Tag Archives: complotisme – conspirationnisme

UNDER THE SILVER LAKE ***

18 Mar

3sur5 Ce thriller grotesque et sardonique, par suite potentiellement comique, recycle De Palma (l’existence de Body Double relativise beaucoup ce qu’on peut lui trouver de grand et d’unique), Mulholland Drive, poursuit sur la lancée de films récents concernant Hollywood comme Maps to the Stars (la scène sur les chiottes est plus entière avec le Jésus du jour). Il fait écho voire reprend du Breat Easton Ellis pour la vacuité des US dorés, renvoie vaguement à Southland Tales avec son apocalypse. Et surtout rappelle ceux qui ont déjà repris le film noir pour le tirer vers le fantastique, le surréalisme, un mystère d’une nature proche de la SF ou du mystique – ou actualisé le style hitchockien et on en revient à De Palma (notamment au début et via la musique, dont l’usage ressemble à celui dans Obsession).

Les pelletées de références et d’anecdotes étranges [l’écureuil écrasé clairement factice, le pirate] sont en principe unifiées par un conspirationnisme généralisé ; l’univers est saturé de codes et entièrement gavé par lui. On donnera la source exclusive des mélodies connues depuis des siècles. Ce père Fourras compositeur est le seul point un peu concret ou finalisé dans les propos du film ; il met en doute le rôle de la culture dans l’Humanité. En passant il implique que tous les artistes à succès ont reçus leurs œuvres, ou leur matière clé. Cette splendide théorie fondamentaliste voire d’illuminé ultime met de côté les questions de production et de distribution (les œuvres ne seraient pas ‘apparemment’ ce qu’elles sont devenues sans leurs relais et en prendre conscience ouvre à une crise tout aussi abyssale). Mais il est facile de décréter que les circuits ne sont que des instruments dans ce jeu-là, les supports d’une édification despotique des goûts et des mœurs. Pour un dessein dont naturellement on apprendra rien de consistant, à moins que l’issue du film [son enlisement et les garnitures le ponctuant] soit à prendre au sérieux.

Ce film aussi est un jeu et finalement assez vain – susceptible de plaire et de tenir sous hypnose. Si on ne succombe pas à ses charmes on ne verra qu’un remake indirect de plusieurs sources, vintage et dans un certain air du temps (synthétique et pas ‘premier’). L’enquête menée par Sam est proche d’un rêve et le résultat captivant pour ça. Sauf que le temps objectif d’un rêve est bien plus court et celui du film imite peut-être trop bien celui ressenti pendant nos vraies nuits. Reste un produit stylistiquement brillant, avec un génie pas seulement tiré de chez d’autres – mais se dégonflant inéluctablement, avec une part de bouffonnerie manifeste galopante au bord du précipice.

Note globale 64

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Suggestions… It Follows + The Conspiracy + Mandy

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (7), Son/Musique-BO (7), Esthétique/Mise en scène (8), Visuel/Photo-technique (8), Originalité (7), Ambition (8), Audace (7), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (5)

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RED STATE ***

14 Mai

4sur5  C‘est le premier film un tant soit peu sérieux de Kevin Smith, beauf sympathique mettant KO les créateurs de South Park au rayon de la vulgarité gratuite et terrassant ses contemporains les plus fantaisistes dans le domaine de l’inspiration random. Red State est une franche réussite, au ton hybride, à la narration imprévisible et impeccable.

Il faut un certain temps pour que le film s’assume ouvertement comme une comédie destroy. À côté de cela, il a rempli parfaitement son contrat en tant que thriller. Les exactions de ce hameau chrétien punissant les pêcheurs sont glaçantes, mais leur délire sectaire est cartoonesque. Le pasteur Abin Cooper, avec son sang-froid à toute épreuve et ses manières de papy bienveillant (dont on devine un passé pervers ou un jardin secret vicieux), est un personnage mémorable, inspiré du révérend Fred Phelps, célèbre pour ses points de vue homophobes. Il doit beaucoup au charisme de Michael Parks, acteur à la sous-utilisation mystérieuse.

Ce que dit le film n’est pas spécialement brillant ou novateur, que ce soit sur le fanatisme, les ambiguités du système ou la société américaine. En se payant les intégristes, le gouvernement et les forces de l’ordre, Kevin Smith donne dans le trash social allègre. On pense à The Devil’s Rejects, sans le côté borderline. Et alors que la charge facile contre les tarés des ‘red state’ s’annonçait, Smith s’amuse plutôt à compromettre tout le monde. Et on doit donner raison à Abin : c’est vrai, le sheriff est une lopette, il suffit de le voir s’éclater la tronche comme une grosse flaque lorsque John Goodman, avec sa dégaine de gentil dinosaure mafieux, commence à se fâcher.

Red State est aussi un film choral, avec une excellente galerie de personnages, manne de caricatures jouissives comparables à celles des débuts de American Dad par exemple, avec une pointe de Breaking Bad par-dessus. Le style est gras et grinçant, libre, le résultat effervescent et on en sort avec des super-héros amoraux et bigger than life, encore émoustillés par tant de certitudes exaltées (et joyeusement ratatinées – d’abord de l’intérieur grâce à leurs applications délirantes). Mince, c’était un feel-good movie !

