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SEANCES EXPRESS n°26

24 Fév

> Maîtresse*** (66) drame Français 1975

> Soul Kitchen** (52) comédie dramatique Allemande 2010

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MAITRESSE ***

3sur5 Curieux objet que le cinéma de Barbet Schroeder (Barfly, Le Mystère Von Bulow), dont le sens de l’aventure s’ancre toujours dans la réalité, mais une réalité raffinée, calculée, cérébrale. Dans Maîtresse, un film à la liberté de ton et au goût du risque typiquement seventies, il nous emmène avec Depardieu dans le monde du sadomasochisme professionnel.

C’est en la cambriolant que Olivier (Gérard Depardieu) entame une grande relation avec Ariane (Bulle Ogier). Il est un petit voyou provincial canalisé par quelques principes, elle est une maîtresse, orchestre des mises en scène de séances sado-masos, dans lesquelles elle participe généralement mais sans implication sexuelle directe ; c’est-à-dire qu’on ne fait pas  »l’amour » dans son métier.

Comment rester l’amant d’une maîtresse ? C’est trop pénible pour Gérard Depardieu qui voudra imposer sa touche et sa présence. Puis dans leur propre relation s’invite les jeux de rôle, les scénarios. Le sado-masochisme non plus festif et organique, mais psychique et romantique. Celui qui resserre les liens et la complicité.

Leur tandem laisse un joli souvenir. Celui d’une romance sourde, logique, parodiant la cruauté en toute innocence pour mieux jouir simplement et sans complications.

Note globale 66

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SOUL KITCHEN *

2sur5 Feel-good movie et hommage à la ville de Hambourg, Soul Kitchen a connu un joli succès à travers l’Europe et été couronné du Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise. Il s’agit de « tranches de vie » autour d’un type avec le dos en compote, tenant un restaurant et légèrement paumé existentiellement, mais raccrochant soudainement grâce à de nouvelles rencontres.

Soul Kitchen prend son inconsistance pour de la bonne volonté. Se voulant résolument excentriques, les situations et personnages sont d’une pauvreté malheureusement transparente. La mise en scène est très rapide, le ton optimiste et volontaire ; ça pétille habilement et en vain, sans souhaiter faire exister tout ce que ça balance.

La musique tonne sans cesse sans rien drainer, les gags remplissent (souvent cognent fort). La faiblesse voire l’absence d’enjeux empêchent un décollage franc même dans les meilleures passades, la BO est inégale, parfois charmante, le regard d’auteur est prudent, artificiel. On s’épanche dans la fête (dans la foulée du cuisinier théâtral, un DJ est recruté), ça paraît légitime et stimulant selon qu’on est sensible ou pas à sa représentation strictement concentrée sur la piste de danse.

Quand le ton est censé se durcir ou la démonstration se préciser, c’est plat – on dirait qu’un junkie en petite forme l’a composé (avec le gimmick rigolard du vieux marin à la présence ubuesque). D’ailleurs on finit par se demander si ce sont les acteurs ou les personnages qui sont à ce point désynchronisés : Pheline Roggan, quand on joue comme… ça, il y a trois possibilités : on interprète une autiste, on en est une, on a ses priorités ailleurs. Ou bien on est objet d’un film où les femmes en particulier doivent manquer de colonne vertébrale et d’élan vital cohérent. C’est pas un drame en soi, juste un manque de respect pour le chaland, une goûte d’eau dans un océan de vacuité polie.

Un film libre, manquant de profondeur au point de relativiser son caractère, en dépit de tous ses marqueurs culturels et de son énergie. Son excitation peut contaminer l’auditoire, à condition d’être sensible au « message » philanthropique, cinéphage inexpérimenté ou simplement de bonne humeur voire aussi léger que l’écriture du film. C’est du kitsch gratuit, joliment mis en boîte, avec des sursauts d’efficacité (et d’acuité sociologique) qui n’empêchent pas la sensation d’avoir perdu son temps.

Note globale 52

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Suggestions…

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (1)

Critique légèrement modifiée le 4-04-2018 (revu le film et passé la note de 41 à 52).

