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LES VISITEURS 2, LES COULOIRS DU TEMPS ****

22 Fév

5sur5 La suite des Visiteurs fut accouchée dans la douleur. Des fans volent des morceaux de décors, le tournage est catastrophique, l’ambiance entre Muriel Robin et le reste de l’équipe est très mauvaise. Le résultat : un cartoon extrême, avec désastres en série.

Le grand reproche posé au film concerne la prestation de Muriel Robin, qui remplace Valérie Lemercier de le rôle de Béatrice de Montmirail. En un sens il est légitime : l’humoriste incarne moins l’héritière de l’aristocratie. Elle ressemble plutôt à une bourgeoise (de ceux qu’on moque pourtant dans le premier, en lien avec les schémas héréditaires – comme Jacquard) ou une aristo kitsch. Alors certes, elle ne correspond pas au cliché. Mais j’ose : Muriel Robin est géniale. Par sa performance volcanique, elle dépasse Lemercier en charisme brut. Et elle correspond parfaitement à l’atmosphère de ce second opus ; mieux, elle est un beau symbole.

Au lieu du simple débarquement à une autre époque, Poiré prend en compte les couloirs du temps. Ce superbe gadget offre une infinité d’aller-retours entre les époques, décuplant le chaos généralisé. Car Les Visiteurs 2, c’est du jamais vu, même le dernier tiers de Mars Attacks ! ne partant pas à ce point dans le bordel euphorique. C’est incroyable : tout est surréaliste, il y a quasiment un gag par seconde, les acteurs sont hystériques et semblent sous substance. Chacun semble dans sa propre ivresse en plus de celle collective : un bon exemple à ce titre, c’est lorsque Ginette s’enfuit vers Saint-Tropez et refuse de boire son cho-cho-cho-caca-o, alors que Jacquouille de son côté se prépare à lui couper la main : chacun hurle et court en ignorant totalement le projet de l’autre.

Clairement, Les Visiteurs 2 surpasse son prédécesseur dans la pure farce. Il est bien plus bourrin et même paillard ; mais il est encore bien au-delà de ça. Dans Les Visiteurs, à l’outrance burlesque s’ajoutait une espèce de mysticisme soft ; or dans Les Visiteurs 2, c’est un carnaval euphorique, totalement absurde, presque inhumain par ses excès.

Par conséquent il n’essaie pas d’être un film  »normal » : tout consiste à envenimer l’anarchie. La construction est extrêmement bizarre : d’une part, au placard Costa-Gavras, ici les plans durent deux à quatre secondes pas plus [règle générale évidemment]. Mais aussi, des voix parasites s’incrustent (une sorte de « Putain Marielle » au milieu d’une des seules séquences censément premier degré, car d’une fonction importante pour l’avancée du script) ou des répliques magnifiquement saugrenues s’infiltrent l’air de rien (« arrêtez de gueuler saucisse »). Par cette absence hallucinante de sérieux et de profondeur, Les Visiteurs 2 peut d’autant plus être perçu et tenu comme un navet ou un nanar. Totalement destroy, le spectacle défie quelquefois la cohérence et la vraisemblance (sans tomber dans l’aberration – qui gâcherait tout – mais en rebondissant toujours plus loin qu’on pu l’espérer), flirte avec le slapstick. Au-delà du face-à-face guindés/pouilleux, on se délecte de la rencontre de Jacquouille avec la société de consommation, dont il est le meilleur fan et annihilateur.

Et puis surtout, c’est une avalanche de répliques cultes : indépendamment du crédit qu’on lui accorde, on assiste à une rafale de dialogues folkloriques. Même les plus sceptiques en reconnaîtront l’intensité – en même temps, cette logorrhée absolue peut épuiser. C’est leur affaire. Les Visiteurs 2 est une série Z punk avec des moyens de grosse production, un produit extraordinaire où on s’amuse à tout faire voler en éclats, avec une énergie prodigieuse. Pour ceux qui n’entreront pas dans le délire, ce sera harassant, pour les autres, cette tornade est jouissive. C’est, de toutes façons, un exploit cinématographique… ou un contre-exploit. Merci aux aléas du tournage et du montage pour leur collaboration. 

Note globale 91

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BALADA TRISTE ***

23 Jan

4sur5 Ici cohabitent le drame psychologique, la comédie potache, la romance improbable et à hauts risques, la blague sinistre, le conte excentrique et la tragédie dégénérée (notamment lors du final rappelant celui de Batman, tout aussi démesuré). Ce film -et peut-être son réalisateur Iglesias- est comme son personnage, un pied dans le monde adulte, mais de manière si grave et dégoûtée, en tout cas trop lourde pour lui, qu’il ne peut qu’y introduire ses terreurs et espoirs enfantins.

Cinéaste euphorique et joyeusement éparpillé s’il en est, Alex de la Iglesias signe avec Balada Triste l’une de ses meilleures réalisations, aux côtés du Jour de la Bête. Le style est toujours alourdi par ces raccommodages un peu vains et surfaits, avec même un côté tarantinesque cette fois (le générique, condensé de peintures fameuses et d’images historiques dans le but de faire un  »effet »… oui, ceci est l’histoire récente de l’Espagne, d’accord, et alors?). Mais pour le reste, c’est brillant, un torrent de péripéties fluides et rocambolesques où Iglesias ose enfin s’ancrer dans le réel (c’est là que l’arrière-plan franquiste a un rôle à jouer – et il est purement esthétique et fantasmagorique) sans perdre de sa prodigieuse outrance.

Et puis Balada Triste est d’abord un portrait, celui d’un clown triste : Javier, qui l’est devenu car il n’a pas connu son enfance et se retrouve engagé dans un cirque où il convoite Natalia, la femme de son brutal patron. Sauf que Javier (Carlos Carceres) est une sorte de loser éternel, au physique ingrat, un boulet permanent mais tout de même -et c’est terrible- conscient des tares qu’il se traîne. Clown triste, c’était bien sa vocation ; d’ailleurs plus il souffre et le destin s’acharne, plus on se marre. Mais ce pauvre type pour lequel on s’attendrit, finalement, suivra la recommandation de son père : la vengeance, meilleure farce adressée à la vie lorsqu’elle est pourrie (c’est, à peu près via ces termes, dans le texte).

C’est d’ailleurs lors de la seconde partie que Balada Triste passe du no man’s land bizarre au feu-d’artifice, consacrant sa folie et sa surenchère (voir ce naïf malade semer la panique dans la ville est jouissif – un peu comme lorsqu’on voit à dix ans les extraterrestres de Mars Attacks !établir le chaos généralisé). C’est parfois vulgaire, mais tellement inventif et déroutant émotionnellement, qu’on ne peut que le prescrire. C’est bien de l’art : c’est totalement subjectif et insoumis, parfaitement inutile aussi, avec des envolées gores ou poétiques déboulant sans prévenir (passages musicaux émouvants), aucune morale précise et toutes les saveurs.

Drôle, no limit et imprévisible, pour ne pas dire simplement barré, mais toujours avec une une sensibilité inouïe et une relative profondeur (pas autant toutefois que Le Jour de la Bête du même auteur, à la furie plus politiquement avertie). Ce n’est pas miraculeux ni même génial, c’est simplement unique. De véritables montagnes russes, sans frein ni guide.

Note globale 71

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MBTI = Grand exemple d’ISFP maltraité par la vie, écrasé par tout et par tous ; avec son ombre de méchant psychopathe ENTJ.

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