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AMOUR (HANEKE) **

18 Déc

3sur5  Presque morne à la surface mais plein de dégoût et de colère comprimés, le cinéma de Haneke a généralement tendance à évanouir ses motivations sous la plus plate littéralité. Cela ne signifie pas qu’Haneke serait un réalisateur décevant ; c’est un artiste perpétuellement dopé et entravé par son moralisme, un cinéaste avec un style percutant qu’on assimile immédiatement, puis qu’on aime ou déteste. Dans Amour, le réalisateur autrichien raconte la vie de fin et l’état des sentiments dans un tel contexte.

Anne et Georges sont deux octogénaires riches, sûrs et penauds. L’ambiance typique de Haneke correspond parfaitement à leur univers. Ils se répandent en dialogues amphigouriques, posent bien leurs phrases, comme des morts vidés puis à l’aise. Mais les temps de vide ne sont plus ponctués ; et les passions noires comme dans La Pianiste se sont envolées. Ce genre de destruction impliquait une certaine animation. Ici c’est fini et en cela le film est juste ; il aura suffi de décaler un peu la touche Haneke pour trouver l’optique parfaite afin d’évoquer l’étendue silencieuse du camp de l’en-deçà de la vie sur les vivants devenus figurants.

La théâtralité parfois douloureuse du film est donc appropriée ; et effroyable comme ce naufrage banal. Le confort avancé dont jouissent Anne et Georges, à la fois social, culturel et matériel, les installent aussi très loin de la vitalité. S’il n’y a ni projets, ni énergie chez eux, leur citadelle y est aussi pour quelque chose. Haneke ne veut peut-être pas le voir, car ce serait un atroce rapprochement avec son Ruban Blanc. Cet Amour est un film différent des autres car il y confie plus certainement une part de lui-même. Quand Haneke montre Anna s’éteindre dans la peine et l’abandon, il s’inspire directement de l’expérience d’une tante qui l’a élevé.

En se plaçant dans l’antre de ces deux personnes au bord de leur dernier départ, Haneke s’autorise un regard cruel sur la solitude. Chez Haneke, les individus vivent souvent dans leur coquille et détestent la corrompre. Souvent ils s’y violentent, maintenant ils s’y éteignent. Jamais cette rancœur dévorante propre au cinéma d’Haneke n’aura à ce point exulté  ! Il manquait cette bile, toute sèche et lapidaire, pour apporter la densité manquante dans la plupart de ses films. Avec cette vision de la fin de vie moche et injurieuse, Haneke n’a pas besoin de fouiller ses personnages ni de s’intéresser à eux. Dans la lignée de La Pianiste, il fait de cette laideur un moyen, une fin et une méthode, ce qui donne un résultat vain mais pertinent.

Note globale 55

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MOONRISE KINGDOM *

24 Avr

moonrise kingdom

1sur5  La patience n’est pas une vertu inépuisable : il vient un moment où on ne peut plus demeurer tolérant face à ce qui nous exaspère instinctivement. Ce moment est arrivé pour moi avec la découverte de Moonrise Kingdom, après La Famille Tenenbaum et The Grand Budapest Hotel, prises de contact stimulantes tout en étant assez pénibles, me laissant un arrière-goût amer, surtout dans le premier cas. Wes Anderson a un talent très prononcé pour la direction d’acteur et surtout un style fort : grandiloquent, haut-en-couleur, potentiellement euphorisant.

Mais c’est un cinéma sans tripes et rose bonbon, prenant le parti de la fantaisie creuse et du caprice enfantin, éludant toute violence et profondeur. Il en résulte une sensation de bonheur obligé, une brutalité bien plus désagréable au cinéma que celle d’un drame humain ou d’un pseudo-documentaire ouvertement prosélyte. Cette tendance, toujours présente, y compris dans Fantastic Mr Fox, atteint son paroxysme dans Moonrise Kingdom, ironiquement l’oeuvre la plus louée de Wes Anderson jusqu’à Budapest en 2014. Le camp de scouts de l’île Prudence (Rhode Island) est le théâtre d’une éloge crétine de la supériorité de ‘l’imagination’ sur la morne réalité des adultes.

