Tag Archives: Didier Bourdon

NICKY LARSON ET LE PARFUM DE CUPIDON ***

12 Août

Nicky replonge vers la BD (elle entame le ‘réel’ par les lignes sur les côtés).

3sur5  On a raison de taxer ce film de lourd ou graveleux, de l’estimer à destination d’ados attardés ou de gens plus volontiers éméchés qu’exigeants. On peut défendre la conviction qu’il s’agit d’une adaptation insuffisante. Par contre lui reprocher ses déviances envers la franchise ou de la tirer vers le bac à sable s’appelle mentir – par nostalgie, intégrisme culturel ou aveuglement élitiste, voilà ce qu’il faudra définir. Dans la série de 1987 le héros est lubrique, les vannes assez limitées par leurs thèmes et leur niveau, l’action volontiers invraisemblable, le ton léger et la réflexion absente, le contexte chaud et urbain. Le film respecte ces données sans chercher l’imitation. Il a plutôt tendance à améliorer le matériel, ce que ne semblent pas avoir fait la plupart des versions cinéma (des anime et quelques lives dont un avec Jackie Chan en 1993). un autre anime sort dans la foulée .

Et surtout il y a cette fixation de Nicky sur les femmes et leurs formes. Là-dessus ce n’est pas pire que dans la série, simplement plus large et plus adulte. Lacheau a réussi à être fidèle au ton humoristique de la VF tout en étant plus crû comme l’était la VO et surtout, d’après les connaisseurs, le manga papier originel (City Hunter). La délocalisation ne pose pas de problème car déjà dans la série les apparences étaient caucasiennes et non asiatiques, sauf pour des personnages secondaires (et souvent les antagonistes). Respecter scrupuleusement la source a de toutes manières peu d’intérêt et exigerait le recours à des bodybuildés, des malformés ou du numérique afin de respecter les proportions curieuses (et changeantes) au niveau des épaules (féminines y compris). L’aval du créateur de Nicky Larson est probablement aussi sincère que l’engagement d’anciens spectateurs dans cette aventure. En revanche, les puristes et les individus gênés aux entournures par leur attachement à la vieille série souffriront tout aussi sincèrement des récurrents gags bito-centrés ou biturés, encore qu’hormis leur franchouillardise une majorité ne soit pas non plus si infidèle. La séquence d’ouverture a pour principal mérite de poser le pire sur la table et vacciner le public. Quelques passages éclairs comme celui avec les religieuses semblent appartenir à l’ère des bidasses ou de Louis de Funès, en tout cas à un monde révolu. Les fans de la Laura originelle devraient être satisfaits, bien que l’acolyte sous les traits d’Élodie Fontaine n’ait pas grand-chose d’un garçon manqué (sa moindre hystérie, sa fermeté et son caractère la tirent plutôt vers l’asexualité).

La mise en scène de Lacheau est soignée même si l’esthétique reste celle d’une comédie épaisse et d’un univers criard. Des bruitages et de rares poussées ‘cartoon’ reprennent directement le modèle (le marteau géant, en ouverture et en fermeture), les clins-d’œil aux autres gros titres du Club Dorothée pleuvent. La présentatrice apparaît en agent d’accueil à l’aéroport ; elle se joint au petit lot d’acteurs de la génération précédente (tendance déjà présente dans Alibi.com où la recrue Didier Bourdon semblait moins improbable). D’autres références, la plupart d’époque, traversent aussi le film avec divers degrés de discrétion (aucune pour cette séquence de plusieurs minutes à la Hardcore Henry – si c’est involontaire, c’est troublant car d’autres films d’action en vue subjective ne se confondent pas ainsi).Le style 90s se retrouve par des pseudo ressemblances avec les sitcom francophones de l’époque (jusqu’à la scène de rue où Nicky et Laura sont qualifiés de « messieurs ») et quelques détails relevant de l’industrie Besson (notamment Léon). Les spectateurs indifférents à cette culture et ces affinités n’auront aucun mal à suivre. Ils ne verront simplement pas à quel point tant d’éléments ramènent ou appartiennent à ce monde-là, pourront apprécier ou rejeter une comédie d’action typée (et supposer que le corbeau vient d’un succédané de Flappy Bird).

