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LA TRAVERSÉE *

22 Mai

1sur5  Tour de France des deux leaders 68tards restés présents médiatiquement et politiquement cinquante ans après. La Traversée se trame pendant l’élection de Macron (la seule à ce jour), est présentée hors-compétition à Cannes 2018, ne sort pas en salles, finit diffusée sur France5 le 21 mai (avec une présentation de Besnehard deux mois après son envie revendiquée de coller une flasque raclée à Caroline De Haas). Le film est produit par George-Marc Benamou, « rêvé par Cohn-Bendit » (l’affiche l’indique), pendant que son camarade Goupil brille davantage par sa présence derrière la caméra et ses recadrages. Le juif allemand a été préféré à raison comme mascotte. S’il doit être senti ainsi, Cohn-Bendit est ‘franchement’ antipathique. Il est en accord avec lui-même et son état, son mouvement est limpide. Goupil est plus crispé et limité dans ses propos, peut-être aussi dans son enthousiasme, du tourment a pu se glisser (quand il qualifie les français de mai 2017 de bêtes et anxieux, c’est désolant plutôt que rageant). Pour être supportable à l’image, mieux vaut pencher vers la perversion et l’hypocrisie que vers la méchanceté et la turbulence.

Les deux hommes vont visiter beaucoup de français dans leur métier (pas de CSP+ hors des chefs d’entreprise, on va chez les ‘vrais gens’), quelques élus et étudiants, puis bien sûr d’autres liés civilement à la politique. L’immigration ou l’étranger sont toujours de la partie dans ces cas-là : centre d’accueil pour migrants, doux ou névrosé[e]s bizarres pro-migrants. Un docker estime que le jeune veut se protéger aujourd’hui – il concède qu’en 1968 il y avait 300.000 chômeurs (en fait 585.000 sur une population de 50 millions, soit 110.000 effectifs en moins que les étudiants, avec 38% des femmes inscrites dans la population active). Favorable à la redistribution (so 70s say Cohn-Bendit), il croit que le chômage n’est pas tare en soi. Un agriculteur pointe indirectement la corruption de la FNSEA (le grand syndicat dont une lobbyiste parachutée avait trouvé Mélenchon superficiel sans rien étayer – Mme pas terrain gestionnaire des gens sur le terrain versus Mr pas le même terrain aspirant gestionnaire, merci pour votre magnifique bataille, la collectivité en est sortie grandie et mieux informée). Un moustachu aimable confiera plus tard que le grand clivage d’aujourd’hui oppose « souverainistes et européens ». Une opposition qui n’est pas sans lui rappeler celle entre dreyfusards et nationalistes catholiques antisémites ; pépé la science admet caricaturer et pour ne pas trop glisser ou abuser, il retombe sur les fondamentaux (approuvés par les éminences grises de la radio hexagonale telles Nicolas Domenach ou Alain Duhamel) : France ouverte contre France fermée. Il y aura aussi un chef d’usine plaidant pour taxe carbone, un aperçu de José Bové apparemment épanoui en province (pendant que Dany va planter un drapeau européen), ainsi qu’un passage devant les barbelés à Calais, face auxquels Dany a cette sentence complexe quoique pénétrante (digne de l’homme-clafoutis qui alors nous quittait) : « ça va pas ».

Enfin il y a ce qui devrait être le grand moment et n’en est pas un : la rencontre avec Macron dans un ‘café’. Goupil et Cohn-Bendit débattent à propos de cette scène, s’écharpent pour savoir s’il s’agit de révérence ou pas. Puis voilà Macron, ce bonhomme a presque l’air d’une gravure fate et timide, métrosexuel fluet en costume sombre de vieux officiel. Il coupe leur discussion de vieux couple pour blablater sur la France et sa culture hiérarchique, sa religion catho de fond puis les autres accueillies. Et pourquoi ? L’homme ultimement en charge des objectifs du pays nous fait un constat. Les esprits fins et réfléchis apprécieront. Les plus médiocres seront rassurés car il y aura bien des positions assumées. En effet Macron embraye sur ‘l’Autre’ – oui ‘l’Autre’ tant loué par Cohn-Bendit pendant sa carrière – l’Autre, cet ami, qui en tant qu’Autre n’a rien de tangible et de particulier, mais tant mieux car cet Autre entretient le Moi open et égocentrique dans sa masturbation cosmique. Cet Autre va donc être protégé par Macron (l’Autre n’est pas une si grande menace, comme le petit animal énervé, c’est surtout lui qui a peur et à perdre !). Pour régler le problème de l’Autre en France, il veut accélérer les dossiers et prendre en charge de façon plus digne, sans être dans la rêverie des ONG ni la fermeture des administrations, mais en incluant ces deux agents. Le journaliste pourra glousser « oh c’est le ‘en même temps’ macronien » et s’étouffer dans sa joie – qu’il en profite, il ne sera que le 128 993 849e à relever, la vanne est censée s’épuiser au bout d’un milliard.

