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PRÊTE A TOUT ****

19 Juin

5sur5  Deux ans après Malice, Nicole Kidman nuance son personnage de ‘perverse narcissique’ pour interpréter une psychopathe lisse, attrayante, douée, à la petite portion d’âme obnubilée par ce qui brille. Comme elle le démontre avec une si belle application dans les apartés face caméra sur fond blanc, elle a intériorisé les attentes culturelles, la ‘véritable’ hiérarchie sociale, ce qui est ‘véritablement’ éthique, donc ce qui vaut d’être aimé, désiré, respecté (et pas ce qu’on approuverait mielleusement sans vibrer) : la réussite sociale et une prestance supérieure irradiant les médias et les spectateurs. Qu’importe si cela revient à meubler si on est le plus ravissant des meubles.

La construction en flash-back donne l’occasion à la poupée de porcelaine assertive de participer au commentaire sur sa vie, son œuvre, manifestement maléfique et méprisable aux yeux des autres – ce qui ne semble pas la préoccuper puisque ses performances ont été parfaites. Les témoignages permettent de prendre une distance avec son cas, distance émoussée le reste du temps par la complaisance. La rigueur de la mise en scène ne permet pas ce sursaut moral, seuls des recours tranchés comme les laïus de Janice (jalouse et frustrée plutôt qu’avisée) et quelques décharges humoristiques peuvent enrayer la machine – c’est peut-être pourquoi ils sont insipides et éventuellement lourdauds (les deux familles sur le divan télé, l’introduction de Jimmy et Russel). L’humour est meilleur quand il accepte le jeu de Suzanne, en œuvrant comme elle dans le sarcasme sans affectation. Les meilleurs exemples concernent un homme chéri, avec l’usage d’All By Myself et l’irrésistible dédicace en fin de flash météo.

Le point de vue sur la captation des fantasmes par la télévision est assez habile et s’étend immédiatement aux réseaux sociaux. Même s’il surfe sur la morale à l’égard de la corruption des âmes par les médias, il ne tombe pas dans le niaiseux et ne prend pas le support dominant dans le présent pour un responsable à l’initiative du ‘mauvais’ (si c’est à cause d’une critique à la présence opportune dans un ‘produit de commande’, qui n’a pas eu la chance de se développer, alors ce ratage est bienfaiteur). L’époque se prêtait parfaitement à une telle représentation (la gamine assujettie partage les rêves miteux de l’ado shooté du Storytelling de Solondz). Network et Videodrome avaient déjà fait le travail de fond à propos de cette emprise des écrans sur les masses ; To Die For fait plutôt celui de démonstration, quasi parodique, que fera douze ans plus tard Live ! à propos de la télé-réalité (où Eva Mendes s’expose afin de remplir sa fonction de maîtresse d’une expérience certes répugnante, mais remarquable, sommet et climax dans l’histoire de son secteur).

Si Prête à tout fonctionne tellement c’est grâce à cette candide froide portée haut par sa détermination à toute épreuve (l’écriture est excellente mais tout est prémédité, il ne faut donc pas compter sur le suspense pour accrocher – puis la conclusion est d’un guilleret plombant, peu importe le visage du tueur à gages). Suzanne est une enveloppe magnifique sur une coquille d’un genre répandu, presque condamné à la poursuite compulsive du succès ou bien de la visibilité, sinon vautré dans l’ennui et rongé par la mesquinerie. Un genre transversal ici incarné dans une ‘vraie’ et extraordinaire femme fatale – pas la fantaisie tirée d’un imaginaire présumé strictement masculin (si elle relève c’est via le type rationnel, comme dans La fièvre au corps). Jouer la femme objet pour la galerie ? Avec joie – si c’est ce qu’il faut [pour imprimer son image] elle coche cette case aussi ! Son énergie, son ambition et sa vanité immenses se répandent sur ce qui se trouve là en attendant mieux ; Larry est son amant entrée de gamme en attendant mieux et car il permet de viser mieux (mettre un voile sur la nature criminelle de sa belle-famille n’est même pas nécessaire, car ce qui reste hors-champ et hors-lumière n’existe pas pour elle – et probablement pas pour ‘l’opinion publique’).

Finalement la grande force du film, passé cette fusion avec le côté grotesque et éblouissant du personnage, est sa capacité à montrer, sans emballement, les limites et fatalités inhérentes à son triste génie. Elle sait innover et initier des projets (dans cette modeste chaîne locale où une telle « tornade » est décalée), mais est dépourvue d’une intelligence créative et surtout d’une quelconque lucidité ‘en profondeur’ (et elle est sans doute trop jeune et vernie pour le savoir). En revanche elle a celle de faire le nécessaire – et s’y applique sans les limites de ‘petits esprits’ englués par des barrières communes – morales en particulier. Elle excelle dans une sorte de flatterie supérieure – cette capacité de faire passer les désirs de l’autre pour une réalité, lui faire croire qu’il vit quelque chose (même si elle la déploie rarement à fond car cela exige de se décentrer de sa propre valeur). Mais la satisfaction la broie. Quand elle obtient l’attention des caméras, ses efforts et ses effets deviennent trop voyants. La prestation se rigidifie, la spontanéité s’éteint – l’enthousiasme et l’émotion dévorent cet esprit plastique et neutre, il n’y a plus d’espace pour souffler entre les emprunts et les paroles toutes-faites, la confiance creuse en ces formules devenant fatale sans le relais de ce don de l’adaptation.

Quand Suzanne a obtenu ce qu’elle voulait, elle n’arrange plus le masque, laisse à l’air libre ses priorités – un gros cynisme, voire un bon sens réaliste l’emporte ouvertement. Son obsession d’être vue, comme tous les dopants, a des contre-coups terribles et l’éloigne de la réalité (dont elle est tellement dépendante). Les assauts des journalistes, même s’ils sont grossièrement avides ou dédaigneux, sont perçus comme des applaudissements (bande-son subjective à l’appui). Suzanne est entièrement dans la logique de ces marchés où la visibilité est l’essentiel. Il faut rester à l’affiche en suscitant une demande (même assassine), peu importe la qualité de la réception, peu importe la défiance – mais dans son cas cette notion d’hostilité est naturellement dans l’angle mort, ce n’est pas un calcul ; en elle il n’y a jamais l’once d’un début de polémique, aussi elle n’en soupçonne pas la portée chez les autres. Cette inertie intérieure est pour beaucoup dans ce qui la rend à la fois désirable et sympathique malgré sa dangerosité – un tel démon vivant dans la parodie ne connaît que des tragédies sans douleur.

Note globale 86

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Suggestions… Rusty James * Le Conformiste * Eyes Wide Shut * Serial Mother * Bronson + Gone Girl 

Scénario/Écriture (7), Casting/Personnages (9), Dialogues (9), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (9), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (6), Ambition (7), Audace (7), Discours/Morale (6), Intensité/Implication (8), Pertinence/Cohérence (8)

MBTI-Caractérologie : Typiquement une ennea-3 malsaine. Active-Froide dans la caractérologie de Le Senne, tombe dans la case du type Sanguin.

Les +

  • un de ces films parfaitement remplis, plein de détails éloquents et permettant de soutenir la revoyure
  • percutant, précision des dialogues
  • Kidman est formidable, les autres acteurs excellents également
  • souvent réjouissant
  • fin concernant les personnages, même si c’est en laissant la plupart faire de la figuration
  • peu ou pas de sérieux défauts, surtout des points ‘moins forts’ (à force de se frotter à l’artificialité le film s’y converti, son originalité n’est pas ‘en propre’) – ou relatifs au niveau d’adhésion du spectateur
  • sait passer au-delà de la condamnation ou de la suspicion pour apprécier le personnage et ses biais de perception (tout en rappelant sur quelques plans que c’est une charmante psychopathe)
  • toutes ces beautés artificielles qui sembleraient simplement criardes ailleurs et sans Kidman

Les –

  • le premier quart-d’heure est relativement lourd (quoiqu’enthousiasmant) avec son semblant d’enquête et la trop grande place du documentaire
  • un peu moins bon sur la fin à cause du champ réduit par le crime et de la conclusion un peu ‘légère’
  • des scènes moins pertinentes avec les ados mâles ; du forçage dans certains détails (dans les musiques, sur certains plans)

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CABAL ***

12 Déc

cabal 1

3sur5  Cabal est un film très contrarié, à la genèse infernale, dont la copie connue par le public est l’ombre du film tel qu’il aurait du être. Produit par la 20th Century Fox, le film a été remanié, au terme d’un parcours où le scénario et le budget ont déjà été malmenés. Cette adaptation de Barker par lui-même reste dans la moyenne haute de ses incursions au cinéma, mais son cas est donc ambigu. Cependant en dépit des rushes égarées laissant les débats ouverts sur la vraie nature de Cabal, ce qui est donné à voir n’est pas nécessairement brillant.

D’abord, il y a ce héros saoulant, charismatique comme celui du Blob dont il est une version juste plus solennelle. Autour du blouson noir sensible, des acteurs souvent faibles, des maquillages et effets spéciaux aux qualités plastiques très aléatoires, mais aussi un scénario et des idées brutales, voir simplistes. Avec le renversement entre les monstres et les humains, Barker se lance dans un contre-manichéisme enfantin. Le monde de Barker apparaît aussi torturé qu’orienté par des ornières sentimentales d’un rose criard.

