plus belle), un excellent animateur de foules déjà maintes fois abordé ici.

La vision du Monde 2/5  A prendre et à laisser… A prendre, l’anti-impérialisme, le refus de brader une certaine idée de la Gauche. A laisser, cette obstination à s’inscrire à Gauche toute justement, qui non seulement supplante mais restreint de façon catégorique. A laisser aussi, l’abandon de la cause ouvrière, au profit notamment de causes superficielles mais bankables. A laisser encore, cette bêtise d’homme borné et dogmatique consistant à rejeter tout ce qui, de près ou de loin, n’appartient pas à sa corporation ou semble nuancé sur des thèmes ou idéaux qu’il combat ou méprise. A laisser enfin, ce mépris de la France de celui qui refuse, au Parlement Européen, de recevoir ses textes en français (à noter qu’alors que l’anglais, langue du démon libéral, est recalée, c’est l’espagnol qui trouve grâce auprès de Mélenchon – car c’est la langue des rebelles que le démon libéral, dont Mr Mélenchon est le valet qui peut-être s’ignore, ont mis en carte postale).

Le projet 2/5  Régularisation des sans-papiers,  limitation drastique des revenus, aucune retraite en-dessous d’un SMIC élevé à 1.700 euros, création de neuf nouvelles tranches d’impôts, désarmement global, remboursement à 100% des dépenses de santé ; tous ces principes ringards, démagogiques et presque adolescents dans leur angélisme grandiloquent, qui fondent l’extrême gauche « light » d’aujourd’hui et en font l’associée malgré elle (ou semi-consciente ?) des néolibéraux outranciers et des libdems à la candeur coupable. C’est du néo-bolchevisme bon teint (d’ailleurs la caricature protège du réel, pardon voue à l’échec).

Le projet, sans doute par omission, de toute l’opération mélanchoniste semble consister à neutraliser les bonnes volontés ; dans ce cas, au service de qui ? De la « gauche molle » qu’il fustige ? Ou d’une posture de vieux briscard lustrant les reliques socialistes devant l’éternel ?

Le parti 2/5   Fédération des gauches radicales, gauches dogmatiques, extrêmes gauches, gauches alternatives et des socialistes intransigeants et à l’ancienne. Beaucoup de monde, l’ensemble de la gauche du PS pour faire court : une coalition invoquée depuis longtemps, enfin accouchée, peut-être demain efficiente si le contexte le permet. Boîte à idées ou machine à caser à la fois les gauchistes à la petite semaine ? C’est certainement tout cela à la fois ; reste à savoir si le Front de Gauche aura une utilité, permettra de faire bouger les lignes et de peser à gauche, ou si sa tâche consistera à supplanter le désir d’alternative et à canaliser les énervés et l’électorat antisystème.

Mélenchon sur Zogarok…

> Potentiel électoral des Alternatifs

> Mélenchon : Schémas de pensée & notions phares

> Super Méluche

FRANÇOIS BAYROU **

Le personnage 3/5  Sorte de sage tempéré et solennel, affable mais aussi régulièrement inhibé dans sa défense ou maladroit dans ses attaques. Néanmoins, un talent de pédagogue; on a pu relever chez Bayrou, lors de l’exposé de ses réformes, une démarche de technicien : Bayrou estime son auditoire et se veut à la hauteur des défis que lui-même se pose. Cette rigueur personnelle fait sa richesse autant qu’elle lui impose un plafond de verre. Peut-être lorsque mille olibrius plus virulents seront passés devant lui avec le dixième de ses propositions, de sa force de travail et de son honnêteté, alors Bayrou se sentira aussi seul qu’un certain Lionel au soir du 21 avril 2002.

La vision du Monde 3/5  Héritier de la démocratie chrétienne, Bayrou est un social-libéral conscient des limites de chaque modèles, y compris de ceux qu’ils prônent. Plutôt relativiste et distancié sur la plupart des sujets, c’est aussi le partisan d’une culture du consensus « passive-agressive ». Ce dernier aspect de sa vision du système politique l’a amené à tourner en rond et une rupture à ce niveau est nécessaire, sans quoi Bayrou continuera de tourner en rond malgré tous ses efforts, tout son talent ; sa dialectique s’en ressent déjà méchamment.

Le projet 1/5  Quel est-il ? La seule posture émergente du MoDem et de François Bayrou est cet éternel « ni-ni » qui résonne tellement avec un « qu’importe » de procrastinateur, qui fait en quelque sorte des extrêmes centristes des cousins du rebellocrate Cohn-Bendit. Surtout, le changement réclamé par Bayrou et qu’il prétend incarner n’est qu’un substitut de l’alternance illusoire et stérile entretenue par le PS et l’UMP ; s’il était au centre de l’échiquier en 2007, Bayrou, par manque d’initiatives et d’intuition probablement, de chance et de soutiens certainement, n’est actuellement qu’au centre du cercle des libéraux-bourgeois. Un bad boy de façade qui servira de repli et de roue de secours à deux plus gros que lui ; est-ce que cette tentative d’OPA très incertaine n’est pas une fabuleuse manière d’encourager un inlassable tournage en rond ?

Bayrou demeure le candidat le plus « viscéralement » européiste (par obédience) et quand bien même l’Europe post-Lisbonne n’est celle qu’il a fabriqué, son absence de contre-proposition et l’inexistence d’une perspective Européenne construite, crédible et applicable, font du candidat-président du MoDem un opposant bien timoré. Ce qu’on qualifie, par extension, de complice.

Le parti 2/5  Écrin des visions alternatives, des réformateurs tempérés ou pragmatiques, le MoDem est, comme Bayrou, voué à l’échec, à moins de jouer les arbitres. Il faudrait pour cela qu’on lui en donne les moyens, qu’il se les octroie, ou que la proportionnelle soit intégrée afin de permettre l’indépendance et le développement, financier et législatif bien sûr, mais aussi idéologique et intellectuel d’un parti sclérosé, inerte et inaudible, dont la seule posture émergente est celle d’un « ni-ni »

Bayrou sur Zogarok…

> Potentiel électoral des Alternatifs

> Y a comme un hiatus

> Pauvres petits François sans cause

EVA JOLY *

Le personnage 3/5  Pour la droite libérale, les conservateurs sociaux, le camp national ou la gauche souverainiste, Eva Joly devrait être considérée comme un adversaire honorable [d’abord, parce qu’elle est au plus bas et que faire d’un nain électoral la cristallisation de ses hantises, c’est une opération stratégique – nain ou impuissant; comme le FN, adversaire idéal mais battu d’avance, taillé sur mesure (d’un point de vue « électoral ») pour le reste de la classe politique par exemple]. Eva Joly est une battante, qui a empilé les combats et affiche un CV à faire fondre les idéalistes les plus débridés. Elle fait constamment preuve d’une acuité et d’une finesse dans l’analyse des rapports de force politique et plus encore dans la critique, notamment de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement (aspect amplifié avec les accusations directes aux financements de la campagne de 2007). En revanche, pour les prescriptions, Eva Joly assume toute la candeur d’une certaine gauche si radicale qu’elle en devient « roudoudou », alors que le système et parfois même la démocratie devraient en trembler sur leurs bases.

La vision du Monde 1/5  Caricature hybride, elle porte en elle toutes les stigmates de la gauche punitive (dont les aspects positifs sont ceux qui auraient pu en faire la « Mme anti-corruption » de la campagne) alors que dans le même temps, les étendards qu’elle brandi sont les oripeaux les plus hypocrites des néolibéraux. Une progressiste « ultime », oscillant entre idéalisme forcené, abdication sur le terrain social et économique, naiveté ravissante (sans doute à moitié consciente donc complaisante) devant les enjeux et les processus en oeuvre.

