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STRANGE DAYS ****

4 Déc

4sur5  Los Angeles en 1999. Un ancien flic s’est reconverti en dealer de clips prohibés. Cette technologie illicite permet d’enregistrer des séquences vécues via l’impression des flux du cortex cérébral. Lenny Nero (Ralph Fiennes) en vend des copies permettant à ses clients de vivre dans la peau d’une autre personne le temps de la séquence. Bientôt Lenny reçoit un blackjack de la part du tueur d’une de ses amies, qui lui montre ainsi sa performance. Avec ses proches, dont Mace (Angela Bassett), il se trouve propulsé sur la piste d’un complot, manifestement de grande ampleur.

Il y a des points à remettre en cause dans le scénario, certaines justifications qui gagneraient à être creusées. Mais si Strange Days n’est pas le film de SF le plus pointu, il est l’un des meilleurs films d’action réalisés. Ses principes sont exploités avec succès dans l’optique du divertissement. Profusion et tension sont maîtres. Les personnages sont forts et le tandem Mace/Lenny vaut tous les buddy movie. Ralph Fiennes incarne un type très intéressant, à la fois  »loser » (il est souvent en faible posture par rapport à d’autres acteurs de son environnement) et brillant businessman des bas-fonds.

Le postulat du film renvoie aux charmes de la virtualité et plus spécifiquement ceux de la fiction au premier degré. Il explore ces possibilités en surface plutôt qu’en profondeur, mais sa démarche est percutante. L’ensemble demeure plus timoré qu’un eXistenZ, mais n’a rien à lui envier. Le meilleur est finalement dans la projection dystopique de Strange Days (1995), situé dans un futur très proche, offrant la vision d’un Los Angeles actuel mais gagné par la corruption et la violence.

Et surtout, la paranoia, filtre déformant en vigueur pendant toute la durée du film. Dans ce monde quasi parallèle, c’est l’infini des possibles offerts par cette technologie subversive, allié à l’insécurité sociale et physique constante, qui engendre le plus de chaos et de peur. Ce monde est dur et cynique, mais ne s’avère pas si hostile ou corrompu. Toutefois dans la situation de ces personnages loin des beautiful people, la gueule de bois induite par la réalité artificielle est particulièrement sévère et anxiogène.

Avec Strange Days, Kathryn Bigelow réalise l’un de ses meilleurs films, dont le scénario lui a été offert par James Cameron (Aliens, Titanic), son ex-mari. Son Strange Days est un spectacle outrancier, sacrifiant à quelques gimmicks traditionnels (l’explication du méchant au héros qu’il s’apprête à tuer) avec bonheur, sans corrompre son propre logiciel. Le final se permet une bonne dose de lyrisme. Il faut imaginer True Lies marié au Cinquième Elément et savoir que le résultat est plus réussi et enthousiasmant que ces deux-là. Pour l’anecdote, on aperçoit Skunk Anansie lors du concert du Nouvel an (2000).

Note globale 78

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Suggestions… Total Recall + 8mm + Old Boy + Inception + Le Cinquième Element + True Lies

Voir le film sur StreamComplet ou Full-Streaming

MBTI-Enna = Angela Bassett interprète une ESTJ, probablement 6 so sur l’ennéagramme, mais la piste du 1 n’est pas aberrante.

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PANDÉMIE ***

13 Avr

3sur5  Film de catastrophe épidémiologique coréen, Pandémie ne met pas l’accent sur la survie ou la sauvagerie, mais sur les aspects politiques et la gestion de crise. Il remplit largement son contrat, d’abord en tant que divertissement, de façon plus relative pour la mise en conditions. Le traitement est simple mais généreux, le pop-corn movie pas paresseux. Les solutions échouent (l’hystérie du passeur de clandestins en est la pire responsable), les difficultés se multiplient, le film brassant de nombreuses confusions, intérêts, etc.