Le rythme est excellent et curieusement, le film est plus fluide que le dessin animé aux sessions d’une vingtaine de minutes. La série était plus focalisée sur le personnage, comptait sur lui pour l’essentiel des gags répétitifs, des actions et réactions ; dans cette version le suivi est plus éclaté, d’autres personnages sont aussi décisifs que Nicky. L’introduction de nouveaux personnages pour inclure ses camarades de la bande à Fifi contribue à en faire une comédie pas trop spécialisée. Poncho n’est pas mauvais mais ses ressorts et ses souvenirs sont éculés ; Gilbert Skippy est savoureux avec son aplomb misérable et ses expressions désuètes ou enfantines (comme le délicat sobriquet « mollo l’asticot », éloquent dans sa bouche). Un personnage digne de ceux de Jean-Paul Rouve (Couscous de Podium), mais capable de tenir sur la durée et sans immédiatement s’humilier. Parmi les rôles secondaires, Chantal Ladesou campe le plus réjouissant bien que ringard. Une nouvelle fois Audrey Lamy excelle dans un rôle de casos végétative une seconde, hargneuse la suivante. Paumée intégrale dans Polisse, elle est cette fois du genre à gueuler constamment dès qu’un membre de la tribu gesticule. Une carrière dans les déclinaisons franchouillardes d’Affreux sales et méchants, de Killer Joe ou même chez un nouveau Chatilliez serait à prévoir.

Le seul truc par lequel cette excellente comédie hystéro-beauf menace de s’appesantir et se laisser engluer par le cliché est la relation Laura-Nicky (ce qu’elle évite, mais peu de suite dans les idées, comme pour l’ensemble des gags même les meilleurs). En de rares occasions le ton flirte avec le sérieux, produisant alors un effet neutre mais curieux – pas celui d’assister à un nanar, mais à une sorte de pastiche s’acquittant du minimum de ses devoirs. Certainement le fan-service et la nécessité d’arracher des larmes aux gros-bébés trentenaires dont la chambre, le bureau et l’esprit sont inondés par les super-héros et héros extraordinaires de fictions du passé (bien sûr il y a certainement du [beau] monde autour de ce cœur de cible). La séance contient bien quelques faiblesses, spécialement les trois gags techniques ‘absurdes’ abusifs et inefficaces (la voiture, le bouche-à-bouche). « Beaux yeux belles couilles » est déséquilibré, « Beaux yeux belle queue » eût été plus savoureux. Quelques points mineurs nuisent à la crédibilité mais profitent au rythme et au style BD (modérément délurée) : il y a dans ce monde quasi-réaliste beaucoup de professionnels actifs la nuit (laveurs de carreaux, auto-école). Avec un peu de chance et de mauvaise foi on y verra l’once d’anticipation d’un film actuel mais entièrement bâti et excité par le passé.

Note globale 64

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Suggestions… Madame Irma + Deadpool + Kingsman + Les visiteurs 2 + Les trois frères + Barb Wire

Les+

  • bien fichu, scènes d’action et effets spéciaux bons
  • le casting
  • efficace, rythme irréprochable

Les-

  • comédie régressive (il faut simplement s’en aller ou l’accepter)
  • prévisible, de vieux ingrédients, des gags éculés

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LE PARI ***

22 Juin

4sur5  Ce n’est peut-être pas le meilleur film des Inconnus, puisqu’à ce moment ils n’étaient pas au complet. Juste au moment du triomphe des Trois frères en salles, leur ex-manager Paul Lenderman leur interdit de se produire ensemble et d’utiliser le nom de leur trio. Le Pari (1997) et L’Extraterrestre (2000) n’impliquent donc que Didier Bourdon et Bernard Campan, en excluant Pascal Légitimus. Ce dernier n’a jamais été réalisateur des productions des Inconnus, prises en charge par les deux autres.

Ces précisions étant données, Le Pari se contente d’être la meilleure incursion des Inconnus au cinéma, dépassant Les trois frères, plombé de surcroît par ses accès mielleux. Dans cette comédie aux accents burlesques, deux beaux-frères s’engagent à arrêter de fumer lors d’un repas de famille. L’humour repose sur les situations, les bons mots et la caractérisation sociale outrée. Bourdon est le beauf de droite (un bourgeois pharmacien) et Campan le loser de gauche (un prof de banlieue de bonne volonté, complaisant, inefficace et laxiste).

Cette comédie regorge de punchline, de séquences fortes (l’incruste dans le showbizz, le passage réjouissant de la cuisine) et même de petites scènes cultes (au sens populaire). Ces dernières se retrouvent notamment dans la partie du film dédié au groupe de parole conduit Philippe Chevalier, fournissant le slogan « le tabac c’est tabou ». La participation du duo comique Chevalier & Laspalès est curieusement un atout. Leur humour à froid, grotesque et un peu minable, n’a jamais donné un si bon résultat. Le côté psychopathe anesthésié de Régis Laspalès est exploité à fond, pour une fois, sans toutefois sortir de la comédie ni se dévoiler trop vite.

Les personnages secondaires sont réussis, plus ou moins à vocation comique et celui d’Isabelle Ferron se démarque nettement. Murielle, l’épouse de Didier (Bourdon) est un amalgame pertinent de niaiserie, de bon sens, de conformisme et de dureté. Elle ne comprend rien que ce qu’on lui explique ouvertement et peut donc être l’objet de toutes les moqueries ou remarques condescendantes sans le percevoir, mais son caractère impitoyable, économe et d’un sérieux abyssal la préserve de la détresse.

Note globale 72

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Suggestions…

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L’EXTRATERRESTRE **

29 Déc

l'extraterrestre inconnus

2sur5  Les Inconnus au cinéma, globalement ? Ce n’est pas une franche réussite. Deux films se distinguent : Le Pari et Les Trois frères. Tout le reste oscille entre sympathique divertissement de second rang (Madame Irma) ou navet limite (Les rois mages). Et puis il y a L’Extraterrestre, sorti au début de l’année 2000, considéré comme l’une des pires comédies françaises de son époque, reléguée encore plus loin que les films de Michael Youn (comme sa Beuze). Si L’Extraterrestre est bien le plus mauvais film des Inconnus, encore que Les rois mages soit d’un faible niveau, il ne mérite pas une telle réputation.

Beaucoup de choses sont catastrophiques ou d’un mauvais goût redoutable dans L’Extraterrestre. Le jeu de Pascale Arbillot, en tout cas dans la séquence d’ouverture, est assez inquiétant (ce « oh shit » annonciateur du pire). Le scénario vise bas, les notions liées à l’extraterrestre ou ses différences avec les humains sont enfantines et la connexion à la SF est trop ignare pour avoir valeur de parodie. Au rayon du rire, les bons mots sont assez rares ou communs, le film ne laissant tout au plus qu’un « va chier Bouzouk » inséré dans un contexte propice (le discours du maire sur la France comme terre d’accueil). Enfin il y a cette trance incertaine, pour signaler en ouverture que ça va être énorme, puis pour refermer cette délicate séance sur un machin hallucinant de laideur sonore, sorte de Lavabo de Lagaff rétro-futuriste.

Entre les farces taciturnes serpente un sérieux relatif. Didier Bourdon et Bernard Campan (comme pour Le Pari, Légitimus ne peut rejoindre ses compères) cèdent à la tentation de la sincérité et de la gentillesse, prenant le risque du ridicule et de l’effet new age pour repentis du Bigdil. Le résultat y souscrit sans problème. Mais cette sentimentalité improbable et la romance nanardesques entre Bourdon et Arbillot, au lieu de tout à fait rejoindre le gouffre de T’aime dont elle n’a pas la dimension démagogique, laisse aussi gêné qu’indulgent. Il y a de quoi rire mais pas suffisamment pour nourrir une moquerie profonde. Cette innocence bonhomme laisse plutôt égal et simplement étonné par le flirt avec le conte de fées, si on est pas braqué par la mollesse de l’ensemble.

Quand l’innocence atteint une telle intensité, on est désarmé. Le film peut agacer un enfant mûr fatigué d’être pris pour un débile en subissant des histoires mielleuses et inconsistantes ; il peut aussi donner le sentiment d’avoir assisté aux confessions d’un dépressif ordinaire donnant à voir son petit monde de fantaisies. Pour le reste, tout n’est pas si mauvais, il y a même de petites idées de mises en scène (le fondu sur la maison pittoresque), certes très vulgaires. Le casting est inégal mais Daniele Lebrun est irréprochable et les fans de South Park auront l’occasion de découvrir le visage du doubleur de Mr Garrison (Henri Courseaux, dont le timbre est exceptionnel). Le gamin des Trois frères sait maintenant aligner des punchline piquantes et Campan, le chasseur déréglé devenu aimable, livre une performance pittoresque. Il enfonce le film vers l’absurdité, sa vocation mal digérée.

Note globale 45

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Suggestions…  Extraterrestre (2010) 

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LES ROIS MAGES **

24 Oct

rois mages

2sur5  En 2001, Les Inconnus sont à l’affiche des Rois Mages : depuis Les Trois frères, cela leur était interdit pour des raisons de droit et l’initiative indélicate de leur ancien manager. Avec ces Trois frères et leur suite, ce sera le seul film réunissant les trois membres du groupe humoristique, soit Bernard Campan, Didier Bourdon et Pascal Légitimus. Ils incarnent des rois mages, partis rejoindre le Christ le soir de sa venue au monde pour lui remettre ses cadeaux et accidentellement téléportés à notre époque.

