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WEDDING NIGHTMARE / READY OR NOT ***

14 Sep

4sur5 Fantaisie horrifique goulue et carnassière curieusement équilibrée. Dans l’absolu Wedding Nightmare n’innove en rien et si on devait l’éplucher pour le considérer morceaux par morceaux, il y aurait de quoi nourrir le scepticisme, douter de la pertinence d’assortir telle outrance et tel pastiche. Certains de ces morceaux sont excellents, d’autres moyens ou succincts (l’ouverture indiquant un traumatisme appelé à se reproduire est aussi fracassante que commune, surtout au niveau sonore), l’alchimie est brillante. Le fond du film décuple cette tendance : le propos est franchement idiot et le postulat délirant, pourtant l’approche fonctionne. Elle accepte une normalité grotesque et laisse place aux sentiments de révolte, d’attraction et d’empathie, dans des décors naturels somptueux (en employant de véritables domaine et château).

Malgré son esprit digne du bis le plus déchaîné et sa proximité avec le vieux cinéma gothique, Ready or Not évite les effets lourds et faux, les dérives du second degré ou de la désinvolture, mais pas le maniérisme. Il est vraisemblable dans l’exécution, ce qui permet de digérer son extravagance. Il n’utilise pas les ressorts débiles comme la succession de choix foireux du gibier humain. Comme il repose sur une seule victime a-priori, nous devinons qu’elle doit durer peu importe son état, ou bien le film devra nous livrer un épilogue conséquent. Le suspense devrait en prendre en coup or la séance garde toujours un haut niveau d’intensité, dans le pire des cas grâce à son héroïne, avec ou pour laquelle on souffre facilement. Le début est d’autant plus angoissant en sachant quelle menace pèse ; ensuite nous aurons un survival efficace où l’humour, nécessairement noir, éventuellement ‘jaune’ car odieux, se déploie plus ouvertement, en ne risquant plus d’alléger l’impact de cette traque.

Le style comique n’est pas détaché ou superposé et son insertion ne torpille ou abaisse pas le programme, ce qui distingue cette séance de nombreuses concurrentes. Il est toujours lié au malaise et à la terreur, relève du sarcasme ou d’une tentative frustrée de nier ‘l’impossible’. La femme en violet en est la manifestation la plus frappante : une vieille fille puriste, méchante et mystique, à la limite du gimmick et de la parodie. C’est une sorcière trop sinistre et absurde pour avoir sa place chez Tim Burton, mais ses racines sont parfaitement humaines. Sa détermination sera d’autant plus désarmante. D’autres membres de la famille, aux manières les plus vulgaires, serviront cette fibre comique de façon plus triviale : Émilie l’ignoble imbécile et son conjoint le balourd à cravate scotché à son iphone. Comme quoi à un certain degré l’entrée dans la famille est ‘démocratique’. La brune guindée représente l’arriviste accrochée à sa place avec autant de détermination que l’héritière à la vie frustrée tient à son énorme destinée ; elle gagne en beauté tout au long du film, comme si le déclassement de la nouvelle arrivante (sur laquelle elle portait un jugement emprunt de jalousie) la revivifiait.

