Tag Archives: double-personnalité

US *

19 Juil

1sur5 Les gens sceptiques concernant Us en raison des déclarations et préférences racistes de son réalisateur oublient l’essentiel : ce film est mauvais. Est-il raté ou simplement bâclé ? Son inconséquence et son martelage de propos stériles l’empêchent d’être pertinent. Il y a bien cette représentation de la difficulté à s’approprier la parole et éviter le ridicule voire l’étrangeté lorsqu’une ombre revient dans le monde, le reste est affaire d’imaginaires privés. C’est évidemment un alter ego de Parasite ou un Body Snatchers très synthétique dans un îlot verni, mais c’est aussi un peu tout ce qu’on veut, s’est fait et se fera. Us se planque dans la confusion des genres pour assumer son ambition esthétique et politique tout en restant ‘fun’ et disponible aux interprétations engagées : à elles d’aller au bout de ses intentions (sans doute nobles, l’objet de l’empathie étant le même que dans Metropolis).

Le style est criard, les voisinages et références multiples. Us est principalement fait à l’ancienne et pas en ramassant le meilleur. Il ose des clichés dépassés comme la coupure électrique en 2019, reprend les gimmicks des vingt dernières années (comme les chants saccadés effrayants). On se rend compte [au plus tard] dans la seconde maison que les doubles au costume rouge lorgnent sur Funny Games. Juste avant cet énième contraste de bourrin sarcastique et mélodramatique que le cinéma ‘choc’ nous sert depuis Orange mécanique – un air des Beach Boys sur une scène sanguinolente avec la victime en train de ramper.

Le programme est convenablement justifié si on est coulant, au seul niveau de la structure : la réalisation aligne les présages, les symboles pleuvent. Concernant les raisons des événements, leur origine et les motivations des envahisseurs, c’est calamiteux. Sur la gestion de ces souterrains et l’ensemble des questions matérielles, le niveau zéro est atteint. Même les Freddy les plus extravagants s’arrangeaient pour que leurs folies aient une cohérence interne. Le petit nombre d’éléments curieux et la bonne facture technique peuvent donner l’impression de flotter près d’eaux potables mais même le potentiel est surfait. Il n’y a ici que de l’image ‘forte’ à prendre et pour ça les bande-annonce font déjà le travail ; quand à l’ensemble du récit il pouvait être tassé en une trentaine de minutes sans rien sacrifier d’unique, d’important ou de stimulant.

Et c’est le pire malaise : tous les arrangements servent l’idéal de train fantôme, mais tout est voyant, creux et à peine efficace. Les personnages sont en retard sur le spectateur. L’humour, les sous-entendus, les clins-d’œil sont balourds et futiles. Les amateurs pourront apprécier la petite patte dans le ‘yo mama’ et le potache grâce à papa ESFP. Comme on pouvait s’y attendre après Get Out la séance est gratinée en bouffonneries glauques mais au lieu d’un festival nous avons droit aux répétitions et aux langueurs rendant définitivement la séance impossible à prendre au sérieux. Le summum est naturellement la rencontre avec la mère alternative (dont la VF est un comble). À force de la jouer sous-blockbuster ce film s’interdit tout ce qui fait la qualité d’une série B et accumule les manières d’un nanar sans s’en attribuer le charme.

Il reste simplement à spéculer tout le long, où l’absence de nouveaux éléments à une exception près permet de maintenir son point de vue sur la chose et rester ouvert en vain. Le face-à-face final entre néo-slasher d’il y a 20 ans et pitreries depalmaesques redonne des couleurs à cette fantaisie – si prévisible. Puis un grand malheur se produit : la fin est reportée. L’occasion de déballer de nouvelles bizarreries dont on ne peut trop savoir si elles sont bien les pures incohérences dont elles ont l’air ; sans éclairer cette ‘affaire’ parallèle et les motivations (en-dehors de celles indispensables et kitschouilles des jumelles maléfiques). Par contre on nous pond de beaux travellings jusqu’à l’annonce d’une révolution, avec en ornement des œillades invitant à se re-palper le menton. Prenez plutôt le risque de (re)découvrir Society, lui aussi ne redoutait pas le ridicule (ni d’avoir l’air soap) ; ou bien Killer Klowns et Le sous-sol de la peur si vous placiez vos espoirs dans la déglinguerie horrifique.