Note globale 72

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Suggestions… The Big Lebowski

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DERNIÈRES SÉANCES 2013

2 Jan

> The Conspiracy*** (72) 

> Conjuring*** (66)

> Dark Skies*** (65)

> Lone Ranger** (58)

> V/H/S 2* (41)

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THE CONSPIRACY ***

4sur5  Malheureusement ignoré, The Conspiracy s’avère l’un des meilleurs films de l’année 2013. Premier de Christophe McBride, il s’ouvre comme un documentaire, s’offre comme un thriller et évolue vers le found footage, avec une caméra à la première personne. Deux réalisateurs suivent un homme soutenant une théorie complotiste ; il vient à disparaître et les jeunes cinéastes se trouvent en proie au doute. McBride brouille déjà les pistes avec son vrai-faux documentaire, inclut des faits avérés ou des concepts audacieux et vraisemblables, fait se succéder les témoignages d’experts et de l’un des réalisateurs. En même temps, le film poursuit son chemin pour allez là où on l’anticipe, mais jamais de la manière ni avec le sens qu’on aurait redouté, surpassant ainsi nos attentes.

Assez téméraire, The Conspiracy nous amène dans l’univers des théoriciens et chercheurs conspirationnistes. Mais il ne fait pas que l’afficher ou le sonder de loin ; il le pénètre, cède à ses artifices et ses projections. C’est une incursion, en quête de la vérité puis à la poursuite d’une société secrète. La valeur du film est moins politique qu’existentielle, renvoyant à la métaphysique propre à chacun. Et c’est ainsi qu’il cerne et instille au mieux le ressenti complotiste. The Conspiracy nous met dans un angle de vue (mais aussi une condition concrète, matérielle) où la réalité est modelée par une instance supérieure et invisible ; où tout est preuve ; où également, c’est une aberration de se battre contre une fatalité, comme de croire alors qu’on peut approcher voir infiltrer l’antre de la Bête. 

En résulte une séance paranoïaque assez exaltante, où on se perd soi-même en spéculations, tout en restant captif du film. Il parvient à faire vivre cette sensation d’être au seuil d’une omniscience terrifiante, dans une vision où nous serions piétinés, mais où pire encore, tout ce qui existe, a été et sera jamais est dérisoire. Et c’est justement l’intérêt des constructions complotistes : elles montrent la réalité telle qu’elle est, avec des protagonistes agissant comme des esprits malfaisants et occultes. Lorsqu’on naît, lorsqu’on est dans la création pure et qu’on refuse de se détacher de sa réalité propre, mais aussi qu’on conserve la capacité à balayer l’environnement et les faits sans céder aux biais collectifs ; on touche au vertige que connaissent les individualistes réels et les complotistes. Ceux qui en fabriquent, ceux qui en voient, ceux qui y sont.

Note globale 72

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CONJURING : LES DOSSIERS WARREN ***

3sur5  James Wan est un génial artisan et formaliste. Il n’a pas fondée une saga au potentiel mirifique par hasard (le boulevard ouvert pour les suites de Saw était inouï) et ses productions suivantes étaient passionnantes (Dead Silence, au suspense gothique, méritait une plus grande attention).

D’excellente facture, avec une imparable gestion du suspense, Conjuring est à la hauteur de Sinister (et même assez supérieur) ; comme lui d’ailleurs, il se distingue des dernières livraisons dans le domaine du ghost movie. Le scénario raconte l’affaire Perron, une des expériences les plus torturées connues par Ed et Lorraine Warren, un couple d’enquêteurs sur les affaires paranormales. Il a réellement existé, a enchaîné plus de 4000 cas dans les 60s et Lorraine, qui contribuait notamment par ses capacités médiumniques, a participé au tournage en tant que conseillère.

Reste, au fond, un programme d’exorcisme relativement conventionnel. Justement, Conjuring est une nouvelle démonstration de la capacité de James Wan à transformer et transfigurer des enjeux simples ; lorsqu’il touche à un genre, même si c’est pour embarquer des repères déjà éprouvés, on a l’impression d’emprunter des sentiers jamais battus ; et effectivement, on explore le monde d’un maître en action, donc quelque chose de singulier, qui ne transgresse pourtant pas nécessairement de vieilles coutumes, mais les ressuscite plutôt.

Extrêmement rentable (un Conjuring 2 est déjà en cours d’écriture), Conjuring est voué à se saboter s’il devient une franchise, à moins qu’il emprunte des voix totalement différentes. L’exploration de la genèse de la poupée Annabelle est donc une très bonne option.

Note globale 66

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DARK SKIES *** 

3sur5  Ce que Signes comptait être, Dark Skies l’atteint haut-la-main. Il y a une entrée en matière rapide, en trompe-l’œil ; toujours ce vieux cadre, ces méthodes éculées, cette ascension virtuose et imparable vers le stress. En vérité, Dark Skies passe son temps à se détacher du genre et des codes sur lesquels il semble jeter ses fondations. Scott Stewart a fait un film résolument actuel, du cinéma d’horreur sociale sans cible précise, plutôt avec des témoins. Si on est peu réceptif à cette dimension-là, on profite au moins de ce spectacle comme vrai cauchemar paranoïaque.