Le projet 1/5  Paradoxe de Mme Joly : appeller à voter en son nom, « même si vous ne m’aimez pas », car c’est celui qu’emprunte l’écologie politique. Or cette séquence fut bien, hormis les tractations improbables sur le nucléaire, l’une des seules ou l’équipe d’Eva Joly s’est chargée d’écologie.

Le parti 1/5  Sorte de tremplin pour gonfler des CV avant de s’en retourner, soit vers quelque chose de plus sérieux (Parti Socialiste – ou Ministère accordé par celui-ci), soit vers un poste garantissant les rentes et/ou permettant la notoriété (et parfois l’amusement public) de ses ouailles (Cohn-Bendit, Mamère – et Bové en un sens). Ce n’est pas encore tout à fait ça, mais la généralisation est sur la bonne voie… Reste le cas de quelques-uns qui rêvent de voir EELV devenir le grand parti de la gauche sociale-libérale d’ici une décennie, face à un PS déclinant et ringardisé ; Jean-Vincent Placé et Cécile Duflot espèrent devenir les leaders d’un tel phénomène, Yves Cochet espère être là pour accélérer et infléchir le mouvement. J’en prend le pari.

Joly sur Zogarok…

> Madame Joly, je compatis ; sur AgoraVox

> Les Miaulements d’Eva


NATHALIE ARTHAUD *

Le personnage 3/5  J’ai éprouvé énormément d’agaçement à son égard au départ ; mais avec un peu de patience et d’attention, on réalise que Nathalie Arthaud est une sorte de prolongement de Laguiller, en plus véhément, quand son dinosaure de modèle est plus bonhomme. Arthaud est la cerbère d’une « extrême-gauche » caricaturale, digne des descriptions les plus régressives : du totalitarisme bisounours, en quelque sorte.

Naturellement, elle est dogmatique ; humainement aussi sans doute. C’est un personnage péremptoire, avec cette attitude curieuse donnant l’image d’un robot, d’un personnage un peu bête (ou buté, voir fanatique) qui réciterait une prose plus ou moins percutante mais gratuite et éculée. Arthaud est souvent en colère, pleine de verve ; pour autant elle peut paraître vacante et monocorde. Une Ségolène Royal de l’extrême gauche…

Toutefois, le discours est plus cohérent et plus vaste que dans le cas de l’homologue Poutou ; on devine plus de galon, plus de foi, plus de culture aussi et sans doute une meilleure connaissance du réel. Finalement, se découvre une honnêteté intellectuelle et politicienne généralement absente ou incertaine chez les défenseurs et concurrents nichés au même coin de l’échiquier politique. D’ailleurs, Arthaud assume pleinement ses divergences avec Mélenchon, quand Poutou cherche des motifs et trouve des points de détails farfelus ou dérisoires pour instaurer un clivage entre lui et les autres acteurs de la gauche radicale.

La vision du Monde 1/5  Pour Arthaud, une élection n’est que l’occasion d’exposer ses projets communistes et révolutionnaires. Par conséquent, l’ « insurrection citoyenne » est une aberration de son point de vue ; c’est ce qui la distingue de Mélenchon, car elle tient à régenter une petite secte univoque, sans se sacrifier en de quelconques alliances, même avec des formations idéologiquement proches ou électoralement compatibles. A côté d’elle, Mélenchon est un centriste compatissant.

Le projet 0/5  La présence de Lutte Ouvrière ne se justifie que par l’habitude. Elle fait partie des passages obligés de toute échéance électorale ; ça ne sert à rien, mais on y coupe pas. Aussi, le dogme prend le pas sur le projet, voir même sur l’idéal. Arthaud se contente de débiter les facéties de son mentor Laguiller, prônant des mesures ineptes et farfelues qui n’ont aucune chance de déboucher et donc, ne servent qu’à permettre à ceux qui les déclament de passer à la télévision pour jouer aux gauchistes énervés et stupides.

Le parti 1/5   D’abord relativement marginal, Lutte Ouvrière est devenu la grande formation trotskyste de France avec la Ligue Communiste Révolutionnaire et est parvenu à percer davantage grâce à sa sainte-patronne Arlette Laguiller. Les succès personnels de celle-ci aux élections Présidentielles ont été une garantie pour le parti, presque toujours quasi inexistant aux scrutins intermédiaires. Par ailleurs, l’audience électorale de Laguiller a, de façon invariable, été dûe essentiellement à ses qualités de femme et à la bonhommie pénétrante de son personnage. La candeur utopiste de soeur Arlette a toujours su attendrir, mais dans un monde de brutes, elle a surtout été une diversion malgré elle. Lutte Ouvrière reste donc le sympathique parti de l’extrême gauche intransigeante, une sorte de porte-parole d’auteurs éternellement réssuscités, contre leur gré et sans plus que leurs valeurs ne soient entendues. Car le gauchiste préfère la récitation à la révolution, le slogan à l’offensive, le par-coeur à la réflexion. La remise en question est donc pour jamais, alors basta !

NICOLAS SARKOZY *

Le personnage 1/5  Nicolas a déjà prévu l’après, qui consistera à « se faire du fric ». Nicolas Sarkozy s’est casé à l’Elysée, simplement c’était là, sur le chemin de sa carrière. La France, la détresse d’un peuple, Nicolas Sarkozy est tellement au-dessus de tout cela !

Sur la forme, c’est un très bon showman, sauf lorsqu’il improvise ; gare aux pannes de prompteurs, aux conseillers peu inspirés et aux opposants ou aux sceptiques dans les coulisses ou les bains de foules.

Voici un ignoble enfant du néolibéralisme ; ce n’en est pas une monstrueuse excroissance, c’en est le fruit direct et banal. Fascinant pour sa capacité de convictions, son aptitude (avérée et répétée) au mensonge et au leurre ; écoeurant pour cette manie de promouvoir avec tant de brio des supercheries aux lourdes conséquences (dont l’illustration la plus outrancière est le Traité de Lisbonne).

La vision du Monde 0/5  Définie ci-dessus et point de vue exprimé dans le même temps.

Le projet 1/5  Simuler le sursaut patriotique pour mieux brader et vassaliser le pays dont il a la charge. Pour sa défense : parmi les postures-qui-font-responsables, quelques idées comme le maintien du nucléaire, certes conservatrices, sont vouées à limiter la casse pour la maison France. Ceci quand dans le même temps, Hollande se confond en promesses idiotes qu’il ne tiendra pas ou qui consisteront à démanteler l’énergie, au propre comme au figuré, de la maison évoquée plus haut. Autrement dit, le projet de Sarkozy n’a de mérites que pour les aberrations hollandistes qu’il se refuse à prôner…

Le parti 1/5   L’UMP a servi à fagociter la droite ; une opération qui a permis d’épurer la droite, soumettre ses dissidents (Pasqua, DeVilliers et autres grandes gueules envoyées au placard), précipiter ses courants dans un entonnoir ne conservant que le dogme du démantèlement de l’Etat et des services publics. Une raison de ne pas pleurer : pour l’UMP, briser la paix sociale est une méthode, pas une finalité. Tout va bien donc, il y a moins de mesquinerie que de lâcheté et de suivisme dans la grande plateforme de la majorité de droite.

