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FÊTE DE FAMILLE **

17 Sep

3sur5 L‘histoire de pantins qui ne répareront jamais leur pièce abîmée. Le film démarre docilement sur des sentiers rebattus puis laisse les deux pires agités le piloter sur l’essentiel, pendant que le reste de la tribu s’efforce de calmer le jeu ou se dés-impliquer sans fauter. Les auteurs et le réalisateur ne portent pas de jugement sur leurs personnages mais ne sont pas neutres sur la famille. Cédric Kahn et ses partenaires l’affiche dans tout ce qu’elle peut avoir d’ingrat tout en refusant la fantaisie. Le pire veut éclater, l’énergie familiale tassera tout ça ; mais la somme des parties a bien des aiguillons et c’est clairement maman-déni et papa-assistant, autorités molles voire évanouies, d’autant plus inébranlables. Un couple joliment assorti, à la tête d’une piteuse famille – mais sans famille, peut-être pas de couple ou d’entente.

Effectivement c’est réaliste, les outrances à l’écran pré-existent au cinéma. La folle de famille a les vices qu’on ose évoquer (c’est une parasite à la vie de vols, de bohème et de repos forcé), a les ‘tares’ dont on l’accuse et des raisons solides d’être et demeurer cinglée. Le film a l’intelligence de nous servir des énormités empruntées à la banalité et découvrir rapidement son plan, sans préparer de révélations tragiques ni recourir à des passés traumatiques extraordinaires. Il n’y pas de clé magique pour couvrir la situation, mais un système, incurable en l’état car ses membres sont trop aliénés. Le revers de cette bonne volonté et de cette impudeur tempérée est une certaine fatuité. Personne ne sort avancé de ce film, sauf les spectateurs souffrant d’une confiance exagérée dans les diagnostics médicaux, la sainteté des liens fraternels ou la fermeté de la notion de ‘folie’. Le scénario est un peu court, impuissant probablement par principe, donc l’essentiel repose sur les interprètes. Grâce à eux les rôles les plus hystériques sont curieusement les plus vraisemblables, alors que Marie et le père barbotent dans des eaux triviales dont ils n’émergent que pour se dresser en pauvres caricatures aux mots laborieux. Deneuve est parfaite en matriarche planquée terrifiée par le conflit.

On sent une tendresse à l’égard de ces personnages et notamment des plus turbulents (comme Romain qui essaie peut-être de purger l’atmosphère en l’objectivant et en s’imposant chef-d’orchestre). Or, comme le film refuse la subjectivité et l’abstraction, il ne peut plonger en eux et comme il est choral, il doit forcer et retenir une poignée de scènes pour évoluer vraiment auprès de certains parmi eux. Conformément au style du groupe, le drame est verrouillé. Et comme dès qu’un peu de pression survient, ces gens-là enchaînent les idioties (et prennent des décisions débiles quand ils ne peuvent plus étouffer les catastrophes émergentes ou se noyer dans les affaires courantes), comme la mauvaise foi de tous vaut bien la régulation émotionnelle nulle de quelques-uns, il y a de quoi pleurer de rire. D’un rire intérieur et navré, bon compagnon d’un sentiment de voyeurisme, heureusement assumé et signé par le dénouement. Sur un thème similaire, Préjudice savait se tirer de l’absurdité et tirait une force supérieure de sa distance ; mais cette Fête de famille est toujours plus recommandable qu’un dîner revanchard et hyper-focalisé à la Festen.

Note globale 58

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Suggestions… Roberto Succo + La tête haute + Carnage + Chien + Canine + Une femme sous influence

Les+

  • les acteurs
  • pas de mystères ou de démonstrations surfaites
  • pas ennuyant
  • bons dialogues

Les-

  • reste trivial
  • personne n’en sort avancé
  • écriture ‘bouchée’

Ennégramme-MBTI : Deneuve en base 9, type xxFJ (Sentimentale extravertie). Le père très I. Macaigne dans un personnage probablement NTP (Intuition extravertie & Pensée introvertie). Emma sans doute IxFP (Sentimentale introvertie). Vincent xxTJ (Pensée extravertie) ou aux alentours, probablement eSTJ. Son épouse xSxJ (Sensation introvertie) avec du F, sans doute ISTJ+Fi.

