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LA FUREUR DE VAINCRE **

15 Nov

la fureur de vaincre

2sur5  Inventeur de sa propre pratique à la fin des années 1960 (le jeet kune do), Bruce Lee est devenu dans les années 1970 le premier acteur remarquable dans le cinéma d’arts martiaux. Il est donc le pionnier ouvrant la voie aux pittoresques stars du genre comme Jet Li, Jackie Chan, Van Damme ou Seagal. Et donc d’un univers devenu l’un des plus gros fournisseurs de nanars. Dans les années 1960, Bruce Lee est aux Etats-Unis où il apparaît dans de nombreux films. Sa carrière décolle juste après son retour en Chine, avec Big Boss en 1971, premier d’une série de cinq films dont il est l’acteur principal et qui alimentent le culte autour de sa personne : La fureur de vaincre, La fureur du dragon, Opération dragon, Le jeu de la mort.

Comme Big Boss, La fureur de vaincre est réalisé par Lo Wei. Cet opus n’a plus besoin d’introduire le personnage et sa mutation, mais il est aussi moins réfléchi. Il peut même être un peu ennuyeux, dès qu’on est insensible à ses attractions. Sinon, c’est plutôt jubilatoires, les bastons étant très fréquentes, assez intenses tout en restant lisibles. Les performances de Bruce Lee sont précises, sa présence plus lisse et carrée que dans les autres opus. L’homme faible et légèrement aliéné est devenu un type parfaitement badass, venant à bout de tous ses adversaires dès qu’il le souhaite ; peu importe qu’ils soient plus malins, plus forts ou puissants, une fois que Lee passe à l’offensive ils ne sont plus rien.

Le bilan général est décent et creux. Des petits moments plus suaves et une romance niaiseuse s’insinuent pour être mis en échec. L’humour est assez faible et valorise la solennité de Bruce Lee ; la beauferie rejaillit souvent, malgré le sérieux du contexte, des combats ou des fonctions qu’occupent les personnages. Il y a également un interminable moment de solitude avec l’entrée du méchant et ses moqueries face aux membres de l’école de kung fu rejointe par Bruce/Chen Zen. La séance est verbalement redondante et souligne à l’envie le racisme des japonais envers les chinois. Des bruitages ridicules mais flamboyants, comme tout le reste, sont au rendez-vous, annonçant le festival de La fureur du dragon, prochain opus réalisé par Bruce Lee himself, dans lequel il conviera l’inénarrable Chuck Norris.

Note globale 53

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MINI-CRITIQUES 3

24 Juin

Témoin muet ** (Allemagne 1995) : Essai ambitieux et haut-en-couleur, où une fille semble découvrir le tournage d’un snuff-movie. L’intro grotesque parodie celle de Blow Out, déjà sarcastique, en tirant vers la ‘dark zone’ chez Hélène et les garçons.

Cache-cache ; duperies (et faux suspenses) en présence de la police ; puis la traque et le grand piège. Au bout, rebondissements constants – donnant un avant-goût du plongeon vers la diarrhée d’action pour la dernière ligne droite du prochain film d’Anthony Waller (Le loup-garou de Paris).

Garde un côté bis très propre et sensationnaliste à la fois ; glauque et aérien, bis irréel. Le cachet photographique et plusieurs détails dans les scènes à haute tension rappellent Argento (celui de Suspiria et Opéra).

Prix du Jury Fantastic’Arts 1996, l’année où Le Jour de la bête remporte le Grand Prix. (62)

The Refrigerator ** (USA 1991) : Bouffonnerie assez colossale et très décalée. Du nanar de haute volée, souvent délié, plein d’énergie, conséquent dans ses fantaisies, avec une certaine recherche dans la mise en scène (et peu de préoccupations pour l’élévation technique). Essaie des sketches sexuels façon Nightdreams ou Dressed to Kill. Yo-yo permanent : ennuyant voire assommant, enthousiasmant la séquence d’après grâce à son culot. (52)

