Tag Archives: Bradley Cooper

LA MULE **

31 Mar

3sur5 Sans reproches ni grandes vertus. Cette Mule ne vaut pas grand chose dans l’absolu et nous paraîtrait probablement fade (pas ‘molle’ malgré la lenteur et l’absence de surprises) sans Clint – et la conscience que lui aussi fait un de ses derniers tours de piste. La condition même d’Earl Stone est triviale – ses fardeaux familiaux remontant à loin, les pesanteurs relationnelles, son éternelle décontraction minée par les faiblesses présentes et des prises de conscience (brutes, peu remâchées par la réflexion).

Naturellement cette vieille mule ressemble à son interprète, vieil actif, modérément taciturne, installé sur une pente ataraxique, passe-partout – grâce à ses restes d’ambition et de bon sens commercial, aussi car il a la santé pour jouir des privilèges de l’âge, se rapprocher de l’état de mascotte. Au plus cynique il est encore sans méchanceté, alors on lui pardonne tout. Y compris son racisme, sans haine ni discriminations [conséquentes]. Qu’il soit largué par l’époque contribue sûrement à cette candeur, puis surtout c’est l’heure des comptes – donc de se ramasser sur l’essentiel, plutôt que s’abîmer à jouer un rôle ou s’insérer dans un temps qui n’est pas le sien. Dans ce cas l’approche de la mort décuple une tendance naturelle : les bonnes raisons de vivre encore et d’avoir vécu sont la famille et le plaisir ; Earl Eastwood n’est pas venu sur Terre pour la changer !

Rien de fulgurant ni de déshonorant là-dedans. Autour de cette trajectoire tout est net, précis, sans doute trop privé. Les personnages sont habilement pris en charge par un casting de qualité (le héros d’American Sniper joue un flic traquant le passeur), mais eux-mêmes resteront pauvres – pour laisser toute la place à celui de Clint ? Comme précédemment chez lui (Gran Torino notamment), la photo n’est pas nécessairement jolie, les décors se situent dans le monde réel du commun des spectateurs ruraux (car finalement l’essentiel sur grand écran se passe en ville et/ou dans des conditions atypiques et/ou vernies), la séance est mielleuse sans relever de la niaiserie. Ne donnez pas sa chance à la VF, elle sonne trop série méchamment bisse, seul le sérieux la sauve.

Note globale 62

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… The Mule/Border Run + Breaking Bad 

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (6), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (3), Ambition (6), Audace (4), Discours/Morale (7), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

Les +

  • casting excellent ou joliment exploité
  • séance aimable
  • point de vue positif

Les –

  • alentours et personnages pas fouillés
  • sans originalité ni scénario musclé

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MIDNIGHT MEAT TRAIN ***

24 Jan

midnight meat train

4sur5  Avec le Candyman de Bernard Rose en 1992, Midnight Meat Train est à ce jour la seule réussite importante parmi les adaptations de Clive Barker. Celles que l’auteur britannique a exécutées lui-même sont naturellement à situer en-dehors, mais il n’y a eu que Hellraiser pour sortir du lot, Lord of Illusions et Cabal étant des produits charcutés et inaccomplis. Cet opus-là est dirigé par Ryuhei Kitamura, réalisateur très populaire au Japon (Godzilla: final war, Versus, Azumi), pour le compte de la maison de production Lionsgate.

Kitamura respecte la nouvelle éponyme et reprend son intrigue torturée, quitte à dérouter le spectateur dans des proportions équivalentes à celles induites par un zombie-movie de Fulci (L’Au-delà, Frayeurs, La maison près du cimetière), quoiqu’il y ait ici un peu de lumière pour avancer dans la nuit. Nous suivons un photographe en quête d’images sensationnelles, marchant dans les pas d’un boucher sophistiqué, qui massacrerait quotidiennement les passagers du métro de minuit. Proche du torture-porn, Midnight Meat Train rappelle l’énergie féroce et la frontalité des films gore du bis des années 1980 et notamment ceux (parfois ludiques) avec psycho-killer urbain (comme Maniac Cop). L’enveloppe est assez luxueuse, avec une photo chic, une atmosphère feutrée et grave.

Le spectacle est grand-guignol et résolument sombre, doté d’un gore clinquant, cartoonesque mais sans humour. Même si les chemins du récit peuvent frustrer par leur complexité ou parfois leur facilité, l’ensemble est assez jouissif. Midnight Meat Train est un de ces ‘petits’ films étincelants. Il a connu un gros échec commercial et des critiques mitigées, mais honore son genre en plongeant le spectateur dans un trip cauchemardesque à la lisière du fantastique. Lorsqu’un produit si intransigeant dans l’Horreur se paie de telles qualités techniques et esthétiques, c’est mieux que stimulant, c’est un début de félicité. Enfin Midnight jouit d’un casting excellent, avec Bradley Cooper en héros borderline, Leslie Bibb et Brooke Shields plutôt magnétiques et Vinnie Jones parfait en boogeyman à l’allure de vigile froid.