Sarkozy sur Zogarok…

Le Président parle aux Français : Flamboyance & Artifices ; sur AgoraVox


PHILIPPE POUTOU °

Le personnage 0/5  Il est mal rasé, il est négligé, il est comme vous. Il baille lors de son lancement de campagne tellement il se fiche d’être élu. Il évoque les « copains », qu’il estime servir et avec qui il veut tout changer. Il ne comprend pas qu’il est le miroir de Sarkozy, qui lui-même ne défend que ses intérêts particuliers et ceux de ses amis, qui lui-même refuse d’entendre raison ou de nuancer ses jugements pour toujours s’en remettre aux mêmes dogmes, toujours rentrer dans la même niche, au service d’un clan qui lui trouverait facilement un remplaçant. En politique, on appelle ça un « idiot utile ». Doublement idiot et triplement utile lorsqu’on comprend que tout ce que vise Poutou, c’est le tour de piste et puis s’en va ; c’est l’homme qui venait pousser une gueulante, en somme, parce qu’il en fallait un. Quitte à se dévouer, que Poutou ouvre un peu son esprit, ouvre autre chose que les biographies de Trotsky que son misérable parti met en vente à la sortie de ses meetings de circonstances, et puis qu’il arrête de croire que sa parole est utile à qui que ce soit, parce qu’il n’est qu’un bouffon malgré lui, dépassé non seulement par le système, par la pratique médiatique, mais aussi par la propre machine de son parti.

La vision du Monde 0/5  Roi du bon-sens antilibéral, répétant à l’envi des slogans médiocres et benêts (à l’instar de sa formule sur «les coffres-forts des capitalistes»), Poutou n’existe que par sa détestation du « riche », une piètre compensation au mal-être et à la médiocrité de la condition de ses camarades ouvriers (mais il ne penserait jamais à cela). «Prendre l’argent dans la poche des riches» pour le mettre à disposition des gens et des copains, voilà l’idéal ultime de Philippe Poutou. Grande différence avec Mélenchon, Poutou n’a aucun projet, aucune vision pour l’économie, pour la relance, pour la ré-industrialisation, pour la lutte contre le chômage ; seule la collectivisation existe dans ses schémas de pensée. Ce serait drôle si ce n’était l’exacte vérité. Même Hélène Ségara est capable de lui faire la leçon tout en étant magistrale. C’est dire comme Poutou non seulement ne peut, mais surtout ne comprend rien, ou si peu…

Le projet 0/5  Virer Sarkozy ; il le dit et le répète. Si ça ne tient qu’à ça, il n’était évidemment pas très utile ; d’autres sont sur le coup, s’en chargent avec brio, parfois même résument leur engagement à cela (eux aussi, à la différence qu’ils mobilisent), ou bien grommelle des saillies un peu plus inspirées.

Ce monsieur qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, qui prône l’interdiction des licenciements, ne veut même pas imaginer que la sortie immédiate du nucléaire ferait exploser le chômage. Et qu’en outre, elle plomberait la France… mais ça, la France, Poutou s’en fout, c’est juste la cantine des ouvriers, d’ailleurs il peut pactiser avec ceux qui la considère comme « un hôtel ». Ainsi, le représentant PS a le droit à la poignée de mains (au-delà, tout est fini) et le candidat du même parti est tolérable en tant que balais et, sans doute, comme voie de la raison. Je m’interroge : un militant du NPA ne méprise-t-il pas ses propres motifs de combat, puisqu’il en accorde la défense à un parti creux, isolationniste (d’un point de vue politicien) et qui, toujours, renvoie par défaut vers les socialistes d’étiquette.

Le parti 0/5  Avec Besancenot, devenue une formation d’extrême gauche et de gauche radicale totalement inoffensive et à la gouaille hasardeuse. L’enjeu pour le NPA est de donner une conscience politique à des étudiants, des jeunes et des paumés en mal de révolution douillettes avec garantie sur l’avenir ; les quelques-uns qui s’y sont essayés avec un peu d’estime et de courage en sont revenus, notamment dans les milieux populaires et immigrés. Le NPA n’est qu’une confédération d’ignares paresseux incapables d’être conséquents, ne s’engageant que pour s’affubler de labels et de slogan, dans un esprit « 100% à gauche ». Il faut noter cependant que le NPA est l’héritier direct de la LCR, reformaté tel quel après le succès de Besancenot aux Présidentielles de 2002 : une opération qui permettait aux rebellocrates voisins des bobos de s’approprier une plateforme occupée par des gauchistes souvent ridicules, extravagants, sectaires ou isolés, mais sans doute plus authentiques.

FRANÇOIS HOLLANDE °

Le personnage 0/5   Qui est François Hollande ? Quels sont les faits marquants de sa carrière ? Quelles sont ses actions ? Quelles sont ses analyses ? Quel est son idéal ? François Hollande est l’archétype du petit technocrate planqué, valet depuis son entrée dans le Monde d’hommes et de femmes plus forts que lui et qui ont tracé la route dont jamais il ne s’est écarté. La promotion d’un âne à la tête de l’une des deux formations immédiatement susceptibles de remporter une élection Présidentielle en France est un aveu d’échec national et la preuve, soit que le Parti Socialiste est infiltré par des taupes de Sarkozy ou des trop lâches pour s’en aller sur le devant de la scène, soit que ce même Parti Socialiste a démissionné et ne consiste plus qu’en un tremplin pour carriéristes bedonnants ou viennent s’échouer encore trop d’idéalistes et de braves décidés à changer les choses, à réformer le Monde, ou même parfois, simplement, à faire de la politique, quand bien même elle daterait de l’époque de papa.

La nullité de Hollande, en tant qu’homme, est si flagrante que même sa façon d’être n’est pas la sienne ; le PS a tenté d’en faire un produit mais échoue. Résultat, Hollande est en pleine balladurisation, c’est-à-dire que s’il remporte l’élection, les Français auront déjà le sentiment de se le coltiner depuis l’avènement de la République.

Reconnaissons néanmoins que Hollande assimile très bien les tics de Manuel Valls, qui consistent à cligner des yeux avec un air outré, fier et supérieur, tout en proférant « mais enfin… mais voyons… mais qu’est-ce que c’est que ça » avant de se lancer dans une fausse colère qui se traduit par un phrasé syncopé penaud quoique censément offensif, puisque le locuteur accompagne sa posture d’une sorte de suffisance très travaillée mais surtout, un peu plus arbitraire à chaque nouveau borborygme ou « mais alors » ou « hein ».

La vision du Monde 0/5   Un système malade se reconnaît aussi à cela ; cette façon d’accepter qu’une espèce d’édredon mal démoulé puisse se porter devant les suffrages d’un peuple tout en partant comme favori introduit une sorte de malaise. Hollande n’est porteur de rien d’autre que de lui-même, ce qui est à peu près moins que rien. L’étiquette Parti Socialiste, en reposant sur ces flasques épaules, humilie intrinsèquement le client socialiste ou social-démocrate, puisqu’elle affiche clairement sa condescendance envers des électeurs-otages. Hollande n’a guère que ce qu’on lui offre pour étoffer sa vision du Monde, de la France et de l’avenir ; il en est ainsi réduit à ergoter sur des détails techniques dérisoires voir absolument vains, proposer des réformes brutales et idiotes pour réveiller ses troupes et répéter « Le changement c’est maintenant » avec un sourire gamin lorsqu’on l’invite à réagir ou à prendre position.