Si ce film ou quasi-film reconnu (à une époque où ils sont voués à se multiplier à cause des vidéastes) doit avoir une qualité absolue, c’est qu’il ne risque pas de perturber son spectateur. En principe c’est bien entendu une vilaine chose, mais en pratique et en tenant compte des chiffres (ceux qui se forgent grâce aux comportements des masses et non via leurs postures même convaincues), c’est une vertu. Cohn-Bendit ouvre quasiment le film en répondant (à Thomas Sotto – qui dans la scène pendant le second tour le rejoint et semble à la limite de l’embrasser) dans une interview radio : « Mon mot d’ordre est : ce n’est qu’une fin, continuons le débat ». Ce genre de paradoxes lourdingues sera dispensé à dose homéopathique, heureusement, mais son ambition et son non-dit flagrant seront respectés. Pendant 140 minutes (le 90 annoncé n’était pas pour la télé) Cohn-Bendit ira ouvrir le dialogue pour dire et faire dire les choses qui lui conviennent et qu’il connaît, en affirmant en permanence tout en prétendant ne rien trop préférer ou revendiquer. En parfait cumulard establishment + libertaire, Cohn-Bendit a l’art de faire les louanges de l’ambiguïté sans jamais en laisser (sauf sur ce qui relève des menaces sur la laïcité). Pour sa défense, on peut dire que ce goût de l’ambiguïté se retrouve justement dans la cible de ses idéaux – il aime la société mélangée, en tout cas celle qui ne contrevient pas au pacte de l’ouverture.

Les diagnostics posés peuvent être justes, sont toujours courts. Cohn-Bendit estime que « la société ouverte, ça fait pas 50% » et c’est probable. Seulement il omet que la société fermée qui serait son antagoniste n’est pas non plus désirée par une majorité et surtout, que l’ensemble du ‘marais’ des électeurs et des français tout court penche vers sa société ‘ouverte’ plutôt que son ennemie, dans les élections, que ce soit par défaut ou pire, par réflexe. Il en déduit une volonté d’état fort, amalgamant ou du moins généralisant le cas de la France, où effectivement le rejet de l’immigration et le désir d’un état patron se combinent (d’où l’aspect extraterrestre de ‘la vraie droite’ lesqueniste, simplement décalée par ses aspects durs et répressifs, carrément incompatible avec la France moyenne ou consensuelle par ses aspects libéraux). Quoiqu’il en soit, impossible de contredire son sentiment sans entrer dans une mauvaise foi supérieure à celle qu’il a pu démontrer en cinq décennies : « c’est pas : en cas de doute, la liberté, mais en cas de doute, l’état ». Le côté ballot c’est que lui profite des états, y circule, quoiqu’il circule plus encore au Parlement européen et dans les institutions du centre de l’UE. Il s’agit là d’un concurrent de l’état-nation et d’une forme d’état largement plus parasitaire, sans contrepartie (sinon la paix ?) – au moins l’état-nation ne fait pas, ou plutôt n’avait pas vocation, qu’à dissoudre et absorber, qu’à agir en sens unique. D’un autre côté, l’UE n’a ni la volonté idéologique ni les moyens de glisser vers l’autoritarisme et le flicage profond que les gouvernements conventionnels peuvent se permettre – ou plutôt, elle doit davantage composer, prendre son temps pour s’organiser, quand il s’agit d’aller en ce sens.

Il fallait un peu de relativisme concernant l’islam, il est servi, notamment avec deux filles expliquant que leur religion n’est qu’amour. Islam = pas voler ni juger les autres ! Vous aviez l’impression que les grandes religions étaient porteuses de jugements au point de commander la conscience des Hommes, leur comportement en société et le destin de ces dernières ? C’était un effet d’optique ! D’autres naïfs se sont également fait avoir ces derniers millénaires, alors pas de panique, vous n’êtes pas plus con qu’un autre, juste moins aimant et renseigné. Cependant Dany sait se montrer impartial et surtout il a le mérite de vouloir être libertaire jusqu’au-bout. Alors il dit mollement, mais le dit, aux musulmanes : quand même, si, ça (ce trouble/ces individus égarés/ce totalitarisme rampant) vient de chez vous ! Comme les éléments manquent de tous côtés, on s’en tiendra là – à raison, sinon c’était l’enfilage de padamalgam ou de débats oiseux en mode ‘bon d’un côté/mais aussi d’un autre/et puis moi je/alors voilà quoi’.