Cabal a néanmoins tous les bénéfices de la vision candide, c’est-à-dire la force de la sincérité. Malgré la violence éludée, l’univers des Midian (les monstres et leur société) est généreusement brandi et arpenté. L’hymne à l’amour avec les monstres, ces êtres tordus et différents, donne l’impression d’assister à un Labyrinthe adulte et déviant, mais néanmoins d’un romantisme absolu. La vision bienveillante à contre-courant est explicitée de cette manière : nous les humains, nous envions les monstres et leurs aptitudes infinies. Incapables d’obtenir leurs pouvoirs et leur liberté, voir leur innocence, nous détruisons ce que nous envions et le diffamons en le tenant pour une dégénérescence.

Voilà pour le fond du propos. Ce petit poing levé contre l’intolérance (envers la différence pourtant si suave et pittoresque) n’est pas une tragédie puisqu’il permet d’insérer un gros gimmick : Cronenberg lui-même est présent pour incarner cette vile humanité à son stade terminal de sadisme et de destructivité. Les monstres ne sont pas moins égoïstes, mais eux au moins sont pacifistes. Il y a du génie dans Cabal, à foison, mais accouché de manière grossière. Toutes ces braves bêtes fantasmagoriques au look de cobayes SM ou de faune mystique sont d’un exotisme ravageur, même si peu des membres se démarquent. Cet univers si fort propre à Cabal en fait une anecdote mémorable quoiqu’il arrive ; mais pas un film passionnant pour autant, bien au contraire.

En justifiant sa dimension inaboutie, les coupes sont autant un fardeau qu’un cadeau. Cabal est une expérience hallucinée et hors-norme, imbibée de mièvrerie. Il ne vaut pas Candyman et est évidemment à des années-lumières du degré de réussite d’Hellraiser. Le niveau est plutôt à proximité du Maître des Illusions (1995, par Barker également), lui aussi projet chamboulé et très intriguant, sans dépasser par contre la limite du film maudit. À l’arrivée, Cabal est un grand projet foireux mais sympathique, regorgeant de créativité, avec un propos géant et niais à la fois (dans ses prémisses comme dans son expression). Il rejoint la galaxie où règne La Forteresse Noire. Il apporte une contribution intéressante à l’édifice splatterpunk, notamment lors de la dernière partie recélant quelques moments sensuels excentriques et petites pépites difformes.

Note globale 68

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Suggestions…

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LA SAGA VENDREDI 13 *

30 Oct

C’est la saga la plus prolifique de l’Horreur, en tout cas dans le champ « populaire » : derrière Vendredi 13 de 1980 ; neuf suites, puis un cross-over avec une autre saga (Freddy) et le remake. Total de 12 films.

Ici, ces 9 suites sont abordées ; un article spécial pour l’opus originel, pour le remake et le cross-over avec Freddy. Cette dernière saga a son propre article, opus initial et remake compris.

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vendredi 13 chap2

VENDREDI 13 : LE TUEUR DU VENDREDI (Chapitre 2) *

2sur5  Particulièrement médiocre, le Vendredi 13 de Sean Cunningham était surtout extrêmement racoleur. En tenant ses promesses, copiant les références de l’Horreur et reprenant à son compte les codes du slasher consacrés par Halloween, ce film sorti en 1980 a engendré la saga horrifique la plus longue du cinéma populaire. Cette prolifération s’explique simplement : comme pour la télé-réalité, il y a peu de moyens à mobiliser pour fabriquer un Vendredi 13, alors que les recettes sont fortes voir massives. Le premier Vendredi 13 reste l’un des films les plus rentables de tous les temps ; ses suites, sans battre le record car elles jouissent de budgets plus élevés, ont permis des bénéfices parfois spectaculaires.

Réalisé dès l’année suivante (1981), Friday the 13th part 2 marque l’entrée en scène de Jason Verhoees, le tueur de la saga (ces premiers pas sont à attribuer au scénariste Ron Kurz). Il ne dispose pas encore de sa machette ni de son masque de hockey ; Vendredi 13 a cette particularité de n’approprier d’identité à son boogeyman qu’au bout de quatre opus. Jason n’apparaissait que dans un flashback très vague, une espèce de reprise ringarde de Hitchcock. Il y était enfant et se noyait dans le lac de Crystal. Dans ce Chapitre 2, nommé Le tueur du Vendredi au Québec et en France, le spectateur apprend que Jason est toujours vivant : il a passé 24 ans dans la forêt à s’assimiler aux animaux, avec pour seule référence humaine, le souvenir de sa mère. Pour le moment, il s’affuble d’un sac à pain, avec deux ou trois trous pour voir et respirer ; et s’élance fourche à la main.

Cette nouvelle donne est amenée avec une maladresse logique totale, mais efficacité : lors d’une séance ‘fais-moi peur’ avec narrateur au coin du feu, le chef de la colo raconte l’histoire de Jason. Mais d’où vient cette légende, de qui, de quoi ? D’ailleurs les phobies des locaux dans le début du premier opus étaient fondées sur : rien. Mais peu importe, certains connaissent cette légende, en tout cas Paul le responsable de la ré-ouverture du camp, cinq ans après les atroces événements de Vendredi 13, la connaît. Naturellement il n’y souscrit pas et présente la version officielle, celle que tous croient, à tort, comme le spectateur (malin!) le sait déjà. C’est qu’il y a toujours cette inconstance grotesque (le mec disparaissant pendant 20min puis réapparaissant dans la cabane à la fin). Elle s’affirme toutefois dans les marges standards, non au degré hallucinant du premier opus.

Pas de surprises, Le tueur du Vendredi est mal écrit, bancal, grossier dans son approche. Oui mais il est écrit, chargé et généreux. Il y a nettement plus de vitalité dans cet opus que dans la plupart, en particulier l’opus modèle et les deux suivants ; ainsi le film croule sous la ringardise du début des années 1980s, mais ses jeunes le sont, jeunes ! Par rapport aux délires pseudo-sociologiques de Meurtres en 3D et à l’invraisemblance du film de Cunningham, c’est déjà beaucoup. L’ensemble des personnages sont creux voir inexistants, mais fonctionnent sans heurts particuliers ; la dernière survivante est relativement honorable. Ginny (Amy Steel) sorte de ‘psy’ du groupe aspirant à comprendre le cas Jason et ses dilemmes avec maman, est un cadeau dans le contexte.

Très vicieux, ce Chapitre 2 est très au-dessus du lot grâce à son caractère de film d’exploitation assumé et servi par le talent de Steve Miner. Ce réalisateur s’illustrera plus tard par Forever Young avec Mel Gibson et Elijah Wood, puis dans l’horreur avec House (1986) et Halloween 20 ans après, une des meilleures suites d’Halloween et un slasher remarquable. Si le fond ne brille pas, la manière de s’approprier l’espace et de gérer le suspense propres à son style sont ultra bénéfiques dans des films de divertissement. Tout est donc beaucoup plus franc dans cet opus ; d’abord, les meurtres ont un côté pittoresque, à la limite de la farce lors de la dégringolade de l’handicapé. Mais surtout au rayon pseudo-érotique, Le Tueur du Vendredi frappe fort. Quand son prédécesseur se contentait de faire monter la sauce autour d’un navrant strip-poker, lui multiplie les scènes évocatrices et la semi-nudité. Il pose d’ailleurs clairement son ambition lors de la surréaliste petite scène du lance-pierre.

Ce second opus laisse donc quelques scènes passablement inspirées et baigne dans un climat plus sympathique et surtout très frontal. Il pose quelques pistes, enrichit la mythologie du tueur, avec l’antre de Jason et le petit autel. Mais si le degré d’inventivité est élevé pour un Vendredi 13, il n’en demeure pas moins dérisoire à l’aune d’un film moyen, y compris un produit de genre. De plus, le tueur est grotesque et son action peu crédible ; factuellement, il massacre des gens, concrètement, il a des instants de lag. Sur ce point, le chapitre 3 (Meurtres en 3D) sera encore plus radical et tutoiera la bouffonnerie. Enfin au terme de la poursuite finale où Jason se prend coups sur coups, y compris droit dans les burnes, il achève de se déshonorer en affichant son visage. L’autre grand défiguré du slasher, Freddy (des Griffes de la Nuit), est autrement pimpant.

Note globale 36

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Suggestions…  Week-end de terreur (1986) 

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vendredi 13 chap3

VENDREDI 13 : MEURTRES EN 3 DIMENSIONS (Chapitre 3) *

1sur5  Avec les second et troisième Vendredi 13, Steve Miner installe les fondamentaux d’une saga lancée par un premier opus minable signé Cunningham, Vendredi 13 chapitre 3 marque la validation du statut mythologique de Jason Voorhes, puisque c’est dans cet opus que le tueur de Crystal Lake abandonne son sac à patates de circonstances pour enfiler l’improbable masque de hockey qui marquera l’imagerie horrifique des 80’s. Même s’il est appelé à définitivement manquer de charisme (parce qu’il n’a qu’une hache -bientôt une machette- en guise d’identité), le Tueur prend forme et assurance. Un détail insensé : alors que Le Tueur du Vendredi (Chapitre 2) commençait par un résumé du premier opus, Meurtres en 3D (aussi nommé Le tueur du vendredi partie 2) démarre tout bonnement sur les 10 dernières minutes de son prédécesseur, carrément reprises dans leur intégralité.