Une foule de références viennent à l’esprit : forcément The Purge avec sa traque élitiste (élevée au rang de religion dans le 3) et où l’ultimatum est aussi à l’aube, puis Society qui pourrait maintenant être perçu comme un Ready or Not de la génération précédente. Deux satires des rites d’initiation des riches où on envie l’intégration familiale mais se heurte à des valeurs intéressées affreuses poussant le protagoniste vers l’échafaud. Bien entendu même ‘evil’ le traditionalisme a sa souplesse et si la situation craint trop pour ceux qui tiennent le jeu on pourra tordre la loi. Les spectateurs aux préoccupations sociales ou abstraites y verront l’illustration du mépris de toute équité de la part de privilégiés prêts à tout pour conserver leurs avantages, quitte à mourir – l’ironie du possédant. Le luxe est une bénédiction et une malédiction (on sent une réticence généralisée d’individualiste obstiné, partenaire et modérateur de la démagogie : même le mariage pourrait faire partie de ces cadeaux empoisonnés, rien ni personne n’est là pour (ré)assurer et s’y déshabituer c’est se livrer aux loups). Sur un plan immédiat, la flexibilité du mode opératoire (heureusement sans rupture de cohérence interne), le flou dans la carte, dopent l’inquiétude, la colère et le dégoût, tandis que le conflit de loyautés ou simplement de sympathies éprouvé par le mari et quelques autres membres souligne l’aliénation des ‘coupables’. Nous avons les bénéfices sensoriels d’une lutte manichéenne sans sa fermeture et sa bêtise psychologique. Le dénouement est bon car il valide le jeu et ne se laisse pas guider apparemment par les préférences idéologiques ; il pouvait être plus remuant avec un autre choix plus raisonnable au retentissement apocalyptique, mais on y perdait probablement en intégrité.

Note globale 72

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Midsommar + Carrie + You’re next + Would you rather + La Cabane dans les bois + Eyes Wide Shut + The Voices + Rosemary’s Baby + The Game + Kill Bill + Le Limier + MAT

Les+

  • alchimie réussie
  • photo et style, décors et couleurs
  • l’héroïne accroche immédiatement, le casting est excellent

Les-

  • pouvait aller plus loin et éviter certaines banalités ou surlignages
  • peu original pris bout par bout et dialogues restrictifs

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À BOUT DE COURSE ****

24 Août

à bout de course

4sur5  Sidney Lumet est l’auteur d’une cinquantaine de films dont quelques-uns sont parmi les plus respectés ou cités du cinéma contemporain : Douze hommes en colère, Un après-midi de chien, Network, Serpico. C’est un cinéaste ‘liberal’ dont l’œuvre évoque sans relâche l’injustice et la corruption, dans un ton parfois très anxiogène, souvent didactique, avec des constructions narratives et théoriques très claires. À bout de course est à part dans sa carrière. Dans ce film réalisé en 1988, la politique est passée au second plan et est un fardeau du passé. Les grands projets sociaux et élans idéologiques ont menés à l’impasse et la nouvelle génération est otage de ces schémas devenus obsolètes et de luttes devenues absurdes.

À bout de course raconte l’heure du choix pour un adolescent, entre son aventure individuelle jusque-là perpétuellement étouffée et l’allégeance à « une unité » : sa famille, cette micro-société autonome et masquée condamnée au secret et à la fuite. Lorsque Danny (River Phoenix) avait deux ans, ses parents ont fait explosé un laboratoire de napalm en signe de protestation contre la guerre de Viet-Nam. Cet attentat a laissé un blessé grave qui n’aurait pas dû être sur les lieux. Depuis, Arthur et Annie Pope sont poursuivis par la police et imposent à leurs deux fils une vie décalée. Ils ne restent jamais plus de six mois au même endroit et doivent changer d’identité. À chaque fois, une vie d’emprunt recommence.

Les idéalistes d’autrefois sont devenus les prisonniers de leurs fautes passées. Ils ont sacrifié leur jeunesse sans nécessairement parvenir à leurs fins socialement. Non seulement ils n’en ont tiré aucun bénéfice personnel mais cet idéal n’est plus vraiment de la partie ; et au lieu de changer ou remuer le monde ils doivent s’en cacher, se trouvant d’autant plus aliénés bien qu’ils échappent aux lois communes. En outre, ils n’ont pas d’attaches, pas de racines, en plus de n’avoir aucun élan vers l’avenir ni le loisir de se satisfaire de leur existence. C’est un combat perpétuel pour la survie, empêchant tout développement.