Le projet 0/5  Allons… Allons…

Le parti 1/5  Le Parti Socialiste est une formation de grabataires décadents, dont l’heure de gloire est passée, qui se diverti en exposant un comique de fin de meeting choisi à la dernière minute ; mais, on le sait au Parti Socialiste, c’est le meilleur dans sa catégorie. Pas sûr que l’humour soit le remède ultime à la crise dont les Français connaissent aujourd’hui les effets, mais après tout…

Depuis les années Chirac, le PS est devenu une écurie, un peu comme le Front National, sauf qu’ici c’est la tendance néo-libérale et sociale-traître qui domine, pendant que les authentiques défenseurs du peuple sont invisibles voir fantasmés & pendant que des gardiens du temple ou autres adeptes du dogme font de la figuration pour les vieux clients.

Pour cette raison et à cause de son héritage historique, de la volonté de certains de ses cadres devenus inaudibles ou supplantés par mieux placés qu’eux dans l’organigramme, on peut continuer, pas à croire, mais à espérer que le PS puisse être le vecteur d’un certain réformisme, de quelques progrès sociaux arrachés avec les dents. L’espoir fait vivre, dit-on ; il épuise s’il n’abouti à aucun résultat, aussi. Toutefois, le PS sera plus propice que l’UMP à réagir plutôt qu’à s’adapter à la violence que feront subir les puissances actuelles lors des années à venir ; plus disposé aussi à appliquer une démocratie directe (même si elle n’est que suggérée) via consultations populaires. Et puis le PS a Montebourg ; l’UMP a des « nationaux-républicains » aussi, des Guaino même pour ajuster les discours…

Hollande sur Zogarok…

> Pauvres petits François sans causes

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!! Le principe de notation doit être pris avec légèreté (c’est l’esprit dans lequel il s’applique), il n’est usé qu’à titre indicatif et pour donner un repère immédiat.

MELENCHON, SCHEMAS DE PENSEE & NOTIONS PHARES (ré-activation)

18 Mar

Etudions de près les notions-clés, les abus de langages et les stéréotypes qui fondent la pensée, la rhétorique ou la dynamique du cas Mélenchon. Ce sera l’occasion de mesurer à quel point sa vision de l’avenir est candide et sa conception de la politique fébrile et désuète.

L’article s’appuie sur plusieurs citations concrètes issues de saillies mélanchonesques dans un contexte de performance médiatique ou de réaction filmée (plusieurs vidéos et liens ont été intégrés pour permettre à chacun de se forger sa propre opinion et d’étendre les sources). Ces références ne valent pas pour elles-mêmes mais parce qu’elles sont symptomatiques  de ma perception générale de Jean-Luc Mélenchon. Égal à mon sujet, je me répands en sophisme ; mais j’ai la décence de vous prévenir et d’avoir des exemples fournis.

Beauf de gauche

Lorsqu’il a fait sécession du Parti Socialiste en réalisant, au terme de trois décennies de mûre réflexion, que celui-ci n’avait de « socialiste » et peut-être même de « social » que le nom, Jean-Luc Mélenchon a amplifié ses tics les plus grossiers. Objectif : interpréter, à merveille et mieux que quiconque, le rôle du bon vieux briscard, du beauf dogmatique mais généreux.

La gauche radicale a alors pu abandonner Besancenot, l’idéaliste pour étudiants et midinettes, pour s’approprier une figure plus traditionnelle, mais aussi plus avisée, de pilier de gauche : Méluche, formé chez les trotskystes, quand le petit Olivier a été formaté dès ses 14 ans par SOS Racisme et les Jeunesses Communistes Révolutionnaires, organisation militant contre la guerre et l’interdiction des signes religieux à l’école.

Cette incarnation assez parfaite du « beauf de la gauche, la vrai, la dure » est autant l’atout ultime que l’obstacle au progrès de Mélenchon. S’il est tant apprécié par les médias, qui adorent être accusés de tous les abus imaginables et jouer les jeunes filles prudes devant ceux qui les brusque, c’est qu’il est tout à fait inepte, incapable de prendre le pouvoir et d’imposer des thèmes dans le débat. Il ne sait que prendre le contre-pied des dispositions des autres en sortant de vieilles reliques.

Les autres, ces centristes

On pense à la rhétorique trotskyste de base (qui ferait d’Hervé Morin un ressortissant du Bloc Identitaire ou de l’Oeuvre Française), pourtant Jean-Luc a raison sur ce coup, le Parti Socialiste, formation indécise mais assimilable au « centre-gauche », poursuit une orientation centriste (le terme de « centre-gauche » est à comprendre dans sa forme la plus négative qui soit ; il s’agit d’un parti tourné vers la gauche par les fondamentaux qu’il déclame, mais qui se rattache finalement au centre « mou » par sa passivité idéologique). Pour mieux se couvrir de ridicule ou simplement pour rester fidèle à ses tics de brave « vieux con » dépassé, Méluche qualifie cette autre gauche de « truc bizarre ». Il regrette que ses anciens camarades soient devenus des traîtres ; il ne comprend pas qu’on puisse être flexible avec les dogmes (quand lui-même est un marxiste et un progressiste à la petite semaine – et cette planification écologique, slogan merveilleux masquant un grand flou).

L’ « écart de caricature » qu’il constate entre lui et Copé (Des Paroles & des Actes du 17 novembre 2011) est peut-être bien plus ténu que Méluche ne veut le croire. Les références pachydermiques à Marchais, surtout en récupérant le pire du dernier grand dinosaure du PCF, donnent le sentiment que Mélenchon s’acharne à rejouer un bêtisier ; on ne va pas parler psy, mais l’homme de gauche anxieux et confronté au champ du réel, s’il croit à ce frêle agitateur, doit être prévenu : le temps ou ses derniers espoirs s’envoleront est imminent.

La notion de camp

C’est que le bon Méluche est toujours enferré dans la conception du bloc contre bloc. Il y aura toujours plusieurs blocs les uns face aux autres, parfois il n’y en aura que deux. Mais la dualité droite/gauche, dont la validité est contestée depuis deux décennies, n’est même plus secondaire aujourd’hui ; tout au plus est-elle un lointain écho que seuls les maillons privilégiés du système aiment à mettre en valeur.

Mélenchon s’inscrit toujours dans le camp de la gauche et il est confronté à un dilemne ; faut-il rejoindre les autres gauches, faut-il les éjecter et restaurer, seul, la Gauche authentique ? C’est un peu le complexe du libéral classique, qui était de gauche hier et est de droite aujourd’hui, à moins qu’il ne soit juste que libéral. Mais tout ça n’intéresse pas Mélenchon puisque ce qui compte pour lui, c’est bien l’étiquette et qui est à même de mieux la mériter. Comme si être l’homme fort de la gauche traditionnelle était une décoration… 

L’humaniste citoyen

S’il joue les gros bras, c’est d’abord pour défendre les faibles et les opprimés. De qui, de quoi ? Du « capitalisme », des « grandes entreprises » et de Sarkozy qui sèment la désolation dans notre pays. Soit ; et Mélenchon est l’homme debout face à cet ordre des choses abusif et odieux. Il s’agit dès lors de se poser comme un homme de convictions, tenace et décidé. Aussi, si jamais il était à côté de la plaque, ça ne compterait pas ; en effet, Mélenchon est un homme sincère, il dit ce qui lui vient, ce que son coeur lui commande (il n’hésite jamais à partager sa conception « tripale » de la politique). A défaut d’être pertinent, il est touchant en plus d’être fort et courageux – n’importe quel spectateur un peu attentif ou emphatique est alors sidéré par tant de vérité, par cette simplicité rugueuse et vivifiante.