Note globale 32

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… La prisonnière du désert + Disjoncté + Wonder Wheel + Abandonnée + The Mirror/Oculus + It comes at night + Caché/Haneke

Les+

  • certainement tourné et produit par des gens doués..
  • l’image (même ce + est tiède)
  • le culot inoffensif d’un film faisant n’importe quoi
  • de l’idée mais on est encore scotché aux germes
  • casting ok

Les-

  • .. mais sur ce coup soit cyniques soit irréfléchis
  • nombreux dialogues et personnages déplorables
  • ironie plate et bruyante
  • débile
  • ringard et actuel à la fois
  • même pas original
  • ennuyeux malgré le grabuge et l’enfilade de conneries
  • mystères foireux
  • incohérences probables dans le délire
  • des postures physiques et des réactions qui font douter du sérieux au montage et au scénario
  • osons couper le son !

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LES SORCIÈRES (1990) ***

31 Déc

les sorcières 0

3sur5  Cette adaptation d’un roman de Roald Doahl est plus mature et réussie que la moyenne, se plaçant au-dessus du Charlie et la Chocolaterie de Burton, de Matilda ou encore de Fantastic Mr Fox, films à la loufoquerie artificielle parfois très plombante. Les Sorcières rejoint plutôt les Gremlins (dont le scénario s’inspire de l’oeuvre de Dahl) en s’approchant du film d’horreur pour enfants et exploitant à fond le thème de la magie et l’irruption de créatures démentes trompant la vigilance des adultes.

Grâce aux confessions récentes de sa grand-mère, Luke (Jasen Ficher) a appris l’existence des sorcières et leurs caractéristiques. Ces informations pourront le protéger du danger qu’elles constituent, contrairement aux enfants d’autrefois totalement vulnérables. Dans un hôtel avec sa grand-mère, Luke découvre une réception de 300 sorcières, réunies pour un programme très ambitieux. Alors que grand-mère dort, Luke est pourchassé puis transformé en souris par la grande haute sorcière, avec son nouvel ami Bruno.

The Witches fait passer un bon moment, même découvert après l’enfance, grâce à ses terreurs naives et l’originalité de son style visuel. La chef des sorcières présente deux facettes réjouissantes, diva sadique et théâtrale dans sa version humaine, ogre charismatique sous sa peau empruntée à Anjelica Huston. Malgré des restes étonnants (narration linéaire mais avec dilatation du temps), Nicolas Roeg livre probablement son film le plus traditionnel.

Ce cinéaste est célèbre pour le thriller Ne vous retournez pas, L’homme qui venait d’ailleurs avec Bowie dans une moindre mesure. Par la suite, il enchaînera des produits tombant directement dans l’anonymat, destin aussi étrange que l’univers du bonhomme compte tenu de son rayonnement sur de nombreux cinéastes, comme les frères Scott.

Note globale 67

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Téléchat + Hocus Pocus + Les Sorcières d’Eastwick + Secrets de famille

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SAGA SPIDER-MAN ***

27 Juin

A trois semaines de la sortie du quatrième opus de la saga, retour sur le triptyque supervisé par Sam Raimi. Les Spider-Man de ce goreux non repenti avaient su redonner leurs lettres de noblesse aux méga-blockbusters de l’action-movie US. On y découvrait un super-héros geek et candide assurément plus conformiste et consensuel que son homologue et concurrent Batman, mais plus facétieux et charmeur aussi.

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SPIDER-MAN ***

4sur5 Le réalisateur d’Evil Dead et de Darkman se voit définitivement intégré par Hollywood qui lui confie l’adaptation live de Spider-Man, vieille icône des comics Marvel. Un début affreusement cliché autour de l’archétype de l’intello scientifique asocial malgré lui. Un super-blaireau qui acquiert de super-pouvoirs ; si le genre est geek par tradition, ce super-héros là l’est par définition.

Mais le film dépasse tous les stéréotypes sur lesquels il se fonde ( »j’ai un don/une malédiction » : Monk aussi, hein!), et partant, surpasse toutes les espérances. Car ce que Raimi met en scène, c’est une brillante métamorphose : le personnage s’affirme, se dote d’une certaine répartie, gagne en charisme. Il devient attachant et son capital sympathie inespéré permet au spectateur de s’impliquer. C’est d’ailleurs la sensation globale éprouvée devant ce Spider-Man : le film part du cliché, et d’un héros sans attrait, pour devenir particulièrement stimulant et ouvert (d’une romance insipide il évolue vers une intimité riche) ; tout devient possible et cet état d’omnipotence est forcément séduisant. Les séquences édifiantes et intimistes s’emmêlent sans laisser le moindre répit (le combat dans l’immeuble de feu, pour ne citer que lui, concilie parfaitement ces deux pôles) ; le simple film de super-héros est chargé d’une force émotionnelle telle que Spider-Man en arrive à ressembler à une sorte de conte. Un conte sur la mue, le passage à l’âge adulte, les choix qu’il implique et le courage qu’il exige (on pourra estimer que les pouvoirs permettent l’accomplissement de la puberté).

