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AVANT LE DÉLUGE (2016) **

15 Nov

3sur5  Cette propagande a le mérite d’en être une explicite et de poser des objectifs précis. Projetée à la télévision le 30 octobre 2016 sur National Geographic, elle a été mise en ligne gratuitement pendant une semaine, avec 45 langues à disposition. Leonardo DiCaprio (qui participe à ce film pendant ou après le tournage de The Revenant d’Inarritu), star hollywoodienne investie dans la cause environnementale, sert d’animateur et de représentant pendant ce documentaire, où il rencontre plusieurs décideurs ou spécialistes à de multiples endroits du monde. L’acteur est officiellement ambassadeur des questions climatiques chargé par l’ONU – on le voit passer au début et à la fin du film au siège des Nations Unies. Les constats sont alarmistes mais pas désespérés. Le film va droit au but, la réalisation est ‘sobrement’ lourde, donne des chiffres et termes précis sans en rajouter dans l’émotionnel. DiCaprio fait un peu son numéro mais ne tire pas la couverture à soi et est là pour être sciemment un outil, un passeur tout au plus.

Le tableau dressé est clair, factuel, même s’il tient aussi du spectacle ‘liberal’, égratignant au passage les gardiens républicains liés aux grandes firmes privées (et, encore plus typique, revenant au méthane lorsqu’il évoque l’élevage bovin). Le film présente l’état actuel à plusieurs endroits du monde. Il fait le bilan des décennies récentes (disparition de 50% des coraux, etc) et évoque les principaux points ‘chauds’ : la menace d’engloutissement des îles du Pacifique, le rétrécissement de la calotte glaciaire, les incendies délibérées dans les grandes forêts pour créer de l’huile de palme. Le déréglage du climat se passe plus vite que prévu : le « point de bascule » approche et se voit avec la fonte de la glace au Groenland. Des faits purs et durs sont invoqués – les sceptiques n’ont plus qu’à regarder. L’usage massif du charbon en Inde, ou les pratiques des pays en plein boom économique, sont évoqués rapidement. En oubliant pas le problème des enjeux de puissance qui tendent à rendre obsolètes tous projets de ré-équilibrage ; car les USA ou les Européens auront du mal à défendre les ‘petits’ goulus de passer par leurs propres erreurs. A contrario, l’inquiétude en Chine serait assortie d’une marche ‘dans le bon sens’. Selon le narrateur, les médias et la population sont impliqués, le gouvernement emploie des énergies renouvelables. Pourquoi ces flatteries ? Concession, manière d’amadouer, billard à trois bandes ?

Des pratiques, de particuliers et surtout d’entreprises, sont dénoncées. D’autres sont recommandées. Si le consommateur de viande se met à préférer le poulet au bœuf, il diminuera ses émissions de 80% (et libérera du paysage, puisque l’élevage de volailles demande radicalement moins de terrain). Le solaire est évoqué. Le directeur de l’entreprise Tesla plaide pour la taxe carbone ; avec le soutien de Gregory Mankiw, professeur d’économie à Harvard. Ce dernier annonce le dé-tricotage des cotisation sociales en échange ; l’aile gauche des spectateurs pourra être embarrassée. La croyance dans la démocratie, la responsabilité et le marché peut faire rêver en théorie, mais face à la réalité laisse dans l’expectative. Au passage le film montre l’opposition au combat environnemental et ses relais dans les médias ; elle indique aussi que les représentants politiques acquis au climato-scepticisme sont souvent payés pour ça, donne des noms et des chiffres. Au-delà des pratiques courantes, il y a l’ennemi public ultime, non-humain : la combustion des énergies fossiles est la cible principale. La Cop21 récemment conclue à Paris est tenue pour saine et rassurante, mais ne doit être qu’une étape.

Les méthodes et les ambitions défendues par Avant le déluge sont plus qu’honorables, mais l’équipe sur laquelle le film repose est douteuse. Les allées-et-venues de DiCaprio se passent dans une bulle avec les autorités et experts bienveillants (avec même une rencontre d’Obama). Home glissait son idéologie, Avant le déluge introduit ses figures-clés. Ce documentaire reste évasif ou flexible sur le plan des idées ou des grands principes abstraits, mais convoque des personnalités peu crédibles, voire peu recommandables comme le Pape (dont une récupération si facile par la gauche altermondialiste -certes celle de salon ici- devrait interroger les catholiques, décidément les dindons de la farce publique). La rencontre avec ce dernier est assez étrange, puisque le ton est mielleux, pendant que DiCaprio met une illustration de Bosch sous le nez du Pape. Ce doc donnerait-il dans l’ironie très partiale, sous la couche civique et passe-partout ?

Dans tous les cas, il a clairement l’allure d’un produit de bonne volonté rangé pour l’establishment. C’est probablement la meilleure option lorsqu’on a des urgences à servir. Cependant cette complaisance semble débordante et le film ramène à la sacralisation du vote, en lui prêtant la toute-puissance imaginable dans le réel. À la fin le DiCaprio nous explique comment s’impliquer : utiliser notre pouvoir d’électeur, or la prochaine occasion datait du 8 novembre, soit une semaine après la sortie du film. Même s’il n’y a rien sur l’actualité politique des USA ou sur la campagne des présidentielles, même s’il omet l’existence de Clinton et Trump, Avant le déluge suggère des préférences et un camp précis. Le vote sera démocrate (ou acquis à l’élite ‘international liberal’), sans le dire mais par défaut (comme American Nightmare 3 en début d’année, sur des thèmes sociaux) ; aujourd’hui et demain. En plus de cette connexion précise, on peut se demander ce qu’Avant le déluge couve ou élude ; mais l’enjeu écologique est là. La séance se ferme sur un rappel des actions politiques et individuelles à mener.

Note globale 58

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (1), Ambition (4), Audace (-), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

Note ajustée de 60 à 58 suite à la suppression des -0.

Voir l’index cinéma de Zogarok

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MIRAGE ANTI-PASSÉISTE DES PLOUCS ÉLITISTES DE GAUCHE

16 Juil

Extrait émission radio – « Les Grandes Gueules » (RMC) – Février 2012
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Xavier Cantat est le compagnon de Cécile Duflot, leader d’EELV et parachutée heureuse dans le 6e arrondissement de Paris (72% dimanche dernier face à un UMP). Mais Xavier n’est pas seulement l’époux de la leader la plus médiocre et insipide des grandes formations politiques actuelles : c’est aussi le frère de Bertrand Cantat, meurtrier excusé, que son talent supposé lave de tout péché, notamment auprès de la bourgeoisie culturelle.
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Pour couronner ce portrait presque caricatural et pourtant bien réel, Xavier Cantat est français par hasard. Xavier n’aime pas la France, il méprise cette France mais ne fait pas de jaloux, puisqu’à son sens toutes les nations se valent. Tout n’est que concours de circonstance et l’Histoire, balayée, n’est donc plus, dans cette perspective, que le roman des errances de peuples et de civilisations forcément éphémères, mais aussi rustiques et médiocres.
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Une telle posture ne paraîtra paradoxale qu’aux néophytes ou dépolitisés, puisque l’écologie politique est cadenassée par la gauche libérale et son aile « écolo-progressiste ». Des écologistes new wave, dont le souci n’est pas la préservation des cultures, des identités locales (ça pourrait pourtant se négocier, sans aller nécessairement jusqu’à être maurassien) et des richesses naturelles. Leur fonction ne consiste, au mieux, qu’à remplir un espace ; au pire, à détruire tout ce qui est pré-existant.
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Tout ce qui appartient au passé ou en est issu de près ou de loin est considéré comme négatif, malsain et donc exclu ; c’est que le passé, c’est l’obscurantisme des ancêtres que ne vénèrent que les pauvres et les paysans de la droite conservatrice et rurale. Le passé, c’est un ensemble de constructions et de structures, institutionnelles ou spirituelles, qui nous aliènent encore et dont il faut se débarrasser ; ou, si ce n’est pas ça, alors au moins c’est usé, archaïque, donc délétère. Sur la terre des ancêtres, seule la bêtise ou la soumission faisait foi – et puis personne n’y avait d’imagination, ni de passion d’ailleurs. Alors, croire encore sinon aux vertus, au moins à une relative légitimité de l’ordre actuel (national, mondial, sociétal) ou de certains de ses aspects (traditions, symboles, patrimoines), c’est, pour Xavier Cantat, « avoir les deux pieds dans la bouse ».
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Vertige du néant idéologique de cette gauche factice : il s’agit toujours de saper le tissu commun pour le substituer, soit par la fumisterie, soit par un système absurde (quelque soit le degré ou la nature) ou une usine à dépendance. Dans le cas exclusif de Xavier Cantat, que vise ou que sert ce travail de sape, quel idéal vénère-t-il ? Aucun, sinon celui de l’extension, à tous les domaines de la vie, des émanations de logorrhées adolescentes. Les gauches anti-populaires, libertaires, accueillent massivement ce genre de personnage, trop futiles, frivoles et narcissiques pour se hisser au niveau des exigences extérieures ; en même temps trop médiocres, lâches et pauvres psychiquement qu’ils n’ont plus qu’à s’approprier les postures des anticonformistes à la petite semaine labellisées et certifiée par des pseudos-progressistes qui sont les alliés du néolibéralisme. Il y a pire que le néolibéral de la droite financière : il y a tous les gauchistes et centristes qui sont incapables de leur ressembler, mais aimeraient être adulés pour leur profondeur ou leur spiritualité, et se replient donc vers ces formes de diversion… offerte par les néolibéraux.
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HOME **