Contracted *** (USA 2013) : Centré sur la contamination d’une jeune fille/grande ado après une relation sexuelle peu/non-recherchée. La sanction est d’autant plus cruelle. Anxiogène et intense, unité d’action, état d’esprit ‘jeune’. La victime est prisonnière du cynisme ou de l’indifférence des autres, dont les jugements sont souvent faux ou négligents ; elle tend à être niée et objectivée. Les transformations sont spectaculaires et repoussantes même si la fille conserve, un temps, une certaine attractivité – le phénomène ressemble alors à une transition vers un état de créature désespérée (et hargneuse ?), peut-être celui d’une sirène. (70)

Impasse des deux anges *** (France 1948) : Dernier film de Maurice Tourneur, où un romantisme froid vient troubler des matérialistes épanouis. Une femme s’apprête à épouser un aristocrate, vieux con (encore frais) qui veut en faire sa chose. Simone Signoret a un jeu affecté au début ; crédible en réaliste sans états d’âmes, excessive quand elle passe en mode garçonne ; en même temps, un tel profil est vraisemblable. Idem pour l’artificialité de certains (totalement crédible vu le milieu).

Le film tire toujours des vertus de la fausseté des individus, de leurs propres mises en scène. Les dialogues peuvent être redevables de leurs absurdités et de leurs prétentions (les laïus de la vieille la jouant maîtresse des us de salon et du cynisme parfumé, les tirades de ‘monsieur’ : « Je suis pour les traditions c’est la superstition des gens bien élevés »). Spirituel, malgré un manque d’élan dans le développement. Les gens espérant de l’émotion ou des grands sentiments incarnés seront déçus. (68)

Monsieur Hire *** (France 1989) : Leconte s’approche du thriller glauque en gardant sa fibre sentimentale (la comique est exclue). Michel Blanc joue un antihéros dont le type semble être ISTJ 5w4 mais romantique (Secondaire radical, plutôt non-actif et Émotif sur la caractérologie de Le Senne). Ce protagoniste semble atypique ; il est surtout [l’asocial obsessionnel] extrême – un type triste et sombre, inhibant ses réactions, semble peu animé ou de manière très sélective.

Le film rappelle Le Locataire de Polanski, même si la comparaison le disqualifie. Éclairages contrastés, participent à un travail d’ambiance important et concluant – le scénario est presque conventionnel, le traitement de fond reste assez fade (la pudeur est probablement en cause). Très court (à peine 80 minutes). Le ‘theme’ est sur-exploité. Si vous avez aimé, essayez Willard (pour le solitaire excentrique ‘amoureux’ des souris) et Les Vestiges du jour (pour l’espèce de schizo formaliste). (72)

Visiteurs extraterrestres *** (1993) : Fait beaucoup languir mais ne se dérobe pas, sera démonstratif. Donne même une superbe scène ‘d’horreur’. Ciblé, pas de trous d’air, les moments flous ou apparemment superflus trouvent une réponse/dénégation ou une utilité. Compatible avec les attentes des fans de Spielberg et du public de Stranger Things. (68)

Killer Crocodile ** (Italie 1989) : Nanar réputé dans le domaine de la boucherie animalière. À base de croco radioactif. Comme Refrigerator, vaut largement le coup pour les amateurs de détritus savoureux/insolite ; n’a pas la folie de ce dernier. Personnages bien typés, dialogues de lucide bourré ou parodique, pas de temps morts, générosité dans l’action et les drames. (54)

Le miroir se brisa *** (UK 1980) : Tiré d’un opus de Miss Marple, la saga d’Agathie Christie. Frappe surtout via son casting. Charmant notamment grâce aux décors, dialogues bien affûtés, le niveau de tension est plus modeste. Par Guy Hamilton, réalisateur spécialisé dans les James Bond, également auteur de l’adaptation Meurtre au soleil concernant la romancière. (68)

Le jeu de la mort * (Hong-Kong 1978) : Dernier film de Bruce Lee, à la notoriété dopée par l’hommage de Tarantino via Kill Bill. C’est un gros bricolage, le film de base tourné en 1972 étant complété par des ajouts de 1978, doublant sa durée (de 40 à 82 minutes, ou 96 en version longue).