La question de la loyauté se pose à Danny. Il subit à la fois cet héritage plombant et l’absence d’ancrage qu’il implique. La problématique identitaire ne s’arrête pas là puisqu’il ne peut développer sa personnalité, exploiter ses compétences et assumer ses intérêts. La scolarité ambitieuse qui lui est proposé est rendue impossible. Il risque de gâcher sa vie et épuiser ses talents, comme celui au piano. Le film raconte ce déchirement entre l’appartenance à un modèle limitatif, mais qui est le seul qu’il ait connu depuis qu’il soit né ; et l’acquisition de l’autonomie, l’entrée dans la réalité et surtout dans sa propre existence.

Sortir de ce piège dans lequel sont tenus ses parents, c’est aussi les trahir. C’est les abandonner et leur enlever la raison de supporter cette situation. C’est aussi les pousser à rompre avec ce cheminement, quitte à se rendre ou à prendre des risques avant un nouvel équilibre. Soit les chemins se séparent, peut-être pour toujours, soit tous coulent ensemble. Sidney Lumet signe là un drame plus ouvert sonnant comme une remise en question très large (avec un script proche de Daniel, opus oublié de 1983). Ses personnages vertueux se sont enfermés dans une spirale vicieuse et sont exclus des progrès de leur époque, y compris de ceux pour lesquels ils avaient combattus.

Passé le temps de la révolte, il y a les conséquences ; il y a aussi un double besoin, celui d’avoir des bases solides auxquelles se rapporter et celui de s’émanciper. Ce double désir frustré, c’est la vie qui défile pendant que vous êtes un passager clandestin. La mère est une dissidente fatiguée, souhaitant pour son fils un confort qu’elle rejetait autrefois car elle a pris conscience de la nécessité de certaines étapes pour arriver à l’épanouissement. Le père est un dissident refoulé, il ne veut pas allez dans le mur mais il restera dans le brouillard, avec ses responsabilités en plus de la culpabilité.

Proche du mélo, brillamment écrit, A bout de course est un film remarquable méritant de figurer parmi les plus grandes réussites de Lumet. Le seul point mitigé concerne la photo, à la fois lumineuse et assez morose, typique de la période, évoquant parfois celle de Birdy, parfois celle des soap de prestige. Le casting est excellent, River Phoenix et les interprètes des parents admirables, Judd Hirsch dans le rôle du premier amour assume un personnage tellement corrompu par ses postures et ses fièvres adolescentes que seul le drame peut la pousser à la cohérence. Sidney Lumet livre un beau film dans le sillage des œuvres d’Elia Kazan (A l’est d’Eden), dont la profondeur du point de vue et la puissance émotionnelle gomme sans ménagement les quelques aspérités.

Note globale 78

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Suggestions… Mosquito Coast + Hardcore + Society + Retour vers le futur + Blue Velvet

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MIDSOMMAR ***

8 Août

4sur5 Le successeur d’Hérédité procède par envoûtement. Il relève brillamment le défi de rendre des horreurs éventuellement acceptables intellectuellement [les penseurs et transgresseurs tout émoustillés de malmener un Christian les admireront certainement], à défaut de permettre une isolation/abstraction ; tout en ménageant un certain stress quand à la suite des événements et alimentant les attentes plus primaires, plus ‘foraines’. Le suspense est pourtant passablement éventé d’entrée de jeu, mais les qualités immersives en sortent indemnes. Il doit bien y avoir un prix à ce tour de force, c’est peut-être pourquoi les personnages sont si crétins ou évanescents, malgré l’écriture d’excellente tenue. Le spectateur risque peu de les estimer et manque d’éléments pour s’y projeter profondément. La monstruosité du film et de la communauté en est atténuée, en même temps que les individualités sont dissoutes – parfaitement raccord avec cette aliénation tempérée par l’inclusion.