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ROUBAIX UNE LUMIÈRE **

11 Sep

3sur5 Arriver devant Roubaix une lumière en connaissant son supposé sujet principal devrait être une garantie d’ennui. Avec une attente précise, la tendance du film à louvoyer apparaîtra rapidement. Dans le cas inverse, la mise en scène immersive et la vivacité des affaires courantes meublent assez l’esprit pour qu’on ait plus qu’à constater sans dommages (et sans regrets si on savait qu’on venait chez le réalisateur d’Un conte de Noël) que finalement ce film n’avait rien de costaud dans son scénario.

Pendant une heure Roubaix est un digne successeur du L.627 de Tavernier. Éclaté entre différentes sortes d’enquêtes et d’interventions, il évoque à l’occasion Melville et Simenon, avec un encart dans la gaudriole via Philippe Duquesne (mais peut-il surgir pour autre chose ?). Deux affaires mineures surnagent, puis on s’oriente discrètement vers un dossier qui occupera tout l’espace pendant une demi-heure. Comme le signale la mention initiale le film se veut respectueux des faits et nous épargnera donc au maximum les perversions de l’imagination et du suspense. Logiquement le résultat devrait chuter près de la masse des reportages vulgaires et des productions télé policières, mais une trop forte pulsion anti-naturaliste le lui interdit. On la sent au travers de nombreux mouvements de caméra ou de petites choses appuyées. Toutes pointent vers une aspiration au dépassement de cette immanence puante et lasse au bénéfice d’un point de vue cajolant, aveugle comme une morale sans jugement. La mise en scène alourdit constamment et installe une certaine urgence sentimentale, en laissant couler les enquêtes, d’où la possible impatience d’une partie même complaisante a-priori du public et l’adhésion un peu romantique de beaucoup d’autres. La bande-son est pleine d’embardées à contre-temps, par moments Hetzler semble aspirer à la résurrection d’Hitchcock, or le ‘film noir’ va accoucher d’un mélo.

Ce qui peut passer pour une faute est revendiqué par Desplechin : dans son film, comme le commissaire, on ne cherche pas le pourquoi, seulement le comment. Afin d’aider les gens à nommer les choses, en évitant de les juger et les blesser, tout en recadrant et s’acquittant de son devoir de policier. On ne veut pas s’expliquer les motivations, mais tutoyer les âmes. Notre émissaire est un curé caché sous son costume de flic taciturne et irréprochable. C’est un héros au sens fort, y compris celui d’un roman : le commissaire déclare toujours deviner la culpabilité et l’innocence ; on consent, la réalisation ne viendra que le saluer. Elle ne le conteste pas lorsqu’il se fait paternaliste gâteux avec la gamine. Une certaine proximité physique et relationnelle le légitime sur le plan matériel, les démonstrations empathiques lui donnent carte blanche. Ces élans mielleux sont autant d’accomplissements de ce film de doux. Quelque soient ses qualités il ne peut s’empêcher d’emmener tout le monde vers sa glu sereine, accorder sa compassion avec facilité et heureusement sans s’engager – comme si la lumière avait traversé les heureux témoins. Voilà un film d’assistante sociale libérée des pesanteurs du devoir et sans autres responsabilités que celles soufflées par leur brave cœur – dans ce menu-là c’est un cœur raffiné, même si lors de l’épuration du sang mauvais quelques fonctions vitales ont dû morfler.