Note globale 73

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Maniac/2013 + End of the Line + Saw + Haute Tension + Hostel I & II

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AMERICAN SNIPER ***

26 Mar

american sniper

3sur5   Après Invictus en 2009, Eastwood a signé trois films audacieux de sa part mais quelque peu improbables, s’essayant au fantastique avec Au-delà et aux biopics revisitant l’ère Mad Men de l’Histoire américaine. Portrait de Chris Kyle, tireur d’élite de la Navy SEALs, American Sniper est un morceau plus conséquent. Deux heures très carrées, irréprochables d’un point de vue plastique, propres et limpides. Dès sa sortie début 2015, le film suscite de fortes controverses, se trouvant accusé de vices contradictoires. Il est la plupart du temps accusé d’être un outil de propagande ; timide ou sournois, délibéré ou nuancé, c’est selon.

Dans tous les cas, American Sniper est un des sommets explicites de l’Eastwood chevalier blanc du peuple républicain. Le cinéma de Clint a presque toujours été de ce côté-là, adoptant parfois un langage trop ciblé pour que toute sa richesse soit perçue hors des frontières américaines ; notamment pour Les Pleins pouvoirs, relayant cette phobie états-unienne du gouvernement fédéral et touchant à cette essence justifiant l’ampleur du ‘complotisme’ aux USA. Dans American Sniper, Chris Kyle est un héros américain, bras droit d’une violence ‘bonne’ et d’une virilité civilisée, insoumise aux caprices du temps et néanmoins morale.

Eastwood en est emphase avec ce type, mais ne l’instrumentalise pas à dessein politique. Le héros est bien ce Chris Kyle. En contradiction avec l’Hollywood contemporain et surtout ses troupes, American Sniper n’accable pas les forces armées de sa nation et préfère s’attacher à la crème présumée de ses maillons. Le parcours de Kyle est sous l’emprise d’une certaine fatalité et de la coercition, ces deux-là donnant l’impulsion à une mythologie réelle, très concrète, même si son prix est lourd. Le début du film est cinglant, où Kyle est la proie d’une éducation manichéenne et dure, avec la perspective de devenir un protecteur. C’est déjà un être fort, droit, disciplinant sa nature ‘supérieure’ au bénéfice de la communauté et d’un idéal du Bien. Ce conditionnement permet de l’amener à sa vocation sans égarements ; et sa vie sera effectivement très concentrée, faisant de lui un individu assertif et simple, sans écarts ni aventures.

Le réel Chris Kyle apparaît blanchit par l’interprétation de Bradley Cooper. Le sniper du film est un brave gars avec, probablement, ses légères zones d’ombres, mais surtout une forme de sainteté ordinaire, dépourvue de la moindre parcelle d’excentricité ou de de ferveur suspecte. C’est également un bon citoyen, vivant sincèrement, individuellement d’abord, le traumatisme du 11 septembre, avec sa femme (aussi badass que lui). Le Chris Kyle d’Eastwood est la sagesse bonhomme faite homme ; le réel serait plutôt un prédateur assumé et arrogant. Eastwood souscrit à l’hagiographie et termine son film sur un générique de lyricien patriote. Mais, quand bien même il s’en remet alors à de quelconques conventions ou à un cahier des charges partisan, tout son travail est encore une commémoration de cet homme, pas à la gloire de l’Amérique ou d’une intervention militaire (tout en étant ouvert à la récupération).

Et même si le film peut se poser comme un produit sentencieux, une espèce d’hommage de service public, il évacue le politique au sens pragmatique : les forces et leurs stratégies ne sont pas dans son discours, il n’y a que des décors et des contextes. L’ennemi, les enjeux géopolitiques, n’ont aucune place ; à travers le viseur et les rencontres de Chris tout au plus. Là aussi American Sniper met clairement en évidence le point de vue de Kyle et sa distance (biologique) par rapport à la mission, qu’il ne ressent pas vraiment et n’a pas la nécessité d’interroger. Ce qui peut le concerner est d’ordre éthique voir affectif (hésitations lorsqu’il faudrait abattre un enfant), toutefois il demeure déterminé, opérationnel et imperméable. S’il est ici en Irak, c’est en tant que soldat dévoué. Ce n’est pas un fanatique de la gâchette ou un ange de la mort, il est concentré sur les aspects positifs de sa mission, garde une distance totale avec ses actes.

Les exécutions, voir les boucheries, ont quelque chose d’aseptisé ; il en est un contributeur mais presque absent. Sur le champ de bataille c’est une machine virtuose. Ce n’est ni bien ni mal, c’est le prix du bien et la méthode pour honorer son devoir envers la maison qui l’a enfanté et construit en tant qu’homme. C’est une nécessité et la conséquence logique de sa vie ; s’il la niait, ce serait comme refuser de suivre un destin taillé pour lui, épousant parfaitement ses formes. S’il était autre chose, il serait un être absurde, d’autant plus qu’il n’aurait pas de cap à suivre, pas de fantaisies ou d’ambitions ; car son âme est vierge de toutes ces déviations et ces vanités, elle est lisse et prête pour un engagement sans failles. Sans ce lien-là, Kyle serait un atome dérisoire, bon à s’éteindre dans une petite vie de rien du tout, bon à rien éventuellement, un vrai fantôme à l’énergie blanche dévoyée.

Note globale 63

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Du Sang et des Larmes + Robocop/2014 + Homeland 

2015 sur Zogarok >> American Sniper + Birdman + Foxcatcher + Hard Day + Il est difficile d’être un Dieu + The Voices   

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