Les rejets aussi sont spontanés et épidermiques, car ce n’est pas seulement un film d’horreur ou d’épouvante, mais d’abord une sorte de reportage romancé (et secrètement romantique) sur cette communauté. Le public sent cette invitation dans une normalité qu’on sait (et que le film lui-même reconnaît) anormale. D’où probablement ces explosions de rire excessives dans les salles lors des scènes de copulation (éructations certainement embarrassantes pour les pauvres personnes encore persuadées ou désireuses de trouver chez la masse des Hommes des créatures matures). Dans ces manifestations on retrouve la gêne normale dès qu’on s’oriente sous la ceinture, l’amusement face au grotesque de la scène, puis surtout une occasion vigoureusement saisie de ‘soulagement’. Tout ce monde-là est quand même déplorable ou invraisemblable, cette outrance permet de casser l’hypnose et de minimiser le malaise (la résistance et éventuellement le caractère obtus des rieurs les valorisent donc finalement, en les distinguant des dangereux sujets fascinés ou pire, volontiers complices).

Or à quelques angles morts près le tableau est irréprochable. Dans les premières minutes Dani baigne dans un monde gris, plus ou moins lot de l’écrasante majorité des spectateurs, intellectuels avides y compris. Il lui manque un entourage au sens complet ; c’est pourquoi ces étranges mais pas surprenantes scènes d’hystéries sont le comble du spectacle et non une gâterie pittoresque (ce que sont les exploits gore). Ces primitifs en costumes immaculés n’ont rien à dire aux individualités (sauf dans leur chair angoissée demandeuse de protection, guidance et soutient), mais ils sont capables d’empathie pour les animaux ou païens blessés en grand désarroi. La simulation, à l’usure et en concert, devient un soutien réel et approprié pour la personne ciblée ou la foule impliquée. Les imbéciles journalistes (et beaucoup moins les critiques officiels – eux, comme le reste, se contentent de galvauder les mots et les définitions) nous rabattent les oreilles avec la ‘folk horror’, en louant l’originalité du film mais en le saisissant pour faire part de ce genre venu de loin et prétendument incroyablement prolifique ces temps-ci (il est déjà bien tard pour abandonner tout espoir de consistance de la part de ces gens, mollusques émotionnels et buses mentales, capables d’être raccords qu’avec la publicité, la pensée pré-mâchée et les indications des acteurs ou prospectivistes en chef du milieu). Midsommar s’inscrit effectivement sur ce terrain mais il est aussi sur celui, général, de la religion, dans son optique régressive puisque nous avons à faire à un culte sectaire (et meurtrier). Peut-être ne veut-on pas simplement l’apprécier comme tel car beaucoup de gens instruits d’aujourd’hui sont sensibles aux fumisteries totalitaires et à l’abrutissement par la magie, y retrouvant ce dont ils se privent en arrêtant l’Histoire au présent (voire à l’actualité) et confiant servilement le futur aux experts et aux chimères. Peut-être que les observateurs éclairés sont encore habités par la foi dans le sacrifice et les vertus de l’absolutisme, que les humanistes avancés éprouvent une attirance inconcevable pour ce qui nie ou écrase l’humain.