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AMOURS CHIENNES ***

2 Nov

4sur5  Premier long-métrage d’Inarritu, Amores perros est un film choral plus généraliste que ses opus suivants. Trois personnes ou groupes de personnes y sont reliés par un accident de voiture, où elles ne font que se croiser. L’autre point commun est l’importance prise par leurs chiens. Ce triptyque donne l’occasion de visiter Mexico avec une attention privilégiée pour les bas-fonds ; en terme de violence et de pollution, la capitale mexicaine est compétitive face à Sao Paulo, Caracas et les autres champions.

L’approche est réaliste et fiévreuse, sans prétentions documentaires ou recherche de ‘témoignage’ social. Inarritu dresse un tableau émotif et cynique où chacun doit revenir à l’humilité. Les conditions d’existence sont sauvages : pour Octavio elles ont toujours été ainsi, ‘El Chivo’ a dévalé la pente et Valéria est en train de s’effondrer. L’histoire concernant cette dernière est plus allégorique et grâce à ses ressources et son statut, elle reste protégée de la brutalité de la rue. Mais Valéria ne coupe pas à l’essentiel. Son handicap (provoqué par l’accident) l’éjecte à la périphérie de son milieu guindé et mondain, la prive de facilités et de réconforts, la propulse sans armes dans un vide nouveau.

En perdant ses atouts elle devient une sorte d’ignorante, précocement mise au placard, vierge face à tout ce qui a pu dormir tant qu’elle avait les rituels et la sensation de maîtrise pour conjurer. Avec ce fragment et celui d’El Chivo, Amores perros montre comme les aléas sévères peuvent enlaidir, rabaisser (Victoria à l’univers si guindé et mondain se transforme en prolo ordurière et usée quand elle a perdu sa valeur et sa sécurité), ou pire mettre à nu des gens qui n’auront plus rien pour se soutenir. La mise en scène suinte une espèce de compassionnel navré, sans amertume, volontaire pour aller au-devant de la cruauté. La technique du ‘silver taint’ (sels d’argent laissés sur le négatif) aurait été utilisée et expliquerait la flamboyance de l’image. Guillermo Arriago (qui représentait déjà Mexico dans ses précédentes collaborations avec Inarritu) a parfois la main lourde dans l’écriture, en cherchant à mettre en relief du significatif, de l’ironie (sur quoi surenchérissent les analogies hommes/chiens), avec succès d’ailleurs.

Il créée surtout des personnages complexes, désagréables voire indéfendables et refusant de rendre des comptes. Même dans les égouts leur vitalité brille encore. Ils attirent la sympathie à cause de leur entièreté et de leur obstination, pas pour ce qu’ils sont ou essaient d’être – qui est brutalement nié ou chamboulé par un flot incontrôlable, les forçant à confronter (bestialement si nécessaire) les agressions constantes, omettre les rêveries flatteuses sur leur compte. La construction est assez bizarre puisque l’homme aux chiens (versant le plus odieux, le meilleur) grignote le terrain jusqu’à occuper l’ensemble dans la dernière heure, après avoir été un détail au coin de la rue au départ. Après la pluie de récompenses obtenues pour ce film, Inarritu sera récupéré par Holywood et expert en contemplatif humanitaire (Babel, Biutiful), amples pleurniches (21 grammes) et exhibitions de grosses ambitions (Birdman, The Revenant), Gael Garcia Bernal deviendra acteur international (Carnets de voyage, La Mauvaise éducation).

Note globale 72

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Suggestions…

Scénario & Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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LE COLLIER ROUGE (Rufin 2014) **

19 Juin

3sur5 Jean-Christophe Rufin fut l’auteur d’essais sur des sujets internationaux, avant de s’abonner à la forme romanesque. Ancien ambassadeur de la France au Sénégal (2007-2010), médecin avant de s’engager dans l’humanitaire (au sein de la MSF, Croix Rouge, Action contre la Faim), académicien depuis 2008, il a obtenu le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil (et le prix Maurice Genevoix pour Le collier rouge). C’est un multi-décoré, un admis, sans entrer franchement dans la catégorie des ‘experts’ souverains perpétuellement convoqués dans les médias. Tout le long de sa carrière, il porte un regard critique sur l’action humanitaire et ses effets (Le Piège humanitaire dès 1986, Les Causes perdues en 2001) sans pour autant s’en désolidariser.