Et celui qui reproche un sophisme ou un bon mot un peu trop spontané à un idéaliste ne peut être qu’un bougon à l’âme flétrie. Ou comment, grâce à un idéal fumeux mais basé sur des notions connues de tous (celle de la gauche éternelle) et un humanisme de comptoir, Mélenchon apparaît comme le plus humain des prétendants à l’Elysée. Dès lors, les potentiels électeurs sensibles à la droiture, aux engagements et aux paroles loyales et charitables apercevront une sorte de « sauveur », en tout cas un homme intègre et décidé à faire respecter l’Homme et ses droits. Un meneur généreux au milieu des traîtres (d’ailleurs n’oublions pas que pour s’élever, Mélenchon a fondé sa rhétorique sur le « tous pourri »).

Marine Le Pen, « défenseur du capital »

En homme du passé, JL Mélenchon qualifie la représentante du Front National d’amie des marchés financiers. Dans les 80s, JM Le Pen aurait pu être considéré comme un allié tacite du capitalisme sauvage, bien que le nez dans le guidon à la façon de Mélenchon aujourd’hui, ses raisonnements et sa vision étaient étrangers à cette idée. Cependant, à défaut d’être antilibéral, c’était déjà un antimondialiste.

Marine Le Pen a gommées les contradictions à ce sujet. Comme Besancenot, le gardien du temple Mélenchon divertit Mme Parisot, laquelle mesure combien Marine Le Pen est son premier véritable adversaire démocratique crédible et présidentiable. Mélenchon s’en prend aux « grands patrons », aux génies de la finance, mais tout est brouillard au-delà des formules tranchantes. A la différence de Marine Le Pen, jamais il ne remet en question la réforme de 1973 et surtout jamais il ne semble au courant de son existence (invoquant à l’occasion des auxiliaires anecdotiques gravitant dans la galaxie de cette vieille mesure passée sous silence). Faute d’inattention, mémoire sélective ou jugement circonscrit ? Un peu des trois et beaucoup des deux derniers sans doute. Et plutôt que restaurer l’autorité de la Banque de France, Mélenchon invoque l’Europe ; il est sans doute l’artisan d’une Europe sociale et le moins européiste des européistes, mais il en est tout de même ; Mélenchon pourrait alors être, en quelque sorte, une solution de dernier recours (ou de second tour)… s’il n’était pas lui-même le rabatteur des ultracapitalistes.

D’ailleurs, à l’égard de celle qui devrait être une associée ponctuelle et objective, théoriquement et si l’opposition aux dérives du capitalisme était structurée,  aboutie et assumée pleinement des deux côtés, Mélenchon a le vocabulaire des ténors du PS et de l’UMP ; ainsi il accuse Marine Le Pen d’être à la tête du « parti de la haine », rengaine un peu dépassée mais qui demeure ancrée chez lui, au point de resurgir lors de son discours de Metz du 18 janvier. A la même occasion et ne boudant jamais la saillie excessive et d’une contre-vérité funeste, il la pointe comme une « austéritaire, du côté des patrons » – ceux-là même qui ont peiné à digérer la récente intervention devant eux la championne du FN, se contentant de lui prêter une oreille curieuse.

Anecdote de petite cuisine, lors de l’Edition Spéciale (France2) consécutive à l’intervention télévisée Présidentielle du 27-10-2011, Marine Le Pen subissait les attaques de Mélenchon qui justement la taxait d’alliée ultime du « grand capital ». Ce à quoi elle répondait, plus navrée qu’agacée, un joli et définitif  «… on a changé d’époque monsieur Mélenchon».

L’humour pour réenchanter la France

Jean-Luc fait souvent part de sa bonne humeur derrière les grimaces ; et à chaque fois, il arbore un sourire et simule l’effusion de joie pour rompre avec la colère surfaite et les froncements de sourcils qu’il entretient soigneusement depuis le début de sa journée de petit chef de gang. 12 janvier 2012 sur le plateau de Des Paroles & des Actes (présenté par le « larbin » Pujadas), lorsqu’il est interrogé à propos de « sa qualité la plus présidentiable », il ne cite pas sa fameuse  »passion » ou sa capacité à  »entraîner les foules » ; il évoque son humour. Parce qu’avec un peu d’auto-dérision tout devient possible.

Génial, sauf que Jean-Luc en trublion de service mode offensif, c’est pas si brillant & que sur le terrain, Hollande règne déjà en maître. Voilà une idée pour Sarkozy ; qu’il dégobille sur son bureau présidentiel lors de sa prochaine allocution télévisée, qu’il s’affuble d’un gros nez rouge pour évoque les minables salariés se contentant de moins de 1.500 euros par mois,  qu’il se mette en duo avec Nadine Morano et lui propose de former un ticket pour mai 2012. Certes, il ne grimpera pas dans les sondages, mais au moins, il aura réchauffé le coeur des Français et ça, ça n’a pas de prix…

Peut-être que le plus drôle chez Jean-Luc, c’est cette capacité à réprimer dans l’ombre un opportunisme politicien assez fulgurant. Le rapprochement avec le PCF n’a été qu’un prétexte pour ramener à lui la base électorale de cette formation antédiluvienne ; l’invocation de raisons climatiques pour justifier d’avoir snobé la fête de l’Huma jusqu’à il y a peu était une pirouette assez magistrale à ce titre (On n’est pas couché du 17-09-2011). Heureusement que Méluche sait s’approprier les dogmatismes des autres (en plus du sien, ça fait beaucoup d’ornières.. -mais, ornières de gauche!).

L’orateur magnifique

Il est devenu impossible d’évoquer Mélenchon sans omettre de rappeler combien le président du Front de Gauche est un orateur flamboyant. Chaque portrait du personnage s’accompagne d’un petit exposé didactique sur l’art oratoire du tribunitien. Lors de sa prestation dans l’émission Des Paroles & des Actes (01-2012), emporté dans son élan, il explique que De Gaulle apprenait par coeur et donc « récite » ses discours, tout en soulignant que lui s’inspire certes, mais est souvent spontané, n’ayant pas besoin de notes.

Ce qu’il omet de dire, c’est que les sophismes de gauchistes sont si archaïques et rodés qu’effectivement le recours à une quelconque préparation n’est pas nécessaire à un challenger de la gauche communiste. Et tout en dénigrant le fondateur de la Ve République, Mélenchon se montre très « transparent », donnant en plateau des recettes techniques, se lançant avec enthousiasme dans une ou deux expertises (comment garder le contrôle lorsque le micro renvoie un mauvais son). Qu’il applique cette acuité et cette sincérité à l’ensemble des domaines qu’il prétend traiter.

Honnêteté sélective

Il n’est pas interdit de croire que Méluche est un homme sincère, sauf que… ses oeillères lui gâche la vue et mentent pour lui. Ses discours s’inscrivent dans une sorte de cohérence fermée ; ils tiennent en eux-mêmes mais seulement parce qu’ils restent amarré à un modèle, un fait ou une visée unique. La saillie est alors déconnectée du réel, d’autant que chaque argument échoue face à Mélenchon, pas parce qu’il est inapproprié, mais parce que Mélenchon, en brave bloc du passé, balaie toute les subtilités éventuelles du discours adversaire. Il y a une honnêteté à deux vitesses ; Mélenchon arrive à structurer son propos, attrape des motifs qui l’appuieront ; à côté de cela, il ignore tout ce qui pourrait le remettre en question. Jusqu’à l’imposture.