Bref dans Midsommar les détails sont soignés et significatifs, pour affermir le scénario, les thèmes et l’univers, spécialement pour représenter les stigmates banales ou curieuses du fondamentalisme. Le freaks du club s’avère le chaman à la dégénérescence voulue ; il cumule tous les paramètres requis pour n’être « pas obscurci par la connaissance » et avoir un accès aux « à la source ». Ce goût dévoyé de la pureté se retrouve dans une des dernières scènes où les deux volontaires n’ont apparemment pas reçu l’anti-douleur qui leur était promis pour mieux accueillir les flammes (le lieu et ses moments renvoient à Mandy – par ailleurs l’à peine moins frais The Witch a pu venir à l’esprit). On peut apercevoir plusieurs fois un blond extatique et débile en arrière-plan. Voilà une illustration tout juste exotique d’un ‘ravi de la crèche’, toujours exalté pendant les célébrations. C’est lui qui perd tout contrôle lorsqu’un innocent agresse l’arbre de l’ancêtre ; car son bien-être et sa conviction absolue sont brisés. Seule la colère, la violence et d’autres poussées irréfléchies peuvent émaner d’un tel type face à la crise. Car pendant qu’on s’extasie, on est moins enclin à progresser et s’armer – s’armer intellectuellement (ce dont on peut se passer) mais aussi sur les autres plans (et ça l’héroïne doit le sentir compte tenu de sa difficulté de se laisser-aller). Le film s’avère juste également dans ses passages les plus familiers : ces trucs de couples, de jeunes, d’étudiants universitaires, sont absolument banals mais conçus sérieusement. Sur le papier ils pourraient servir de matière à une sitcom mais ils semblent trempés dans le réel, comme ces sentiments lourds et idiots, ces relations navrantes – éventuellement comiques mais jamais grotesques ou exagérées. Le portrait d’une fille dévorée par ses peurs et anxiétés (et sûrement d’autres choses) est le premier atout par lequel le film convainc (à moins de ne supporter l’exposition de femmes ou filles faibles, compliquant vainement les choses, trop pénibles pour que leurs qualités soient encore manifestes). Le premier par lequel il se déshabille aussi : grâce à Dani, incurable en l’état, j’ai grillé la fin et l’essentiel dès le départ.

Car Dani est comme la borderline de La Maison du diable (film d’épouvante mésestimé et tenu pour un trivial ancêtre des débiles trains fantômes gavés de jump scares – l’habituelle cécité et mauvaise foi des cinéphiles), soumise à la panique, dépendante et en quête constante de réassurance. Elle est peut-être un peu plus individualiste (en pratique – c’est-à-dire qu’elle s’y efforce ou y est forcée) mais aucunement plus résiliente. Il lui faut trouver une famille ou une communauté, un cadre stable avec des liens collectifs infrangibles, confortés et animés par des traditions. Avant d’y parvenir la suspicion demeure, l’enfonce dans sa maladie psychologique et son impuissance à régler ses besoins. Sa conscience de soi éprouvante la conduit près de la paranoïa – la scène avec le groupe de ‘moqueuses’ lors de l’arrivée l’illustre de façon directe et brillante. Plus tard ces portions d’images mouvantes relèveront davantage du gadget raffiné et séduisant. Ces ressentis flous sont la meilleure justification de la passivité et de la confusion des invités à Harga. Les plans ‘vomitifs et anti-épileptiques’ (latéraux, circulaires, semi-perpendiculaires, renversés) du début ne sont pas si pertinents ni originaux – heureusement il s’agit d’une version tout-public, loin du niveau d’une expérience avec Noé (Enter the Void, Climax), plutôt voisine des effets d’un Jordan Peele (Get Out, Us).

Le seul point où le film omet la logique (outre la lenteur des produits importés n’ayant d’égal que celle du développement) doit lui être accordé sous peine de tout annuler. Car une communauté, aussi atypique et située dans le monde occidental aujourd’hui, se crée une menace en procédant ainsi (même les Amish, relativement conventionnels et fiables, se compromettraient en démarchant des visiteurs). Son élite ne semble pas assez naïve ou démente pour l’ignorer.. à moins que le groupe apporte effectivement une sensation d’invincibilité, que le culte et la bulle les ait convaincus d’être rendus ‘intouchables’. En revanche il aurait été intéressant d’en savoir sur les relations entre ce monde clôt et le monde extérieur. Il déborde au travers du terme « matcher » (utilisé, en référence aux profils astrologiques, par la patronne pour convaincre le piteux amant de livrer sa semence), de la référence aux enfants regardant Austin Powers et au petit équipement électronique sur la cheville d’une fille. Sauf qu’il doit être bien plus étendu puisque nous en sommes là ; sur ce point The Cage’s Wicker Man (le costume d’ours est probablement une référence appuyée davantage que le fruit de sages recherches sur l’occultisme) était plus solide et généreux, tout en ne précisant quasiment rien.