En 2014 il s’inspire de l’histoire racontée par un ami photographe (pour Paris-Match), à propos de son grand-père, pour écrire Le collier rouge. Un héros de l’armée française y est menacé de bagne pour outrage à a nation (le collier rouge étant la médaille remise à son chien Guillaume en pleine cérémonie) ; le point de vue se forge aux côtés du juge chargé de l’interrogatoire. Le roman est émaillé de réflexions générales laconiques, d’ébauches de portraits fluides et perçants, donnant un peu d’ampleur à un programme très léger (comme le livre avec ses 153 pages de récits – en gros caractères et format de poche).

Le style est vivant et efficace, l’investigation est fade, tout se livre avec une belle transparence compensant la nonchalance. Un peu de rouille et cet opus ferait ‘scolaire’. Rufin est limpide mais garde toujours une espèce de détachement, sonnant comme une démission factice ; il se tient à la surface et commente de très loin, peut-être pour éviter de troubler l’esprit. Il ne faut pas aller à l’aventure, même si des petits ponts vers l’abstraction sont autorisés. Le livre regorge d’images élégantes et pertinentes et convainc surtout dans le registre émotionnel – même si la pudeur restreint la pénétration des situations plus noires.

Le commentaire d’ordre social et politique est permanent mais évanescent, sauf dans le dernier chapitre (IX) avant l’épilogue en deux temps. La confrontation du juge et du prisonnier permet de disserter sur la valeur du sacrifice, sur le peuple « fatigué de se battre même contre la guerre ». L’indifférence, mollesse et impuissance du peuple sont donc aperçues ; ce qui est présent aussi, mais que Rufin délaisse, c’est le pouvoir confondu avec des grands mots, d’autant plus inatteignable qu’il n’est pas désigné ni incarné (les symboles d’usage étant somme toute étrangers : ils ne déclarent pas la puissance de tel ou tel, le principe ou l’intérêt profond). À ces considérations il préfère une évocation nuancée de la fidélité et porter des conclusions humanistes.

La dévotion est louée mais tenue pour insuffisante ; bornée, elle appartient aux bêtes et non aux Hommes, qui se définiraient donc par leur capacité à fraterniser au-delà des groupes immédiats et en dépit des codes de conduite. Rufin envisage la loyauté à une échelle inter-individuelle où il la respecte (le juge, l’exemple de Morlac et même celui du chien Guillaume), tout en la refusant comme valeur cardinale. Il souligne son absurdité et son inévitable corruption lorsqu’elle pousse à se ranger derrière l’autorité ou les institutions (conforme à idée que « l’ordre se nourrit des hommes » – au lieu de l’inverse qui serait louable) ; la fougue des contestataires devient sous sa plume la cousine orgueilleuse de la soumission active (et ‘noble’). Une cousine plus sophistiquée, donc plus édifiante, mais mesquine et hypocrite. L’orgueil est identifié comme la source des conflits, des postures insincères (des romantiques par exemple) ou d’ambitieux.

Ce roman semblera certainement désuet aux rouges carabinés, qu’ils soient vieux gardiens ou de type Usul/fan de Lordon. Ils pourront y voir de la bonne volonté niaise de dominant, une liquidation pas trop coûteuse de culpabilité bourgeoise. En revanche ce Collier rouge endormira les bruns avant de parvenir à les fâcher. La fibre brune en chaque humain risque d’être assommée par ces gentils constats et ces espoirs, les coups portés sur le plan philosophique étant peu perturbants. C’est surtout le gêne totalitaire et policier que ce Collier rouge défie. Il retrouve ses traces dans la sacralisation de l’armée, l’héroïsme pour le compte de la nation, la mobilisation des forces vives vers une fin unique et décidée loin d’elles.