Les deux rencontres les plus intéressantes, voire les seules qui le soient sérieusement, impliquent l’ennemi – dans les deux cas c’est l’extrême-droite populiste. C’est-à-dire la force d’opposition principale à cette période (fin des années 2010), mais aussi la force dont le poids est comparativement le plus inefficace. À moyen-terme (et depuis l’arrivée du FN dans le paysage politique), elle pourrait emporter une majorité relative, elle n’aura jamais de majorité absolue. Les 68tards pro-macronistes n’ont donc pas oublié leur ennemi de confort et ont négligé toutes les nuances et la diversité du champ politique – et les négligent avec le concours de ces imbéciles. Le dîner à la campagne, dans une « zone blanche » (pas ou mal couverte pour son petit portable) avec des sympathisants FN dont plusieurs chasseurs, est surtout folklorique (c’est le vrai pic de drôlerie, l’évocation du mariage entre eux face aux prisonniers ne donnant pas un résultat très vibrant). La rencontre avec le maire de Béziers est autrement ironique. Goupil et Ménard sont deux néo-conservateurs en France (et pas des néo-conservateurs à l’américaine pour la France) ! L’un à cause de son engagement pour les néo-cons américains, l’autre à cause d’une évolution comparable à celle de plusieurs cas (socialiste profond passés à droite). Ces deux parleurs et agitateurs brutaux (ou quand ils sont en forme : ces gros beaufs ultimes) viennent de la gauche radicale, ont prétendu démolir les autoritarismes en leur temps, se veulent toujours des subversifs aujourd’hui. L’un collabore avec le pouvoir effectif, c’est Goupil, l’autre caresse le peuple pour asseoir un paternalisme débridé et régressif, c’est Ménard. Ils sont devenus opposés, sur deux lignes pourries, en puisant chez la même nourricière : le trotskysme. Chacun est incapable de modération ou d’équilibre, chacun a sa manière d’écraser la liberté et la nation ; Ménard se fout de la liberté et tire la nation vers les latrines avec sa bave de droitard de PMU, Goupil se dit « libéral-libertaire », il s’est rangé avec l’impérialisme américain et apprécie les despotes cosmopolites éclairés, en méprisant toutes les autres voies (et en regrettant ce qu’il était – déjà dans son film Mourir à trente ans en 1982). Voilà deux cancers face auxquels Cohn-Bendit est presque rassurant et rafraîchissant, avec son idéalisme généreux très abstrait et son laissez-faire concret.

Pendant cette petite entrevue, Ménard qui « dégueule ce monde » vomit surtout ses vignettes de moralo-populiste primaire mais à jour dans son vocabulaire – rabrouons cet « individualisme hédoniste », haïssons « la bourgeoisie de droite et de gauche ». Lui est un bon journaliste (Cohn-Bendit un mauvais), il a vu le terrain – donc il sait. Il sait que « 90% » des citoyens venant le voir à sa mairie savent qu’il ne peut rien faire de fondamental pour eux, mais il sait aussi qu’ils ont besoin d’un soutien. En allant bien à fond dans ‘la cage aux phobes’, en étant odieux et con sans être débile et insipide comme un Louis Alliot (qui en plus n’a pas son courage), Ménard soulage le bon petit français esseulé ! Il défend les gens du mieux qu’il peut et ce mieux pour le moment consiste à chier avec la bouche. À bas l’individualisme et vive le populisme teigneux, qui tâche, qu’a pas peur de dire qu’est-ce qui pense tout bas et que tout le monde de normal eh bo il’pense aussi – cette lolerie en batterie, où on flatte le chaland tant qu’il se contente de se lâcher avec la communauté au lieu de porter seul son fardeau (et de ten tirant tout vers la connerie, y compris des aspirations traditionalistes ou pro-familles qui gagneraient à se faire défendre par ses partisans éveillés ou au moins éduqués). L’égoïste qui pense à lui au lieu de salir tout le monde et rejoindre la meute pour l’aider à descendre : quelle honte ! S’il était de bonne composition, il viendrait rejoindre le cortège des brailleurs et des chouineurs – mais ‘réacs’, donc des pleurnicheurs du réel – rien à voir avec les SJW attention ! Bref, tout ça est une bataille de changeurs de monde qui ont vieilli et dégénéré, ont chacun leur clientèle, dont une est insatisfaite ou élargie par le contexte.

La Traversée tient ses promesses. Elle présente Cohn-Bendit soutenant sa vision libérale et optimiste, inclusive, pro-UE et progressiste. Il croit à la coopération et au collectif au service de l’individu – ses projets et son bonheur. C’est un jouisseur espérant donner sa chance à un maximum de gens surtout s’ils viennent d’ailleurs. Le malheur avec cette propagande douce et ‘sincère’ c’est son absence de profondeur et de raffinement. Ce film est trop long, manque de hiérarchisation. Il accumule de l’inutile : des plans d’ambiance ou incongrus, voire des bugs plus ou moins complaisants (une nappe en papier qui s’envole, une caméra pataugeant dans les cieux lors d’une transition). Il recoure au ‘méta’ mono-ligne à outrance, sans raison spéciale (quelque soit la motivation ou le feeling pour eux). L’authenticité et l’ironie [théoriques] servent de cache-misère ou d’excuse, quoiqu’elles soient fournies à l’arrache elles aussi. Le duo/trio est fréquemment en train de discuter de la mise en scène, y compris au moment où elle est supposée se concrétiser. Ainsi dès le départ, pour la préparation de Danny sur le pont (offrant la photo en tête de promo), on parle des mouvements de caméra, s’interroge sur la pertinence des lunettes de soleil. Cette façon de procéder permet de se déresponsabiliser et d’éviter d’entrer dans le fond des sujets, voire de les défendre trop fort – les amateurs y verront de la légèreté, au mieux il y en a. Ainsi Dany le rouge-vert fera sa pause anti-nucléaire, mais en soulignant que c’est une pause et raillant l’initiative « soviétique » de ses deux camarades. Quoiqu’il en soit, la position n’a pas à se justifier, le combat n’a pas à être mené, tout est déjà acquis ou remis (mais à qui ou quoi ?).

Note globale 32

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (5), Audace (3), Discours/Morale (3), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 30 à 32 suite à l’expulsion des 10×10.

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PASSION **

10 Juil

3sur5 Après Snake Eyes, Brian De Palma est devenu une valeur à la baisse. Pendant les années 2000s, il cumule des échecs critiques et commerciaux ainsi que les deux ratages fulgurants de sa carrière, Mission to Mars et Femme Fatale. Il aggrave son cas avec Redacted, venu en quelque sorte sceller la fin de sa carrière américaine. C’est donc une nouvelle fois installé en Europe qu’il tourne son remake de Crime d’amour, le dernier film de Alain Corneau.

 

Ce qu’il a en plus : la pure mise en scène, le classicisme dopé par la sophistication du thriller sulfureux jouant aux frontières de l’érotisme sans jamais s’y engager. Passion est loin de se départir du kitsch. Il y a chez lui cette vacuité lisse présente dans Femme Fatale, mais Passion le bien-nommé a la saveur qui manquait à celui-là, les actrices et les gadget. De plus, De Palma donne dans l’auto-citation, au point où pour le cinéphile, le film a valeur de balade raffinée sur des sentiers battus. Pour les moins avertis, c’est un polar délivrant la marchandise.

 

Dans Crime d’amour, c’était surtout la seconde partie où les apparences se retournent, qui était passionnante. C’est moins convaincant cette fois, la transformation de l’image des héroïnes est relativement aride. Pour y arriver, le film patauge pendant un moment, où se répand l’enquête, avant d’abandonner définitivement le support de base en multipliant les faux-semblants. La machine à fantasmes fait son job, même si on retiendra surtout une première partie trouble et envoûtante, où Rachel McAdams brille en patronne machiavélique atteinte de psychopathie.

 

De Palma a ici développé un de ses thèmes fétiches jusqu’à en faire, pour la première fois, le cœur véritable de cet opus : la proximité amoureuse entre femmes. Et comme dans Phantom of the Paradise ou Outrages, c’est au sein d’un monde détaché du réel, où des personnages se taillent des lois sur-mesures, en abandonnant une part de leur humanité. Les individus sont des fantômes épuisés ou de simples passants, l’amour une norme obsolète et il n’est question que de tirer son épingle du jeu pour superviser le massacre.