Meurtres en 3 Dimensions, tout un programme ! En vérité, juste une façon plus attractive de présenter la soupe (et une mode revenue au goût du jour vers 2009). Le pitsch et ses avatars sont toujours les mêmes : campagne, regroupement juvénile, douce odeur des printemps-été qui chantent, atmosphère de vacances agrémentée d’options ludiques et illégales… Le film s’essaie à une sorte de sociologie teinté d’ironie (les seuls méchants de service sont motards blacks dans ce village paumé ; c’est ni du racisme ni du second degré, simplement une caricature neutre) mais cette vague prétention ne peut dissimuler combien il ne s’agit que d’un gros teen-movie dégoulinant aux motivations folkloriques et aux sous-entendus (très entendus) graveleux.

Le désir prégnant sur cet opus de ‘faire jeune’ entraîne la saga vers les tréfonds de la médiocrité. Or on dirait désespérément un téléfilm ‘jeune’ de France3 (support de Plus Belle la Vie) qui se mettrait au slasher, avec la même imagerie, l’énergie éreintée par une atmosphère sans aucune saveur, sinon celle d’un exotisme champêtre passant la frontière du paillard. Ce n’est jamais qu’une variante des Sous-doués, la couche horrifique en plus. Ce sont les mêmes potacheries, les mêmes délires de jeunesses hyper balisés mais pourtant vécus comme le comble de l’éclate par ces jeunes beaux et roses bonbons ne sachant parler et de façon ô combien conventionnelle, que de cul. Ils sont couplés avec des moins jeunes aux cheveux longs et fumant des pétards, habillés comme des ploucs révolutionnaires, censés répondre pour cela au nom de ‘hippies’. Tous arrivent bientôt dans une maison en bois ; les affaires de Jason vont pouvoir commencer.

Ainsi après une demie-heure de bavardages, les meurtres bourrins et simplets commencent mollement. Eux-mêmes sont sans imagination, contrairement à certains Vendredi 13 à venir ; amateur des variantes d’enfourchages, régalez-vous. Le personnage de Jason se précise : il est plus déterminé et s’avère réellement attardé. Au bout d’une heure, il apparaît avec un masque de hockey, qu’il conservera pendant toute la saga. C’est d’ailleurs l’occasion de tirer dans l’œil d’une innocente avec petit flash 3D à la clé. Le problème de Jason, c’est son manque de crédibilité et son absence de charisme ; sa nature n’est pas tout à fait invraisemblable mais sa démarche de vieillard fatigué impose un décalage inapproprié. Sous le masque, on imagine Michel Houellebecq engagé dans un rôle qui l’emmerde mais qu’il exécute, forcément, en attendant.

La décence qualitative du 2e opus est déjà une affaire ancienne et lointaine, ce troisième opus revenant quasiment au niveau du premier. Il se montre toutefois plus divertissant à l’usure et relativement créatif dans sa bêtise. Ce résultat ludique et troupier renvoie même aux Freddy, dont la saga démarrera quelques années plus tard.Les prétextes ont une relative validité logique et les personnages sont moins mongoliens que dans le premier, leurs réactions étant stupides ou lentes mais pas d’une aberration contre-nature. D’ailleurs les jeunes dévergondés en sont définitivement cette fois, justifiant l’avènement d’un humour grivois exécrable. Malheureusement Steve Miner a bien trop le regard tourné sur Vendredi 13 et cumule les archétypes nullissimes de ce dernier à ses propres initiatives foireuses. Il propose d’ailleurs son reboot de la scène de la barque et sa relève du vieux fou de service annonçant en vain la menace.

L’ultime partie du film se veut frontale, puisque Jason, après l’avoir assiégée, investi la demeure des jeunes. Il y avance souvent à visage découvert, ce visage seulement aperçu dans le second opus. C’est très obscène : fini l’elephant man, bienvenue au faciès de trisomique sadique et bienheureux. On relève une maîtrise certaine dans le copier-collage, dans l’application des règles de l’art du  »slasher-type » ; ce classicisme confine à la parodie. Au moins, cette partie rentre-dedans a le mérite d’amuser (la camionnette), parfois franchement si l’on veut bien s’y donner. D’ailleurs le rire de l’auditoire faisait peut-être partie du contrat ; les spectateurs de l’époque venaient aussi voir le film pour se détendre, Jason apparaissait comme l’incarnation d’un fantasme lié aux saturations triviales du quotidien. Le fameux dernier quart-d’heure, véritable climax de la chose, constitue en une course finale aussi trépidante qu’un Derrick en mode footing et aussi inquiétante qu’un Oui-Oui croisé avec un Tex Avery. La scène ultime laisse toutefois sur une vision intéressante pour la  »mythologie » [faisant de nous la proie du doute], potentiellement traumatisante si on a moins de dix ans.

Note globale 23

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Suggestions… Massacre à la tronçonneuse 4 : la nouvelle génération   

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vendredi 13 chap4

VENDREDI 13 : CHAPITRE FINAL (Chapitre 4) *

1sur5  Quatrième round pour les légendaires Verhoees de Crystal Lake et sans Miner, c’est désormais pour de bon le degré zéro de l’originalité et de l’inventivité. Après la 3D, le leitmotiv destiné à faire saliver l’auditoire est maintenant l’heure des règlements de compte avec la mythologie ; c’est en tout cas ce que le titre laisse entendre. Prétendument  »Chapitre Final », ce nouvel opus est réalisé par l’affligeant Joseph Zito, réputé pour ses nanars mettant en vedette l’innérable Chuck Norris. Avec lui les records sont battus et la catastrophique saga est emmenée vers les tréfonds de la nullité : ce Chapitre final demeure l’un des slasher les plus accablants de l’Histoire du cinéma.

Sauf les trois meurtres du début et sa fuite de la morgue, Jason est absent pendant une heure. Ce Chapitre 4 est donc pour l’essentiel un vil petit film teen, avec quelques fausses scènes de tension d’une niaiserie mortifère : mais qui se cache sous ce pont, qui me fait cette petite farce, serait-ce le boogeyman ou mon ami que je ne voulais pas rejoindre dans son délire ? Il y avait dans le Chapitre 3 un rapprochement avec la comédie potache, évacué à temps et ridicule par ses prétentions, mais c’était nanardesque, décent en un sens. Cette fois c’est différent : l’esprit de Police Academy plâne sur ce Chapitre 4, dont le contexte renvoie à celui de La Boum & cie. Trop violent, trop désagréable.

La présence marquée d’une petite famille (et du fils en particulier) renforce ce triste tournant, où les intrigues juvéniles et une construction de film sentimental médiocre dominent, tout en laissant les jeunes héros parler de sexe. Le mérite de ce Chapitre 4 est d’arriver à en parler, d’y consacrer quelques scènes même : le premier Vendredi 13 arrivait à peine à accoucher de ça. Oui mais que vois-t-on, qu’entends-t-on ; des petits blaireaux avides de coucheries, exposant leurs théories consistant à dire que niquer c’est l’essentiel, ou que ça met une pression tout de même, côté garçons ; qu’il ne faut pas avoir peur de se corrompre car c’est la vie nom d’une bite en bois, côté filles. Dans le 2, il n’y avait pas cette atmosphère de ploucs vaniteux et de nymphos précoces pleines d’assurance : c’était direct à la chose, c’était plus correct (et consistant). L’orientation balourde est confirmée avec le casting féminin, il n’y a quasiment que de très belles post-ados (ce n’était pas si tranché auparavant), l’exception étant le grosse du stop (troisième trucidée), petit instant narquois du film.

Les trois précédents étaient des slashers typiques donc mauvais, en incarnant justement tout ce que ce sous-genre peut avoir de misérable. Mais ici, Vendredi 13 est totalement dans le potache nain et l’ambiance de blaireaux ; ce que Steve Miner contenait ou marginalisait même dans le 3e opus au profit des ‘vrais’ morceaux de bravoure. Les délires campus de veaux et même Denis la malice (avec le petit intello) s’accumulent et à côté de ces intrigues interminables, les errances du premier prennent quasiment du relief. Le slasher authentique reprend ses droits mais le niveau reste imbuvable ; ainsi la dernière demie-heure est marquée par une ambiance très lourde, mais ne fonctionne pas du tout. De l’absence de tension on est passé à l’ennui irritant. Il n’y a au aucune vision subjective, sauf résiduelle sur quelques secondes. C’est malgré tout une consécration sur le plan pratique puisque le tueur apparaît toujours avec le masque de hockey désormais. Il faut enfin relever ‘l’idée’ des masques de monstres du petit génie Tommy, clé de la lutte contre Jason.

Le final très violent, sans humour, dans la pénombre, sauve le film des abîmes où se baladent les pires réalisations de tous les temps, dans lesquelles il a les pieds de toutes façons. Les puristes retiendront quelques meurtres parmi les plus pittoresques de la saga (à la scie, banana splitz). Jason tombe alors le masque ; il est de près, encore plus horrible. Depuis son entrée en scène dans le second opus, sa difformité immonde aura été croissante. Il n’y a même plus la petite lumière émotionnelle de l’animal excité du précédent round : froideur absolue de la bête. À la fin, Jason est mort, enfin, tué par Tommy dans un accès de rage spectaculaire. Un policier naïf et bien brave assure à la sœur de Tommy en convalescence sur son lit d’hôpital que le petit Tommy ne gardera pas de traces de cette violence. Il la rejoint alors, l’air troublé et perdu ; et là dans ses bras, au lieu de pleurer, il ouvre grand ses yeux et porte vers nous un regard illuminé et menaçant.