Rufin émet un point de vue de modérateur, manifeste une sorte de vieux centrisme, raffiné mais marqué par des schémas et des rêves épuisés. À la lecture se devine un auteur complaisant avec la douceur de l’establishment (ou agissant à cette fin), sceptique envers les idéologies franches et les grandes valeurs conservatrices ou nationalistes, pragmatique tout en étant fleur bleue. Profil négociable ; recevable même s’il contrarie par endroits, grâce à la capacité de Rufin à glisser entre les préoccupations et les points de vue. Au moins par les mots ou dans les buts abstraits, Rufin s’engage pour l’apaisement et l’équilibre. Après la sortie de ce livre puis celle de Check-point (avril 2015), Rufin aura une parole publique plus incisive, où la stratégie et une pointe de cynisme l’emportent sur sa tendance à vouloir sauver la neutralité de façade.

Note globale 57

Page Goodreads, Babelio, CritiquesLibres + Zoga sur SC

Suggestions…

BAXTER ****

2 Avr

5sur5  Baxter est fondé sur un principe extrêmement original, puisqu’il met en scène, avec le courage ultime du premier degré absolu, un chien dont la bande-son transmet l’intégralité du monologue intérieur. Le bull-terrier Baxter, avec son allure ingrate mais pittoresque, permet un regard totalement étranger sur la banalité : il n’y a rien de plus exotique, fascinant, rien qui remette mieux en question le sens profond des attitudes, des pratiques ; rien de plus révélateur aussi.

Déversant ses considérations existentielles et réactions immédiates, ce chien terre-à-terre est ballotté de maîtres en maîtres, d’abord avec une femme d’âge mûre, puis un jeune couple et enfin, un enfant bien sinistre, archétype vivant de l’ingénieur psychopathe (productif, visionnaire, dominateur et dérangé). C’est pourtant de lui que Baxter se sent le plus proche. Le film opère un glissement de fond du chien observant de très loin le monde vers ce petit garçon étranger à la morale humaine, tous deux  »sans peur ni amour », observateurs orientés vers l’action et la satisfaction.

Magique et trivial, l’ensemble s’inscrit dans un registre de thriller réaliste, émaillé d’échappées fantastiques. Jérôme Boivin a réalisé un film particulièrement audacieux et surprenant. Au-delà du principe, c’est toute son ampleur psychologique qui capture intensément l’attention du spectateur. Baxter parle bien sûr de la condition du troisième âge ; des jeunes amoureux confrontés à la fin de la jeunesse et à la parentalité. Il le fait avec brio et intuition.

Il a également des allures de conte grave, avec des épreuves et des héros manichéens, ou plutôt aux fonctions manichéennes qu’ils ignorent, faibles récipients qu’ils sont. Pour mettre ce monde en marche, Boivin s’affranchit des impératifs conventionnels (c’est un reportage cruellement adulte, un peu à la Angst, où l’humanité se repent d’elle-même) et trahit les heureux repères, comme celui amalgamant l’enfance et l’innocence. Le seul recul moral qui soit inclus dans cette démonstration est une incitation mélancolique à assumer ses instincts.

Note globale 86

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Barracuda + Seul contre Tous + Willard

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ADIEU AU LANGAGE *

7 Déc

adieu au langage

2sur5  Bien sûr avec ce synopsis halluciné (un couple, leur chien, celui-ci trouve la parole) on s’attend à un OCNI bien troussé, au minimum de la trempe d’un Otesanek ou d’un Ricky. Mais c’est bien plus singulier et WTF que ça. Adieu au langage c’est le caca guère délicieux de l’homme qui s’en va. Il quitte le monde et largue tout ; il renonce ; à quoi bon le sérieux, l’intelligence, à quoi bon être, vouloir, et puis pourquoi seulement faire. Mais il fait quand même car il est otage de la vie, encore un temps – d’ailleurs qui oserait l’arrêter, le meurtre n’est pas une option valide dans cette société, même pas pour régler le chômage.