Un esprit bon-enfant (et même comique au départ) domine, avec des poussées ‘bigger than life’ bien Z (comme la scène des explosions simultanées). Les personnages peuvent être idiots mais finissent par s’épaissir et devenir aimable, ou occuper des fonctions significatives dans le cas des divers gestionnaires. Les deux secouristes ne sont pas lumineux, n’ont jamais vraiment conscience des situations, mais leur disposition apporte un contrepoint apaisant et encourageant. La mère et la fille sont atypiques à cause de leur dureté, ou d’une sentimentalité froide mais explosive dans le cas de la gamine.

La première qualité du film est son haut niveau d’intensité, sa faculté à garder le rythme trépidant et à générer des émotions nettes et fortes rapidement. Une fois que ces effets retombent ou sont mis de côté, de nombreuses failles apparaissent, comme la dépendance du film aux standards du genre (un des morceaux est très proche du theme de 28 jours plus tard) ou certaines zones grises frisant l’incohérence ou la négligence compartimentée (tout ce qui concerne le porteur d’anticorps – d’ailleurs sa mort est un problème, mais il a été tué, la santé n’est donc pas en cause et cette piste, vraie ou fausse, ne sera pas éclairée). Mais il reste encore le mérite de montrer des réactions réalistes, malgré le goût prononcé pour les actions symboliques. Les implications sont précises : établissement de camps, isolement de la population et intrusion chez chacun, élimination des infectés.

Mais la profondeur n’est pas de mise et l’approche reste généraliste : ainsi le film sert la bonne blague du cynisme politicard, avec le premier ministre s’appuyant sur l’opinion publique pour défendre l’autorisation de tirer ; s’il s’agit de pointer une bonne blague justement, alors cet argument est recevable, sinon c’est de l’indignation de zappeur ou de novice. Les autres passages obligés dans le registre sont cohérents, par exemple les violences militaires – il y a des salauds plus assumés que d’autres et un président obstiné pour tenir le beau rôle, mais pas de diabolisation. Finalement cet opus vaut Busan, sans subir les limites spatiales ; il a bien plus de mordant que l’américain Contagion, centré sur la paranoïa plutôt que les menaces et effets concrets.

Note globale 68

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Suggestions… Snowpiercer

MBTI : Exemplaires de Se et Te bien marqués.

Scénario/Écriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

Note arrondie de 69 à 68 suite à la mise à jour générale des notes.

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JUSTE LA FIN DU MONDE **

7 Fév

2sur5  Avec ce sixième film, Dolan la bête de festival obtint son premier Grand Prix à Cannes ; deux ans après y avoir reçu le Prix du Jury grâce à Mommy, sept ans après y avoir été acclamé pour son premier coup J’ai tué ma mère. Tiré d’une pièce éponyme d’un dramaturge déjà institutionnalisé, la mort précoce aidant, Juste la fin du monde est dans la lignée de son prédécesseur. Fini le centrage LGBT, place aux cas sociaux ou provinciaux émotifs (les fondamentaux demeurent comme en atteste la séquence d’ouverture en taxi, avec Louis à demi-évanoui sur « It’s not a hobo » et sous le regard des autres gays, comme frappés par une foudre compatissante un instant).

À renforts de longues discussions décousues, redondantes et explosives, le film pose l’incommunicabilité en famille – qu’on ne choisit pas et dont on a pas nécessairement tort de se défaire. Le protagoniste (inspiré de Lagarce, auteur de théâtre et atteint par le sida comme lui) retrouve après dix ans une tribu avec laquelle il ne se sent et se trouve rien de commun – même pas des flash-back ou des faits à partager. Ce dernier détour (pour annoncer sa mort prochaine) est l’occasion de raviver des liens distendus en théorie, il permettra à Louis de constater la rupture irréparable et au spectateur de profiter de portraits gratinés. Cette famille est vulgaire, la séance tourne à la psychanalyse sauvage – de surface, comme si tout ça était absolument différent de Louis.