Le caractère visionnaire des enfants les poussent ainsi, d’une part à répandre leurs délires sans souscrire aux règles des adultes, d’autre part à prendre leur relève en étant responsables tout en sachant rester joyeux, vivants et plein d’espoirs. Exactement ce que les adultes ne sont pas, naturellement, d’ailleurs Anderson inverse les rôles et nous montre des adultes déraisonnables, s’agitant inutilement. Moonrise est donc une croisière en ultra-Burtonie, les pires aspects du créateur de Edward étant comme radicalisés et supplantés. Ses dualités sociales et existentielles pour pré-adolescent emo sont terrassée par le délire démagogue et niaiseux d’Anderson.

Le carnaval selon Anderson consiste aussi à mettre en avant les deux jeunes acteurs novices, entouré par un cortège de grandes stars. Car c’est un casting quatre étoiles : Edward Norton (toujours aussi fatigué), Bill Murray (remarquablement sous-exploité), Tilda Swinton, Frances McDormand (la flic de Fargo) sont là, avec également des acteurs moins twee qu’à l’accoutumée : Bruce Willis (souvent au bord des larmes), Harvey Keitel (dans un second rôle). De leur côté, Kara Hayward/Suzy et Jared Gilman/Sam sont les parfaits dégénérés de cette île-monde, précocément en bout de course : créons-nous des drames pour remplir nos existences cotonneuses, meubler notre vacuité, s’encanailler et s’exalter en se prenant pour de grands démiurges en herbe ! Suzy est tellement vaine qu’elle en arrive à voler pour avoir un secret.

Ce monde-là, définissons-le. Il y a une esthétique Castors Juniors a-priori, univers correspondant bien à celui d’Anderson ; mais les Castors c’est encore trop pour Moonrise Kingdom. Ici l’aventure est réduite au minimum, il n’y a pas de codes d’honneur ni d’aspiration à grandir, juste celle d’imiter l’autorité (les militaires, les gestionnaires en tous genres) en leur donnant un visage plus ‘farce et attrapes’. On est plutôt dans Stand By me, mais avec des débiles bien encadrés au lieu d’enfants en marche, prêts à affronter la vie, se découvrir, oser vraiment, pas oser jouer à Denis la malice en prenant des airs graves.

Enfin il y a tout le pittoresque bidon de cette balade à la candeur exténuante : l’un des éléments les plus affreux est ce narrateur ridicule, avec son allure folklo débile et son air satisfait de vieux hippie enrhumé. Il y a trop de sucre et de déjections choupi dans ce film, avec d’ailleurs petits animaux à volonté et propension au lolcat inoffensif. Ajoutez à cela ces êtres oscillant entre la mollesse et l’hystérie, vous avez : Moonrise Kingdom, une certaine idée de l’enfer, avec son cortège de facéties écervelées et ses convulsions grotesques de faces de lune sous prozac. 

Note globale 28

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MASKS **

26 Mar

3sur5 La démarche était délicate et forcément le film a subit les quolibets. Masks alimente pourtant avec succès cette lente renaissance du giallo qu’on peut observer autour de 2010 (avec également Amer). Tourné dans les studios de Babelsberg, Masks est un petit Suspiria allemand rempli de bonnes idées mais inabouti, voir frustrant.

C’est surtout le thriller baroque et mystificateur par excellence, avec une construction originale, pleine d’ellipses. Le manque de liant est un problème crucial reflétant l’embarras de concepteurs inventifs mais malhabiles. L’écriture est taillée pour l’ivresse, mais y échoue, en partie à cause de ce qu’elle délaisse ; l’héroïne n’est pas crédible, son évolution proche de l’absurde et elle semble n’avoir aucune capacité de jugement ou de résistance, ce qui la rend au moins banale et exécrable.

On doit donc se laisser bercer par les intentions et le déversement d’une imagerie très raffinée, glamour et horrifique. Il aurait été intéressant de creuser les pistes, même si celle principale du piège par les mystiques paranoïaques offre de beaux moments. Masks mérite même une prime au courage car il ose l’anachronisme total en accumulant fétichisme et érotisme, allant donc malgré ses errances au fond de son sujet.