Le méga-nanar va donc se poursuivre avec une possible relève de Jason : ce sera la tentative du cinquième opus, les fans ne supporteront pas. Commencera alors une nouvelle ère pour Jason, tellement plus fort que la mort (troisième, quand même) qu’il entamera une carrière dans le fantastique et même dans la SF.

Note globale 14

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vendredi 13 chap5

VENDREDI 13 : UNE NOUVELLE TERREUR (Chapitre 5) **

2sur5  Grosse surprise : voilà un Vendredi 13 scandaleusement honorable. Ce n’est pas un bon film, loin de là : mais il arrive au niveau des boulets de la saga Halloween. Le crapeau des slasher (la saga Vendredi 13) accède à un niveau décent. Pour autant ce New beginning n’est pas unanimement salué, bien au contraire, c’est même un outrage pour les fans de la saga. D’abord, le registre est plus ambigu, le slasher cohabitant avec une approche horrifique plus indifférenciée, libre des codes écrasants de ce sous-genre. Ensuite, l’intrigue ne se déroule pas dans le camp Crystal Lake ; et surtout, c’est un épisode sans Jason (le second dans ce cas de figure après l’opus de 1980), ce que nous apprenons au final, même s’il y aura eu moyen de s’en douter entre-temps.

Vendredi 13 pose ainsi son dispositif dans une maison de repos pour jeunes handicapés mentaux située en pleine campagne. Tommy, l’assassin de Jason dans le final du Chapitre 4, y est accueilli. Il a maintenant 18 ans et est toujours traumatisé, Jason le poursuivant jusque dans ses rêves : c’est d’ailleurs l’occasion de présenter une séquence d’exposition très réussie où Jason sort de sa tombe avec son masque et sa machette. Moyen également de laisser planer le doute, même si les rares aperçus sur le tueur trahissent la subversion. Le spectateur découvre alors le voisinage grotesque et les habitants de cette maison de réinsertion pour ados perturbés ou ‘fous’, opportunité de s’intéresser aux maux adolescents de façon très différente des quatre précédents opus (où ils étaient tous ‘dévergondés’), même si absolument rien d’intéressant n’est présenté.

Le résultat est curieux, faiblard mais fonctionnel. La construction est plus proche du drame classique, avec quelques petites ellipses et des musiques solennelles discrètes. Vendredi 13 apprend l’élégance, à son niveau et c’est bienvenue. Les personnages existent, même les bouffons et bien que certains demeurent interchangeables : ainsi, les protagonistes outrés ou burlesques du début, tués ou zappés. Le tandem formé par une mère chartière et son fils dingue se détache et réussit même à faire rire (sur un mode délibéré) à certains moments les plus ubuesques, comme celui de la ratatouille. Néanmoins les moments potaches ne sont pas relayés par la réalisation, le style étant très froid, légèrement inquiétant. Danny Steinmann n’a pas la tête à la gaudriole.

Son style très épuré est également dû à l’absence de Tom Savini aux maquillages, remplacé par un spécialiste plus obscur, Martin Becker. Cet aspect ne pénalise pas vraiment le film en étant conforme avec son orientation, mais les amateurs pourront être déroutés par la modestie des scènes de violence : néanmoins là encore c’est un atout, la violence physique véritable prenant le pas sur le gore (troupier ou sensationnel, peu importe). (Le faux) Jason se fait attendre et se tient généralement hors-champ, comme les morceaux de barbaque. Moins de graisses et de clinquant, mais une approche très sèche, assez percutante, de la part d’un metteur en scène maniant bien la suggestion et l’attente. Il serait abusif de parler de tension, mais le niveau est plus que décent ; d’ailleurs, le potentiel bucolique des Vendredi 13 est enfin vivace et il y a davantage de séquences dans la Nature, exploitant son caractère à la fois paisible et dangereusement ouvert.

Dans le contexte de sa sortie (1985, cinquième opus), c’est le Vendredi 13 le plus sobre et sérieux depuis le premier et le plus efficace de tous. Le degré d’intensité reste faible, l’ensemble tout de même assez plat, mais il y a un certain rythme, la sensation d’un sadisme rampant, tandis que les victimes ados sont plus sympathiques en raison de leur caractérisation (même faible) et de leur vulnérabilité psychologique. La fin est ambiguë mais ne tend pas de véritable perche à Jason, s’en détournant même puisque le spectacle a viré au vigilante. Cette trahison courageuse pour un résultat honorable seront cependant punis, au prix de la carrière de Steinmann.

Pour ce cinéaste peu connu, reprendre en mains Vendredi 13 constituait un véritable coup de poker et son approche a le mérite de repenser la franchise ; en même temps, elle la condamne et la contraint à avancer dans le brouillard. Le film sera un échec clair, le moins rentable jusqu’alors ; bien malgré lui, Steinmann rappelle à l’ordre Jason, lui permettant à lui comme à la saga un nouveau souffle. En effet, la franchise est relancée et cet opus de ‘crise’ sert de bouc-émissaire et de tremplin. Le jeune cinéaste se retire alors du monde du cinéma. C’est clairement une injustice.

Note globale 43

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vendredi 13 chap 6

VENDREDI 13 : JASON LE MORT-VIVANT (Chapitre 6) **

2sur5  L‘évincement de Jason ayant été mal vécu, les producteurs poursuivent la saga après un moment de doute et intitulent ce sixième opus Jason Lives afin de bien rassurer les fans. Ce chapitre est globalement l’un des plus appréciés, la meilleure suite et même le meilleur répisode pour une majorité relative de cinéphiles. C’est aussi celui qui vient sceller le tournant de la saga, avec une seconde ère fantasque qui débouchera sur de la SF pure et un Jason dans l’Espace. Pour certains puristes, c’est donc là que commence la dégringolade, pour d’autres, le véritable cœur de la saga sera dans ces escapades pittoresques ; elle apporte en effet une identité (nanardesque) à cette saga aux manques cruels.

Retour donc de Jason himself et retour au camp Crystal Lake, cependant rebaptisé Forrest Green. Le spectacle démarre sur la résurrection du boogeyman ; décidé à régler leur compte à ses démons, Tommy (incarné par un nouvel acteur, Thom Matthews) vient brûler le corps de son ennemi. Mais lorsqu’il le déterre, Jason est ramené à la vie par un éclair. Jason le zombie en profite pour reprendre ses affaires barbaques, tout en s’annonçant plus cool avec léger en prenant la pose lors du générique en singeant James Bond (l’une des seuls sagas plus prolifique que Vendredi 13). Tommy se démène alors pour convaincre les habitants et surtout la police, mais ne fait que prolonger sa solitude. Lorsque les jeunes moniteurs de la colo pour enfants sont tués les uns après les autres, la police accuse d’ailleurs ce fou furieux de Tommy. Heureusement, celui-ci a une alliée : la fille du chef de la police, tombée sous son charme de marginal tourmenté !

Ce sixième Vendredi 16 est surprenant, on dirait : un vrai film ! Il est équilibré, efficace, pas dans le cumul de petites choses superflues et de gros morceaux foireux. Au lieu de s’éparpiller comme le faisaient les quatre premiers Vendredi 13, il se concentre sur Tommy, ses pérégrinations avec Megan (Jennifer Cooke) et sa lutte contre Jason. Cependant la hausse qualitative se fait au prix d’une normalisation. Jason Lives n’est pas un slasher ni même un film d’horreur pur ; il induit des éléments hors-sujets, le plus significatif étant la présence du groupe d’écoliers. Montrer ces enfants au phrasé d’ados vulgaires et pour certains totalement distants par rapport aux drames en cours, c’est absolument sans intérêt. L’intention est peut-être de titiller une certaine nostalgie chez les spectateurs et de détendre l’atmosphère, comme dans le Chapitre 4.

La franchise y gagne une certaine douceur, à la limite du consensus pour les publics étrangers à l’horreur. D’ailleurs, Jason épargne systématiquement ces petits enfants, lesquels n’ont décidément rien à faire là. En dépit de cette fadeur mainstream à la place de l’inanité des premiers Vendredi 13, Jason le mort-vivant convainc dans l’ensemble par ses qualités absolues ou même relatives ; on prend plaisir à suivre une véritable intrigue (c’était entamé mais pas si clair dans le 5), profite de personnages tenables, la confusion et les ados mi-fantômes mi-hystériques étant ommis. La dérive vers le policier est défendable et surtout le bois est exploité, avec par exemple la partie de paintball. Là encore, le chapitre 5 prenait davantage en considération ce contexte, idyllique pour un slasher. Le résultat pourrait être bien meilleur mais dans l’univers des Vendredi 13, on vole déjà très haut.