Différent de Big Boss ou La Fureur de Vaincre/du Dragon, cet opus donne beaucoup de place à une intrigue policière et tout y est plus occidental (divertissements, médias, etc). Les personnages sont très affectés, sans le minimum de ‘suite’ et de sensibilité présent dans les opus cités précédemment.

Montage brutal, scénario très bricolé et s’évaporant à partir d’une trentaine de minutes, rythme hystérique. Ni grâce ni ennui, ni intérêt à développer, sauf essentiellement pour les fétichistes et les fans. Pas de quoi inhiber les opportunistes : ce Jeu de la mort lance une saga. (38)

Le choc des titans *** (USA 1981) : Encore plus kitsch qu’Excalibur ou Legend, cette représentation du mythe de Persée fait défiler un grand bestiaire de dieux, créatures naturelles, mécaniques ou surnaturelles, héros, sages et souverains, etc. Les décors/maquettes sont monumentaux, les effets spéciaux désuets (dès le vol de mouette en ouverture). Les espèces d’animatronics relèvent plutôt du dessin animé.

Harryhausen tire une révérence embarrassante d’un point de vue tech(nolog)ique, car sa contribution artisanale est en dissonance avec le reste ; mais le charme opère encore et cette participation achève d’inscrire le film dans un esprit plutôt ‘cartoon’ et ‘fantasy’ innocent, à l’exotisme réel mais discipliné – comme un reflet inversé de Conan. (70)

La Nuit du jugement * (USA 1993) : Film de série B avec actions intenses, scénario débile et personnages insipides. Photo sombre, tons bruns et glauques, plans réfléchis et parfois insolites. Survival urbain et souterrain charriant du néant. Travail sur l’atmosphère, bande-son typée. Un film raté de plus dans la carrière de Stephen Hopkins (Perdus dans l’espace, L’ombre et la proie), avec des qualités techniques et un beau potentiel esthétique, mais rien dans le ‘ventre’. (38)

Le caporal épinglé ** (France 1962) : Adaptation d’un livre de Jacques Perret, commençant sur la fin de la ‘drôle de guerre’ (1940). Renoir (assisté de Guy Lefranc) reprend le thème de La grande illusion, sans donner dans le mielleux et l’euphorie cette fois. C’est son avant-dernier film, à un moment où il est déjà passé à la retraite concernant le cinéma, préférant la télévision, le théâtre et l’écriture.

Les personnages (hommes en âge de servir, jeunes pour la plupart) se comportent en galopins, rebelles en étant fuyards ou dissidents sur des questions pratiques, sans aller ouvertement dans des confrontations désespérées (pas d’héroïsme). Successions de tours, de déplacements et replacements ; éparpillé et insipide, en exprimant amour conséquent (profond mais primaire) de la liberté (sans idéalisme par ailleurs).

La direction d’acteurs semble aléatoire. Quelques dialogues forts envoyés par Claude Rich. (52)

Les Révoltés du Bounty *** (USA 1962) : La mutinerie sur le navire Bounty (1789) a inspirées de nombreuses œuvres, dont un roman de Jules Verne et un autre de Robert Merle, puis au moins deux films avant celui de Milestone en 1962. Il faut le voir pour ses qualités plastiques au sens large (temps à Tahiti, Technicolor, costumes). La construction est un peu ‘flottante’. Trois heures c’est trop long pour que ça contient et ce que ça envoie. Les personnages sont brillamment portés et habités, plus courts en eux-mêmes ; les portraits sont succincts, les auteurs jouent sur la solitude du pouvoir mais laissent couleur au lieu d’aller en profondeur – alors qu’il y a le terrain pour. De bons dialogues, de bonnes gueules ; courts passages éloquents (face-à-face tendus, tribunal). (64)

Mais où est passée la 7e compagnie ? *** (France 1973) : Premier vu de la franchise. Un classique du film de bidasses (genre dominé par les français à l’époque, concernant le grand écran).

Réalisation brutale, pataude au début ; des gags pachydermiques, les meilleurs sous forme de farces prenant le temps de s’étaler (ne pas confondre avec le running gag) – au contraire du second opus, plein de jets ‘spontanés’ s’écrasant aussitôt. Les scènes contre les allemands, ou à leur détriment, sont les meilleures ; plus mordantes, sans sacrifier l’esprit ‘gentil’.

Cet opus garde la meilleure réputation de la trilogie – il est largement au-dessus de ce qui doit venir en effet. (64)

Pathology *** (USA 2008) : Cousin d’Anatomie, cite également le serment d’Hippocrate (avec une ouverture gênante), avec deux nuances colossales. Cette-fois le serment n’est plus dévoyé mais carrément oublié, même si dans tous les cas c’est le tremplin à une curiosité perverse. Et surtout il ne s’agit plus d’approcher la bête ou le complot ; la focalisation est à l’intérieur.

Inclus dans un groupe de tueurs peu après son entrée dans l’unité, le protagoniste est l’un des seuls individus sympathiques – il arrive à le rester malgré ses crimes. Car c’est notre repère au milieu du panier de crabes (celui qui se frotte à notre place, qu’on s’y projette ou l’accompagne doctement) – son ignominie est relativisée par celle des autres.

La folie des grandeurs est en ligne de mire mais s’avère moins pertinente pour ces cas-là que la recherche de sensations fortes. Style prévisible, droit au but, soigneusement malsain ; pour une séance intense, sans niaiseries ni pudeurs. Quelques passages fondent vers le clip glauque (avec percées SM) et le sexe est récurrent après les meurtres (à deux). (72)

On a retrouvé la 7e compagnie ** (France 1975) : Toujours à la télé (sur TMC), je découvre la première suite d’Où est passée la 7e compagnie. Même configuration au début, puis cette fois l’équipe (une seule modification, avec Aldo Maccione remplacé) se retrouve détenue dans un château avec des officiers français. Les crétins doivent assurer le salut et l’évasion des grands, ils vont multiplier les évasions et les pas de côté.

Le spectateur est jeté directement dans les événements et donc dans la gaudriole. Le résultat est sans ressorts. Aucun rire pour ma part, contrairement au premier opus. La réalisation ne s’est pas améliorée et la laideur s’est ajoutée. Les personnages secondaires sont sous-exploités, y compris les truculents comme Jackie Sardou (en vieille Crouzy). (46)

Cotton Club *** (USA 1984) : Francis Ford Coppola récupère cette salle ‘mythique’ à Harlem, où des noirs jouaient (et dansaient) – Cabe Calloway et Duke Ellington ont triomphé ici. Le film se déroule donc pendant les roaring twenties (sœur américaine des années folles) puis la Prohibition.

Le Cotton Club sert de fond et d’ambiance au moins ; les spectacles (claquettes et autres) passent régulièrement au premier plan régulièrement. Le trompettiste (cornettiste ?) Dixie Dwyer est une des rares exceptions (joué par un Richard Gere, qui semble plus jeune et vulnérable que dans American Gigolo) sur le plan racial – d’ailleurs ce protagoniste n’existe qu’en fiction. Un casting de ‘masse’ défile et le tout s’achemine vers le clash de gangsters, avec tornade finale.

Coppola essaie de faire quelque chose d’ample, sur une surface réduite (script et rapports humains compris). Derrière circule une petite foule de personnages et de situations, qui resteront secondaires mais se relient (les affaires raciales, les concurrences amoureuses, les ambitions et les -sales- coups).

Le film s’élève à un niveau technique qui reste rare et mobilise une reconstitution très exigeante. (74)

L’économie du couple *** (Belgique 2016) : Lui a une personnalité infecte ; un passif-agressif, toujours en position de victime puis de revendicatif lésé. Elle est impitoyable, dans l’entre-deux entre dureté et abus vis-à-vis de son mari, face auquel elle ne veut rien céder ; veut en faire le comptable et responsable de son dégoût, ses amertumes ?

Film de mœurs, assez trivial et ‘français’ à l’arrivée, mais lucide sur les rapports en famille et les confrontations de deux anciens amants sortis de leur joyeux sommeil. Petits instants Tellement vrai chez les petits-bourgeois.

L’éducation des enfants semble regrettable. Les gamines prennent des largesses. Les dommages viennent notamment de l’irresponsabilité et des faiblesses de la figure paternelle. Point de vue cohérent de la part de Joachim Lafosse, auteur du plutôt réac Élève libre. (64)

Toni Erdmann *** (Allemagne 2016) : La protagoniste a une fonction proche de celle de Clooney dans In the Air, l’issue du film est très différente. Le point de vue est sidérant, à l’image des personnages, qui se débattent avec leur perplexité de gens pauvres et stériles (et bien lotis). Le film n’est pas dans la moquerie, plutôt dans la tentative d’empathie et le soutien passif, à la façon d’un guide bienveillant et non-directif – comme la femme aux œufs (à la compréhension surprenante). Humour acide, précis, étalage de malaises, froideur constante.

Très mécanique, joue sur la surenchère quitte à l’enfoncement (côté Ma Loute). Au programme, du pétage de plombs/de la régression d’absurdiste tout neuf et trop vieux, décalé – à sec. Le père, avec ses errements et ses missions-rôles, montre qu’il n’est pas un génie de la blague, mais un lourdaud ‘entier’ dans ses provocs. En théorie le récit est celui d’une double-libération ratée, les oppositions sont surlignées – c’est le clash du Fi loser vivant sur ses grosses rentes vs TJ usée, sauf qu’un demi-siècle après 68′ c’est bien la jeune qui assume le sérieux. Ce père est un peu un nul, vieil optimiste et humaniste primaire (‘il faut vivre’, « le bonheur » etc) ; inconséquent dans son rôle, sait pas réparer.

Idée du travestissement pour arriver à communiquer, pour rompre avec les ‘voies sans issues’, la vie trop réglée et l’âme glacée, etc ; pour briser le faux ce n’est pas géant – mais tentative rapprochements entre êtres, incapacité à sortir de rôles pré-écrits, personnages ‘vides’.. Le sens de l’humour est inaccessible (à Ines/Sandra Huller), comme toute sincérité. (70)

L’attaque des crabes géants ** (USA 1952-57) : Roger Corman, phobie nucléaire, crabes radioactifs et mémoires d’humains mutés. Évoque les vieux rêves du cerveau humain (sans âme) sauvé après la mort. Contrairement à de nombreux concurrents, ce bis montre la créature régulièrement. À son échelle les effets spéciaux sont convenables. Très court. Sérieux, active des rengaines fondamentales, sans forcer ni se planter. Bon spécimen pour les fans de ‘nanars’ sauf s’ils espéraient la folie des grandeurs ou une vraie nullité. (54)

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Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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SÉANCES EXPRESS n°9

23 Mar

> La Fureur du Dragon ** (46) arts martiaux Hong-kongais

> Shadow ** (47) horreur Italien 

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LA FUREUR DU DRAGON **

2sur5 Bruce Lee est une valeur montante à partir de Big Boss ; un an plus tard en 1972, La Fureur de Vaincre le porte en triomphe et quelques mois après, c’est l’apogée avec La Fureur du Dragon, plus gros succès commercial de la « bruceploitation ». Tourné dans des conditions chaotiques à Rome, l’œuvre a une valeur pittoresque indéniable, renforcée par la multiplicité des versions, les (précoces) auto-citations et son statut de premier film chinois tourné hors de Hong-Kong.

Les concours de circonstances manquent de goût. Paré d’un capital sympathie indéniable, La Fureur du Dragon frappe tout de même par la désuétude de son humour, son scénario délibérément niais et répétitif et les mines ahuries de ses interprètes. Bruce Lee lui-même a pris en charge la réalisation du film et c’est une erreur, car si le programme en devient paroxystique, la maturité artistique (et technique) dont il fera preuve sur Le Jeu de la Mort est encore totalement absente et rien ne contraint le Petit Dragon dans l’alignement d’acquis et réflexes pauvres ou maladroits en eux-mêmes. Le film atteint alors des sommets de candeur, dont les charmes opéreront inégalement : générosité aveugle pour les fans, fond nanardeux mais expression pas sans grâce pour les simples spectateurs avertis, tâtonnements et légèreté aux frontières de l’absurde pour le curieux.

En même temps et c’est assez problématique lorsque le dévouement de Bruce Lee est aussi transparent, La Fureur du Dragon ne va jamais au bout de ces idées. Le scénario est donc extrêmement futile et capricieux, l’intérêt étant essentiellement dans la sanctification de Bruce Lee et dans les scènes de combats. Mais celles-ci sont peu gratinées, bien que l’ultime séquence face à Chuck Norris dégage une grandiloquence salvatrice. Entre-temps, le réal n’a pas su gérer le moindre suspense, pas su insuffler le moindre enjeu, ni introduire une moindre zone d’incertitude ; l’acteur est trop occupé à suivre sa trajectoire tout en paraissant citer les étapes. Il y a une ferveur en lui dont il témoigne, mais que jamais il ne songe à mettre en scène, à habiller ou à explorer. Cette course obnubilée engendre, autour de lui, la constitution de paysages amorphes. Même les réactions des personnages sont standardisées, puisque sitôt leurs laïus débités, ils retournent à leur état de pantin ou de pièce opérationnelle.

Par conséquent, la spontanéité, l’aspect ludique de Big Boss n’est plus là : reste un certain charme, un exotisme de genre, mais jamais La Fureur du Dragon ne s’affirme pour lui-même. C’est un maillon qui ne vaut que pour ce à quoi il est lié. Un pur film-prétexte.

Note globale 46

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Position sur la Spirale Dynamique : Ambiance rouge très timide (et se découvrant) mutant vers le Bleu (intégrant et acceptant ceux qui en émanent), mais fortement influencée par Violet (qu’il faut défendre), face à la fourberie d’un Orange malsain. Configuration typique du genre et égale dans l’ensemble de la filmo de Bruce Lee. Tous les caractères sont très univoques, les positions sur la spirale également.

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SHADOW **

2sur5  Récent film d’horreur italien (2009, sortie en DTV fin 2011), Shadow est malgré son ostensible volonté, loin de renouveler son genre. Poursuivant les recettes et les schémas les plus archaïques dans le domaine, il tente d’intégrer quelque étrangeté dans le discours mais demeure trop dépendant de ses modèles ou inspirations (Hostel, Délivrance) sur les méthodes. Cependant, Zampaglione livre un métrage condensé (1h10), efficace et divertissant. Il se pourrait que le réalisateur révèle, plus tard, des univers esthétiques clipesques et étonnants, dont le potentiel est déjà éparpillé ici.

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Clairement découpé en trois parties, Shadow révèle très vite une conception de l’horrifique très désuète, lorgnant vers la romance contrariée poussive. Il suffit de relever le triangle dramatique, composé d’un héros sensible, aventurier et maladroit, une intello certainement suave, un plouc au crane rasé lourd et certainement violent.

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Pour justifier ses pratiques de survival ronflant, Shadow va alors se muer en show barbaque (seconde partie) émaillé de surnaturel (dernière partie). Mais le mélange des genres n’est pas mécaniquement efficace ; Zampaglione semble pourtant se contenter de compartimenter grossièrement les sous-genres horrifiques pour conclure sur un  »twist » terriblement lâche, d’une banalité aussi édifiante que les dialogues et les portraits.

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En se parant d’un engagement anti-militariste flou et généraliste, Shadow tente de se conférer une spécificité concrète. Cette  »Zampaglione touch » s’avère laborieuse. Le cinéaste se contente de relier Démineurs et Creep, tout en agrémentant cette curieuse fusion d’une imagerie « post-nazie » ratée sur toute la ligne, ainsi que d’un catalogue « born to wild », où se propage une grâce étonnante mais aussi une complaisance dans le décalage brusque et sans motif.

Cependant, empêtré dans des paradoxes auto-générés, le film sait affirmer une certaine puissance. Si la restriction du gore au profit de finasseries trasho-macabres contrarie la vocation à s’édifier en torture-porn, elle favorise aussi une certaine sophistication. Bien qu’une immersion plus vive dans le monde cette créature caricaturale, quoique raffinée, eut été la bienvenue, le soin technique et l’excellente BO de Shadow compense ses maladresses.

Note globale 47

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Séances Express : 123, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 14, 15

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SÉANCES EXPRESS n°6

20 Août

> Le Grand Silence*** (75) western Italien

> Big Boss** (59)  kung-fu/action Hong-Kongais

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LE GRAND SILENCE ***

4sur5  Le Grand Silence est à la fois un pastiche de western et sa quintessence, alors qu’il emmène les codes du genre dans un monde décalé. Les personnages, leurs attitudes, leurs rôles même, sont transfigurés : Sergio Corbucci s’amuse à réformer les enveloppes (jusqu’à choisir une veuve au bord du gouffre afro-américaine) mais garde leur nature initiale. Il manie le sarcasme (le shérif pensant par égarement) et le paroxysme bizarre, tout en conviant des créatures rebelles.

C’est un western-spaghetti dans la neige, avec un Trintignant définitivement mutique mais moins viril et stoïque qu’Eastwood, face à un dégénéré baroque, Klaus Kinksi et sa gueule d’ange scalpé, plutôt que face à un petit bandit sans hygiène ou bien un escroc en costume. Chasseur de prime et justicier-vengeur à l’occasion, solitaire et quelquefois en bande par commodité, il irradie de son soleil sombre et putride, mais ce n’est pas le seul atout du casting. Corbucci parvient à subjuguer tout en le disséquant le masque d’aplomb des veuves noires, leur dignité et leur intransigeance. Par Voneta McGee, il en fait des madone tyranniques, fascinantes dans leur façon de canaliser leur rage ; leur volonté de détruire les prédispose à la vignette flamboyante, il faut simplement que des cinéastes les encadrent, pour que ce ne soit pas des tâcherons qui les embaument.

La mise en scène est très réfléchie, au point de rendre la caméra un peu hiératique, mais l’ensemble n’est jamais séquentiel ni spéculatif, la vitalité du regard remplissant le film de qualités presque littéraires. Dans ce théâtre des instincts, minimaliste et pénétrant, Corbucci accorde une grande importance aux jeux d’ombre et de lumière. Il saisit chaque opportunité pour épanouir sa tendance à installer un  »climat de fond » contemplatif, doux et rassurant, en contraste avec la noirceur de la trame.

Car le film est caractérisé par un pessimisme exagéré sur l’Homme et son rapport au Mal, jusqu’à se conclure de façon assez rude. Cette perception étouffante, mais subtile et presque neutre, s’inscrit jusque dans la lecture de la valeur de la loi. Lorsque Kinski justifie de s’en prendre aux hors-la-loi par quelques tirades lui attribuant une noblesse de façade (« ces gens-là sont contre la morale, Dieu, l’ordre, le genre humain »), il ne fait aucun doute que sa mission chevaleresque est un prétexte, un costume sur mesure pour son caractère malsain. Ainsi Le Grand Silence a une vision de l’ordre et de la morale sociale très sceptique, un parti-pris proche de l’attitude  »anarcho-individualiste » (comprendre au sens classique, soit à la Lysander Spooner – plutôt qu’à la DSK). Une disposition propre aux westerns post-60s, où on ne peut se fier à personne, sinon à la Nature, la Liberté et le guide intime qu’on se sera inventé.

Pour l’anecdote, Le Grand Silence possède deux fins : celle désormais admise et considérée comme le final authentique fut recalée par les producteurs en 1968. Corbucci en tourna une autre pour les besoins de l’exploitation commerciale ; un happy-end aberrant pour sabotage. Cela tenait peut-être autant de la politique de la terre brûlée ou tentative de réappropriation téméraire ; c’est en tout cas une attitude qui a contribué à édifier l’aura et la notoriété du film.

Note globale 75

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BIG BOSS **

3sur5 La carrière de Brucee Lee explose avec ce Big Boss, où il contribue pour la première fois au scénario. Avant 1971, Bruce Lee participe en tant que second couteau à une foule de petits films d’arts martiaux ou apparaît dans des séries TV. Dès l’année suivante, son culte naît avec le tandem La Fureur de Vaincre et La Fureur du Dragon. Ces trois masterpiece des arts martiaux au cinéma provoqueront la « bruceploitation » dans les 70s, avec notamment une suite nanardeuse à ce Big Boss, Big Boss à Borneo (1978), aussi connue sous le nom de Bruce Lee en Nouvelle-Guinée.

Dans Big Boss, Bruce Lee apparaît sous la forme d’un homme un peu naïf, avec un grand sens de la justice et une humanité débordante, toujours prompt à fouiner auprès de la hiérarchie. Une sorte de missionnaire candide, inconscient de sa propre faiblesse et de ses limites, trouvant dans le kung-fu un moyen d’expression et d’affirmation de son idéal autrement plus efficace que ses déclarations de samaritain ou de bisounours envahissant. Le Petit Dragon (son surnom) emprunte en quelque sorte le costume du syndicaliste de base, mais dans sa version  »utopique » (un homme faible devenant un leader intègre, refusant la corruption) et par un moyen de légitime violence.

Charmant mais nanardesque sur les bords (jeu du patron parfois stéréotypé), Big Boss fait peu de mystères sur le terrain du suspense, d’ailleurs le récit avance avec peine ; le personnage est dépassé par son statut et les milieux ou il est catapulté. Ses supérieurs tentent de l’endormir, de l’amadouer, de créer une connivence ou le flatter, pour l’inviter à rompre avec son souci des « autres », le seul mot qu’il ait à la bouche, le seul credo qui le conduise. Un des charmes du film est certainement cette obstination bigger than life du jeune homme.

Malgré son manque d’envergure sur le fond, Big Boss est un spectacle sympathique, léger et étoffé. Avec ses aller-et-venues dans un monde clôt, sa progression par paliers et l’intervention de personnages ou de motifs-clés (le sous-chef, la fille de joie, tous conduisent à une piste puis s’effacent ou révèlent une nouvelle part d’eux-mêmes), il ressemble à une sorte de jeu-vidéo minimaliste. Ce Big Boss a une certaine grâce puérile et il amuse finalement moins pour ses aspects outranciers que pour sa générosité, son premier degré. Les amitiés contrariées, les prises de risques et doutes du héros n’ont aucune valeur psychologique, pourtant ils participent à engendrer un divertissement serein, franchement kitsch mais efficace (osant notamment la violence et l’humour avec intrépidité).

L’allégresse ambiante occupera les plus pressés. En effet, l’accélération et l’ensemble des révélations tranchées ne sont contenues que par le dernier quart-d’heure, lorsque la bulle et percée et la révolte consommée. C’est là que Bruce sera submergé d’adrénaline et la vue du spectateur de combats mortels et aériens, un peu grotesques mais pas mal dantesques aussi. Certains lui trouveront une odeur de parfum fâné, mais même le néophyte percevra qu’il s’agit d’un show de qualité dans son genre.

Note globale 59

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