Tag Archives: Brigitte Bardot

LE MÉPRIS **

29 Avr

le mépris

3sur5  C‘est le film de Godard le plus connu et acclamé avec A bout de souffle et Pierrot le fou ; et ce Mépris est un pont parfait entre les deux, entre le catalogue de vignettes existentielles et l’expérimental le plus déglingué. Godard relègue au placard le cinéma des scénaristes pour préférer une dissertation sur le regard avec un point de vue perpétuellement externe. Les personnages du film restent impénétrés et la dimension expressive du cinéma s’accorde à leurs mouvements, à leur rythme, sans fondre dans leur intériorité dont nous ne pouvons jamais prétendre savoir quoi que ce soit.

À la place, nous pouvons contempler les courtes séquences où se produisent les drames et les déchirements : ainsi les Javal s’écartent l’un de l’autre en direct, lentement mais devant la caméra. Cette approche rigoureuse interdit beaucoup et tend à exclure la cohérence humaine. C’est un cinéma sans profondeur, non dans sa démonstration mais bien dans ce qu’il raconte et fait intervenir. Film sur le cinéma, Le Mépris rappelle constamment sa nature d’objet de cinéma, citant Lang, s’ouvrant sur une récitation monocorde des crédits par-dessus un tournage manifeste, au lieu d’envoyer un générique comme les autres. Il se crispe et s’épanouit dans l’artifice, imite la spontanéité, tronque le réel parce que sa vérité et son style serait en-dessous de celui du cinéma.

Placer la fiction au-dessus de la réalité, s’affranchir de la narration linéaire pour allez vers le cinéma pur, est le propre d’auteurs parfois exaltants (Winding Refn, Argento, Lynch) ; Godard et son Mépris ne le sont pas, car plutôt qu’installer et développer un univers autonome, ils prennent la pose et dissèquent leurs théories en farfouillant des organes en plastique. « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs » : certes, mais il faudrait coller les morceaux et larguer la distanciation maniérée pour allez directement à la projection. Sinon, cela donne un exercice de style d’une grande beauté, d’une radicalité admirable et relativement captivant, mais ne décollant pas de la posture.

L’effet est celui d’un work in progress boosté avec goût et application, où tous les trous auraient été bouchés, sans que cette cohésion ne fasse monter le niveau. Finalement, Le Mépris devient un réservoir d’images étranger à toute vitalité, mais élégant. Avec ses habits de mélo sur la vacuité, il reste horizontal tout le long, ne laissant quelques éléments fétiches prendre leur relief qu’en-dehors. En s’introduisant dans la culture, les gimmicks pourront donner au film une valeur ; ainsi, les fesses de Bardot et la séquence où elle énumère les parties de son corps en demandant à Michel Piccoli s’il aime ; ou le theme de Georges Delerue, cet air grandiloquent incarnant une certaine classe française propice à illustrer des publicités étrangères ou des fantasmes de stricte surface.

Note globale 58

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Suggestions… La Nuit Américaine + Mulholland Drive + Et Dieu créa la femme + La Vérité 

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ET DIEU… CRÉA LA FEMME **

9 Fév

et dieu créa la femme

3sur5  C‘est devenu un classique mineur, non pour ses qualités formelles mais pour l’agitation engendrée à sa sortie, pour la prestation de Bardot, son corps nu et son mambo. En 1956, Et Dieu créa la femme préfigure la libération sexuelle et affiche une femme vivant librement, avec candeur et naturel, sa sexualité. Orpheline âgée de 18 ans, elle n’a pour s’imposer dans un monde d’hommes, où les désirs et les pratiques de ceux-là ne sont pas jugés, que son corps. Comme son héroïne, le film suscite des réactions passionnées, mais surtout dans le camp de l’amertume.

Il subit des coupes en France et au Royaume-Uni, le Vatican l’attaque et les religieux le condamnent, certains œuvrant contre sa visibilité. Le film va cependant connaître un immense succès commercial aux Etats-Unis et affecter la société. Des jeunes femmes s’approprient les tenues hautes-en-couleur de Brigitte Bardot/Juliette, sa coiffure, ses ballerines. Bardot devient une icône et un emblème de l’émancipation féminine. C’est en tant que tel, sex-symbol en tout cas, qu’elle tourne dans de nombreux films très quelconques, au milieu desquels se trouvent Le Mépris, œuvre expérimentale de Godard et La femme et le pantin, très proche du film de Vadim. Bardot enrichira cette image avec sa prestation dans La Vérité de Clouzot, le film dans lequel elle a préféré jouer, effectivement le plus valorisant et pertinent.