Le film se distingue enfin par une BO signée Alice Cooper et un combat final enflammé sur le lac. Les amateurs pourront apprécier l’humour et les poussées scabreuses ponctuels, mais frontaux. En définitive, ce Chapitre 6 est un film décent en soi, assez classique, se donnant comme un plaisir coupable, mais en soignant la chose. Compte tenu de l’estime dont il jouit, il est placé loin devant le Chapitre 5, mais c’est là une pure question d’appréciation, les deux s’affirmant par des options très différentes. Ils ont en commun d’être deux films bis regardables et vaguement aimables.

Note globale 43

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vendredi 13 chap 7

VENDREDI 13 : UN NOUVEAU DÉFI (Chapitre 7) *

2sur5  Cet opus divise. Beaucoup y voient l’un des plus insignifiants et même le naufrage final de la série ; d’autres n’aperçoivent rien de tout cela, par contre il y aura peu de monde pour en faire un must dans l’univers des Vendredi 13. Ce Chapitre démarre bien et semble d’abord relativement construit, voir même ambitieux. Naturellement ces débuts de pistes seront laissés pour mort, mais il est toujours agréable de constater dans le monde des slashers débiles que des types aient pris la peine de méditer deux minutes sur un fil narratif. Ils ne l’ont pas fait tout à fait délibérément il est vrai, puisque cette histoire de télékinésie emprunte clairement à Carrie et à Phenomena, en y pillant ce qu’elle peut avec ses maigres ressources ; l’impression d’assister à un pseudo-Poltergeist cheap est présente.

The New Blood est un piteux spectacle mais il a également le charme d’une gaudriole en roue-libre. Bien plus que la virée de Jason à Manhattan (plus épuisante qu’autre chose), prévue pour l’opus suivant, cette introduction d’un Jason aquatique est d’un comique involontaire et d’une générosité formidables. Outre un pouet mortel dans l’oeil et des meurtres quelquefois drôles, la couche psychologisante ridicule dont bénéficient les adolescents est un genre de cadeau. Le processus de normalisation entamé sur l’opus 6 est validé et nous trouvons donc un héros ténébreux et cool, la fille troublée qu’il veut séduire et une fille à papa sûre d’elle. Ce genre de configuration caricaturale était encore trop structurée voir raffinée pour être atteinte par les premiers Vendredi 13. Tous ces ados sont d’ailleurs décemment introduits et au moins drôles à observer avec les décennies de recul (T-shirt ‘vache qui rit’!!), avant que ne se ressente pleinement cette grande solitude récurrente face aux Vendredi 13.

Les côtés nanar sympathique se concrétisent sur la fin, où tous les atouts sont définitivement sabotés. Ces atouts sont : la télékinésie, la nouvelle apparence de Jason, la façon de s’approprier le Lac et les bois, les séquences de meurtres notables. Pour la télékinésie, tout l’édifice s’effondre vite, empêchant même l’actrice de s’épanouir alors qu’elle est probablement le personnage le mieux caractérisé de toute la saga, devant la dernière survivante du Chapitre 2. La bataille télékinésique finale est un flop intégral, compensée par une victoire maline sur Jason. De toutes manières, les scénaristes pompent sur les modèles évoqués plus haut et imitent l’initiative du Chapitre 5 (arrivée d’une jeune torturée par sa culpabilité et ses pouvoirs – surnaturels, ici). Le Jason new look est percutant ; toujours proche du zombie, il présente un corps à demi entamé par les années enchaîné au fond du lac. Kane Hodder prête sa carrure au personnage et le renforce si bien qu’il reste l’interprète le plus célèbre, sortant Jason de l’impasse lunaire particulièrement prégnante sur Meurtres en 3D où il avait l’air d’un vieillard un peu destroy.

Ensuite il y a l’atmosphère et ces balades absurdes, mais pas dépourvues de charme. Au début surtout puis par quelques plans fugaces, les lieux sont capturés et ces jolis paysages meublent avec succès. Enfin les scènes de meurtres sont bien réalisées, au-delà même des faits cruciaux. La réalisation de John Carl Buechler, auteur précédemment de Troll, est amorphe tout en donnant l’impression de balader une tension autorisée à exulter lors de petites plages destinées à cet usage. Il reste d’ailleurs de ce film une tendance à lorgner vers le conte, explicite lors de l’intro où un vieux narrateur évoque la légende de Jason (et annonce le manque de crédibilité remarquable de la séance). Comme Troll, c’est donc à la fois ennuyeux et satisfaisant lors des exploits (ici moins récurrents), proche du ridicule tout en conservant un magnétisme désuet. Néanmoins l’ensemble des efforts observables s’émiettent faute d’intelligence. D’ailleurs Jason agit tout le long du film et pourtant le film semble interminable. Les Vendredi 13 trouvent un rythme de croisière, il n’est pas stimulant mais la sympathie est devenue possible.

Note globale 37

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vendredi 13 chap 8

VENDREDI 13 : L’ULTIME RETOUR (Chapitre 8) *

1sur5  Finalement, la saga Vendredi 13 n’était pas si infâme. À ce stade, aucun opus n’est un film notable, mais deux sont décents (les 5 et 6), deux autres regardables (les 2 et 7), Meurtres en 3D est récupérable à la rigueur, seuls deux étant vraiment douloureux à regarder ou minables à un point record : le chapitre 4 et l’opus originel, catalogue du pire du slasher. Ce Chapitre 8 vient gonfler le rang des déroutes historiques. Démarrant par un énoncé au nihilisme cheap, L’Ultime Retour se veut rock’n’roll et pugnace. Il prend le prétexte d’une croisière en direction de New York réunissant une classe d’étudiants et leurs encadrants. Ce sera l’opus le plus incohérent et abracabrant de toute la saga jusqu’ici, sans pour autant être amusant : les nanardeux adorent et y voient, à raison, un climax dans la bêtise.

Les limites de celles-ci sont repoussées comme jamais et le spectateur a le droit aux jeunes les plus criards et absurdes de la saga, tout en étant abreuvé d’une bande-son festive hideuse. Le graveleux prend toute la place, même si les exhibitions sont bien incomplètes, tandis que la légèreté à vocation humoristique et le côté ‘fun’ n’ont jamais été si affirmés, quoique Massacre en 3D soit compétitif. Lui fonctionnait, à la rigueur. L’intrigue dramatique concernant la fille troublée que les adultes tentent de requinquer est un copié-collé des précédentes et prend une tournure particulièrement idiote, même si par sa solennité elle dissimule un peu la crétinerie abyssale de tout ce qui l’entoure.

C’est aussi l’entrée dans le fantastique pur, qui sera roi dans les opus à venir (Jason va en enfer et Jason X, avant le cross-over avec la saga Freddy). Ainsi les visions du petit Jason dans sa phase de noyade s’accumulent ; parfois il poursuit les héroines de ses apparitions, ou tente d’emmener avec lui au fond de l’eau ou au travers d’un miroir enfumé. La faculté de Jason de se balader un peu partout au mépris de la logique élémentaire et de l’architecture du bateau semble moins le fait d’une volonté d’introduire la téléportation que le résultat de la débilité du scénario (reprenant la figure du vilain tuteur paternaliste subie dans le Nouveau défi). Mais c’est ainsi que Jason progresse et il est d’ailleurs mieux servi dans cet opus, en étant toujours interprété par Kane Hodder et surtout en améliorant sa caractérisation.

Ainsi, dans le sillage de cette critique de péquenaud malicieux envers la ville décadente, Jason s’affirme comme un boogeyman réactionnaire, irrité par le manque de considérations pour l’autorité et la musique affreuse de keupons quelconques. Il est également plus conscient de sa tâche et concentré sur des cibles précises, capable de commettre de petites blagues ( pour faire fuir des agresseurs potentiels, il exhibe son visage – une espèce de masque de télétobbies cramé) et focalisé sur les gens du bateau même une fois débarqué à New York. D’ailleurs Jason le mort-vivant est aussi Jason le badass, tabassant quiconque se met sur son chemin, sans forcément tuer systématiquement, même bloqué dans des ruelles sombres.

Après une heure en mer, le spectacle s’épanouit ainsi dans les rues de Manhattan, avec là encore un lot de séquences aberrantes comme celle du métro où personne ne semble trop réaliser qu’un mort-vivant taillé comme Rob Zombie se promène avec une machette. Jason face aux racailles et à la civilisation décadente, ça aurait pu être dépaysant, cela engendre surtout un Vendredi 13 définitivement corrompu par la médiocrité. C’est celui qui aura nécessité le plus gros budget (5 millions de $), dépassant de 1 million celui de Meurtres en 3D, pourtant le résultat est plus minable qu’à l’accoutumée. Les séquences tape-à-l’oeil défilent sans faire d’effet, seule celle de la mort de Jason (sous un bain de déchets toxiques), grâce au contexte du tunnel, recèle des plans valables. Exaspérant et stupide, tout en étant presque moins divertissant que le premier opus, ce Jason takes Manhattan est un calvaire. Pour les néophytes, découvrir cette chose sans passer par les autres Vendredi 13 est l’assurance de ne jamais s’en remettre.