Résultat : une petite comédie calibrée pour la séance cinéma du mardi du TF1. Quelques répliques pour marquer les cours de récrés (« Jésus, mon mari ») et un vaste lot de gags, plutôt inégaux, avec des fixations pittoresques comme celle des trois mages sur Les feux de l’amour. L’inadéquation du trio avec le monde actuel n’est pas toujours bien exploité et les caricatures montrent des signes de négligence, toutefois le répondant des mages maintient une certaine intensité. Le film vaut sans surprise surtout pour les performances des Inconnus, malgré un Campan un peu en retrait quand ses deux acolytes font un grand numéro.

Leur hôte dans le XXIe siècle pose un problème fondamental. Cette pauvre chérie gosse de riche en mal de rébellion et de valeur propre est extrêmement crispante. Son attitude d’adolescente attardée se prenant pour omnisciente blasée ne fait pas sourire. Introduire un personnage à ce point insupportable dans une comédie troupière est malvenu. Autour de cette version ‘décoincée’ de la Saffy d’Absolument fabuleux, les autres personnages secondaires brillent par leur inconsistance, ayant donc au moins le mérite de rapidement s’évaporer.

La relation entre Macha et Jo (Walid Afkir) est d’une crétinerie égale à ce dernier personnage et ne fait que rendre le programme un peu plus gonflant. La façon d’illustrer l’époque est d’une niaiserie puissante, rendant fébriles les accès démagogiques. La propulsion des rois mages en bouffons médiatiques n’est pas très réussie et la nullité cathodique de la fin enfonce le clou. Globalement, c’est un produit bête et faible, parsemé de moments sympathiques évidemment dûs à son argument de vente et ses héros, qui sont par ailleurs des directeurs insuffisamment mobilisés.

Note globale 47

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Suggestions… Madame Irma + 7 ans de mariage

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LES TROIS FRÈRES, LE RETOUR **

3 Oct

2sur5  Si l’on excepte les apparitions (séparées et anecdotiques) des trois membres du groupe dans Bancs publics (Versailles rive droite) de Podalydès en 2009, les Inconnus n’étaient pas intervenus au cinéma depuis 2006 et le modeste Madame Irma. Quand à la réunion du trio, ce n’est finalement que la troisième : seuls Les Trois frères (1995) et Les Rois mages (2001) ont en effet rassemblés Campan, Bourdon et Légitimus sur grand écran.

Ce Trois frères bis marque la réanimation du groupe humoristique français le plus fameux des années 1990s avec les Nuls (qui officiaient sur Canal+). Les trois hommes se sont montrés enthousiastes et humbles. Ils comptent alors remonter sur scène ensemble et à l’approche de la sortie des Trois frères le retour se créée une petite émulation dans les médias. Malheureusement ce retour ne fait que confirmer que la page s’est refermée.

Ils sont devenus tous les trois des types ratés ou en détresse et tâchent de le cacher, même Campan qui fait semblant d’être dans une période de transition alors qu’il est plongé dans la misère crasse. Les situations respectives sont des déclinaisons de celles connues dans Les Trois frères ; la seconde moitié est par contre centrée sur la tentative d’émerger plutôt que sur la fuite. Un quiproquo impliquant une ancienne partenaire interviens pour justifier les relations houleuses entre deux des frères. La seule nuance, c’est qu’ils se connaissaient déjà et s’étaient perdus de vue.

Les Inconnus ont le mérite d’assumer leur appartenance éternelle aux 1990s et jamais le film ne cherche à être une comédie culte. Il fourmille même de one-line percutantes et de gags réussis. Toutefois, à l’exception du repas chez les beaux-parents richissimes où Bourdon et Campan se font passer pour un couple québecois, le film ne contient pas de séquence notable. Tout le long nous apparaît un reboot des Trois frères corrigé par Les rois mages, avec comme dans ce dernier la jeune fille d’aujourd’hui homologuée.

Le film est sympathique et laisse même quelques anecdotes, mais demeure faible, mis en scène sans talent et flirte parfois avec une laideur redoutable (apparition des trois sœurs). Heurtés par les critiques assassines des internautes jusque sur leur mur facebook, les trois humoristes ont préféré abandonner l’idée d’un troisième opus. Ils ne méritent pas ces réactions mais une renaissance de leur part, en tout cas au cinéma, est improbable.

Note globale 53

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Suggestions… Le Pari

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