Il faudrait donc saluer cette volonté de trouver ou diffuser de la lumière là où un esprit sensé et soucieux d’efficacité éprouverait de l’agacement, de la morgue et de la tristesse. Malheureusement l’amour est facile lorsqu’il se donne à des sujets dont on ne regarde que l’innocence brisée et face auxquels on est en position de supériorité, apte à moduler la distance ou le rapprochement comme l’envie nous le dicte. Fatalement le récit en souffre. Les marges de progression sont réduites, tout ce qu’il y a à faire est consoler ou canaliser des sujets infantiles, avec plus ou moins de tendresse au moment de les emprisonner ou de les renvoyer. Le nouvel arrivant récupère les fruits gentiment moisis de tout cet état d’esprit. Avec son timbre et ses réflexions efféminées, c’est un paroxysme de ces flics touristes qui auraient manifestement dû être psy pour élèves ou moniteur de colo (ceux de Perdrix sont de graves nihilistes répressifs à côté). Il a pourtant une fibre investigatrice et passablement voyeuse, mais cette dimension pointe sans être assumée – et le tartinage de ses bons et loyaux efforts l’envoie aux oubliettes. Il échoue à atteindre le niveau de maturité de Yacoub Daoud car il n’est pas prêt, encore trop attaché et trop exigeant envers ses cibles. Et peut-être car il est religieux même si son culte est gentil – c’est par excellence le type maintenu enfant à l’âge adulte grâce à son angélisme et ses petits rites soufflés par le catholicisme.

Le film doit l’essentiel de ses points et de sa faculté d’absorption aux ressources humaines. Les amateurs renforcent le programme grâce à leur naturel, ne se jouent pas eux-mêmes comme le font souvent des non-professionnels soudain figés par la caméra, ou bien tout patauds et hystérisés. On doit à Léa Seydoux la surprise du film. Souvent contestée, probablement à raison, surtout depuis que les auteurs s’obstinent à lui attribuer des costumes inadaptés, elle est ici parfaite en déchue menteuse et manipulatrice. On sent que son personnage n’a pas admis sa condition de rebut et lutte entre s’accrocher à son image valable de soi et s’adapter pour ne pas finir épave complète, comme celles qu’elle fréquente et probablement cherche à contrôler. Son acolyte est encore plus frappante – pauvre punaise presque émouvante car née cassée, seule à inspirer immédiatement des sentiments marqués (du dégoût jusqu’à la pitié, voire la honte qu’on peut ressentir en étant attendri mais pressé de fuir devant un cas humain si désespéré). Cette prestation de Sara Forestier semblerait extravagante sans l’ancrage terre-à-terre et les connexions attenantes. L’actrice avait fait forte impression dans Le nom des gens mais finalement c’est en jouant brillamment les crasseuses et diminuées qu’elle est devenue sérieusement intéressante.

Note globale 62

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Suggestions… Au poste ! + The Lobster120 battements par minute

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INSÉPARABLES **

9 Sep

3sur5 Cette comédie ne vaudrait pas grand chose sans Ivanov, même avec sa poignée de gags décents. Tous les ingrédients pour la douce médiocrité sont réunis sans que rien ne soit assez mauvais ou bâclé pour réjouir le haineux ou le naveteux compulsifs en quête de carburant pour sa mauvaise foi. Mais la prestation d’Ivanov n’est pas simplement un bon point superposé sur un film insignifiant, elle tire tout avec elle. Son partenaire est le premier à en profiter, lui au jeu si appuyé, surtout face aux malentendus ou pour manifester une soudaine inquiétude. Certains de ces petits instants semblent pensés pour les florilèges et bande-annonces, notamment lorsque Poutine l’appelle « copain » au moment de se coucher. Ce n’est pas gravement plombant mais ce défaut bien présent rappelle, au cas où on nourrirait des espoirs, que nous sommes dans une comédie française criarde et pressée dont il ne faudra jamais attendre plus qu’un divertissement débile – éventuellement bien exécuté, c’est son cas.

Le rythme est bon, le scénario en lui-même pauvre mais carré, les dialogues honorables, la bande-son raisonnablement moche. Les acteurs sont dirigés avec sérieux, c’est-à-dire que les concepteurs de ce film comprennent que c’est au spectateur de s’amuser et que lui montrer comment faire n’est ni efficace ni nécessaire. Ivanov défile avec des costumes épatants et réserve au moins deux instants excellents (le Dark Vador africain et le blocage sur son rire cassé au dîner). L’enchaînement d’accents navrants par Mika est typiquement le genre d’humour nullissime trouvant sa voie grâce à la confrontation à un public inerte ou se faisant violence par complaisance – comme celui ramassant les vannes d’Henri. Il aurait tout de même fallu aller plus loin et plus fort sur ce terrain, par exemple en entraînant davantage Poutine à trouver de quoi rire ou envisager de la distance, au lieu de lui expliquer si souvent que ce qu’on vient de pondre est censé inviter à (sou)rire.

