Tag Archives: Chronicle (2012)

CHRONICLE (2012) **

3 Déc

chronicle

3sur5  Un lycéen quelconque, ignoré et même légèrement malmené par son entourage (dysfonctionnel à la maison) décide de tout filmer de sa journée. Il irrite rapidement mais sa grosse caméra attire l’attention dans une soirée ; il est bientôt interpellé par deux mecs, sûrs d’eux, bien ancrés et aventureux comme lui ne l’est pas, pour immortaliser leur découverte : un trou dans la terre. Entraîné par ces deux garçons enthousiastes et forts, il y plonge avec eux. Ensemble ils découvrent une forme étrange et subissent des pressions atmosphériques contre-nature ; une fois ressortis et alors que ce trou a disparu, ils réalisent qu’ils possèdent des pouvoirs télékinétiques.

Entre deux échanges philosophiques et projections euphoriques et naïves sur leurs propres vies, les trois jeunes adultes exploitent leurs pouvoirs, mais surtout de façon ludique (allant partout faire des farces). Mais leurs pouvoirs vont croissants, les voilà aptes à voler. Avec cette puissance nouvelle viennent les responsabilités ; offerte sans tuteur ni antécédent, cette omnipotence en fait des pionniers. Ainsi le film développe une réflexion sur la puissance sans boussole ni contrainte, mettant en exergue la dangerosité du pouvoir, en tant que supériorité concrète permettant d’asservir ou de détruire comme de s’engager dans une odyssée prométhéenne ou jouir dans son coin.

Malgré ses élans lyriques et sa prose humanitaire, Steve va garder la tête froide au même titre que Matt (Alex Russell), décidant (il faut le supposer) d’employer leurs ressources pour faciliter le réel à leur niveau et celui de l’entourage direct. Face à leur position dominante, ils optent pour l’humilité, quitte à négliger leur force. Au contraire, Andrew va utiliser son pouvoir à mauvais escient. Conscient d’être dans la position du « (sur-)prédateur », il ne sait pas qu’il est aussi et surtout dans celle du vermisseau trouvant moyen de s’affirmer. C’est la revanche du phobique, de l’ombre invisible et de la victime.

Chronicle est donc un divertissement relativement brillant, fin et intelligent, mais souffrant d’une direction incertaine. L’ultime séquence au Tibet en atteste : elle rebondit sur une causerie de potes, mais cela n’apporte rien au film, à son propos, à toutes les notions et tous les dilemmes qu’il a soulevés avec les pouvoirs. Au fil de l’intrigue, un large éventail de pistes est survolé mais Chronicle coche des cases en apposant un petit commentaire, sans entrer complètement dans les multiples facettes de son sujet. Les auteurs s’en remettent très fidèlement aux personnages, d’où ce résultat assez candide et ces tentatives sporadiques : voilà de jeunes gens optimistes d’un manque d’imagination et de désirs curieux. L’autre aspect discutable du film est justement dans sa vision (claire et solide elle) de l’Humanité, à la fois moraliste (l’Homme ne doit pas se laisser corrompre par les forces le dépassant, il doit accepter sa place) et tendre (tous décents et simples à la base).

Montrer la prise de conscience et le désir de se limiter de ces jeunes est recevable, plus pertinent et courageux que de les afficher se comportant comme des apprentis sorciers ou les concurrents des super-héros de fiction. Néanmoins il n’était pas nécessaire d’être aussi plat : l’usage de ressources aussi fortes est anormalement timide voir enfantin. Les garçons cumulent les satisfactions pré-potaches, ne cherchent pas le dépassement des interdits d’autrefois ou une certaine forme de domination sur quelques autres. Dans Chronicle, l’Humanité est faite d’anges et de quelques abîmés, nous sommes tous nés bons et innocents. À l’arrivée, le film oppose les deux intégrés, le sociophile charitable et le réaliste satisfait, abordant leur position d’élu de dieux incertains avec une bonhomie et une bienveillance totales. À l’inverse, le névrosé de service se montre inadéquat pour un usage sain du pouvoir et donc, aurait dû en être refoulé, en tout cas tant que son état moral ne s’est pas corrigé.

Pourquoi n’y a-t-il personne d’autre sur ce continuum du Bien bonhomme et du Mal sinueux ; et pourquoi n’y a-t-il que ce continuum, d’ailleurs ? Il y a tout un monde autour de ces trois individus, ce monde qu’ils n’essaient pas de s’approprier ni d’explorer, ni même d’améliorer, bien qu’ils en aient l’opportunité – ou alors dans des proportions penaudes. Pour le reste, conserver le dispositif found-footage sur l’ensemble du film n’est ni une bonne ni une mauvaise idée, tandis que l’approche et surtout le sujet sont originaux et réfléchis, même si la philosophie présidant l’ensemble relève du stoïcisme des candides.

Note globale 57

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités