Tag Archives: Edouard Baer

OUVERT LA NUIT *

4 Jan

2sur5  Après deux films à la réception plutôt désastreuse (La Bostella et Akoibon), Edouard Baer a repris la casquette de réalisateur pour ce qu’il qualifie de « déambulation nocturne » dans Paris. L‘acteur et animateur de radio est également le personnage principal, un directeur de théâtre volage, adepte d’un ‘soft power’ particulièrement vicieux et insaisissable (il se fout de ses responsabilités mais jamais au point de les ignorer). Ce Luigi ressemble de très près à Baer lui-même. La présence de Galabru dans son propre rôle (quelques semaines avant sa mort – survenue sept jours avant la sortie) contribue à entretenir ce flou ; on se demande si certains ne sont pas également censés se mettre en scène ou se dupliquer. Elle sert aussi l’hommage, non discret mais compartimenté, au ‘milieu’, aux artistes et à la scène (cette bouderie de Galabru ferait référence aux frustrations éprouvées par Serrault face à ses ‘directeurs’). Les premières minutes dans le théâtre (coulisses et le reste), avec la caméra mobile et l’apparente non-interruption, flirtent avec la logique de plan-séquence (le film n’ira pas relever ce défi – vaseux) et renvoient inévitablement à Birdman (ou à certaines séquences ‘aériennes’ chez De Palma, mais l’autre option a plus de chances d’être volontaire).

Avec ce film Baer semble vouloir s’astiquer lui-même. Il se coltine des vannes pourries en rafale. Ses réactions de kéké-Nova amateur d’insolite ou d’improbable, même très light, en revanche ne sont jamais à décharge – si ce n’est pour souligner sa mesquinerie, qui est loin de l’amoindrir et de s’accompagner de sentiments poisseux. L’entourage de Luigi est en admiration béate envers lui, sauf les plus proches qui arrivent à usure (la stagiaire embarquée dans cette virée n’aura pas attendu des années pour saturer). Quand Baer force sur le foutage de gueule tout juste masqué (mais pas relevé par les gens, obnubilés par son charme ou son baratin), la chimie commence à opérer ; mais dans l’ensemble ce happening est trop paresseux. L’expression ‘ne pas se prendre la tête’ s’applique ; Baer ne se la prend pas à bon escient, juste pour jouer et en rajouter un peu, prendre celle des autres pour des billes. Il compte sur son humour et son côté virevoltant ; l’absence de répondant, d’accrochage sérieux et d’approfondissement donne l’impression d’un ‘work in progress’ dont même l’auto-satisfaction sent le réflexe périmé. S’y ajoute une tartine vaguement démago avec le brassage social de l’escapade – Baer estime nous faire visiter sa France « entre Sacha Guitry, Jamel Debbouze et les mythos de comptoir », ce qui se traduit par un mix de Paris populo, galerie des artistes (souvent des bourrins) et de bars ou hôtels mondains (parfois infiltrés par la demi-gueusaille – c’est samedi soir).

Audrey Tautou est la seule interprète ayant l’occasion d’ajouter une valeur sans avoir à se noyer dans le stéréotype ou la parodie – elle campe une personne paradoxale, femme ‘bébé’ en position d’autorité, parfois sarcastique. Baer pratique un cabotinage un peu mou pour représenter son double le cabotin essoufflé (s’il y a une cohérence elle est plombante pour l’œuvre avant tout). Ouvert la nuit est censé ménager de la caricature et du pittoresque : il échoue sur les deux plans. Les caricatures sont désuètes et creuses, le pittoresque ne tient que sur des ‘coups’ au maximum (le génie des fleurs et l’insoumis de l’accueil). La séance s’attache au clash coincés rigoureux et non-réceptifs vs yolomen culturo-mondains, au lieu d’explorer les belles variétés de crétins à portée. Les gags sont pauvres et répétés inlassablement. Peut-être fallait-il taper plus fort, oser briser la glace et se rapprocher du leitmotiv de Toni Erdmann ? Malheureusement le film ne saurait être si déterminé et reste par défaut flottant autour de la comédie. Baer se condamne à pratiquer une autodérision aseptisée avec remise en question sur-empruntée – d’où la rédemption du connard/adulescent ratée de la dernière partie, car les caractères sont trop bâclés pour être encore simplement ‘fuyants’.

Note globale 38

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Suggestions…

Scénario/Écriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

Note arrondie de 40 à 38 suite à l’expulsion des 10×10.

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ASTÉRIX ET OBÉLIX : AU SERVICE DE SA MAJESTÉ **

20 Oct

2sur5  Mélange de deux albums (Chez les Bretons et Les Normands), cette quatrième adaptation live d’Astérix et Obélix est un divertissement décent ; prudent, un peu morne, tout en modération. L’affront que constituait les Jeux olympiques n’est pas réparé, ni ré-édité ; s’il s’en approche dans la perception du spectateur, c’est surtout à cause des faiblesses, voire de la paresse, de cette nouvelle mouture. Astérix et Obélix sont de nouveau au cœur de ces aventures. Ces dernières sont un sacré problème. Hormis ce tonneau oublié le plus clair du temps, il n’y a pas d’enjeux forts. On déroule le gentil programme sans remuer rien ni personne. A-priori, le budget sert principalement à deux choses.

D’abord : réunir des vedettes en phase d’ascension (les visages venus de chez Canal+), tout en retenant les stars énormes ; ultra-marketé ou pas, ce film visant les six millions sent au mieux la marotte fatiguée, au pire le nanar lourdingue surgonflé. Catherine Deneuve n’a donc rien à gagner ici, quoiqu’elle se soit déjà abaissée à des comédies piteuses, dans des rôles gracieux où elle se trouve en dissonance (Belle maman, Cyprien), comme pour illuminer paisiblement des daubes garanties. Naturellement elle joue cette fois la reine des Bretons, sans efforts, ramassée dans sa transe élégante. Le deuxième poste de dépense crucial semble celui du design. En effet Au Service de Sa Majesté génère régulièrement des effets très amples, dont la laideur pugnace est sans doute censée faire rire les enfants.

Visuellement on donne dans le flashy gras et dégueulasse (Laurent Tirard des deux Petit Nicolas est derrière la caméra), mais là encore, avec mesure : c’est Charlie’s Angels en plus soft et complètement placide, comme à la suite d’un passage en cellule de dégrisement. Le début est convenable mais la paralysie devient de plus en plus évidente au fur à mesure. Les concepteurs s’enfoncent dans la besogne, les spectateurs dans un ennui tranquille, pas trop choquant. Il y a de grosses initiatives, comme Luchini en César ; elles ont peu l’occasion de se concrétiser, les scènes ne sont pas méditées. Certaines situations savent faire rire (le malotru a défait le tricot..) mais les personnages n’y sont que des figurants, d’ailleurs aucun ne fera de happening mémorable. La crainte de la comparaison aux JO a pu inhiber l’équipe. Malheureusement le jeu sur les caractères et le clash des cultures trouve une raison de plus pour ne pas décoller.

L’humour aussi est hésitant, mi-beauf feutré mi-connivence réprimée. Il y a un peu de continuité avec l’humour Canal, un peu de meta, un peu de distance, mais pas trop, pour que tout le monde s’y retrouve ou à défaut ne soit pas heurté. Les débats du moments et éléments de langage de l’époque actuelle sont très présents au début, cette tendance s’estompe ensuite. Les citations (références à des classiques populaires [Star Wars, Orange mécanique] et à l’Histoire ultérieure) sont plus appuyées et ponctuelles qu’auparavant ; par exemple, le ‘Itinéris’ de Mission Cléopâtre (second opus dirigé par Chabat, le seul globalement respecté à ce jour) s’étalait sur la durée et intégrait une nuance bien étayée à l’édifice ; ici on laisse filtrer des clins-d’oeil, on évoque des anecdotes, puis on se détourne aussitôt. Même pour vomir les idiosyncrasies d’ados blaireaux on se détourne rapidement – les BB Brunes chantent à la fin devant un parterre modérément enthousiaste, la fête est posée ; il en faut une mais il fallait éviter d’écoeurer, alors le compromis a été bien trouvé et le mauvais goût devient digeste.

Valérie Lemercier se démarque un peu dans le rôle de miss Macintosh ; Edouard Baer est dans une position inconfortable dont il se sort avec brio, mais ce brio somme toute ne sert qu’à éviter la berezina presque réclamée par le costume taillé. Baer est censé nuancer le personnage en y injectant son rôle de Cléopâtre, dans un mode plus posé. Cela donne un nouvel Astérix bien faible, sans aplomb, presque dépendant et facilement abattu. Un type embarrassé, neutre mais tenace, un personnage ‘moyen’, très représentatif du film. Celle-ci n’est jamais qu’une comédie française tout-terrain de son temps (2012), tâchant d’être moins con que les grands modèles du genre mais n’ayant ni les moyens ni l’intérêt d’élever le niveau ou de changer de registre. Finalement, seul le premier Astérix (Astérix et Obélix contre César) aura été fidèle à l’esprit des BD ; les dessins animé continueront à gagner en désuétude, pourtant ils terrasseront encore leurs cousins live, y compris dans le rythme, au moins pour une génération. La suivante qui découvrira les JO et Sa Majesté hésitera peut-être à prendre la relève.

Note globale 46

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Suggestions…

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (2), Originalité (2), Ambition (2), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

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