Lui, l’anticapitaliste, l’anti-délocalisation, l’anti-élite, l’antimondialisation, l’antisystème, n’évoque jamais les organismes lieutenants de ce qu’il combat. Bilderberg ? Il passe sous un tunnel ! Quand aux institutions « locales » liées à la pensée unique et aux schémas politiques dominants, lui qui en est membre fait celui qui ignore de quoi on parle ; pourtant, il a fréquenté les participants des réunions du club du Siècle dont le nom paraît ne rien lui évoquer. Sans doute se gardait-il, par pudeur, de s’intéresser aux soirées privées de ses supérieurs hiérarchiques…

De même, le président-fondateur du Parti de Gauche possède un lourd passif ; le soutien à Maastricht n’est pas très cohérent pour l’opposant à une « Europe libérale ». Le « patriotisme européen » et le mépris pour le rejet du traité par les Danois faisaient la démonstration de son ambition supranationale et de son élitisme : des valeurs de gauche, certes, mais antisociales avant tout. Cela dit, le Mélenchon de l’époque justifiait sa traîtrise par une quête du compromis – assez invraisemblable dans la forme aujourd’hui, même si elle sera effective sur le fond- et un idéalisme « citoyen » benêt et vaporeux.

Après tout, Mélenchon n’est pas à une contradiction abyssale près ; chacun avait pu relever que le « Qu’ils s’en aillent tous » qui servait de titre-slogan à son manifeste paru en octobre 2010, s’il était appliqué au réel, verrait l’ancien Ministre sans réalisations faire ses valises pour retrouver la vie civile, à l’instar des « puissants » qu’il vilipende et dont il a été le  compagnon de route (et non l’inverse – ce qui prouve peut-être sa bonne foi mais encore plus son inconsistance). Pour en revenir au club du Siècle et pour ceux qui le découvre sincèrement, il s’agit d’une organisation de despotes éclairés – espérons qu’ils le soient en tout cas, le mensonge auto-administré peut permettre de dompter la réalité en écartant ses vérités les plus crues (nous sommes des Mélenchon d’en bas, finalement).

L’art de l’esquive

Là encore, Mélenchon n’a peut-être pas conscience de cette aptitude à nier par réflexe la réalité d’un débat. Pourtant, il suffit de tendre l’oreille pour réaliser combien le leader du Front de Gauche évite les sujets fâcheux, précis ou demandant, plutôt que des postures enflammées, des solutions ou des analyses personnelles. Il dévie généralement en s’appuyant sur une facette évoquée plus haut, arborant alors le visage de l’humaniste citoyen, de l’altruiste sincère mais dont la bienveillance est minée et freinée par des agents extérieurs.

Rien de mieux pour sortir du sujet que d’invoquer des généralités ou des vérités universelles plus ou moins probantes ou appropriées. Sur le thème, anecdotique mais dont on mesure vraisemblablement mal les implications et les conséquences possibles de tout interventionnisme législatif, du cannabis et des drogues douces, Mélenchon s’est illustré (jeudi 12 janvier – Des Paroles & des Actes encore) par une auto-censure qui prenait les atours de la raison et de la prudence (« je suis pas médecin moi »). Et il a raison à ce titre, mais il y a un paradoxe : comment peut-on être dans le spectacle, l’invective permanente, puis quelquefois se débarrasser d’une question en jouant les ambassadeurs éthiques ou l’homme mesuré et responsable, sans sombrer dans une schizophrénie voyante.

Toutefois, guidé par le sceptre de la coolitude, il lance un merveilleux « on me dit » (comme si pour ce sujet là, les autres pouvait alors parler à notre place ; comme si le rôle du politique s’arrêtait là – étrange pour un homme aussi prétendument investi). Puis il développe l’argumentaire classique des pro-légalisation  »consciencieux », généralisant des emplois analgésiques isolés à l’ensemble des cas médicaux potentiels. Il faut voir le bon côté des choses : Mélenchon se fout totalement du sociétal. C’est déjà bien de savoir viser.

D’ailleurs, le rituel du coup-de-gueule n’est-il pas une méthode de planqué ? Faussement indiscipliné, Mélenchon accable quelques boucs-émissaires (le FMI, Sarkozy, les agences de notation…) sans jamais pointer les mécanismes et encore moins en expliquant comment il va les démonter. A cela il préfère afficher un optimisme à tous crins, arguant que « nous n’avons jamais été aussi riches, il faut savoir ou prendre », que la retraite à 60 ans est accessible à tous et sans incident. Soit, mais ou est le plan cher Robin des Bois ? En outre, en se recroquevillant toujours sur la colère, même sincère, même légitime, ne jette-t-il pas le discrédit sur sa propre action et sur son ambition de rendre l’Europe plus sociale et la France plus unie ?

(Article du 18 février 2012 à 1h00 – réactivé le 18 mars 2012 à 12h30)

POTENTIEL ELECTORAL DES ALTERNATIFS : BIENTOT AU-DELA DE LA BLOGOSPHERE ?

29 Fév

Marine Le Pen a franchit un palier dans l’opinion, devenant progressivement une présidentiable envisageable. Cette évolution se reflète dans les intentions de vote officielles ou elle est devenue très forte, mais aussi sur Internet ou elle se trouve régulièrement en tête de sondages sans valeur scientifique mais révélant les positions des internautes de passage.  Ces chiffres sont contestables, ils sont même souvent irréels et absurdes, mais ce sont néanmoins des indicateurs précieux. Alors on hésite à trancher : phénomène factice (voir fabriqué) ou un signe du temps ?

On sait que Internet est pris d’assaut par les partisans et militants des partis ou formations classés « extrêmes » à la va-vite et par nécessité de combler les cases de l’échiquier traditionnel ; cela concerne essentiellement le Front de Gauche et le Front National (et le FDG n’est plus à la traîne aujourd’hui).  En vérité, c’est tout le vote alternatif (ou assimilable à une telle étiquette – comme Bayrou voir Chevènement) qui est privilégié sur Internet ; Bayrou connaît quelques succès et sur AgoraVox, les fans du méconnu mais brillant (jusqu’à ce qu’il se mette à ergoter depuis quelques temps) Asselineau lui permettent d’atteindre les 7%.

Sur ce dernier site, Marine Le Pen n’est « que » deuxième avec un score comparable (17%) à ceux qu’elle obtient aujourd’hui dans les sondages et que son parti a affiché lors des Cantonales de 2011. Nous sommes loin des 30% à 80% observables (surtout il y a un an et demi-deux ans) sur l’ensemble des sites de sondage Internet et même sur de nombreux Blogs.

La droite dite « républicaine » est la grande victime des exigences des Internautes, tandis que les conservateurs de gauche (le PS et ses auxiliaires) incarnent régulièrement le troisième homme derrière Mélenchon et Le Pen, ou bien le challenger de la championne du camp souverainiste. C’est selon et il y a plusieurs échelles très variables quant à ces rapports de force.

Finalement, les succès s’observant sur Internet mesurent l’implication militante, les mouvements de fond mais surtout la forte identité des partis ou personnages et leur aptitude à incarner le changement.  Les plateformes structurées et les mastodontes tout-puissants n’ont pas les faveurs de ceux qui peuvent choisir leur actualité et la réfléchir eux-mêmes ; c’est ce qu’il faut retenir, car ces attitudes forment le réservoir potentiel de majorités futures aptes à contribuer à la transformation de la société.

Voici le compte-rendu de sondages proposés sur mes blogs au sujet de ces « Alternatifs » quel-qu’ils soient, avec un développement plus attentif des chiffres les plus récents, c’est-à-dire ceux observés sur Zogarok.