Note globale 58

 

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Suggestions… Blackaria + Subconscious Cruelty + Le Masque de Cire + Bloody Bird

 

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THE ABCs OF DEATH *

27 Jan

abc of death

2sur5  Cousin des V/H/S et de The Theatre Bizarre, ABCs of Death est un film à sketches horrifiques sorti en 2012. Composé de 26 segments pour 26 lettres de l’alphabet, il est donc forcément un recueil de courts, plus qu’un film à sketches. Les concepteurs du projet font savoir qu’ils ont laissé une totale liberté aux auteurs : encore heureux, compte tenu de l’absence quasi totale de moyens (5.000 $ pour chacun).

1) A for Apocalypse – Nacho Vigalondo (2) = Effets sanguinolents et stupides (la main), avec twist rouge sang tout pourri. Vigalondo rester l’homme d’un film (Los Cronocrimines), finalement, son Extraterrestre étant un hybride pénible et ce truc étant juste une baudruche vide.

2) B for Bigfoot – Adrian Garcia Bogliano (6+) = Des parents inventent une histoire pour contraindre leur fille à s’endormir ou au moins, rester au lit en paix. Mission réussie pour eux et pour le réalisateur : c’est implacable, un peu simpliste.

3) C for Cycle – Ernesto Diaz Espinoza (2+) = un type se découvre dépassé par son double, bien décidé à le rayer de la carte. Bonne idée emmenée nulle part, le résultat n’a aucun intérêt.

4) D for Dogfight – Marcel Sariento (6) = combat entre un chien et un homme aux gants de boxe ; tout est au ralenti et en musique, c’est impeccable techniquement. Voilà clip valable, éblouissant dans le contexte de cette collection, juste vaguement intéressant en soi.

5) E for Exterminate – Angela Bettis (3+) = un mec poursuivi par une araignée, sans savoir à quel point. Sorte de gag légèrement sinistre, avec de très moches effets, E s’arrête quand il pourrait devenir intéressant. Intriguant malgré tout, mais évitant soigneusement tout ce qui fait son intérêt, un court signé par l’interprète de May, qui a également joué dans l’opus des Masters of Horror dirigé par le même réalisateur, Lucky McKee.

6) F for Fart – Noburo Iguchi (4+) = rêve d’un au-delà où nous serions dégueulasses sans gêne ; c’est hideux mais ingénieux et tellement atterrant. Comme Shyness Machine Girl, ce mauvais goût définitif mordant sur la SF est une démonstration de ce que les V-Videos (japonais) font de plus déjanté et inassumable.

7) G for Gravity – Andrew Traucki (2-) = un surfeur part en vadrouille et se fait vraisemblablement capturer et absorber par quelque chose. Voilà. Ok. Superbe plan final sur la solitude d’une planche légèrement rouillée par le sang.

8) H for Hydro-Electric Diffusion – Thomas Malling (3-) = un homme-chien assiste à un spectacle sexy ; mais la belle femme-chienne est en fait une nazie qui lui veut mal. Salut les attardés ! Laid et stupide, mais fort en gadgets, la chose a cette identité visuelle cartoonesque pour (et contre) elle.

9) I for Ingrown – Jorge Michel Grau (6) = bonne carte de visite pour un éventuel castin du thriller glauque ; garde le mystère et ça lui va bien. Réalisateur stylé, attire l’attention, mais une fois le moment passé, ne laisse rien.

10) J for Jidai-geki – Yûdai Yamaguchi (2) = histoire de samourai à l’humour slapstick : des effets spéciaux, c’est tout – d’une bêtise assez irritante.

11) K for Klutz – Anders Morgenthaler (2+) = une femme se rend aux toilettes pendant une fête ; mais sa crotte rebondit et la poursuit. Qu’est-ce qu’on se marre. Style BD, un truc proche des sketches pour beaufs sur les petites gênes et fixations du quotidien, entre la belle-mère et un obscur délire sur la façon de marcher des gens, sauf qu’ici c’est trash et ça finit dans le sang. Pittoresque et infect.