Note globale 61

 

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

 

 

Brian De Palma sur Zogarok > Passion (2012) + Redacted (2007) + Le Dahlia Noir (2006) + Femme Fatale (2002) + Mission to Mars (2000) + Snake Eyes (1998) + Mission Impossible (1996) + L’Impasse (1993) + L’esprit de Caïn (1992) + Le Bûcher des Vanités (1990) + Outrages (1989) + Les Incorruptibles (1987) + Mafia Salad (1986) + Body Double (1984) + Scarface (1983) + Blow Out (1981) + Pulsions/Dressed to Kill (1980) + Home Movies (1980) + Furie (1978) + Carrie au Bal du Diable (1976) +Obsession (1976) + Phantom of the Paradise (1974) + Sœurs de sang (1973) + Get to Know Your Rabbit (1972) + Hi, Mom ! (1970) + Dionysus in ’69 (1970) + The Wedding Party (1969) + Greetings (1968) + Murder à la mod (1968)

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LE SOCIAL-LIBÉRALISME DU PS : RENONCEMENTS & PRÉLÈVEMENTS

6 Mar

On sait que le Parti Socialiste français n’a de socialiste que le nom. Et c’est tant mieux ; pourquoi espérer de lui une telle posture ? Celui qui attend tout d’un ordre supérieur a renoncé à lui-même ; celui-là ne mérite pas d’être secouru, il lui faut d’abord retrouver une exigence, ou quitter la scène sans prendre en otage la Société au nom de ses humeurs hagardes, de son refus d’éclore, de sa passion de régression.

Mais ce Parti Socialiste n’est pas non plus « social-démocrate », comme le claironnent tous les ahuris déculturés. Il est social-libéral, par défaut plus que par conviction, parce que s’il s’écrase devant la droite économique, celle qui dérégule et entube des foules de petits rentiers, d’indépendants et micro-entrepreneurs qui sont simplement la chaire électorale d’un corps que des harpies comme Copé autopsient en ce moment.

Il tente encore de s’en distinguer, outre par sa brigade des mœurs aux subtilités déjà largement tombées en désuétude, par quelques élans de générosités improvisés et à courte-vue ; parfois même, quelques bouffées antilibérales obnubilent cette sinistre équipe, à l’instar de ces 75% de taxation aux grosses fortunes. Naturellement, nous savons que personne ne mérite intrinsèquement la fortune d’un Johnny Halliday ; parce qu’il n’y a pas un homme qui ait tellement de valeur ou dont les contributions soient suffisamment imposantes pour mériter une telle déférence.

Mais c’est là qu’est le grand malentendu. Au lieu de fabriquer des ennemis dans la maison, nous devrions en faire des moteurs dont nous serions fiers ; peut-être que ces moteurs n’ont pas de raisons fondamentalement altruistes, mais eux détiennent un potentiel qui pourrait trahir notre neurasthénie. On dit que les États n’ont plus de pouvoirs et que c’est mieux ainsi, que la raison c’est d’admettre que l’économie a l’ascendant. Soit ; dans ce cas, où est le pragmatisme dans la taxation des super-riches, alors que dans le même temps, l’État n’engendre plus rien. Aucun substitut, aucune initiative.

Pourquoi ne pas chercher à instaurer une interdépendance, plutôt que de déclarer la guerre à ceux dont notre dynamisme dépend ? Le gouvernement social-libéral est incapable de restaurer une vitalité à la France, que ce soit par une planification économique ou par la remobilisation de ses forces ; alors par compensation, il exhibe des réflexes archaïques et délirants mais qu’il n’assume même pas, puisqu’ils s’ajoutent à une logique de soumission et de trahison.

Sur-taxer les multinationales, c’est légitime. Sur-taxer des individus aux revenus exceptionnels, c’est toxique, c’est  »antilibéral » au sens strict (originel, du libéralisme philosophique) et au sens élargi (du libéralisme de droite économique et du néolibéralisme, réactionnaire ou pas, qui en ces heures gagne la partie). Que ces entrepreneurs chanceux ou ces stars méritent ou pas leurs salaires ; ici nous entrons sur le terrain des valeurs et chacun peut arguer de sa petite conscience, ça ne compte pas pour le bien commun.

Ce qui compte, c’est de rendre la France et ses enfants qui  »réussissent » interdépendants. Ça ne tient pas en quelques réformettes onéreuses et généreuses ; c’est l’affaire de plusieurs années où la classe politique visible se consacrerait à se réapproprier une marge de manœuvre, et où la France reprendrait conscience d’elle-même. Ce n’est pas quelques entreprises qu’il faut promettre de « nationaliser » ; c’est la France qu’il faut récupérer, c’est elle le matériau.

Que tous les autres engagements soient tenus ou pas n’a aucune espèce d’importance. Ce ne sont que des diversions ; et dans notre contexte éclaté, où tout n’est que confusion, ces diversions peinent chaque jour un peu plus à faire illusion, parce qu’elles sont indissociables de la logique de compensation communautaire qui fait tenir le Parti Socialiste et lui assure une clientèle. Voilà comment notre Obama bedonnant est devenu le leader d’une « gauche américaine » de la pire nature qui soit.