Note globale 74

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Suggestions… Candyman + L’Heure du loup + Mort à Venise + Persona + Nicky Larson et le parfum de Cupidon

Ennéagramme : Elle 6 (ou 9 désintégrée), son copain 9w8 à défaut d’une meilleure hypothèse, le black 5, le roux 7w6. Le suédois plus difficile à cerner, avec son milieu d’origine obscurcissant encore la donne : 2, 9w1, 6w7 ?

 

Les+

  • exigence de la mise en scène
  • qualités esthétiques
  • de beaux morceaux
  • sait garder l’attention malgré des manques et des surcharges qui devraient y nuire

Les-

  • longueur certainement inutile (le défaut est courant)
  • des invités bien lents et complaisants ; une communauté aux contours flous et aux relations extérieures opaques, qui pourraient bien anéantir toute crédibilité
  • prévisible

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BARBE-BLEUE ***

27 Juil

4sur5 Dans les années 1860, Pierre-Jules Hetzel commande au sculpteur et dessinateur Gustave Doré une série de gravures pour une édition de luxe du recueil des Contes de Perrault. Cette série fascinante, enchanteresse et pourtant réaliste, aspirée par le versant ténébreux suggéré par les contes, accompagnera les représentations des générations suivantes. Méliès s’en inspire pour adapter Barbe-Bleue à l’écran en 1901. Il y utilise un grand nombre de trucages et renouvelle ses deux fondamentaux, la surimpression et l’arrêt-caméra, notamment pour obtenir six ‘expositions multiples’ (comme dans L’homme-orchestre ou Le mélomane, avec cette fois la tête de Méliès et non des corps entiers). La scène où sa 8e femme est secouée et traînée par Barbe-Bleue est simulée grâce à un arrêt-caméra parfaitement précis car invisible – succès un peu gâché par la raideur ‘flasque’ du mannequin.

En introduction, Méliès présente un Barbe-Bleue charmeur et affable, quoique son extravagance embarrasse ; un jeune et exalté papa noël, généreux pour les dames, bon avec les domestiques. Conformément au conte ‘de Perrault’ (au XVIIe, il faisait passer ces histoires orales à l’écrit, leur origine étant indéterminée et située dans le peuple), le mari ne montre son visage effrayant qu’après la découverte de ses anciennes femmes. Cependant Méliès traite le sujet de façon légère, atténuant l’horreur en gardant jusqu’au-bout le caractère de l’ogre superficiel. L’exposition des six pendues est le seul ‘viol’ de la bienséance : il est frontal, de l’ordre du grand-guignol ‘soft’, exécuté à distance. Cependant les heurts ne sont que physiques. La violence morale et sentimentale sera forgée par l’imagination du spectateur, notamment les plus jeunes ou les éventuels découvreurs.

Avec ses 10 minutes, ce film est l’un des plus longs de son temps, quand ses concurrents plafonnent pour l’essentiel à 2 minutes. Méliès s’était déjà frotté à cette longue durée pour L’Affaire Dreyfus (1899) et Jeanne d’Arc (1900), là encore sur deux thèmes ‘objectifs’, connus de tous – le premier en tant que film d’actualité montre que Méliès était un innovateur au-delà de sa contribution majeure, les trucages. Ce temps est employé avec succès grâce à une multitude de petites animations et interactions, ce qui n’est pas toujours le cas chez Méliès : Le Voyage dans la Lune et celui à Travers l’impossible, si brillant soient leurs dispositifs, ont tendance à grossir l’insignifiant en le remplissant avec les gesticulations des personnages. Ici Méliès a encore sa tendance à étirer et l’applique aux scènes collectives, surtout la première. Elles permettent d’afficher le grand nombre de décors peints, au raffinement naïf proche de l’Art nouveau (présent également mais modestement dans Le diable au couvent).