12) L for Libido – Timo Tjahjanto (7) = enfin un vrai film, d’horreur, extrêmement malsain, barré et recherché. Une abomination, mais une inventive et soignée, touchant fondamentalement ; c’est ce que nous désespérons de trouver, non ? La sauvagerie sadienne avec les avantages d’un équipement contemporain, dans un cadre élitiste : voilà une hallucination pour paranoïaques, pessimistes et pervers torturés. Tjahjanto se met à l’ombre d’oeuvres comme Salo, Eyes Wide Shut ou Hostel ; il n’en a pas nécessairement l’intelligence ni la profondeur, c’est aux œuvres ultérieures de ce cinéaste indonésien d’éclairer le spectateur. Les fans de l’épisode La Maison des sévices de Miike pour Masters of Horror pourront aimer.

13) M for Miscarriage – Ti West (2-) = encore une histoire de caca et de toilettes ; très étrange, une femme en difficulté avec sa chasse, sa cuve pleine de sang ; une minute ; ok, et donc ? Co-réalisateur de V/H/S, Ti West pourrait être un génie, son one shot reste une arnaque et il faudrait encore les pires des gogos pour y prêter des intentions pertinentes.

14) N for Nuptials – Banjong Pisanthanakun (3) = une mignonne histoire de mariage et de perroquet, tournant mal à cause de quelques révélations. N nous prend par les sentiments, mais il faut aussi voir le contenu et le lien avec une anthologie de l’horreur : et là, c’est tout petit et quelconque, forcément. Les trois points pour toi petit oiseau chéri, mais à condition de ne pas les partager.

15) O for Orgasm – Bruno Forzani & Héléne Cattet (7+) = métaphore clippesque du cunnilingus. Le tandem Cattet/Forzani avait déjà frappé fort avec Amer et confirme : c’est reconnaissable entre mille, c’est beau, c’est un rêve de cinéphiles et s’il doit y en avoir un, ce sera le nouveau giallo. Le seul regret : que les auteurs se salissent en confiant leur petite merveille à cette sombre merde.

16) P for Pressure – Simon Rumley (6+) = Film sans dialogue et en musique, avec un petit côté Drive/Only god ; dans une banlieue latino, une mère avance au jour le jour et doit gagner de l’argent, choix bizarre pour la démonstration finale, bizarre mais pas aberrant. Point de vue valable.

17) Q for Quack – Adam Wingard & Simon Barrett (2) = les deux réalisateurs, chargés de réaliser Q profitent de l’opportunité pour faire une petite mise en abyme. C’est lourdaud dans l’idée comme dans l’humour, ça se veut cynique mais finalement humble, ça débouche sur un canard dans le désert que nos deux génies contrariés n’arrivent pas à décimer.

18) R for Removed – Srdjan Spasojevic (7-) = les expériences en laboratoire sur le corps d’un homme ; ou plutôt les restes de son dos. Segment sale en général, boucher en particulier. Mystérieux, raffiné et aux portes du surréalisme, R est une réussite de la part du réalisateur de A Serbian Film, un de ces « film le plus horrible de tous les temps », raté probablement mais peut-être pas si cynique qu’on l’a prétendu.

19) S for Speed – Jake West (5+) = du Robert Rodriguez pimpant cachant une sombre réalité. Pas mal, sur le plan graphique au moins et avec un bon twist, mais tout de même léger voir simpliste. Par le réalisateur de Evil Aliens et Razor Blade Smile.

20) T for Toilet – Lee Hardcastle (7+) = un garçon apprend à allez aux toilettes ; en pâte à modeler, excellent et très inventif. Le début, rassure pas, mais très vite, le court s’avère passionnant et est l’une des quelques réussites notables de la collection.

21) U for Unerthead – Ben Wheatley (3-) = caméra subjective, nous sommes à la place d’un démon/vampire agressé et poursuivi par des hommes. Initiative percutante, sauf que le réalisateur n’en fait rien ; la violence sauvage masque l’ennui et le vide de ce triste objet. L’emprunte du mystificateur pompeux et sans sujet de Kill List se ressent.

22) V for Vagitus – Kaare Andrews (5+) = valable techniquement, avec sa petite idée dystopique, son mysticisme bactériologique, cet opus vire au n’importe quoi, mais avec style – proche jeu vidéo.