Nathalie Baye (la maman finalement complice dans Laurence Anyways) s’est travaillé un accent pour interprète cette mère en sur-jeu permanent ; une jeune mémère décalée, vivant dans les souvenirs et l’exubérance. Léa Seydoux (la brouteuse de gazon bleu dans La vie d’Adèle) est plus convaincante que jamais, dans un costume des plus banals. Vincent Cassel campe l’élément le plus puissant et le plus grotesque ; un frère hostile envers tout, prompt à inventer des histoires pour calmer son anxiété, à se raconter les autres qu’il ne comprend pas ; il est confus, énervé, se rabaisse lui-même en passant, dans un style toxique à la Yann Moix, l’équipement intellectuel mis à part.

Cotillard joue l’âme faible et délicate au milieu de ce champ de brutes – avec talent, étant à son meilleur quand elle se confond dans ce genre de filles éreintées. Cette tribu passera son temps, au moins le jour de la visite, à piailler, à se montrer aigrie, polémique ou maladroite ; les injures tombent, surtout venant d’Antoine, le seul autre homme de l’équipe, le plus blessé par les succès et l’indifférence de Louis. Ces gens espèrent de Louis une espèce de reconnaissance, ou une soumission (dans Tom à la ferme le publicitaire urbain se livrait aux démons [rétrogrades] de la campagne, ici on en espère pas tant, on croit aussi encore aux sentiments, même s’ils sont grossiers) ; ils en ont peur aussi, habitués à leur équilibre que souvent ils méprisent.

Les échanges sont rapides, le montage ne laisse pas d’air passer ou de béances s’assumer. On peut éprouver un certain plaisir devant ces caricatures et ces hystéries, jetant des décharges d’émotions exacerbées et de conflits outrés, avec une petite sauce narcissique pour épicer – avant chez Dolan, elle était au cœur et braquée devant. Elle s’exprime dans les bulles d’évasion de son collègue Louis (joué par Gaspard Ulliel, l’Hannibal Lecter jeune) – ses seuls souvenirs autorisés, en forme de clip ‘drug, sex & sun’. Comme la venue de l’enfant prodige, ce mélodrame maniéré semble un exercice un peu mais surtout sciemment vain ; la démonstration d’absurdité est colorée par des musiques de gogols constipés, prolongeant les choix opérés sur Mommy, avec sa bande-son de rêveurs bloqués au supermarché.

Note globale 48

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (2), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (2), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

Enneagramme : Héros xxFx et 4w3. Mère ESFJ 2. Soeur (Seydoux) ESFP. Frère Antoine (Cassel) xSTx 6 contrephobique. Belle-soeur (Cotillard) IxFP.

Note arrondie de 47 à 48 suite à la mise à jour générale des notes.

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BALADA TRISTE ***

23 Jan

4sur5 Ici cohabitent le drame psychologique, la comédie potache, la romance improbable et à hauts risques, la blague sinistre, le conte excentrique et la tragédie dégénérée (notamment lors du final rappelant celui de Batman, tout aussi démesuré). Ce film -et peut-être son réalisateur Iglesias- est comme son personnage, un pied dans le monde adulte, mais de manière si grave et dégoûtée, en tout cas trop lourde pour lui, qu’il ne peut qu’y introduire ses terreurs et espoirs enfantins.

Cinéaste euphorique et joyeusement éparpillé s’il en est, Alex de la Iglesias signe avec Balada Triste l’une de ses meilleures réalisations, aux côtés du Jour de la Bête. Le style est toujours alourdi par ces raccommodages un peu vains et surfaits, avec même un côté tarantinesque cette fois (le générique, condensé de peintures fameuses et d’images historiques dans le but de faire un  »effet »… oui, ceci est l’histoire récente de l’Espagne, d’accord, et alors?). Mais pour le reste, c’est brillant, un torrent de péripéties fluides et rocambolesques où Iglesias ose enfin s’ancrer dans le réel (c’est là que l’arrière-plan franquiste a un rôle à jouer – et il est purement esthétique et fantasmagorique) sans perdre de sa prodigieuse outrance.