Bien sûr le film est dépourvu d’originalité, évoque Tais-toi (avec Depardieu en déficient gentil comme celui du Huitième jour) et Intouchables. Du reste les fictions où un type doit cacher son passé d’escroc à la fiancée ou la nouvelle famille mais sera évidemment rattrapé et probablement pardonné sont légion, sur grand-écran et encore plus dans les feuilletons télé. La partie ‘comédie romantique’ est des plus plates, un peu cynique, un peu mielleuse, pudique à une échange grasse et fausse près. Un seul point reste en suspens : la première minute est une caricature de pleurniche sur l’enfance difficile du protagoniste, on jette immédiatement cette proposition pour mettre la comédie sur ses rails, puis la récupère in extremis : pour qui, pour quoi ? D’où vient cette interférence et à quoi bon ce flirt avec le tire-larmes si c’est pour ne rien en adopter ?

Note globale 56

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Suggestions…

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THALASSO ***

8 Sep

3sur5 Si on connaît les protagonistes, on a pas de surprises, ou alors minuscules et agréables. Ils jouent le rôle par lequel on les identifie, quoiqu’on ne s’attendait pas nécessairement à Houellebecq vaniteux. Cette suite de L’Enlèvement (téléfilm de 2014 diffusé sur arte) a le bon goût d’accepter un certain état de paresse et délabrement tempéré par les satisfactions d’une conduite anarchique. Contrairement à Valley of Love qui à force de fan-service docile et d’attention scrupuleuse pour son couple iconique devenait simplement insipide, Thalasso se vautre sans pudeur ni justification dans une gaudriole à la mesure de ce tandem formant « la honte de la France ». Il est conforme à leur image sans croire nécessaire de les rehausser ou de les défendre ; eux-mêmes ne se soucient pas d’être récupérables, tout au plus se régalent-ils de se laisser-aller publiquement et ainsi soigner leur crédibilité de demi-humoristes inconvenants, surtout Houellebecq pour qui c’est moins fréquent.

L’écrivain avait fait part de son incapacité à se convertir au catholicisme ; dans ce centre de soins ses tentations mystiques apparaissent plus concluantes. Dans sa première ivresse [du film] il confie croire à la résurrection des corps, lui qui en porte un malade, fuyant manifestement la vie sans renoncer à la jouissance. Michel se lance alors dans un déni pathétique de la mort, cet accès d’émotivité est le morceau le plus déstabilisant de la séance. Ses airs de petit garçon passif-agressif et de moribond détendu étaient déjà connus, mais prennent une tournure tendre au début avec sa compagne. Les petites échappées fantastiques liées aux rêves de Michel sont le deuxième élément relativement insolite. La présence incongrue d’un Stallone potentiellement alternatif renvoie à cette bizarrerie des romans de Houellebecq : l’introduction de personnalités médiatiques métamorphosées de manière improbable ou jouant un second rôle dont on peut douter de la pertinence. Cela va de l’anecdotique avec Philippe Sollers en éditeur du narrateur dans Les particules au craquage avec Pernaut en capitaliste souriant et homosexuel mondain de La carte et le territoire. Le compère Depardieu est forcément plus limpide, alimente les monologues croisés et évite à tous, y compris au premier intéressé, de sombrer dans les réflexions mélancoliques et les humeurs vaseuses de Michel. À l’occasion Gérard fait son gros dur de cour de récré, sans méchanceté, en bon Obélix teigneux pour la forme – ou pour lever sans tarder les ambiguïtés qui menacent de la gonfler.