Enfin Méliès arrive à casser un peu de la distance propre à son cinéma, défavorable à l’impact émotionnel, due à son attachement au dispositif théâtral, qui lui-même handicape le développement fictionnel. Pour souligner le détail crucial (la tâche de sang sur la clé) de l’histoire (sans recourir aux intertitres ni se reposer sur les acquis du voyeur), Méliès a recours à un grossissement étape par étape de la clé – substitut du gros-plan, technique encore exceptionnelle (The Big Swallow la pousse à l’absurde la même année) : dans la foulée Méliès en trouvait un autre pour L’Homme à la tête en caoutchouc. Le cauchemar avec les clés dansantes permet de conforter la dimension poétique de cette apparition, balayant l’éventuelle suspicion sur la brutalité du procédé. En revanche, le jeu médiocre de la femme (pourtant interprétée par Jeanne d’Alcy, la dame vite escamotée) abaisse un peu le charme d’ensemble. De plus, l’issue est rendue confuse (avec un trop-plein de personnages et de démonstrations au monte-charge) et fait l’erreur d’excentrer ses éléments dramatiques pendant la cohue.

Note globale 73

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Suggestions…

LE ROI LION ***

20 Juil

4sur5 Cette version ‘live’ tient ses promesses, en premier lieu celle d’un visuel sublime. C’est bien une sorte de reboot plutôt qu’une actualisation ; le souci de correction et de ne fâcher personne ne renvoie pas spécialement à aujourd’hui. Certains points forts ont tout de même été ripolinés voire évacués : les êtres et les relations sont désexualisés, la relation entre Nala et Simba y perd. Les féministes apprécieront peut-être qu’elle se montre sarcastique (sans connotation d’aigreur) et batte trois fois son inlassable ami-amant ; elles pourront aussi relever la chef des hyènes, distinctement au-dessus des autres, posée et intelligente, l’allure souffrante et profonde, quand Shenzi n°1 était davantage pleutre, geignarde et roublarde.

Il n’y a qu’un seul sacrifice sévère mais c’est un des plus énormes imaginables : Soyez prêts est réglé en une minute de basse intensité. Il faut reconnaître que la danse, l’ambiance dionysiaque lugubre et le défilé auraient été compliqués à intégrer dans un contexte hyperréaliste (comme la descente dans les épines, sûrement une source de sensations trop agressive). Tout est moins théâtral et les envolées cartoonesques ne sont plus au rendez-vous ; les scènes poignantes le sont encore mais aucun moment ne se détache absolument (peut-être la course dans les adventices). En contrepartie Le roi lion sert des fantaisies crédibles (évidemment pas vraisemblables), des figurants ravissants et se permet quelques séquences de doc naturaliste enjoué (la souris menant à Scar) ou péripéties silencieuses façon Minuscule (la touffe de Simba témoin d’une destinée moins mystique). Même la VF (où Jean Reno paraît sur le point de mourir plutôt que d’éduquer et où reprendre Semoun aurait été aussi bien) ne saurait gâcher les instants de ravissements ou de contemplation (pas tous délicats puisque certains auraient leur place dans Rage ou Mad Max).

C’est dans le son qu’on trouve les points faibles, voire les fautes empêchant la séance d’être parfaitement magique – un moment d’évasion ou d’abrutissement heureux accompli. Toutefois si le chant explosif de l’ouverture ne vous gâche pas le plaisir, les deux heures devraient se passer sans gêne. Les ajouts conséquents sont rares mais du plus bel effet : les lionnes sous le règne de Scar avec ses servantes en patrouilles permanentes, toute la faune amicale incarnant la philosophie du Hakuna Matata dans une sorte de paradis mi-hippie mi-individualiste acharné. Ces deux bouts du film ouvrent à des univers déjà présents en 1994 mais de manière synthétique et toujours centrée sur la poignée de protagonistes clés ; aujourd’hui ils sont superficiellement étoffés (le retour compulsif à la résistance passive du conseil des lionnes peut frustrer, même si Sarabi rationalise efficacement avec son sens du devoir ; l’égoïsme revendiqué des nihilistes contredit leur facilité à partager). Disney comme le reste a tendance à se reposer sur des marques établies, alors on peut craindre ou rêver des prolongations dans cet eden libertaire.