Pour autant Et Dieu créa la femme n’est pas qu’une pochade insipide comme le laissent supposer de nombreux cinéphiles. C’est un spectacle agréable, combinaison surprenante de futilité et de rigueur. Il ne manque pas nécessairement de profondeur, tout au plus est-il brutal et naïf. Il peut paradoxalement être perçu comme rétrograde ou misogyne, car Bardot y apparaît comme un objet de tous les désirs des hommes. Son alternative aux places réservées des femmes ordinaires d’alors n’est potentiellement pas moins aliénante. Cependant Juliette Hardy n’est pas perdante, au contraire elle mène ce jeu comme elle l’entend, échappe à ceux qui souhaitent la capturer, ne songe pas à s’aligner. Elle n’est pas rebelle, simplement portée par ses envies, sans croire que les caprices et la bouderie paieront, donc sans jamais attendre de personne. En plus de promouvoir la femme-objet, le film est ainsi carrément accusé d’assimiler la femme ‘facile’ à une sorte d’animal, instinctif, sans complexité.

Dans le fond, Et Dieu créa la femme est assez neutre face à son sujet sur le plan idéologique, ses auteurs étant plus concentrés sur la création d’une héroïne et son rapport aux hommes, à l’ordre social et moral, plutôt qu’à évaluer ce dernier. Vadim se focalise sur Bardot et son corps nu, les hommes voulant se l’approprier, pour un coup ou plus ; comme cet homme mûr souhaitant en faire sa chose, en la respectant et la chérissant, en essayant de ne pas contraindre son caractère mais en crevant de ne pouvoir la posséder tout à fait. Au fur et à mesure, les opportunistes disparaissent et laissent la place à des hommes attirés par sa liberté, pas forcément plus délicats, mais plus bienveillants et un peu tétanisés par cette femme. Et Dieu créa la femme est comme Juliette/Bardot, conscient de provoquer mais soucieux de s’exprimer avant tout, en se laissant porter par l’inspiration, sans cap véritable.

Note globale 56

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MINI-CRITIQUES 7

31 Jan

Seuls les 9 et 10/10 feront l’objet d’une critique systématique. Les 8 intègrent donc les Mini-critiques via cette septième édition (grâce au Reptile de Mankiewicz).

Cemetery of Splendour ** (Thaïlande 2015) : Et si tout ça n’était pas adapté pour le cinéma, ou seulement entre parenthèses ? J’avais aimé Tropical Malady, mais cet opus-là est trop lent, les dialogues et même une bonne part des pourtant rares mouvements sont plombants, l’action comme les individus sont dépersonnalisés. Filmer l’irrationnel reste méritoire mais ‘l’abandon’ même encadré mène à une reconstitution du réel qui a-priori vaut autant qu’une impulsive, racoleuse, ou une pure illustration qu’auraient signés des amateurs. Ce qui relève le film outre sa jolie plastique, c’est son charme, rapidement diffusé ; pour le reste, il se distingue en allant sur une pente sûrement jolie et défendable mais qui peu enrichissante à cause de sa passivité volontaire. (44)

Les Nuits avec mon ennemi / Sleeping with the enemy ** (USA 1991) : Film empreint de manichéisme sur la violence conjugale, mais pertinent dans le détail et dans la description d’une relation toxique et ses effets. Au sens strict cette partie n’occupe qu’un cinquième du film (en entrée), le reste montrant la lutte à distance, jusqu’aux retrouvailles.

Ce film (à la jolie photo, au style 100% nineties) est donc en contradiction avec le romantisme de Pretty Woman (plus proche de Cinquante nuances de grey avec sa conception du ‘gros lot’ pour femmes) ; il est partiellement en contradiction avec l’image de Julia Roberts à l’époque et participe à développer sa facette combative (Erin Brockovich arrivera en 2000).

Le style est théâtral et lourd, notamment dans l’usage de la Symphonie fantastique de Berlioz pour souligner l’oppression et la morbidité des situations. Une autre ambiguïté atténue le propos : le moustachu autoritaire est-il un vrai psychopathe ou un homme prédateur ? Enfin tous les hommes semblent être des menaces ou des propriétaires condescendants en germe (l’autre mec voit la relation plus forte qu’elle ne l’est, s’impose) – à moins que ce ne soit que le prisme déformant d’une victime et que nous savons tous, auteurs et contrôleurs du film y compris, que ces biais en sont et font leur office. Enfin l’approche se veut positive pour les femmes, la victime s’avérant débrouillarde (elle a prémédité, de loin, sa fuite) et résiliente malgré les coups qu’elle a pris et sa diminution passée. (48) 

Oblivion *** (USA 2014) : Film de SF à énorme budget avec Tom Cruise, à l’époque où il devient commun de s’en moquer. Plane sur le genre, reprend des souvenirs glorieux ou des références originales à défaut d’être entrées au panthéon (classiques mineurs des 70s, références incontournables pour cinéphiles comme La jetée et Solaris, Postman peut-être -ou car c’est lui-même un pot-pourri- ?). Les spectateurs rodés ne vont rien découvrir fondamentalement, mais le spectacle est de haute tenue, en tout cas irréprochable et agréable techniquement. Reste des aspects trop sucrés ou ringards, catalysés par Morgan Freeman et tirant la dernière partie vers l’insipide. (66)

Ressources humaines *** (France 2000) : Débuts de Laurent Cantet (Vers le sud, Entre les murs), avec Jalil Lespert. Digne d’un documentaire et souvent brillant dans les dialogues, la direction d’acteurs et l’écriture (‘photographique’) des personnages. Malgré l’engagement flagrant et implicitement assumé, ne verse pas dans le fantasme ou le procès, préfère les tons gris et la morosité du réel. (72)

Dans la chaleur de la nuit *** (USA 1967) : Survenu au moment des luttes des droits civiques et des émeutes/tensions raciales. Assez fin dans ses profils sauf peut-être lorsqu’il s’agit des brutes armées et traquant le policier noir. Loin du moralisme et de la haine (générale mais surtout géographique ou ‘de classe’) de productions antiracistes ou antibeaufs de l’arrière-pays comme Un homme est passé. Vu en VF. Serait le premier détenteur du grand Oscar interdit aux enfants (aux moins de 13 ans). J’ai aimé l’ambiance et certains plans ou détails m’ont paru remarquables ; à revoir et rehausser, peut-être. (70)

La part des anges ** (UK 2012) : Septième Loach vu et premier sans critique. Meilleur que Daniel Blake et drôle contrairement à lui. Sait faire apprécier l’aventure à défaut de rendre les petites frappes sympathiques. Davantage une comédie complaisante et tranquille qu’une œuvre ‘sociale’. (62)

Le Jour de la fin du monde * (1980) : Ou ‘When Time Ran Out’ en VO. Film catastrophe banal, pas dégoûtant ni stimulant, avec Paul Newman en brave et Bornigne en vieux chien. Je l’ai vu surtout pour Bisset (remarquée dans La cérémonie). Un ‘film de vacances’ à tous points de vue – et pas des vacances de prolos bien que les effets soient cheaps. Musique balourde. Malheureusement avec la fuite le film perd de son semblant d’intensité. De plus les moments spectaculaires sont très insuffisants et dignes d’une série B de studio B. (38)

The Impossible ** (2012) : Vu sur France 2. Les grands studios n’osent ce genre de films (comme 127 heures) qu’avec le label ‘based on a true story’ – des versions ‘ad hoc’ pour les mêmes résultats ne demanderaient pas beaucoup d’imagination. Efficace, plutôt équitable a-priori mais longuet sur la fin et assez pauvre au fond. (48)

Ex-lady ** (USA 1933) : Vu sur France 3 via ‘Cinéma de minuit’, n’avait que deux notes sur SC (est passé à neuf). Montre une tentative, forcément ratée, d’union libre, avec Bette Davis en femme indépendante rattrapée par la jalousie. Un peu grivois dans les dialogues. Bette Davis joue mal la pleureuse. Plaisant et facile, moins de 70 minutes. (62)

Le jour du fléau ** (USA 1975) : De Schlesinger, le responsable de Marathon Man et Pacific Heights. Tendances mélo et grandiloquentes, semble viser la grande chronique voire la petite fresque. Tiré d’un roman ou d’une nouvelle homonyme paru en 1939. Le physique étrange de Karen Black retient l’attention et son personnage assure le ‘show’ constamment. Malheureusement il y a un fossé entre ce que le film montre (qui est finalement innocent ou banal) et sa dépréciation affichée par rapport aux mœurs, certes basses, pourries ou ‘hors-sol’ des gens de cinéma – ou des business s’y rapportant. Le ton se fait franchement cinglant sur le tard seulement. En revanche Day of the Locust a bien le mérite, si c’en est un, de montrer la réalité par le bout laid, refuser toute complaisance et presque toute magie – presque car il se fait poétique voire lyrique par endroits, quand ses gens sont trop affectés et qu’il n’y a plus de quoi tourner ça à la dérision. La fin (à partir du déchaînement de la foule) relève du cauchemar et de la ‘fantaisie’. À essayer pour ceux qui ont aimé Le Dahlia Noir. (58)

Le bonheur ** (France 1934) : De Marcel L’Herbier, avec Gaby Morlay et Charles Boyer. Tiré d’une pièce d’Henri Bernstein, connu comme auteur de théâtre de boulevard. Michel Simon en homosexuel peut surprendre, mais il l’aurait été dans sa vie réelle – sûrement pas sous ce format. Bien que ce film en soit un, au lieu de se contenter d’un espace de théâtre (il utilise des astuces montage pour les enchaînements), il manque d’intensité. La direction est plutôt claire jusqu’au milieu, mais l’épaisseur manque, probablement par suite de l’absence d’engagement. La critique est donc superficielle, hors de quelques mots plaqués elle est des plus faibles ; le romanesque reste théorique, même le luxe et les moments de passion semblent morts et lointains. Ce film est tout de même précoce, dans la mesure où il introduit dans les coulisses du cinéma et la machinerie de l’illusion amoureuse – avec l’idée qu’il vaut mieux savourer sans toucher, se faire ‘avoir’ de loin sans se faire prendre par les artifices. (48)

Brèves de comptoirs * (France 2014) : Pour la mise en bouche cette adaptation recrute les beaufs présentables type RTL/ FranceInter/ programmes courts du 20h – les FranceInter se mouillent moins, quand même, quoique François Morel déboule avec un costume d’homme-sandwich. Le film se contente de relier les phrases (il est rarement plus long, sauf une scène sur Brigitte Bardot) à l’intérieur de pseudo-saynettes très flottantes. Le premier quart-d’heure est passable, il faut surmonter la centaine de minutes. Une mini-séries avec de mini-épisodes aurait déjà été sans intérêt, puisque ce film n’a aucune vertu et ses acteurs eux-mêmes perdent leur temps. Beaucoup de vannes hyper triviales, déjà vues ou entendues : les champignons pas balancés aux allemands contrairement aux juifs (déjà dans Groland), les remarques sur le racisme, etc. C’est un peu du Mocky en lymphatique et ronflant avec casting populaire et gros blancs. Un petit côté poétique et morbide sensible essaie de se greffer mais tout manque pour décoller. Ribes fait un cameo pour nous dire que les humains c’est si décevant – les gens mesquins se sentent légitimes pour sortir ce genre de conneries. (22)

Le Bossu * (France 1960) : Très raide, pas de souffle – encore moins épique. Les acteurs n’ont pas la place et ne sont pas en cohésion – Marais et Bourvil livrent des versions aseptisées d’eux-mêmes. Pour les fétichistes des ‘beaux costumes’. (36)

Le frisson des vampires ** (France 1971) : Troisième long-métrage achevé de Jean Rollin qui persévérait dans le vampirisme. Fort en style et en initiatives graphiques, mais desservi par sa direction d’acteurs et son indifférence aux rythmes. Ces deux défauts servent toutefois la pente ‘stoner-movie’ de cette production absorbant à son compte (vicieux) les atours hippies et reprenant du paganisme. Parfois très bavard. Agréable à voir quand la lenteur est occultée. Dans le même registre et tourné la même année : La rose écorchée de Claude Mulot. (48)

Quai des orfèvres *** (France 1947) : Marquait le retour de Clouzot après son interdiction d’exercer à la Libération, suite aux polémiques générées par son Corbeau de 1943. Excellents acteurs, brillante mise en scène, scénario ou du moins histoire d’un moindre niveau. Bernard Blier est très intense et tourmenté par rapport à sa moyenne finale. Le commissaire et le catalogage des (mauvaises) passions souillent les vanités du show-business. Louis Jouvet me semble exagérément applaudi pour son personnage de bon et brave cynique, les deux femmes étant largement plus intéressantes et captivantes. Le titre fait référence à l’adresse d’une unité de police judiciaire rattachée à la préfecture de Paris – il sera repris par Olivier Marchal en 2004. (72)

Le trou normand * (France 1952) : Marqué par la première apparition à l’écran de Bardot, qui vient donner la réplique à Bourvil (lequel joue un benêt reprenant ses études pour apprendre à être intelligent – à l’époque ça se conçoit). Les deux sont à la peine. La direction d’acteurs manque de dynamisme, certains essaient de compenser avec de hauts cris, sans succès. Comédie ‘bon enfant’ mais un peu grivoise et à peu près nulle. (20)

Paradis perdu ** (France 1940) : Opus très dispensable mais sans défauts de conception de la fin de carrière d’Abel Gance. Suit un homme perdant sa femme pendant qu’il est poilu, puis évoluant en tant que père de son retour du front jusqu’à la fin de son existence. (52)

Portrait de femme *** (1996) : Par la réalisatrice de La Leçon de piano, Jane Campion. Nicole Kidman y est manipulée par un Malkovich ‘loser’, raffiné, blasé et malveillant, auquel l’a livrée une ambitieuse déçue. Entrecoupé par des séquences d’imagination (simple fantasme la première fois, puis fantaisie en noir et blanc). Le vieux, fumant sur son lit de mort : « Les choses ne sont jamais ce qu’elles pourraient être ». S’essouffle après le milieu. (74)

Moi, moche et méchant * (USA 2010) : Film d’animation franco-américain extrêmement connu (30K de notes sur SensCritique – à la 235e place selon cette liste) et première production d’Illumination Entertainment qui signera ensuite Le Lorax et Comme des bêtes. Responsable des Minions, petites créatures jaunes en salopette, dont les facéties manquent d’inspiration et de ‘jusqu’au-boutisme’. En terme d’humour et d’aventures, le film devient insipide dès que le Gru a adopté les gamines. Les caractérisations restent médiocres mais les différences entre personnages sont assez importantes pour compenser. Musique ‘funk’ de Pharrell Williams. (32)

Le petit dinosaure et la vallée des merveilles ** (1989) : Le début est relativement exigeant, puis les enfants dinosaures sont réunis. (60)

Le Reptile *** (USA 1970) : Une réalisation Mankiewicz (son avant-dernière) avec des audaces et des vulgarités, proche du western italien de l’époque et loin des hauts canons hollywoodiens. Relève de la satire avant l’entrée en prison et garde ensuite des côtés grotesques, sarcastiques. Autour d’un groupe partageant la même cellule d’une prison du XX (parmi eux un vieux couple). Le seul point important sur lequel le film risquait de rester faux était son directeur, mais cet idéaliste est moins niais qu’il en l’air (et c’est encore sans tenir compte de la contagion du cynisme). Dans le même registre, en plus trash (l’époque et le peu de comptes à rendre aidant), il existe Vice Squad. Plus récemment est sorti une version péquenaude avec Rodney Dangerfield en bon papa : De retour pour minuit. (76)

Circus World / Le plus grand cirque du monde ** (1964) : Dans la première phase, John Wayne ne déroge pas à ses habitudes et si on considère le film avec rigueur, lui et son apparence, voire sa prestation, sont hors-sujets dans le contexte du cirque ; auprès des européens il aura moins l’air emprunté. Très bon casting, sans doute plus remarquable que les personnages (en particulier pour Claudia Cardinale). Gagne en intérêt progressivement : le début en Amérique est un peu fouillis, l’arrivée en Europe divertissante, les retrouvailles apportent une dimension plus romanesque. Reste une moitié du film autour de cette affaire de famille compliquée, émaillée par quelques incidents (la vraisemblance ‘physique’ sera parfois mitigée). Enchaînements mélos bourrins (ni flottements ni profondeur dans ces moments-là). VF de la gamine fort décalée. De jolis moments de cirque malgré des répétitions. (56)

La terre des pharaons *** (USA 1955) : Appuie sur l’escroquerie religieuse et notamment le concept de ‘seconde vie’ pour forcer au travail et justifier la dureté et les privations ici-bas. Signé Hawks (Scarface, Rio Bravo), n’a pas l’ampleur de son Cléopâtre, mais reste un péplum bien achalandé, un AAA de routine – avec ses autres qualités. La concurrence entre efforts de réalisme et démonstrations donne un résultat agréable. Le casting masculin manque parfois d’intensité et par suite de crédibilité. (66)

Autres Mini-critiques : 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

MINI-CRITIQUES 5

31 Juil

The Monster Squad ** (USA 1987) : Réunion des grands monstres de la culture anglo-saxonne. Autour de Dracula (qui se déplace en voiture lorsqu’il est lassé de se transformer en chauve-souris) : la créature marais, momie, le loup-garou, puis le clou : Frankenstein. On évoque aussi un absent, Van Helsing.