23) W for WTF ! – Jon Schnepp (4+) = au début, un film d’animation rappelant Hôpital Brut, en version violente et MTV ; en fait, deux auteurs sont chargés de réaliser le segment « W » et tatonnant entre les termes (woman, warts, werewolf?). On explore les possibilités de façon ultra rapide puis le WTF s’abat sur la réalité. La prophétie s’éternise pour rien et le mec à la casquette au début joue mal. Sinon, c’est hystérique et WTF comme prévu, le pari est donc tenu même s’il y a des redondances.

24) X for XXL – Xavier Gens (6+) = court de Gens (The Divide) avec toujours ce côté engagé, ultra-naif mais tellement accompli dans son idée que ça fonctionne et prend sens. La seconde partie, sanglante, difficile à voir : heureusement que l’apparition finale est évidemment unautre modèle ; ce qui malheureusement, se devine un peu. La démonstration sur la dictature de la minceur et son effet mesquin et ostracisant sur certaines femmes est très ruéssie. Gens sait mettre en valeur ses idées, même quand elles sont ultra candides – Frontière(s). La ’cause’ qu’il sert ici peut être méprisée ou sans intérêt à nos yeux, le charme opère tout de même. Gens est un artisan généreux avec une espèce d’intégrité, en termes de cinéma comme à un niveau plus terre-à-terre, humain.

25) Y for Youngbuck – Jason Eisener (6) = un pédophile avec une tête d’inquisiteur d’obscur donjon et des jeunes jouant au basket. Fluorescent et rigolo au départ, parfois gênant, mais pittoresque avec une bonne vengeance à la clé.

26) Z for Zetsumetsu [extinction] – Yoshihiro Nishimura (5+) = le début est minable, avec la dénonciation misérable de l’Amérique sur un pauvre motif obscur. Puis c’est le festival WTF scabreux, avec érotico-gore : le film s’épanouit dans cette grossièreté là (le combat des deux femmes), le reste est trop débile. Pas tellement dans la lignée de Tokyo Gore Police, l’ensemble se rapproche du second degré nippon conventionnel, avec les décors enfantins, la SF improbable et les effets psychédéliques. Peu de créatures, peu d’invention véritable, c’est assez décevant lorsqu’on se rappelle que l’auteur est celui d’un Tokyo Gore si génial, meilleur opus des V-Video gores et excentriques de très loin.

Info aux réalisateurs : le spectateur n’est pas nécessairement ivre mort ; et si vous l’êtes, sachez que le spectateur n’est pas votre cobaye servile. C’était de la merde, de la sombre merde, avec même deux courts d’à peine une minute n’ayant strictement aucune validité ; et il y avait tout de même quelques bonnes choses. La qualification de film à sketches, formule déjà parfois pénible et amenée à son degré le plus inepte ici, est limite : s’il n’y a par bonheur pas de transitions, cette entorse était une nécessité.

Merci aux quelques réalisateurs capables de faire preuve de sérieux (comme Welz, Jorge Michel Grau sur I). Globalement, ce fut extrêmement désagréable, bien plus que V/H/S 2 et d’une laideur redoutable. ABCs of Death est le pire des films à sketches horrifiques des années 2010-2013. S’il ne s’enfonce pas dans les poubelles du cinéma, c’est grâce à une poignée de contributeurs remarquables, au milieu desquels s’invitent les malins, les créateurs précieux snobant l’exercice, les performers fatigués (Nishimura pour Z) et d’autres totalement cyniques ou puérils.

Note globale 36

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CHRONICLE (2012) **

3 Déc

chronicle

3sur5  Un lycéen quelconque, ignoré et même légèrement malmené par son entourage (dysfonctionnel à la maison) décide de tout filmer de sa journée. Il irrite rapidement mais sa grosse caméra attire l’attention dans une soirée ; il est bientôt interpellé par deux mecs, sûrs d’eux, bien ancrés et aventureux comme lui ne l’est pas, pour immortaliser leur découverte : un trou dans la terre. Entraîné par ces deux garçons enthousiastes et forts, il y plonge avec eux. Ensemble ils découvrent une forme étrange et subissent des pressions atmosphériques contre-nature ; une fois ressortis et alors que ce trou a disparu, ils réalisent qu’ils possèdent des pouvoirs télékinétiques.