Rétrospectivement les ellipses étaient nombreuses dans l’original, alors qu’ici on s’étend copieusement. L’exemple relativement malheureux est le retour de Nala et Simba, occasion de servir un dégueulis girly égalant le pire de La reine des neiges (auquel au doit sa notoriété). Certains cas ou personnages semblent négligés (les déçus a-priori diront placés par obligation) puis réintègrent le cycle avec force : c’est le cas de Rafiki (chaman génial et farceur devenu une figure paternelle décontractée). Les hyènes et leur environnement sont bien plus sinistres. Seul l’humour très appuyé autour du débile de la bande (davantage un dépendant pathétique qu’un attardé achevé) adoucit le trait. L’humour est justement le second témoin ou réceptacle des limites du film, après la musique : il n’est pas spécialement balourd mais donne quand même dans un second degré plombant à l’occasion. Lors des logorrhées de Zazou on perd en charme sans y gagner en drôlerie ; celles de Timon et Pumbaa sont convaincantes (Ivanov était un choix excellent pour réformer Pumbaa). Une fois que la glace a été trop vite brisée ils poussent la décontraction assez loin pour ne pas inspirer de regrets (cela implique malheureusement une démonstration bruyante qu’un Norbit lui, par sa vocation, n’avait pas le droit d’éviter).

Enfin le sous-texte politique est plus explicite et brouillé : la philosophie des doux anars est précisée et son illustration attractive, les marginaux sont devenus carrément écœurants mais ils sont plus blessés que ridicules, on entend leur amertume autant que leur envie. Ils sont mal-nés certes et pas moins irrécupérables – et d’aspect ingrat (Scar décharné, affublé d’une piteuse crinière). Leur détresse a le tort de les avoir endurcis plutôt qu’invités à l’acceptation du bel ordre du royaume (la résilience ne fait pas partie des concepts envisagés). Sur ce plan Le roi lion n’est pas plus conservateur qu’il y a 25 ans, il a simplement perdu de son sens mystique (dans les processus comme dans les symboles) ; il est davantage ‘bourgeois matérialiste et réactionnaire’ (d’où cette moindre aisance lors de l’apparition du spectre bienveillant). Car le problème désormais est autant économique que dynastique. Comme autrefois Scar fait des promesses d’abondance et parasite son propre domaine – lui et sa horde sont des chasseurs irresponsables dignes de Cersei dans GOT. Leur manque de conscience et de culture commerciale doublé de leur avidité les poussent à croire qu’il n’y a qu’à se servir, dans un lieu de paradis où les denrées sont inépuisables – mais seraient confisquées arbitrairement. Quoiqu’il en soit cette seconde mouture ne fera pas de l’ombre à l’original concernant les dialogues et chansons cultes ; même des enfants enclins à fuir une animation dépassée devraient trouver les anciens plus percutants.

Note globale 72

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Suggestions… Alice au pays des merveilles/Burton + Un amour de coccinelle

Les+

  • visuellement et techniquement brillant
  • une foule de figurants adorables
  • effort de vraisemblance pour les déplacements des animaux
  • des ambiances sévères et tristes
  • plus grande possibilité d’expression et plus d’humanité pour les méchants
  • pas trop guilleret ou niaiseux
  • le nouveau Pumbaa et sa VF

Les-

  • son, musiques
  • des détails bâclés ou éludés
  • les phrases cultes coulent avec le reste
  • des demi-copies pas du meilleur effet (comme l’amour sans étoiles)

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