Le cas Marine Le Pen

Sans monopoliser les urnes virtuelles ouvertes sur Zogarok, elle est une compétitrice de premier plan et l’une des favorites. Les chiffres de Janvier sont éloquents, à mi-chemin entre ceux donnés par les instituts officiels et les sommets olympiens de la poignée de sites de sondages politiques quasiment mis sous tutelle d’inconditionnels pathologiques du FN.

A l’heure ou « national » est un gros mot et un extrémisme, alors que les fiertés patriotes sont assimilées à des lubies de ploucs et de beaufs bas-de-front ou hargneux, Marine Le Pen porte l’espoir d’un peuple soucieux, non pas d’entretenir de quelconques mythologies villiéristes, mais simplement, c’est pourtant colossal, de redonner au destin national toute sa légitimité.

Soumise à un jeu pervers des médias, elle a d’abord été diable new look accepté pour sa « modernité », avant d’être traitée avec une condescendance narquoise – cela lorsqu’elle est face aux journalistes. Après coup ou entre eux, le ton redevient plus grave, pas moins outré : la menace mariniste est martelée sans que l’on comprenne bien la nature de ce danger présumé. En effet, les invectives, les anathèmes et les envolées émotionnelles abondent et Le Pen se voit soudain chargée de maux et de tares avec lesquels elle n’a jamais flirté.

A défaut de casseroles, la candidate Marine Le Pen croule sous les peaux de bananes, les anecdotes et les attaques  infondées – elle doit se défendre d’appartenances farfelues et est constamment invitée à renier ce qu’elle est. Il lui faut donc en permanence se justifier sur un front (alors que le niveau est digne d’une cour de lycée ou d’une manifestation ou éructeraient des « chiens pour vieux » -pour reprendre un dandy ubuesque) tout en normalisant ce qui n’a rien de répréhensible ou d’odieux en soi, c’est-à-dire le fait d’être Marine Le Pen, française, patriote, populiste appelant le peuple à reprendre en mains son destin en arrachant leur nation à l’emprise du dogme mondialiste et d’une décadence éthique promue avec violence – cette violence dont les nations orgueilleuses et la culture arabe font les frais. 

Parce qu’elle est la seule des six grands candidats à assumer une vision du monde alternative dans un projet construit, cohérent et transparent, Marine Le Pen est la leader logique des authentiques réformistes, puisque la rénovation passe, aujourd’hui, par la restauration des souverainetés nationales, alors que le sociétal-cosmétique pétrifie l’univers politique.

→ une côte de popularité de 51% (sympathie pour le personnage)

→ un potentiel électoral de 45% ; 17% des « zogarokéens » en font leur candidate prioritaire et 26% voteraient pour elle si l’élection n’incluait que les six principaux candidats

→ une crédibilité présidentielle de 43%

→ au second tour, en duel face à Hollande, elle perdrait d’un petit point avec 41% (contre 42%) et devancerait Sarkozy avec 40% (contre 32%)

→ enfin, 58% pensent qu’elle sera au second tour (35% face à Hollande, 13% face à Sarkozy et 10% face à Bayrou)

→ 17% pensent même qu’elle sera élue Présidente (Hollande et Sarkozy se partageant l’ensemble des pronostics récents, Bayrou étant très mineur et Mélenchon récupérant les miettes)

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Le cas Mélenchon

Le lieutenant-dinosaure en chef est très populaire sur le Net ; il est notamment le grand champion des internautes d’AgoraVox, site d’information alternatif d’une richesse et d’une liberté extraordinaire, mais subissant, comme d’autres, un bourrage massif. Les articles pro-Mélenchon y abondent et les rares sceptiques ou détracteurs sont « moinssés », c’est-à-dire notés négativement. Pourtant le leader de la Gauche radicale semble avoir davantage de crédit en tant qu’ « agitateur de service » auprès du « marais » électoral (l’expression existe) et d’un espace d’électeurs conservateurs et modérés ; en d’autres terme, ceux qui tiennent Mélenchon pour un rénovateur au sens strict sont ceux qui le verraient bien figurer poliment dans une majorité de Gauche pour égayer la partie, ou bien sont des centristes divers rejetant, par principe, tradition et par éthique Marine Le Pen. En effet, la diabolisation plombe encore la candidate FN, au point qu’on ne veut même pas lui reconnaître ses qualités ou son potentiel sociologique le plus évident. Un sondage en particulier illustre ce phénomène en consacrant Mélenchon comme meilleur défenseur de la cause ouvrière selon les Français, loin devant Marine Le Pen. Sondage néanmoins étrange et en contradiction avec une foule d’observations antécédentes ; sans doute ceux qui voient en Mélenchon la solution aux maux des ouvriers sont à retrouver parmi les cadres, les hauts salaires, les légions du PS et du Modem, qui ne sauraient tolérer que Le Pen puisse se targuer d’une quelconque représentativité.

Dans la campagne, Mélenchon est néanmoins l’incarnation d’une gauche fanfaronne mais piégée par ses réseaux et ceux dont elle est le valet. Gageons que Méluche sera l’archaique-prétexte pour tenir les vieux dogmatiques, révolutionnaires embourgeoisés et anticapitalistes par profession. Pour certains ouvriers, il y a une forme d’emprise gauchiste dans leur environnement professionnel : avec une figure aussi puissante que Mélenchon, ils devront faire allégeance sous peine d’être bannis ou pointés du doigt. Pour les engagés sérieux, il faudra se résoudre à déléguer sa cause à des gaudrioles. Mélenchon prétend encore régulièrement (il l’a notamment fait face à Eric Zemmour dans On est pas couché) que les syndicalistes souffrent de leur statut, qu’il n’est pas facile d’afficher des convictions, au point qu’on serait persécuté ou pointé du doigt… Qu’il comprenne qu’au moment ou il fait la promotion de l’internationalisme et se fabrique un personnage bardés d’anecdotes et de tics de militant haut gradé (au Parlement européen, il fait traduire les chartes et les dossiers en espagnol, refusant le français au même titre que l’anglais), ceux dont il prétend être le porte-parole (illusion dans laquelle ses maîtres le conforte) attende un changement qui ne vient pas. Y aura-t-il un Mélenchon bis (pourvu que ce ne soit pas Clémentine Autain) ?

→ Sur Politiscore2, ancien blog de sondages politique, Mélenchon était challenger aux côtés de Marine Le Pen et même, en son temps, de Dominique Strauss-Kahn. Ces trois-là tournaient entre les 17% et les 29% (17% à 25% pour Mélenchon, 19% à 29% pour Le Pen), selon les périodes et les mouvements. Pour le dernier sondage du blog, le leader du FDG s’est effondré alors que Sarkozy se ressaisissait et qu’Hollande s’affirmait ; il a fini sa course à 12% au pied du podium. Déjà, le sondage estival, moins fréquenté, ne lui accordait que 14%, mais il sauvegardait sa seconde place derrière un FN vigoureux (25%). Ces chiffres ne renvoient qu’à eux-même ; peut-être qu’ils réflètent néanmoins une certaine désillusion, voir une amertume, chez les visiteurs de Politiscore et les votants sur Pixule (ou sur les rares messages ou forums ayant repris ces sondages), qui était la mienne (mais n’était pas signifiée sur ce Blog plus orienté chiffres qu’opinions).