Entre deux échanges philosophiques et projections euphoriques et naïves sur leurs propres vies, les trois jeunes adultes exploitent leurs pouvoirs, mais surtout de façon ludique (allant partout faire des farces). Mais leurs pouvoirs vont croissants, les voilà aptes à voler. Avec cette puissance nouvelle viennent les responsabilités ; offerte sans tuteur ni antécédent, cette omnipotence en fait des pionniers. Ainsi le film développe une réflexion sur la puissance sans boussole ni contrainte, mettant en exergue la dangerosité du pouvoir, en tant que supériorité concrète permettant d’asservir ou de détruire comme de s’engager dans une odyssée prométhéenne ou jouir dans son coin.

Malgré ses élans lyriques et sa prose humanitaire, Steve va garder la tête froide au même titre que Matt (Alex Russell), décidant (il faut le supposer) d’employer leurs ressources pour faciliter le réel à leur niveau et celui de l’entourage direct. Face à leur position dominante, ils optent pour l’humilité, quitte à négliger leur force. Au contraire, Andrew va utiliser son pouvoir à mauvais escient. Conscient d’être dans la position du « (sur-)prédateur », il ne sait pas qu’il est aussi et surtout dans celle du vermisseau trouvant moyen de s’affirmer. C’est la revanche du phobique, de l’ombre invisible et de la victime.

Chronicle est donc un divertissement relativement brillant, fin et intelligent, mais souffrant d’une direction incertaine. L’ultime séquence au Tibet en atteste : elle rebondit sur une causerie de potes, mais cela n’apporte rien au film, à son propos, à toutes les notions et tous les dilemmes qu’il a soulevés avec les pouvoirs. Au fil de l’intrigue, un large éventail de pistes est survolé mais Chronicle coche des cases en apposant un petit commentaire, sans entrer complètement dans les multiples facettes de son sujet. Les auteurs s’en remettent très fidèlement aux personnages, d’où ce résultat assez candide et ces tentatives sporadiques : voilà de jeunes gens optimistes d’un manque d’imagination et de désirs curieux. L’autre aspect discutable du film est justement dans sa vision (claire et solide elle) de l’Humanité, à la fois moraliste (l’Homme ne doit pas se laisser corrompre par les forces le dépassant, il doit accepter sa place) et tendre (tous décents et simples à la base).

Montrer la prise de conscience et le désir de se limiter de ces jeunes est recevable, plus pertinent et courageux que de les afficher se comportant comme des apprentis sorciers ou les concurrents des super-héros de fiction. Néanmoins il n’était pas nécessaire d’être aussi plat : l’usage de ressources aussi fortes est anormalement timide voir enfantin. Les garçons cumulent les satisfactions pré-potaches, ne cherchent pas le dépassement des interdits d’autrefois ou une certaine forme de domination sur quelques autres. Dans Chronicle, l’Humanité est faite d’anges et de quelques abîmés, nous sommes tous nés bons et innocents. À l’arrivée, le film oppose les deux intégrés, le sociophile charitable et le réaliste satisfait, abordant leur position d’élu de dieux incertains avec une bonhomie et une bienveillance totales. À l’inverse, le névrosé de service se montre inadéquat pour un usage sain du pouvoir et donc, aurait dû en être refoulé, en tout cas tant que son état moral ne s’est pas corrigé.

Pourquoi n’y a-t-il personne d’autre sur ce continuum du Bien bonhomme et du Mal sinueux ; et pourquoi n’y a-t-il que ce continuum, d’ailleurs ? Il y a tout un monde autour de ces trois individus, ce monde qu’ils n’essaient pas de s’approprier ni d’explorer, ni même d’améliorer, bien qu’ils en aient l’opportunité – ou alors dans des proportions penaudes. Pour le reste, conserver le dispositif found-footage sur l’ensemble du film n’est ni une bonne ni une mauvaise idée, tandis que l’approche et surtout le sujet sont originaux et réfléchis, même si la philosophie présidant l’ensemble relève du stoïcisme des candides.

Note globale 57

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