C’est aussi la lutte de deux personnages en plein dédoublement ; en face, Willem Dafoe, gueule hors-norme pour parfait méchant, campe un Bouffon Vert cynique à la rhétorique séduisante. Une créature du Mal qui n’est pas sans rappeler le Joker du premier Batman.

Note globale 73

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SPIDER-MAN 2 ***

4sur5 Un opus plus tard, le super-héros s’inflige une super-couverture avec un métier super-banal (quelle frustration de voir un tel personnage s’infliger pareil, bien que nécessaire, double-jeu). C’est donc machine-arrière toute : Spider Man côté pile est exploité par ses employeurs, à côté de la plaque à cause des difficultés  »techniques » inhérentes à sa double-vie, toujours en retard et endetté, ses conditions de vie sont minables.

Bientôt il voit tout ce qui était cher à ses yeux défiler : l’amour, l’amitié, la carrière, peut-être même les pouvoirs. C’est la remise en question : reprendre la vie normale, ou rester condamné au statut de super-héros ? Le jeune homme est partagé devant les dilemmes qui se posent à lui ; toujours indécis et spontané, quelquefois opportuniste, il subit cette responsabilité qui l’a rendu accroc ; défendre le Bien.

Ce leitmotiv est un véritable refuge narcissique puisqu’en parallèle il lui accorde la toute-puissance. Léger revers de la médaille : en face, l’adversaire a changé de style, mais la figure du Méchant de service n’est pas enrichie (la prestation d’Octopus est néanmoins spectaculaire). Mais la lutte du Bien contre le Mal passe en second plan ici, au profit de combats beaucoup plus humains ; Spider Man 2 est un grand blockbuster existentiel. Pas boursouflé pour autant, le résultat est toujours aussi haletant, voir fascinant.

Note globale 73

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SPIDER-MAN 3 ***

3sur5 Spider Man a réglé ses comptes, il a été démasqué par ses proches. Des ambiguités ont donc été levées, alors qu’elles comptaient parmi les principaux rouages du scénario. Spider Man va-t-il concilier bonheur au foyer et hyper-activité publique et extra-professionnelle ? Et justement, tout semble concilié, d’un côté les aspirations intimes ont trouvées satisfaction, de l’autre Spidy est adulé par la foule.

Cet équilibre, cette sérénité nouvelle amène SM3 à déboucher sur de nouvelles pistes. Le film prend la forme d’un épilogue à propos du succès total et de l’éthique d’un super-héros. Les choses s’arrangent globalement, les problèmes éthiques ou sentimentaux sont mineurs mais finalement empoisonnent la vie du personnage ; la menace désormais, le motif de suspense, c’est la chute de la star. Le film sait susciter l’attente et le doute sur l’équilibre acquis. Mais ce qui booste véritablement cet ultime opus, c’est la vengeance personnelle de l’Araignée et l’inauguration de son double ténébreux. Ce dernier combat permet une nouvelle fois au héros de gagner en profondeur, achevant d’explorer ses dernières facettes.

Loin de l’allégresse de la découverte, Spider-Man 3 rompt avec ses prédécesseurs en se montrant beaucoup plus sombre (dans la mesure du possible d’un film aussi colossal et grand-public). La saga perd en illusions juvéniles mais la grâce est (presque) intacte. Il n’est donc pas interdit d’être suspicieux à l’annonce d’un Spider-Man 4 tant celui-ci apparaît obstinément conclusif ; les grandes thématiques de la trilogie ont été liquidées et ont trouvées réponses, les trois opus s’imbriquent parfaitement. Peut-être s’agira-t-il d’opérer une levée des zones d’ombres du personnage plus intense encore. La bonne option sera obligatoirement dans le renouvellement total ; alors, vers quoi Spider-Man s’apprête-t-il donc à basculer ? L’abus de pouvoirs ou l’usage à  »mauvais escient » ? La colère et la domination ? L’abandon à une vie plus ordinaire, qu’il ne saurait plus supporter ? Ou cet opus sera-t-il une simple synthèse des traits connus du héros ?

Note globale 65

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Les Spider Man sur Allociné : 1, 2, 3, 4
Les Spider Man sur Metacritic : 1, 2, 3, 4

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Autour de Sam Raimi :

* réalisateur > Jusqu’en Enfer-Drag me to Hell, Intuitions
* producteur > 30 jours de nuitThe Grudge (remake US), Boogeyman-la porte des cauchemars, Les Messagers