Tout se concentre autour d’une petite famille ordinaire, vaguement BCBG, en proie à des esprits maléfiques. Particularité, ici, ce sont probablement des extraterrestres.  C’est l’originalité essentielle du film, si on omet cette intention (aboutie) de faire des personnages et leur situation des incarnations de l’Amérique sous l’effet de la crise économique présente. La réussite notable du film, c’est justement d’exploiter ces phobies ou sensations récurrentes, mais mal identifiées, qui aujourd’hui opèrent une véritable contagion : crainte des conspirations, peur de l’exclusion et du déclassement, solitude des individus face aux systèmes invisibles et donc inqualifiables (puis aussi, par extension, la phobie de l’État et des organismes officiels si typiquement américaine).

Dark Skies s’impose comme un objet transgenre, répondant clairement aux impératifs de la basique série B de genre, flirtant avec une SF innovante et le thriller psychologique sans psychologie, où les personnages sont croqués avec subtilité mais existent essentiellement en tant que symptômes et cas de possessions modèles. Pour le meilleur ou pour le fric, le producteur Jason Blum (Paranormal Activity et Sinister) a du flair. 

Note globale 65

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LONE RANGER **

3sur5  Peu connu en France, le Lone Ranger est une icône de la pop culture américaine. Ancien texas ranger, il s’est engagé contre l’injustice et apparaît sous un masque. Il était d’abord un personnage de feuilleton radio, avant de devenir le héros d’une série dans les 50s.

C’est le réalisateur attitré de la saga Pirate des Caraïbes qui a pris en charge cette adaptation très attendue aux États-Unis, où la critique s’est montrée acide, contrairement à presque partout ailleurs. Occasion pour Gore Verbinski d’affirmer mieux que jamais l’identité de son cinéma, avec un budget faramineux (250 millions de $). Déjà revisité dans le dessin animé Rango (qui ressemble au brouillon de celui-ci), le western, soutenu par la comédie, apparaît comme sa vocation.

Parfait divertissement estival, sorti en cet honneur, Lone Ranger cumule un rythme frénétique et une démarche esthétisante de chaque instant. Importé au Far West, Johnny Depp se montre plus mesuré et adulte. Tous les personnages dégagent un franc charisme. L’ensemble est impeccable, étonnamment mélancolique. La sensation d’un raffinement un peu vain est présente elle aussi.

Note globale 58

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Suggestions… Appaloosa + Des Hommes sans Loi

 

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V/H/S 2 *

2sur5  Suite de V/H/S, buzz de 2012, celui-ci balaie son prédécesseur selon l’opinion générale. Comme lui, qui fut introuvable puis diffusé progressivement dans les festivals et abondamment cité par les sites spécialisés, V/H/S 2 est une véritable légende urbaine. Il s’agit d’un nouveau found footage, un de ces faux-document réaliste en caméra subjective. La franchise naissante se dessine sous la forme de films à sketches. Ici des voleurs professionnels découvrent des vidéos chez un trafiquant ; et cette fois ce n’est pas du simple torture porn ni du snuff. Les petits films contiennent en effet de pures aberrations anthropologiques (des zombies en furie) et déviances à la réalité (les apparitions, parfois non-humaines, sont de la partie) – alors que le principe du found footage revendique justement de filmer la réalité sans trucages, si crue et monstrueuse soit-elle pour combler les attentes du public.

Film en quatre temps donc (tous signés par une éminence ou un faiseur typé de la galaxie horrifique), avec l’intrigue de lien servant d’entracte, probablement pour que les fans aillent reprendre leurs esprit en rechargeant le compteur de bières et fantasmant sur la suite. Le premier opus, avec son postulat inouï, rapidement redondant et crétin, s’achève en mode Iskanov. Le second adopte le point de vue d’un mort-vivant contaminé en action. Intrusion dans une secte, le troisième partira vers un massacre délirant. Avec ses extraterrestres agressant de jeunes kékés, le dernier segment couronne ce déni de toute congruence.

V/H/S 2 est une baudruche gore et morbide au possible, un truc d’ados et de légers tarés obsédés par le barbaque et l’absurde. Ne pas le dire ce serait simplement ignorer son caractère. On s’ennuie légèrement et finit par pester contre autant de brutalité sommaire ; en même temps, il y a de vraies démonstrations d’horreur, une pureté dans le trash et le happening underground (l’attaque d’un anniversaire d’enfants par les zombies). Pas de nuance, pas de double sens, toujours un premier degré parfait, y compris dans l’aberrant. Ça en fait une curiosité. Certains y voit déjà un futur classique ; peut-être certains de ses exploits peuvent sembler anthologiques (les visions démoniaques du troisième opus peuvent plaider en ce sens). Mais en dernière instance, V/H/S 2 ne laisse rien d’essentiel ou de persuasif. Juste une débauche sinistre digne d’un Guinea Pig.

Note globale 41

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Suggestions…

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