23 Juin

3sur5 Le film-documentaire de Yann Arthus-Bertrand a bénéficié d’une visibilité hors-norme en 2009 : sortie cinéma le 5 juin et diffusion Internet en parallèle (décliné en plusieurs langues), appuyées par une diffusion TV (avec un record pour France 2 en prime-time à la clé : 8.3 millions de téléspectateurs). Une propagande de masse, relayée par l’ensemble des médias, dont le bon sens réclame(rait) qu’on s’en félicite. Paradoxalement, on pourra juger que l’urgence planétaire et la dégradation de l’environnement neutralisent tout jugement critique. Mais l’OPA est contestable ; d’abord, il est légitime de se demander s’il s’agit réellement ici de cinéma et d’évaluer l’œuvre ; ensuite et malgré l’universalité de son sujet, Home n’est pas un film  »transversal », c’est même un véritable plaidoyer politique et partisan.

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Au-delà de toute considération concrète, intellectuelle ou technique, envisagé simplement comme une immersion dans un monde oublié ou méprisé, Home est une splendeur de chaque instant, d’une beauté absolue engendrant la transe. Cet aspect est indiscutable et les cent minutes du film sont un pur délice, pour les sens comme pour l’âme. Mais passée la première heure, il n’apporte plus d’arguments ou d’axes forts, se contentant de gonfler son propos de petits faits, de symboles plus ou moins dérisoires et d’anecdotes éparses.

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Home a néanmoins le mérite d’être emprunt de bonne volonté (« il est trop tard pour être pessimiste ») ; le film se pose comme une mise au point, une sorte de synthèse s’espérant décisive (« ce que nous savons, il faut le croire »). Illustration noble et généreuse, Home met en avant des initiatives fortes et pleines de potentiel, mais Yann Arthus-Bertrand enchaîne les erreurs de diagnostics géopolitique (et se leurre avec un vocabulaire parfois témoin de réminiscences gauchistes – égalitarisme à la sauvette, tirade sur « l’égoïsme des Nations »). La candeur de Home donne des motifs à des plus forts et plus malins, invoqués indirectement alors qu’ils trahiront sa cause (et surtout le font déjà).

Certes, faire du spectateur un citoyen du Monde est une louable perspective. Mais à quel prix, avec quelles méthodes ou mesures ? La réponse à apporter à la crise de l’environnement doit-elle prendre forme sous l’impulsion d’une collectivité des peuples fraternelle ou d’un gouvernement absolutiste ?

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Sans le savoir (à moins qu’il s’agisse d’une complaisance coupable), Arthus-Bertrand synthétise les leitmotiv des écologistes occidentaux actuels, en livre les contradictions et en dévoile l’imposture. En faisant de l’écologie le cheval de Troie du Mondialisme, le superviseur de Home démontre comme il est logique que les libéraux-libertaires (ambassadeurs directs, réformés et new look des néo-libéraux) se retrouvent au même endroit. Le progressisme environnemental et sociétal se croisent ainsi, pour être englobé dans des manifestes et des slogans apaisants mais illusoires et surtout, factices.

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Attaché de presse du capitalisme vert, Yann Arthus-Bertrand est aussi celui de la Globalisation – il en fait le lit de toutes façons. Espérons au moins qu’il s’agisse bien d’une Globalisation  »de gauche » : idéalement, le capitalisme revu et corrigé par les écolo-progressistes consiste à allier les visées utopiques à la réalité et au rouleau-compresseur financier. C’est une façon de faire aboutir un projet prioritaire sans être constamment refoulé. Les dangers sont multiples : en particulier, il faut se méfier d’un excès de concessions qui pourrait même conduire à dénaturer l’ambition des écologistes intègres ; surtout, parce qu’elle fait spontanément consensus, l’écologie peut être le moyen d’écraser toute action politique et peut maquiller l’absence de progrès social ou le mépris de thématiques plus immédiates et essentielles, mais moins  »bankable » et accessibles. Enfin, l’écologie (administrée par les écolo-progressistes, par opposition notamment à la gauche alternative ou aux conservateurs traditionalistes) peut être le prétexte à une standardisation des modes de vie, une façon de fouler les identités et les cultures : d’ailleurs, s’il travaillait à donner sens à ce totalitarisme moral et irrationnel, Yann Arthus-Bertrand ne s’y prendrait pas mieux.

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Note globale 60

 
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