Ce film ressemble à une récré pour adultes gâtés ou profondément blasés. C’est quasiment un nanar exigeant mais en roue libre, un peu comme Tenue de soirée – évidemment c’est loin d’être fracassant comme du Blier, mais les dialogues sont savoureux en moyenne, excellents parfois. Les situations ne sont pas nécessairement meilleures que prévues, mais plus originales que ce que laissait entrevoir les bande-annonces. On écoute des bourrés cultivés, truculents ou portant en eux les résidus d’heures fort inspirées. Il y a un côté Absolutely Fabulous dépressif au masculin, à observer des privilégiés rétamés voire diminués par leur alcoolisme, ainsi qu’une proximité avec Groland à cause des octogénaires en rupture (et de l’attitude sombre mais sanguine de monsieur). La thalasso apparaît comme un EHPAHD ‘de luxe’, un mouroir AAA ou semi-HP farniente pour vieilles célébrités semi-démentes ou demi-vieux usés. Attention la fin façon Triplettes de Belleville (ça ne ‘divulgache’ rien) n’est qu’un petit tour pour nous scotcher au fauteuil en guettant un éventuel bonus. Vous pouvez économiser une minute et accepter simplement ce dénouement à l’arrachée, décevant même avec les faibles attentes induites par le scénario et la participation de branquignoles.

Note globale 66

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Suggestions… Near Death Experience + Les Valseuses + Donnie Darko

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LES HIRONDELLES DE KABOUL ***

7 Sep

3sur5 Ce film arrive à palper l’horreur sans l’esthétiser ni rendre la séance invivable (ou simplement laide, comme le sont souvent les films ‘live’ sur l’Occupation, où tout doit être gris). Un peu de fantaisie ou de niaiserie l’aurait sans doute condamné et comme le film sera vu par des neutres ou des convaincus, il pouvait facilement s’effondrer dans la connivence – d’ailleurs il ne brille pas par sa complexité ou sa considération pour les antagonistes. Heureusement en plus du manifeste anti-autoritaire irréprochable mais fatalement tiède, nous avons droit à un tableau vivant des façons de vivre dans un environnement fondamentaliste. Y gesticulent des héros compromis.

Bien qu’en première instance il soit question de la violence et de la soumission des femmes le film est concentré sur les hommes. Ils sont souvent coupables, les deux principaux dans cette histoire sont complices malgré eux, tandis que Nazish (demi-fou transformé en vieillard dans le film) est lointain. Quand vient le temps de sanctionner la femelle égarée l’ouaille disciplinée bombarde une déviante nichée sous sa burka ; de quoi conserver une distance, qui vaut bien une drogue pour renforcer les convictions forgées par des années de rappels extérieurs et de dialogue intérieur sous contrôle. Le film démarre sur une distance doublement perdue pour Mohsen (avec la voix de Swann Arlaud, aussi en monsieur sensible décalé et désabusé dans Perdrix sorti au même moment) : en participant aux festivités il perd ses certitudes sur lui-même et ses convictions, tout en étant charnellement affecté par ce qui jusqu’ici l’indignait simplement (ce personnage est le meilleur pour établir une connexion avec l’auditoire occidental ou n’importe quel autre, car ses concitoyens, moins dans leurs états d’âmes et davantage dans la réalité, sont trop imprégnés, même si c’est en rageant de ne pouvoir déteindre sur la couleur locale).

L’autre pilier masculin n’en est plus à avoir peur de son ombre. Le marié présente une attitude ‘dépressive’ avec son orgueil et sa combativité anéantis. Pourtant ces deux hommes semblent des personnages positifs. Loyaux et tourmentés, ils n’ont pas les moyens de leur courage. Ils confirment douloureusement l’impuissance et le malheur généralisés, qui concernent les individus des deux sexes ; à l’inverse, certaines femmes semblent trouver leur compte dans cette ambiance totalitaire miteuse. C’est la fuite en avant du sujet incorporant l’oppresseur ou mieux encore, le prêcheur hostile à sa liberté ; malheureusement ce sont des figurantes aussi dans le film. S’il met à profit ses 80 minutes et ouvre à de nombreuses et discrètes perceptions, on peut aussi lui reprocher une certaine superficialité, voire une écriture schématique (et ce scénario rachitique, le point noir ‘technique’ du film). Le livre de Khadra semble moins à charge, évoque les raisons de chacun (l’aveu y survient bien avant le drame). Ici elles se devinent, mais on ne voit pas l’effet du conditionnement sur les individus clés et leur construction, seulement le résultat du conditionnement ou la façon dont on le gère aujourd’hui (cyniquement pour Mirza, avec cruauté pour Qassim). Par contre on en tire une grande force émotionnelle sans sacrifier l’élégance.