Et puis Balada Triste est d’abord un portrait, celui d’un clown triste : Javier, qui l’est devenu car il n’a pas connu son enfance et se retrouve engagé dans un cirque où il convoite Natalia, la femme de son brutal patron. Sauf que Javier (Carlos Carceres) est une sorte de loser éternel, au physique ingrat, un boulet permanent mais tout de même -et c’est terrible- conscient des tares qu’il se traîne. Clown triste, c’était bien sa vocation ; d’ailleurs plus il souffre et le destin s’acharne, plus on se marre. Mais ce pauvre type pour lequel on s’attendrit, finalement, suivra la recommandation de son père : la vengeance, meilleure farce adressée à la vie lorsqu’elle est pourrie (c’est, à peu près via ces termes, dans le texte).

C’est d’ailleurs lors de la seconde partie que Balada Triste passe du no man’s land bizarre au feu-d’artifice, consacrant sa folie et sa surenchère (voir ce naïf malade semer la panique dans la ville est jouissif – un peu comme lorsqu’on voit à dix ans les extraterrestres de Mars Attacks !établir le chaos généralisé). C’est parfois vulgaire, mais tellement inventif et déroutant émotionnellement, qu’on ne peut que le prescrire. C’est bien de l’art : c’est totalement subjectif et insoumis, parfaitement inutile aussi, avec des envolées gores ou poétiques déboulant sans prévenir (passages musicaux émouvants), aucune morale précise et toutes les saveurs.

Drôle, no limit et imprévisible, pour ne pas dire simplement barré, mais toujours avec une une sensibilité inouïe et une relative profondeur (pas autant toutefois que Le Jour de la Bête du même auteur, à la furie plus politiquement avertie). Ce n’est pas miraculeux ni même génial, c’est simplement unique. De véritables montagnes russes, sans frein ni guide.

Note globale 71

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MBTI = Grand exemple d’ISFP maltraité par la vie, écrasé par tout et par tous ; avec son ombre de méchant psychopathe ENTJ.

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SÉANCES EXPRESS n°14

27 Août

Trois films :

> Soeur Sourire*** (65)

> L’Enfant Lion** (53) 

> Manhunt** (44)

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SOEUR SOURIRE ***

3sur5 Évocation de la femme derrière le mythe improbable et éphémère, le film de Stijn Coninx ne s’apprécie pas pour des raisons cinématographiques. La mise en scène est impeccable mais sans ingéniosité ; la maîtrise narrative est totale mais relativement terne. L’œuvre en elle-même n’a pas l’imagination et encore moins l’intrépidité de son sujet. Mais justement, c’est un film qui s’efface derrière son sujet ; la forme est seconde, l’émotion fait tout. Sœur Sourire, alias Jeannine Decker, est de presque tous les plans. Sous les traits de Cécile DeFrance, elle illumine l’écran, le déborde même, d’ailleurs le film tout entier, à l’instar de l’environnement concret de l’héroïne de fiction, semble poursuivre cette femme qui va plus vite que son ombre. Souvent pour tourner en rond.

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Tout converge autour de l’agitation et des rêves de cette gamine androgyne et ivre de vie. Le film se décompose en deux grandes parties : dans la première, sœur Sourire est une rebelle au couvent, dans la seconde, c’est une émancipée paumée et une starlette factice en tous points. Dans un premier temps, face à l’institution religieuse à laquelle elle se livre pour rompre avec les plans d’avenir de sa famille, Jeannine est confrontée au dogmatisme (surtout apparent) et à la dureté de vieilles gardiennes empruntes d’un esprit militaire et d’un amour de la hiérarchie.

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La confrontation de cette écorchée vive bourrue et affectée à un institut castrateur, exigeant et rigoureux est révélatrice d’un paradoxe. En effet, tout ce temps ou Sœur Sourire regrette son sort, elle s’en accommode pourtant, peut-être pour gagner du temps, à moins qu’elle soit trop absorbée. Si elle est venue au couvent, c’est pour assouvir un besoin d’émancipation tout en restant prisonnière, dépendante, enfant. Il s’agit d’être une sale gosse tout en étant loyale, cadrée, bref, d’être dominé pour simuler la rébellion tout en espérant la croissance. Ce n’est pas une attitude de rebellocrate ; c’est celle de quelqu’un d’étranger à sa propre vie, voir à son propre corps. Il y a donc, avec la foi, l’occasion d’un épanouissement, de satisfaire la quête de sens pour gonfler sa vie, l’extirper d’un chaos informel (le trop-plein de traumas, de souffrances et de pesanteurs conduit au chaos créatif, à l’incapacité à « être »).