Le film envoie ‘tout’ dès les séquences d’intro : la pierre magique, le trou noir, les vieux aventuriers, les revenants sortis de terre, la crypte, etc. Nous aurons la complète avec des passages secrets, la ‘666 street’.

Délire assez puéril, potentiel film d’horreur pour enfants et très marqué par son temps (cinéma et publicité). Reprend la scène de fin du Frankenstein de 1933 pour lui donner une suite positive. (58)

Le Missionnaire * (France 2009) : Bigard joue un dur sortant de prison et est le seul véritable atout de ce film hystérique et probablement bâclé, mais évitant la nullité. Il faut aimer les contrastes même quand ils volent bas. Le frère est difficilement crédible, à cause des expressions (mêmes naturelles) de l’acteur de Samantha et sa transformation radicale.

À partir des rafales de confessions le film évolue vers le ‘politiquement correct’ aimable, du côté du droit à la différence et au ‘bon plaisir’ ; avant de s’échouer dans la mièvrerie impérieuse avec son mariage entre une juive et un arabe. (32)

Let Us Prey ** (Irlande 2014) : Horreur barbaque et ‘morale’, sans être proche de Martyrs. Extrêmement cynique, voire nihiliste, avant de découvrir son mysticisme atypique. Scénario pas très dense mais sait cultiver son originalité et ses mystères. C’est clairement une sorte de ‘punisher’ qui vient de débarquer, mais ses motivations et sa source restent floues. Beaucoup d’effets dans la mise en scène, efficace sans eux (idem pour la musique envahissante). Incisif dans le gore. Démence maîtrisée mais manque de clarté sur la fin, notamment concernant les pétages de plomb. Ceux qui ont aimé pourraient essayer Triangle et Pontypool, ou End of the Line pour du bad trip religieux plus flagrant et cohérent. (56)

Exit Humanity ** (Canada 2011) : Film avec des zombies remontant juste après la guerre de Sécession. Orientation mélo, avec le type seul qui a perdu sa famille et dû l’abattre après sa transformation. Plusieurs passages sous forme dessin animé, relatifs au livre d’où le protagoniste tire tout ce récit. Lent, décolle au milieu pour une escapade désagréable, pleine de mystères, de demi-révélations et de sombres histoires du passé. Sans oublier bien sûr les effets grandiloquents, pour lesquels il déploie un talent certain ! Déblatère sur l’humanité qui se perd – l’humanité de chacun, en multipliant les laïus mielleux. Ambitieux, mais laborieux en tous points. Ceux qui ont aimé peuvent essayer The Burrowers. (48)

Les Affameurs ** (USA 1952) : Sorti juste avant les vagues de westerns ‘modernes’ qui réforment le genre. Premier film d’Anthony Mann en Technicolor. Répète ses bons mots,  »suite dans les idées » lourdingue (les hommes et les pommes pourries) ; un énième western humaniste lourdingue (James Stewart oblige) – avec de la cogne et de l’agitation. (52)

Speedy *** (USA 1928) : Un opus assez connu avec ‘Glasses’ Lloyd. Humour simple et efficace, voire survolté (surtout au parc d’attractions). Une de ses spécialités est de cogner les gens involontairement. La musique de Carl Devis accentue le côté ‘ravi’. Se veut en phase avec New York la suractive, ville de la vitesse.

N’a pas l’épaisseur de Safety Last mais n’a rien d’autre à lui envier ; le ton et l’humour sont moins mielleux qu’avec Le petit à grand-maman ; ces deux derniers paraissent plus ‘lourds’ que l’opus présent. Le prochain film avec Lloyd (Welcome Danger) devait être son premier parlant. (68)

Shooting Stars *** (UK 1927) : Nommé en français ‘Un drame au studio’. Premier film d’Asquith, restauré en 2015 par la BFI, pour une copie accompagnée de la musique du saxophoniste John Altman.

Deux effets relativement improbables : le plan avec la balle, après le tir et la scène attachée ; les mots autour de la radio (alternative aux intertitres). Qualités de montage et excellence visuelle ; des passages ‘sur’ la grue pour observer cet univers sans s’y jeter.