La performance se caractérise par un montage hystérique, où Godard lance des saynètes pour les couper aussitôt ou en pleine montée. Certains usages de Film Socialisme sont ré-employés (le rapport aux cartons) et exacerbés, poussés à un point dément au sens premier. Godard joue plus que jamais avec le son. Tout le film ressemble au délire empoissonné d’un amateur averti et bidouilleur fou. Des bouts d’incantations mystères ou métaphysiques, des demi calembours, partagent la place avec des phrases voir parfois d’assez longues monologues intéressants, glissant des idées importantes. Les citations d’auteurs (Artaud surtout) abondent, toujours plus, pour accompagner le collage de rushes gâteuses.

Une façon policée et appropriée de contempler Adieu au langage serait de le regarder comme un vieux se chiant dessus et agonisant dans ses déjections, tout en gueulant les bribes de sa mémoire et de son intelligence ; les dernières giclées de son élan vital en pleine extinction. Les gens sur-analysant cette merde au sens parfois tout à fait littéral sont donc doublement dans le vice : d’abord ils adoubent la laideur et la dégradation, ensuite ils pratiquent l’intellectualisme dégénéré au sens objectif. La haine des intellectuels et le refus du sabotage de l’esprit humain se retrouvent dans le même camp, nargués par ce film impudent.

Il fait également la pute pour les stricts branleurs, tout en montrant ouvertement que les efforts de l’esprit et du mental sont des flatulences impuissantes, face à toutes les vérités que l’on voudra et à la condition d’être vivant. Or des gens applaudissent un mourant en train de les informer sur son état et les incitant, non pas à se détourner, mais à se réveiller. Et eux ne font que savourer l’audace qu’ils supposent ou décrètent abondante d’intelligence, alors qu’au contraire Godard vient littéralement de chier sur l’écran en décrétant que l’intelligence telle que nous la concevons, l’intelligence propre aux hommes, est une fadaise, un mirage.

On ne s’ennuie pas du tout devant Adieu au langage, car pendant soixante-neuf minutes le foutage de gueule et la mongolerie atteignent un stade olympique. C’est souvent hilarant et en un sens subjuguant. Film Socialisme, le précédent long-métrage de Godard, amorçait cette virée vers le carnaval de mort épuisé et son style aberrant avait déjà déconcerté et était tenu pour certains, à juste titre, comme une pure arnaque. Mais cet espèce de montage sordide était une bagatelle par rapport à Adieu au langage. Celui-ci exprime peu de nouvelles idées ou références, mais marque par son engagement formel, sa vigueur trollistique stratosphérique.

Film Socialisme était pesant et minable, tout en étant traversé d’affirmations et slogans sachant interpeller ; Adieu au langage est un monstre obèse et dégueulasse, il abandonne la logique ou même un début d’esquisse, au mieux il la prend en considération pour lui faire la nique dans un grand opéra dirigé par un trisomique malade et heureux. Pierrot le fou était une connerie sidérante, mais ce n’était qu’une bullshit vaniteuse ; ce film-là est ouvertement et de A à Z une insulte à la raison, au cinéma, au spectateur et plus encore à tous les efforts de l’Humanité pour se comprendre et agir sur elle-même. Le chien est le héros du film.

L’Homme à côté de la plaque à cause de sa conscience, c’est une vraie idée. Des instincts les plus chiqués et pédants en free-style, où le pourrissement l’emporte sur le maniérisme, viendra l’illumination et la délivrance ? En recevant le Prix du Jury à Cannes, Adieu au langage se consacre comme sodomie métaphorique de grande ampleur, bien que soutenue par un gode foireux (et d’autant plus pour cette raison!). Il serait temps de retourner vers Bunuel et sa complaisance assassine quant à la bourgeoisie en fin de carrière, en confrontant à nouveau Le Fantôme de la Liberté ou même Le charme discret. Il faudra aussi penser à revaloriser Costes et ses travaux ‘cheap’ et underground depuis près de vingt ans.

Note globale 38

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Suggestions…   Where the dead go to die + I love Snuff

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Godard sur Zogarok >> Adieu au langage (2014) + Film Socialisme (2010) + Pierrot le fou (1965) + Alphaville (1965) + Le Mépris (1963) + A bout de souffle (1960)

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