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Puis la créature accepte une pleine émancipation et les risques de la liberté. Elle expérimente une gloire bizarre, inappropriée par rapport au marché, au public aussi, mais presque finalement à elle-même. Elle se perd souvent, revient aux mêmes endroits tout en empruntant des chemins similaires. C’est son paradoxe : touchante parce que son attitude est un mélange de candeur et de brutalité, Jeannine/Sœur Sourire reste toujours une imbécile et une page blanche, donne toujours le sentiment de n’avoir rien fait de concluant de sa vie ou de survoler ses échecs et ses réussites. Cette petite fille effrontée et pleine de bonne volonté a tout pour rendre addict d’autres égarés mieux lotis, mais aussi pour agacer profondément. Et c’est là le tour de force du film.

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Coninx, réalisateur aux productions rarissimes et essentiellement tournées vers l’univers religieux, prend son sujet à bras-le-corps. La force et faiblesse ultime, c’est que son film ne vit que par et pour son personnage. Il est donc intense, curieux et passionnant, mais bref à tous les degrés. Qualifier Sœur Sourire de téléfilm serait mesquin mais logique : c’est un portrait sage et nuancé, appliqué, à échelle humaine, s’achevant sur un angélisme doucereux. Il n’offre rien que de l’emphase à volonté, mais c’est sans mièvrerie et avec une franchise déconcertante. Dans le même contexte et avec un personnage moins borderline, le film n’aurait été qu’un téléfilm lisse et affligeant. En l’état, c’est une aventure aimable pour des motifs irrationnels, pour une pureté éthique et certainement pas pour sa banalité esthétique.

Note globale 65

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En écho à un des axes du Blog et parce que c’est trop criant : sœur Sourire a toutes les caractéristiques d’un ENFP dynamité par l’ennéatype 6 (plutôt 6w7).

Note arrondie de 65 à 66 suite à la mise à jour générale des notes.

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 L’ENFANT LION **

2sur5  Entre le reportage et le conte décousu, L’Enfant Lion est une sorte de roman-photo tissé à partir de réminiscences personnelles, de métaphores empruntes d’un bon sens traditionnel. Le film s’adresse à tous et pas nécessairement à un public familial ; néanmoins, c’est les plus jeunes qu’il séduira en priorité. Ceux-là se plongeront plus facilement dans l’aventure, retrouvant une part de leurs aspirations ou de leurs petits fantasmes dans cette rencontre entre un enfant et la vie. Il y a bien sûr les interactions avec les lions, mais aussi avec la nature sauvage que l’enfant expérimente, percevant sa beauté et sa dureté, sans peur ni préjugés, mais simplement avec des yeux avides et, même si c’est mal joué de la part du jeune acteur, un état d’esprit effronté.

Un peu à la façon de Il était une fois dans le Bronx dans un tout autre monde, c’est l’histoire d’un gamin perdu oscillant entre schémas traditionnels et sécurisants et appartenance à une famille d’élection. La construction du film se calque sur la croissance du garçon, dont le développement personnel et la relation avec les lions sont interdépendants. C’est une amitié édifiante, formatrice qu’il hissera toujours au-dessus des autres. Autant dire qu’il y a une large dose de bons sentiments roudoudous et un défilé de félins d’amour, au milieu desquels s’incruste une grandiloquence et des rapports de force humains voir sociaux auxquels on ne croit jamais. C’est léger en tous points.