Vu d’aujourd’hui, ce film (britannique) semble ‘attaquer’ le monde du cinéma, en tant qu’industrie pleine d’intrigues de nature sentimentale et romanesque. Concrètement il ‘attaque’ sur le plan people et esthétique (comme Ave César des Coen, une version cousine en couleurs) ; nous assistons à des embrouilles de mœurs, mais aussi à de probables parodies de films ‘de genre’ contemporains. (66)

Je suis un aventurier *** (USA 1955) : Quatrième des cinq films Mann/Stewart, marquée par un western particulièrement ‘moderne’, L’Appât. Dans celui-ci, James Stewart joue un dur. Le reste est crédible et attractif, graduellement. Mobilisation des archétypes, efficacité du récit dans la deuxième moitié. Quelques vues superbes sur les montagnes. Les villageois ont l’ambition de créer une ville – dans le Klondike à l’époque, ça revient à un micro-état ; dommage que le film creuse peu de ce côté. (68)

Asphalt ** (Allemagne 1929) : Muet avec un policier amoureux d’une voleuse et manipulatrice en voie de rédemption. Progressivement très ‘mélo’. Transpire (passivement) la fin des ‘années folles’ et se montre le plus licencieux et suggestif possible, pour l’époque au cinéma. Peu d’intérêt en-dehors de la réalisation, plus expressive qu’éloquente (jeux de lumière du début, gros plans et en général façons de cadrer les acteurs). Produit par l’UFA, responsable de plusieurs films de Fritz Lang (dont Faust et Metropolis) – collaborateur du réalisateur Joe May pour un poste de scénariste à leurs débuts. (60)

Le Distrait * (France 1970) : Comédie ultra-lourdingue centrée sur Pierre Richard dans son numéro classique (qui s’est doublé en réalisateur pour l’occasion). Humour visuel, quiproquos, sarcasmes de niaiseux regardant de haut. Caricatures de l’intellectualité, des mondains affairistes et du domaine de la publicité. Parfois meilleur quand il va vers le cartoon ou s’intéresse aux relations absurdes de Pierre avec les femmes. Probablement intéressant pour illustrer les émois ‘optimistes’ de l’époque. (42)

Totally Spies ! le film ** (France 2009) : Hystérique, fluorescent, jongle avec les clichés, se moque ‘gentiment’ de ses personnages et de son propre univers. Délires consuméristes et féminins.

Espionnage, gadgets technologiques et critique cheap du conformisme (avec le Fabulizer maléfique). Voix de Karl Lagerfeld pour le méchant – peu adaptée et la revanche du personnage n’est pas assez poussée. Le décrochage risque d’être fatal, il faudra tenir bon pendant les embryons de numéros musicaux et lorsque la mission se lance – où tout se rabougrit. (54)

Quelques messieurs trop tranquilles ** (France 1973) : Film de Lautner (Pacha, Barbouzes, Tontons Flingueurs) avec des acteurs de comédie fameux de l’époque. Une tribu de hippies vient squatter autour d’un village. Ils installent leurs igloos géodésiques sur les déserts de la comtesse. Michel Galabru, vieux con agressif, est en première ligne pour les affronter, mais rapidement ils sont partiellement assimilés par des locaux fascinés, envieux ou alléchés. Beaucoup de (quasi-)nudité et d’aperçus de mœurs libérées. Vite à court d’idées (et pas très dégourdi sur les psychologies) mais arrive à éviter la panne. Divertissement bourrin, plus efficace et exotique que Ne nous fâchons pas me concernant. Il a au moins les vertus de la connerie. (50)

Les chats persans ** (Iran 2009) : Typique du film d’émancipés modernistes ouverts à l’Occident et aux USA, qu’adorent les progressistes de ces derniers, car enfin ils ont des sujets enthousiastes en démonstration. Montre les absurdités de l’ordre moral et légal. Met beaucoup de temps à se finir. (56)

Mademoiselle Ange ** (Allemagne 1959) : Un ange blond passe sur Terre. Film (par un réalisateur allemand avec un casting et des décors français) de midinettes de l’époque, avec Romy Schneider en hôtesse de l’air et Belmondo. La première est une immense star et Sissi officielle, le second va bientôt tourner dans A bout de souffle. Sucrerie avec de jolies vues sur la Côte-d’Azur, un ton très positif, insouciant en toutes circonstances. Valeurs traditionnelles, ‘gentilles’ et hédonistes mêlées, sans sortir du présent, en embrassant ses dons et bienfaits. Un des derniers films avec Henri Vidal. (52)

Bonnes à tuer *** (France 1954) : Thriller d’Henri Decoin, connu pour Razzia sur la chnouf et dont j’ai vu Abus de confiance. Flash-backs des histoires d’un ambitieux avec ses femmes, réunies à l’occasion d’un dîner bizarre. Beaucoup d’humour. Le manque de pistes alternatives empêche de décoller et prendre de l’étoffe. (70)