Note globale 15

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vendredi 13 chap 9

JASON VA EN ENFER (Vendredi 13 – Chapitre 9) *

1sur5  L‘évolution vers le fantastique et la SF amorcée précédemment est désormais entérinée : Jason va en enfer est moins slasher que film fantastique. Il est aussi moins slasher que drame ou thriller et il est moins Vendredi 13 que copycat de quelques succès du fantastique dans les années 1980. Il y a au moins cette continuité-là : un film mis au point par des opportunistes quasiment sans invention, un de plus. Après la virée à Manhattan qui constitue l’un des pires opus, la franchise est acquise par la New Line (productrice des Freddy), laquelle n’aura les droits sur le titre « vendredi 13 » mais ne l’utilisera pas. Sean Cunningham contribue a rachat de ces droits et peut donc revenir polluer la saga qu’il a lancée avec son misérable classique objectif du slasher de 1980.

Après son nouveau look du Chapitre 7 et l’apparition d’une sensibilité propre dans le Chapitre 8 (celle d’un réac puant mais fun), Jason est l’objet de nouvelles spéculations tortueuses. Le spectateur apprend les raisons de son invincibilité : ainsi le tueur de Crystal Lake a la faculté de passer de corps en corps. Cela n’a aucun sens puisqu’il a toujours été dans le même corps délabré de trisomique puis de créature rouillée, mais peu importe. Les trouvailles le concernant ne s’arrête pas là : en effet, un scientifique improbable, le premier possédé par l’âme de Jason, apprend à Steven que Jason ne pourra renaître à nouveau que par un Vorhees (il a épuisé son crédit de corps à occuper?). Et c’est par la main d’un Vorhees seulement qu’il pourra être tué. C’est-à-dire tué de manière définitive : en détruisant son cœur – là encore, grande nouveauté. Ainsi une famille Vorhees émerge de nulle part : ils sont encore deux, Jessica la femme de Steven et son bébé. Il y avait un troisième membre au début du film : le temps presse !

Ce Chapitre 9 en rupture dans le ton s’en remet donc à la bonne vieille tradition de pillage des concurrents propre à Vendredi 13, empruntant des éléments de scénario à Halloween et Halloween 2 pour se donner quelques béquilles. Le principe de la téléportation et la façon de l’approcher s’inspirent de Hidden et dans l’ensemble, les producteurs cherchent à reprendre Body Snatchers et le tirer vers l’action-movie badass. Une petite couche de comédie se juxtapose, avec la propriétaire du restaurant local et sa famille de dégénérés. La notion de complot omniprésente emmène le film vers le thriller et de nombreuses séquences relèvent plutôt du drame policier ; le slasher est circonscrit à quelques scènes, comme pour respecter des quotas. L’approche générale est plus normative, mais une normativité à la limite du Z. La bande-son, élément négligé auparavant, devient omniprésente, avec des musiques dictant les émotions d’inquiétude ou d’effroi de façon grotesque.

Les manques par le passé dans ce domaine étaient peut-être la seule vertu négative de la saga, celle simplicité jouant en la faveur de son effet de réel et donc d’un certain charme présent même dans les pires opus, sauf peut-être l’infâme Chapitre Final. Ces choix improbables dans la bande-son, pour nuancer la sécheresse générale, ne font que rendre le ton plus indéterminé encore. Ce Jason va en enfer se voulant très sérieux, tout en aménageant des plages de décontraction modérée, vire à la farce involontaire. Adam Marcus, Cunningham et la New Line tâtent un peu dans tous les registres et piochent dans chacune de leurs références de quoi remplir la barque. Ils ne réussissent qu’à s’éparpiller en trouvant une unité dans la gaudriole grandiloquente, pour un résultat comparable au fiasco de Massacre à la tronçonneuse 4. Celui-ci n’est pas un niveau particulièrement indigne par rapport à du Vendredi 13, aussi Jason va en enfer est un sombre ratage sans être aussi calamiteux que les opus 4 et 8, dépassant même son successeur l’atroce Jason X et l’infâme opus originel.

Les amateurs de la saga sont en général très critiques envers cet opus, ceux fermant les yeux sur la médiocrité crasse de certaines sequel passées perdant leur patience ici. Au contraire, les non-fans sont plus coulants et comme pour l’opus 8, les nanardeux se montrent intéressés, d’autant que l’échec de ce 9 est nuancé par les efforts manifestes de ses concepteurs(-pilleurs). Ainsi le début est assez encourageant et passée la bataille au clair de Lune (agitée mais soporifique), la disparition de Jason relève du bis épatant. Les trois dernières minutes sont belles et c’est déroutant. La griffe de Freddy sort alors de terre pour emporter le masque de Jason : le cross-over qui sortirait dix ans plus tard (Freddy contre Jason, 2003) s’annonce concrètement pour la première fois.

Note globale 21

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vendredi 13 Jason X

JASON X (Vendredi 13 – Chapitre 10) *

1sur5  Lors du rachat par New Line et Cunningham, le budget du nouveau Vendredi 13 (Jason va en enfer, chapitre 9) a été revu à la baisse ; et pour la première fois depuis le lancement de la saga (à l’exception du second opus en net retrait) s’est observée une légère inversion sur la courbe des bénéfices avec une somme supérieur au chapitre 8, le méga-nanar/navet. Le budget record de celui-ci (5 millions de $) est balayé par les 11 millions consacrés à Jason X. Ceux-ci se ressentent nettement et assurent la consécration du Jason from outer space.

Le virage de Jason X est un choc, que même l’étape Jason va en enfer ne laissait présager : choc explicite dès son générique de Mission to Mars à la moulinette de l’heroic-fantasy est perturbant. Le spectacle commence à notre époque, où Jason l’invincible est cryogénisé pour être enfin supplanté, le tuer, l’enterrer, l’éboullanter ne servant à rien. En 2455, des explorateurs venus sur Terre lors d’une mission sortent Jason de sa cellule d’isolation et l’embarquent dans leur vaisseau, prenant au passage la charmante scientifique qui gisait à côté de sa cellule, cryogénisée elle-même.

Dans leur post-humanité, on répare facilement les blessures : pour un bras coupé, il suffit d’une pommage afin de tromper la douleur, puis d’une petite séance d’UV pour recoller les morceaux. La réalisation insiste lourdement sur ces éléments au début mais ils s’avèreront quasiment inutiles puisqu’inexploités, l’attention allant plutôt sur une androide revendicatrice immortelle puisque machine. Le scénario est bâclé et les invraisemblances omniprésentes, les auteurs estimant manifestement que l’étiquette SF permet une flexibilité absolue. Ils ne savent pas la mettre suffisamment au service de leur bouse : que les personnages soient des stéréotypes fonctionnels, les dialogues naveteux, les idées honteuses, c’est normal.

Ce qui ne se justifie pas en revanche, c’est de pousser Vendredi 13 hors de sa case pour l’emmener vers un autre genre de médiocrité, passant du slasher beauf standard au copycat d’Alien pour beaufs. La franchise s’ouvre à un plus large public et s’achève ainsi sur un spectacle ‘fun’, qu’apprécieront plus probablement les amoureux des opus 3, 6 et 8. Jason prédateur de l’Espace, ça devrait être dantesque, c’est juste mou et vulgaire, abîmé par un second-degré plombant et la présence de tous ces cow-boys débiles du futur. Le film ne recèle que quelques tentatives potentiellement sympathiques : l’incruste de Jason dans un jeu vidéo grandeur nature est le seul petit ‘exploit’ réussi. Au contraire, la re-création de Crystal Lake en hologramme pour dompter Jason vire au minable, l’équipe du film n’y trouvant que l’occasion de réveiller le Jason jongleur (un peu du 7 télékinésiste), se mettant à taper sur des filles factices avec leurs sacs de couchages. Notons enfin un fort côté Hellraiser (3 et 4) lorsque Jason place ses victimes sur des crochets, ou s’y retrouve lui-même. D’une manière générale, le film se rapproche de l’esthétique d’un jeu vidéo, une sorte de pré-Dead Space lounge avec quelques débuts de décence lors de fugaces points de vue.

Il y avait une intention, il y a le dépaysement, la surprise en tout cas, au début. Mais c’est un ratage complet et une séance éprouvante, à peu près aussi lamentable que L’ultime retour. Les Resident Evil sont moins démoralisants et le délire est proche des Alien vs Predator & cie mais aussi des Mutante. Typique du navet lorgnant vers le nanar, Jason X se conçoit parfaitement sur M6 en dernière partie de soirée dans les années 2000, parmi les plaisirs coupables. Assurément certains y prennent du plaisir ; la vraie interrogation est ailleurs. David Cronenberg, réalisateur de Videodrome et Chromosome 3 et génie notoire, s’est-il amusé en apparaissant dans cette chose (en scientifique machiavélique) – amenant d’ailleurs avec lui un de ses acteurs fétiches (Robert Silverman, notamment dans Scanners) dans un rôle encore plus secondaire ? Il aurait accepté en échange d’une mort remarquable, il a donc été trompé.

Note globale 16

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Suggestions… Dead Space : Downfall + The Dark Knight Rises + Perdus dans l’espace + Manderlay

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MAPS TO THE STARS ***

1 Oct

maps stars moore

3sur5  Depuis A History of Violence, le cinéma de Cronenberg s’est transformé. Le choc a été violent et les cinéphiles les plus hardcore se montrent sceptiques, certains allant jusqu’à dénigrer ce que serait devenu Cronenberg – des cinéastes pertinents comme Christophe Gans (Necronomicon, Le Pacte des loups) en sont là. La vision des Cronenberg post-eXistenZ est déroutante et ses nouveaux films peuvent interroger : mais avec Cosmopolis puis Maps to the Star, la transformation prend sens. Il n’y a plus de flottements, mais une autre période, où Cronenberg opte pour la simplicité, la psychologie et les grands maux. Les symptômes, eux, sont envisagés de façon très concrète désormais.

Avec Maps to the Star, Cronenberg donne sa représentation de l’Hollywood auto-consumériste. Schrader en a donné sa version la plus directe cette même année (The Canyons), Lynch huit ans auparavant (Mulholland Drive), Billy Wilder dès 1950 avec Boulevard du Crépuscule. Ajoutons l’oeuvre de Bret Easton Ellis, auteur de Moins que zéro et nous avons les connexions nécessaires pour situer le film de Cronenberg. Sorte de film choral resserré, Maps to the Star dresse le portraits de quelques  »stars » abîmées ou à la vocation absurde, présente leur cour, amalgame de langues de putes machiavéliques, de pervers démoralisés et de névrosés dépendants, où se trouvent parfois des individus très jeunes.

Parmi eux et au sommet, il y a Benjie Weiss (Evan Bird, treize ans), icône depuis ses neuf ans et fraîchement sorti d’une cure de désintox. C’est un petit ado comme un autre, pas un esprit puissant, pas une lumière, néanmoins par son cynisme il tient de l’adulte précoce. C’est une intelligence ici, plus importante encore que l’aptitude à séduire, laquelle ne concerne que la vitrine. L’autre personnage-pilier est Julianne Moore/Havana Segrand, la Clarice de Hannibal, acceptant un rôle difficile, dégradant. Du Mickey Rourke remontant sur la piste (The Wrestler), sans victoire à la clé. Elle incarne une de ces petites gamines enthousiastes et candides couvertes de dollars et de possessions tout en demeurant aussi vulgaires que les premières white trash pimpantes venues.

Cronenberg filme des êtres immatures dans un grand système froid, dont les distractions élitistes ont pris un méchant coup de vieux. Les jouissances hollywoodiennes sont devenues banales et l’horizon est inerte. Pas fade, pas tiède, inerte. Il n’y a aucune révélation possible dans ces lieux : comme chantier, c’est parfait, mais il vaut mieux passer en exécutant, ou capitaliser et partir pour garder sa valeur. Havana et Benjie sont foutus. Lui est déjà essoré et mal fini, alors qu’il est construit sur du sable et les psychoses de papa/maman ; elle est proche du cimetière des éléphants et ses mauvaises manies ont gagnées la partie (jusqu’à ce fantasme d’inceste envahissant). Quand à Robert Pattinson (héros de Cosmopolis), le vampire de Twilight, sa position dans le film et dans cet univers renvoie à celle ressentie selon ses confessions publiques.

Au milieu de tous ces gens, une fille au physique ingrat et au caractère apparemment mou. Agatha Weiss (Mia Wasikowska) porte toute la folie d’un système : comme  »l’enfant symptôme » d’une famille pathogène, celui cristallisant tous les malaises et les non-dits, devenant parfois la béquille et le bouc-émissaire simultanément. Elle rampe pour atteindre les stars fânées et endurer leurs vices, parce qu’elle est le produit maudit de leur monde. Le souvenir de Crash fait surface régulièrement dans ce Cronenberg curieux mais déterminé. Est-ce une réussite ? Ce n’est pas novateur mais c’est un tableau franc, pertinent et un film de son époque – avec des symptômes positifs. La mise en scène est à la fois plus aérienne et cash (rien n’est dissimulé ou lointain). On dirait un peu INLAND EMPIRE sans la DTV et en accéléré, où la réalité est déjà trop tordue et minable pour laisser entrer la fantaisie.

Note globale 69

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Suggestions…  Chromosome 3/The Brood 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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COSMOPOLIS ****

18 Oct

4sur5 Embarrassant une part de la critique et les fans, exaspérant la masse des cinéphiles, Cosmopolis est déjà, de l’avis dominant, l’accident industriel de la carrière de Cronenberg. Il faut dire qu’on y plonge pas spontanément et que Robert Pattinson lui-même peine à se glisser dans son costume. Trop sarcastique, trop complexe, trop désenchanté et impitoyable pour une icône glamour aussi galvaudée. L’espèce d’indifférence engagée, d’ivresse monocorde à l’œuvre va pourtant absorber toute la matière d’un Monde voisin de palier du nôtre. Cosmopolis convie à la veille du crépuscule d’une société, en prenant le pouls d’une ville-monde, d’une sorte de mégalopole synthèse, d’un de ses princes malgré lui et de toute sa cour.

Au bord du précipice

Les deux derniers jours de sa vie, au moins de celle-là, remplie de déambulations en limousine et de joutes comptables ou philosophiques, un golden boy rencontre les hommes et femmes y jouant un rôle, de sa conseillère en art à l’entarteur terroriste désirant l’aligner sur son tableau de chasse. Lui qui contrôle le Monde par des théories systémiques, un mental dissocié de toute Humanité, voit l’ordre établi sur lequel il se repose s’effondrer. Son esprit hypocondriaque et son quotidien mécanique l’ont floué ; n’ayant pas su anticiper ce retournement, il tente alors de le dépasser.

C’est vrai, Cosmopolis démarre péniblement ; toutes les failles des principes supposément à l’œuvre sont exacerbées au départ, du romantisme décadent outré aux fumisteries péremptoires en passant par l’hagiographie d’une star nihiliste. Puis rapidement, la logique de Cosmopolis se dessineet s’engage un monologue difforme, un monologue à plusieurs, flamboyant et efficace. Le film assiste ce golden boy poursuivant compulsivement et peut-être par défaut d’intention les courbes du Monde ; alors qu’au départ, son masque de dandy abrasif sonnait faux, Cronenberg s’amuse à rendre tout transparent, exhibant son vide et sa faible marge intrinsèque sur la banalité et la misère. Cette façon de déguiser la trivialité, tout en la gonflant obstinément, ne faisant que rendre la banalité intrinsèque de ce petit univers plus outrée encore (cet aspect atteint son expression maximale avec les séquences matrimoniales scandaleusement « j’adore l’odeur de l’orage ») ; mais justement, le film commence par dénigrer une condition, confrontant à une chute pas seulement restreinte à l’économie ou l’équilibre politique, mais investissant globalement les sphères de la société.

En cela, Cosmopolis est destructeur, c’est une litanie, un poème accompagnant vers la mort ou l’implosion ; sans devenir pour autant une festivité à charge. Le film n’est pas « antilibéral », simplement il n’accorde de crédit à aucune illusion, tout en décortiquant les raisons de leur attractivité, tout en se nimbant de leurs fastes, pour mieux les souiller par des réflexions et des sarcasmes qui ne peuvent surgir que sur un champ de bataille largement entamé.

Un espace dématérialisé et sibyllin pour tromper le sort

Une des vérités nues explorées par le film, c’est que les ouvriers de ces emprises omnipotentes peuvent être de faibles créatures adoptant les traits de tyrans ou de prophètes. Replié dans son cocon impersonnel, fonctionnel et lustré, Pattinson ne fait que maquiller sa subjectivité pratique et son vide d’une espèce de relativisme absolu, d’une remise à plat de toutes les croyances et les systèmes qui lui sert de dogme personnel. Ce masque grandiloquent est celui d’un homme leurrant son absence d’investissement et de désirs, incapable de gérer des biais émotionnels réprimés mais dévorants. Il a Tout pour cacher qu’il ne veux et ne maîtrise Rien : c’est l’envers de l’orgueilleux, de l’artiste ou du criminel, c’est une bête anémiée mais surtout pas un survivant.

Ainsi, lorsqu’il se prétend « citoyen du monde », il se complaît dans un idéal romantique de son destin, pour mieux assumer son conformisme et sa nonchalance, tout en nourrissant son narcissisme flétri. Ce que ne dit jamais Pattinson, parce que c’est bien plus crû que toutes ses thèses, c’est qu’il a tout pour jouir mais que sa position l’assèche. En se construisant une vie parfaite, lumineuse et ordonnée ; en se soignant ; il fait ce qui est juste. Améliorer sa condition au mépris du monde extérieur, soumettre l’environnement à sa tiède volonté, c’est comme faire son devoir. Mais cette faim insatiable, celle d’un loup atone, hyper-rationnel mais inconscient, jouissant d’un chaos dont il n’aperçoit que la noblesse et la beauté, arrive à son point de rupture et un no man’s land s’ouvre – or ce no man’s land a toujours été le cap final pour le golden boy, puisque son existence passive et précieuse était une régression luxueuse, puisque rompre et affronter le monde sensible est le seul défi dangereux, le seul stimuli véritablement dérangeant, au terme d’une vie à se planquer.