Le film abonde en détails et micro-conflits significatifs, comme ce contraste entre le mari embrouillé récoltant une proposition de trafic (d’armes) de la part de son ex-chef de guerre [contre les russes] versus celle du vieux prof dans une université désaffectée incitant Mohsen à enseigner du ‘vrai’ et des humanités dans son école clandestine [contrairement à l’école coranique]. Ou encore ce passage au commissariat où rien ne peut se dire puisqu’existe déjà la ‘version’, or remettre ici et maintenant cette version en doute, même pour une affaire locale et spécifique, pousserait à toutes sortes de dissonances insoutenables. On ne peut laisser place au doute, à la moindre omission ou ambiguïté, ce seraient autant d’échappatoires dans lesquels les malins s’engouffreraient et les candides s’abîmeraient ; suffit de croire absolument, même un instant, en quelque chose pour sentir aussi cette menace. Il n’y a que la force et le déni prescrit pour soutenir un système avec des bases exclusives et unilatérales, qu’elles soient morales ou autrement construites.

Dans le détail se retrouve ce style de vie ‘autoritaire’ où tout doit être codifié et encadré dans les comportements (et où tout revient aux comportements car eux seuls apportent des garanties au surveillant), dans un contexte miséreux et débile, donc porteur d’aucune grâce ou justification (aucune valeur ‘progressiste’ dans le sens dépassé, actuel comme celui dégradé de la notion). C’est par exemple ce petit geste inutile du chef tapant sur le toit de la voiture pour lancer le signal de démarrage ; quand ils n’ont pas les réseaux sociaux, les nerveux en besoin de souligner leur existence savent bien trouver un moyen de faire écho – et comme d’habitude, il n’y a pas de meilleure manière que celle du courant dominant ou des plus agressifs. Puis il y a ces connexions ‘normales’ qui ne peuvent émerger dans un contexte de censure généralisée : les dessins pourraient servir de preuves en faveur de la tueuse, pourraient indiquer un accident ou un crime passionnel plutôt qu’un meurtre calculateur ; autant de suggestions parasites quand on a par le livre ou la loi un jugement d’office.

Pour les adultes Les hirondelles de Kaboul n’apportera rien de neuf sur le fond. Les gens indifférents à ses thématiques s’ennuieront gentiment, ceux sensibles aux beaux efforts dans l’animation auront de quoi se tenir motivés avec ce monde en aquarelle introduisant des qualités artistiques où il n’y en a pas. Pour les enfants et adolescents c’est une bonne propagande, avec une démonstration claire grâce à la trajectoire de Zunaira, l’introduction de plusieurs lignes de discours et l’absence de rabâchage. Ce film agacera nécessairement ceux qui voudraient montrer tous les visages de l’islam ou rappeler ses vertus, donc fouiller dans le passé lointain. Ici nous avons un focus sur le pire de l’islam, dans un territoire clôt en esprit et détaché en pratique ; cela dit, même avec ses prétentions universelles, elle reste un culte qui dans les faits soutient le comble des sociétés fermées et régressives (les sociétés communistes ont au moins des reliquats de développement technologique et des larbins-citoyens parfois propres sur eux) – les îlots high-tech avec foules de galeux semblent encore des exceptions en trompe-l’œil. Finalement ce film relève sur le fond et sur les principes de ce qu’on peut attendre de mieux de la gauche ‘culturelle’ et de créateurs gravitant dans le [cosmo]politiquement correct. Son existence vaut mieux et pourrait s’avérer plus efficace que la conjugaison d’un million de ‘Pray for Paris’.

Note globale 68

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Suggestions… Parvana

Les +

  • des intuitions et invitations à la réflexion sur les sociétés et le grégarisme fondamentalistes
  • animation et montage, son, mise en scène

Les –

  • trop simple, le scénario en est le premier affecté

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