Difficile de cerner les intentions du réalisateur au-delà ; le basculement en milieu de parcours, s’il stimule le récit, paraît très artificiel. Le film semble alors se chercher et a recours à des arguments très prévisibles pour maintenir une narration signifiante. Il lorgne ainsi vers l’ésotérisme, évoque un peu la terre des ancêtres (quand c’est ailleurs, c’est toujours magnifique, synonyme de sagesse et de paix)… Tout cela ressemble fort à du remplissage : manifestement, Patrick Grandperret s’est laissé aller à l’inspiration, à des bribes réminiscentes, mais il donne l’impression de tourner en rond. S’il avait tranché pour une radicalité formelle, alors ces vibrations internes qu’il communique auraient pu encore pleinement s’épanouir ; en l’état, L’Enfant Lion est presque parasité par son scénario. Pour le meilleur, c’est donc un film sensoriel à la candeur brute, ou l’Homme est à la hauteur de la Nature, s’inspire et compose avec elle.

Considéré comme une référence dans le petit monde d’un certain cinéma  »humanimal » (façon Deux Frères, etc.), L’Enfant Lion est un joli film, parfois sensuel, souvent mignon, mais il ne dépasse pas le cadre de l’honnête divertissement à savourer un après-midi ou on se trouverait en mal d’évasion. 

Note globale 53

Film de Patrick Grandperret (France, 1993)

D’après le roman de Réné Guillot

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MANHUNT **

2sur5 Produit norvégien d’une impressionnante normopathie de genre, Manhunt (situé dans les 70s) joue du cliché à un point de ringardise sincère confinant à l’anachronisme. Ses hippies en quête d’osmose décroissante ou ados attardés, avec leurs tensions bidons et leurs caractéristiques grossières, sont épuisants. Ils ne sont qu’un intermédiaire avant le rayon trash, où le chaland retrouvera les traditionnelles gueules d’atmosphère de ploucs mutiques et autres incohérences bien glauques. Naturellement, les personnages passent comme si de rien n’était devant des mystères ou bizarreries pachydermiques, prennent un laissé-pour-mort pour un clochard ayant élu domicile dans les WC…

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Un paradoxe retient pourtant. Ce n’est pas la chasse à l’homme engagée aussitôt passée la fastidieuse première demie-heure. Si le scénariste (Patrick Syversen) est vraisemblablement un gros beauf, le metteur en scène (Patrick Syversen) a du style. Manhunt est foncièrement désuet (sauf peut-être dans son troisième quart, plus intense), mais brillant d’un point de vue esthétique. Avec ses bois vallonnés à pertes de vues, il s’approprie un cadre rêvé pour poser un climat horrifique. La douceur des lieux, la sensation d’éternité et de finitude, de mort suspendue : ce paysage désenchanté, serein mais mortifère, semble naturellement appeler la violence.

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Le  »keylight », c’est-à-dire le filtre façonnant la lumière principale, habille le décor d’une chape de brume stylée et poisseuse. Cette atmosphère chromatique renforce la sensation d’immersion dans une terre abandonnée aux hordes sauvages, où les créatures de l’imaginaire peuvent se loger, où les pulsions réprimées dans le cadre de la Civilisation peuvent ici se défouler.

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Néanmoins, c’est un univers en vase-clos et l’imaginaire à l’œuvre est lui-même minimaliste et totalement emprunté. Jusqu’au final  »ironique » tout à fait poussif, c’est un gâchis, un survival banal et un peu laborieux, voué à rester dans l’ombre des récents chefs de file comme Détour mortel. Ses plans-séquences sur les instants de transition vers la mort en atteste : Manhunt ne sert que comme exutoire complaisant, rendu un peu intrigant au moment seul où il flirte avec l’érotico-snuff.

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Sorti en direct-to-video, ce nanar poli et raffiné a pourtant su attirer l’attention des adeptes de cinéma de genre, au point que son auteur a été produit aux US. Mais avec son film de zombies Prowl, il semble plombé pour longtemps. Gageons que personne n’ira le rechercher. Il aurait pourtant beaucoup à apporter dans un film où il n’aurait à se concentrer que sur le climat et déléguerait la mise en scène et l’écriture à d’autres.

Note globale 44

Interface Cinemagora  + Zoga sur SC

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