En se ré-actualisant, Pattinson réalise son absence critique de certitudes tout en perdant la protection contre cette absence de certitudes, c’est-à-dire l’annihilation du principe de réalité, l’épuration du concret qui tâche et ralenti. La dernière partie conduit Pattinson à retourner à la vie, même si c’est bien trop tard et bien trop maladroitement. Sortir de sa zone de confort, mettre en péril ses certitudes et son intégrité physique en s’aventurant dans les quartiers des réprimés de ce Monde dont il est un rouage mais qui aujourd’hui s’écroule. L’enjeu est d’assister sa perte de contrôle, donner un peu de pragmatisme et de panache à sa descente, avec froideur et systématisme, tout en s’autorisant quelques réminiscences dégoulinantes. Paradoxalement, sa compulsion à déstructurer, en privant les choses de mystère, et en leur restaurant un sens définitif (or la logique est l’ennemie du bonheur et de la paix), y trouve un écrin plus offert que jamais. Il a d’abord fallu priver les choses, les faits et les hommes de sens : pour les aliéner définitivement. Et maintenant, maîtriser sa propre chute.

Jouer un rôle et ordonner le chaos éternel

Il y a un grand drame intime dans Cosmopolis, un malheur de riche mais il est vertigineux. Pattinson n’a pas pris conscience qu’il pouvait devenir un nouveau Seigneur, une icône, au lieu d’être simplement un esprit broyant du réel lointain et des théories. Il n’a pas profité de sa condition car il y était indifférent et indifférencié, absorbé par des spéculations emphatiques, un petit théâtre opulent et un hédonisme froid.

Au-delà du dédain envers la toute-puissance des idéologismes et des mœurs propres à un contexte, Cronenberg poursuit une perspective magistrale : c’est comme si toutes les sociétés transformaient leur nature sans trahir leurs finalités et les lâchetés de leurs composantes. Comment honorer son rôle, alors que toute composition est factice, en raison de l’acceptation de sa condition de particule sociale et alors que cet état est la limite de tous les Hommes ? Pourquoi aux milieu des élites, des hommes cherchent-ils à s’extraire ; pourquoi ce partage éternel entre adhésions sociales démonstratives (par la culture et les goûts, par le mariage, par les fréquentations) et quête d’un cocon propre à soi ?

Cosmopolis ne dresse pas de bouc-émissaire, ne créée pas de gimmicks voués à incarner des archétypes flattant les convictions pressées ; il jette un regard sceptique, mais pas fataliste, sur cet ordre du Monde, où l’aliénation et la régression apparaissent à l’Homme comme ses issues de secours ou le tremplin de toutes les sublimations. Eric Packer réalise progressivement qu’une différence de degré le sépare de congénères dont ils survole l’existence. Dans un club d’un standing honnête mais commun, le jeune homme découvre cette plèbe se défoulant pour compenser sa condition étriquée, ses fardeaux sans espoir, par le divertissement, la narcotisation, les festivités. Il comprend que ces élans sont aussi grégaires que passionnés, aussi auto-sacrificiels qu’épanouissants. Il ressent leur humeur, leur lâcher-prise et leur contentement, avec tendresse plutôt qu’avec la cruauté que sa condition lui permet.

Parce qu’il est sincèrement sans illusion, parce qu’il rebondit sur les avatars du monde contemporain en préférant une analyse impitoyable au sophisme affirmatif, parce qu’il refuse le dogme et l’emprunt d’une vision politisée au profit d’une approche globale, Cosmopolis gagne en langueur et en lucidité ce qu’il perd en potentiel d’adhésion. Ce n’est pas un film aimable, il donne mais refuse de galvaniser, ne se soucie pas d’asseoir des convictions, préférant remuer son patient et le diagnostiquer sous tous les angles possibles, au lieu de décider formellement d’achever ses souffrances, par la réforme ou l’amputation.

Néolibéralisme, anti-absolutisme, ordre cynique et humanité impulsive

Pour autant, Cosmopolis ne s’inscrit pas lui-même dans cette distanciation aveugle qu’affectionnent la plupart de ses personnages. Cronenberg se sert du support littéraire et de ses extases verbales pour confronter une vision propre à la réalité qu’il entend décrypter. S’il n’est le porte-parole de personne, Cosmopolis désenfume sans ambiguïté, justifiant par la raison un idéalisme politique. La séquence, peut-être oiseuse et surréaliste de prime abord, du dialogue avec Samantha Norton livre un discours visionnaire, emprunt de bon sens essentialiste et régulièrement projetée par les Hommes. Évoquant pêle-mêle les rapports fusionnels entre destruction forcée et capitalisme, le lien entre capitalisme et anarchisme, la défiance envers un futur chaotique déstructurant le présent, elle illustre le fossé entre ceux qui conceptualisent un Empire et la masse des dissidents potentiels ou actifs à tout projet progressiste.

Dans le contexte présent, en 2012, cela signifie la dualité des néolibéraux-nés (politisés pour des raisons viscérales) et la masse, dont les nuances n’existent pas à l’oeil des précédents. Autrement dit, Cosmopolis évoque bien la cohabition entre les « 99% et les 1% » ; le film n’est pas dans la masturbation intellectuelle, il est encore moins lâche, il a même le courage d’aller chercher les motifs et les passions éternelles engendrant le malaise de Civilisation directement observable. De plus, Cronenberg tranche implicitement en faveur de la réforme globale, puisque les tenants de l’ordre cynique s’effondrent et que parmi eux, Pattinson, qui devrait être conduit à la  »réaction », décide plutôt de larguer les amarres, de reprendre pied et sens. En outre, l’imminence de la mise à mort des gourous et des sbires de la globalisation économique est suggérée sans détours.

Par définition (pas besoin d’ostentation), Cronenberg est partisan de la rupture avec l’ordre mondial actuel, non par militantisme, mais par soif de liberté, de connaissance, de développement. C’est avec talent et intelligence qu’il détruit les mythes modernes pour laisser libre cours à l’altérité. Et le cosmopolitisme est un mythe moderne, un mythe archaïque et remanié pour assurer par la violence, l’intimidation, la promesse d’une délivrance et des plaisirs terrestres, le maintien de la canalisation d’un chaos mesquin en évidence sociétale.

Cosmopolis l’exprime sans détours : dans tous les contextes de civilisations cosmopolites, où les absolus se sont évaporés, le cauchemar est le même : c’est de vivre en se justifiant, alors que tous les modèles de ces sociétés sont délibérément amenés à leur point de rupture. La transgression devient accessible sous peu de conditions, mais elle est coordonnée (vidée de sa substance donc, mais compensée) ; de même, les esprits dissidents ou ambitieux sont cooptés par un statut quo impersonnel.

Somme toute, l’institution nihiliste, c’est cet ordre légal privant d’idéal, d’incertitudes, de dangers et finalement de transcendance. Parce qu’il n’y a plus de vérité restrictive, il n’y a que des pantins. L’abîme est là : l’individu ne s’émancipe jamais tant qu’il est un acteur social. Et pour lui il s’agit toujours d’avoir un rôle, une place, ou bien un cocon, des stimulations (ces impératifs définissent tout : l’identité singulière ou collective, la quête de sens, le but poursuivi). Dans son incarnation du petit-maître de ce Monde néolibéral, Eric Packer étouffe, s’ennuie. Il passe sa brillante errance à lutter contre sa nature vide, son âme défunte. Il ne palpe plus rien et réalise que l’aliénation des uns ou les heurts des autres les remplissent, les protègent de la vraie brutalité du Monde social : celle de n’avoir finalement rien à offrir que des compensations hachées, segmentées. Même la puissance ne transcende rien, si ses effets ne sont pas manifestes ; la lucidité lui permet de mieux cerner l’obscurité, alors que la base a encore l’opportunité de se confondre dans des évidences plus artificielles. La conscience pleine est toxique. Le pouvoir et le romantisme doivent se cumuler.

Vers une œuvre systémique et impersonnelle ?

Ce n’est pas un film-somme sur un sujet, ce n’est pas le point culminant d’une œuvre, mais c’est bien un programme évoquant à merveille autant son époque que des enjeux, charnels, intellectuels et de pouvoir, trouvant éternellement leur écrin. Après une décennie de perte de vitesse, Cronenberg n’est peut-être pas sorti du tunnel, mais il est définitivement hors de son propre monde, au-delà de ses préoccupations et obsessions organiques et viscérales : si ce film peut paraître opaque, pédant à certains, en même temps que clinquant et vain, Cosmopolis envoûte néanmoins, parce qu’il affronte le monde réel et sensible comme dans un trip de luxe. Cronenberg, le génie morbide, est devenu un performer systémique. Cela peut augurer du meilleur comme d’une forme de laissez-aller chic et toc, émaillé de vérités perçantes, entre complaisance glamour et catastrophisme stoïque. Dans le pire des cas, Cronenberg se chargera d’habiller des productions inégalement impliquantes d’un esthétisme monomaniaque. Une routine sophistiquée, quoiqu’il advienne.

Parce que le cinéma de Cronenberg, même lorsqu’il prend des allures brouillonnes ou opaques comme c’est le cas avec Cosmopolis, plonge dans les entrailles même dans ses déclamations et expérimentations les plus superficielles. Les entrailles ne sont plus celles d’un esprit malade, mais d’une société rationnelle. Parce qu’il traduit dans son propre langage, abondant et profond, des schémas, des vérités, des perceptions dans lesquelles se retrouveront et se confondront tous les Hommes, quelque soit leur condition, leur grille de lecture. Ainsi, le cinéma de Cronenberg redevient un espace d’interaction, où le spectateur projette et négocie ses propres visions. Et ce n’est pas les élégants A History of Violence, Les Promesses de l’Ombre, ni même l’amusant A Dangerous Method, qui inspiraient à ce point.

Note globale 81

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