Antoine et Antoinette *** (France 1947) : De Jacques Becker. Vue sur le Paris populaire, la petite classe moyenne, les serfs pas trop mal logés – Antoinette est employée dans un magasin. Optimisme devant la vie, remplie de gens et surtout de démarches cyniques. Énergique, démonstratif, lent, au point de devenir décevant. Mise en scène très expressive (les visages, la rafale de souvenirs à la fin). (68)

Une ravissante idiote ** (France 1964) : Film de Molinaro avec Bardot et Perkins (le ‘fou’ de Psychose). Assez crétin, très bavard, dialogues et considérations niaiseuses. Style très léger, réalisation lourde et sur-expressive. Pousse les imbroglios à un niveau surréaliste, où l’inconscience et la sérénité des gentils comme des exécutants au service des méchants atteignent des sommets cartoonesques (séquences avec la grand-mère). Trop long mais aimable à l’usure. Ne m’a pas laissé insensible contrairement à L’emmerdeur. (46)

LA VÉRITÉ ****

29 Avr

la vérité bardot

4sur5  1960, l’heure est à l’ascension Nouvelle Vague et Brigitte Bardot est la star par excellence, la célébrité française à l’aura sulfureuse et la notoriété mondiale. Un réalisateur ancien s’octroie ses services ; c’est Henri-Georges Clouzot, auteur des Diaboliques, devenu discret depuis Les espions en 1957 et qui ne connaîtra plus vraiment le succès par la suite. Il utilise le mythe Bardot pour un film de procès et d’amour où s’exprime encore une fois sa vision de l’Humanité sombre mais pas dépressive, ses points de vue sociaux non-conformes (Le Corbeau), marqués par l’ambiguité apparente de l’auteur fondamentalement désespéré mais consciencieux.

L’icône Bardot incarne une jeune femme aguicheuse et versatile jugée pour le meurtre de son ancien amant. La séance au tribunal est émaillée de flash-back. Sa vie est épluchée, ses actions, son enfance, ses comportements qu’ils soient ou pas en rapport avec l’affaire, tout cela provoquant un cortège de jugements condescendants et de mines offusquées. On juge ce qu’elle est et voudrait la condamner pour ça. Clouzot blâme clairement cette normativité en action, mais il donne des armes à tous les camps et son attitude est sage plutôt que simplement libertaire. Effectivement, cette foule accusatrice et ces gardiens croupissants sont « morts », mais Bardot le sera bientôt aussi tandis que son amant ne l’était pas.

Il était fait pour la vie, voulait la construire avec elle, mais c’est son caractère dissolu qui a rendu toute conciliation impossible. Elle a été oisive et a vécu mais jamais finalement sa vie ne lui a appartenu. Elle a vécu de plaisirs quelconques sans se soucier de l’avenir soit, mais à l’arrivée son être est aussi corrompu que celui de ces gens fatigués et poussifs. Eux sont des moralistes sans talent ni énergie, elle une hystérique ne concluant pas plus qu’un fantôme. Gilbert, lui, c’était la vertu. Il fallait de l’abnégation pour vivre à ses côtés, mais il pouvait la rendre adulte et ils se seraient épanouis, sans fanfares ni gamineries. Pourtant elle a mûrit et bientôt, s’est mise à aimer sincèrement, pour la première fois, mais il était déjà très tard.

Plus qu’un film judiciaire, La Vérité reflète un choc des générations de l’époque et des aspirations aussi, voir finalement bien au-delà de ça, un choc des mœurs. Il y a donc cette valeur socio-culturelle, dans une certaine mesure ; et surtout, simplement pourrait-on dire, une histoire passionnelle puissante, d’une intelligence remarquable. Ensuite le regard de Clouzot est complexe, ce qui rend obsolète les tentatives d’annexions idéologiques ou les lectures moralistes conventionnelles, qu’il s’agisse d’accuser un vieux modèle ou de faire le portrait d’une jeunesse errante mais innocente. Le montage est nerveux, la direction d’une précision absolue, les acteurs excellents. En fait, La Vérité est un peu ce que la Nouvelle Vague voulait être, or elle a donné des films ronflants et si artificiels qu’ils ont rarement voulu dire grand chose concernant la vie humaine.

Note globale 81

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… La Femme et le Pantin + Le Mépris + Et Dieu créa la femme + Vie privée + Snake Eyes + Garde à vue + Jules et Jim + Douze hommes en colère

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