→ Les fans de Mélenchon ne semblent pas être légion non plus sur Zogarok ; s’il est légèrement sur-représenté par rapport à la moyenne des sondages publics, son succès est mitigé (14% dans l’hypothèse d’un tour concernant exclusivement les 6 candidats des grandes formations). Le problème est surtout dans son déficit de crédibilité : c’est un présidentiable pour 29% des votants (67% sont d’un avis inverse). L’aura du personnage est cependant réelle, puisque sa popularité culmine à 51% (taux de sympathie), critère sur lequel il talonne Marine Le Pen et François Bayrou. Un phénomène confirmé par sa performance dans la somme toute très chiraquienne compétition du candidat le plus sympathique. Reste à transformer l’essai et en janvier, ils n’étaient que 36% à envisager possible un vote en sa faveur (45% pour Hollande)

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Le cas Bayrou

Bayrou n’est pas un authentique alternatif dans le sens ou c’est l’alternative de deux étiquettes et qu’il incarne la synthèse des variantes d’une vision du monde dominante. Il n’a pas « un pied dedans, un pied dehors » comme certains se plaisent à le dire ; il a les deux pieds dedans et tente de devenir le gros bras d’une cour ou il a été relégué au fond à droite (et bien à droite quoiqu’il s’en défende).

Avant qu’on ne réalise que les « extrêmes » submergaient le Net, on pensait que l’internaute moyen était un bobo centriste, un étudiant de centre-gauche ou un trentenaire « dynamique » de centre-droit. Le cliché était largement relayé car les observateurs manquaient de recul mais aussi de spécialisation. Aujourd’hui, nous savons qu’Internet a permis de restaurer des débats, des idéologies et des valeurs oubliés de la scène publique et snobés par les médias traditionnels ; nous savons que ces convictions sont multiples et que seule la droite « conservatrice » et de consensus à la Chirac-Borloo n’a guère de troupes ni de repères. Bayrou et le MoDem sont effectivement des puissances notoires ; l’homme a porté un véritable espoir en 2007, il a ratissé large mais il y avait une cohérence dans le vote Bayrou (et cette volonté de dépasser les clivages), malgré des motivations initialement disparates. Pourtant, depuis, c’est le vide et Bayrou n’a pas su conforter son personnage, asseoir son autorité, s’autoriser l’envergure d’un leader charismatique ou proposer de recettes alternatives structurées et cohérentes. En l’état, Bayrou reste un politicien atypique, mais trop indécis, trop veule peut-être en dépit de ses bonnes intentions, pour être un rénovateur. Surtout que ses prescriptions face à la crise sont soit hasardeuses (que signifie la proposition de référendum de « moralisation publique » de dimanche dernier ?)  soit délétères : François Bayrou est un européiste convaincu. Certes, l’Europe qu’il prêche est probablement la plus humaniste, la plus sincère et, n’en déplaise à Mélenchon, la plus « sociale » à court-terme. Mais le Président du MoDem accepte et même accueille tous les dogmes qui sont aujourd’hui, sur le point d’aboutir ou de s’effondrer (dogme néo libéral, dogme mondialiste, dogme d’une UE supranationale et omnipotente sur les peuples qu’elle enserre). Bayrou montre un chemin à son image, c’est-à-dire qui absorbe tout dans un élan sans failles et presque superstitieux ; son narcissisme et sa générosité sont indissociables. Pourtant l’appel à la loyauté ne suffit pas à instaurer  ni la morale, ni la paix et l’équité.

Le cas Dupont-Aignan

Nettement moins discret sur internet, NDA reste cependant dans l’ombre des autres alternatifs. Il peut encore devenir le candidat de substitution pour les nationaux/nationalistes, patriotes et souverainistes réticents devant l’aura sulfureuse du Front National ; malheureusement, il semble que ça ne prenne pas. Sa critique fournie et son acuité au sujet de l’Europe, sa dénonciation des réseaux et des puissances souterraines, son gaullisme pragmatique façonnent une proposition intéressante. Notons que ce gaullisme n’est pas que de posture, il est tout à fait intégré alors que par ailleurs, Dupont-Aignan a démontré par son soutien aux « Indignés » grecs qu’il était un ami des nations libres et des peuples souverains. Quel que soit son angle de vue, le quidam honnête reconnaîtra à Nicolas Dupont-Aignan une grande cohérence mais surtout, une ténacité et un courage exemplaires, face à la condescendance des médias, face à l’indifférence des grandes formations, face aux gauchistes ridicules qui le refoulent quand il vient se légitimer en joignant les paroles aux actes, quand ceux-là ne font que récupérer des désespoirs et un chaos pour s’arroger une contenance.

Dupont-Aignant n’est pas une valeur sûre, c’est un fait et il peine à émerger. Il est cependant arrivé, lors de timides mais significatives rafales, que NDA s’affirme et joue un rôle dans les vieux pixules sur Politiscore ; ces coups de boutoir ont fini par l’installer comme un candidat mineur, mais existant !

Pourtant et même si le média Internet a permis de relever les qualités du candidat « gaulliste », évoqué auparavant seulement pour être raillé (ses déclarations ou spots les plus hasardeux ou  »kitschs » se sont substitués à son discours, avant qu’il ne soit humilié par les laquais du Grand Journal de Canal+), la percée de NDA reste modeste. Alors même qu’il obtient une vague reconnaissance, peut-être même un certain crédit, NDA n’arrive pas à créer une dynamique – son élan est probablement contenu par le poids du nouveau FN et l’enthousiasme profond pour Marine Le Pen. Une sorte de « vote utile » du camp national auquel NDA pourra cependant se substituer dans les années qui viennent si Le Pen 2 perdait de sa superbe.

→ Sur Politiscore2, NDA s’est installé aux alentours de 2%, soit une poignée de votes (5, 6, 10, selon l’ampleur acquise par le Pixule). Il a bondit de façon fulgurante lors du sondage de fin 2011, atteignant les 6%, performance notable qui portait le camp de la droite nationale à 35%, refermant Politiscore sur un record pour un bloc qui, ici sur Zogarok, n’atteint pas, pour l’heure, une telle hauteur (et évidemment encore moins -deux fois moins- dans les sondages globaux réalisés sur des échantillons larges et représentatifs par les instituts de référence).

Il reste donc un outsider, toutefois, il y a pour lui une marge de manœuvre, une carte à jouer, qui se reflète bien dans les scores recensés ici. Car si seuls 16% des zogarokéens l’admettaient en janvier comme un présidentiable crédible (contre 10% puis 14% des visiteurs de Politiscore un an plus tôt), 29% admettait l’hypothèse d’un vote en sa faveur – alors même qu’il atteignait les 32% de popularité. Il y a donc, vis-à-vis de NDA, un doute, un besoin de confirmation : il s’agira pour lui de faire preuve de pédagogie et d’éviter tout dérapage ou toute facilité – voir policer ses expressions que certains chiens de garde ne manquent pas de reprendre pour ridiculiser et appauvrir (rappelons-nous du « un euro égal un franc » réduit à une division bourrine du capital des français par 6,6).

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Désormais, ce qu’il nous faut espérer et/ou deviner, c’est si le potentiel des candidats « alternatifs », qu’il s’agisse d’une posture, d’une sale manie ou de reflet d’aspirations politiques et idéologiques authentiques, va fructifier et déboucher sur un bouleversement des habitudes électorales.

Ces scores du Web qui sont si différents de ceux des sondages mais aussi souvent des résultats effectifs issus des urnes ne sont pas le signe que d’un désarroi ou d’une colère, ni la démonstration du fossé entre les Internautes politisés et le reste du Monde. Ils nous enseignent que les mentalités changent et les visions se décloisonnent ; ce qui passe pour un décalage est peut-être le début voir le moteur d’une rénovation globale.