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AD ASTRA **

22 Sep

2sur5 C‘est un film contemplatif grand-public face auquel la méditation a toute sa place ; le public fera l’essentiel et pourra diverger ou approfondir, les auteurs préfèrent conserver leurs humeurs brumeuses et leurs réflexions cachées. Le film lui-même n’a pas grand chose et surtout rien d’éclairant à prononcer ; il nous place justement dans une perspective où la parole et la pensée deviennent futiles.

Par conséquent il est légitime de ne rien questionner. Le robinson a décemment digéré sa quarantaine volontaire, les obstacles dégagent ou s’entre-tuent bêtement, les responsabilités et les menaces ne pèsent jamais lourd sauf peut-être un micro-instant nécessaire à soulever des résidus d’adrénaline (un rappel régulier que l’affaire est spectaculaire, mais limité car il faut viser au-delà de ces petits sentiments consuméristes de spectateur). Tout est safe au nom de la grandeur (pas par paresse ou déni !). Dans une telle configuration, logiquement, il doit rester des miettes. On nous enseigne l’importance d’accepter qu’il n’y ait rien à trouver, la valeur du contentement à partir de l’ici et maintenant. Le bonheur est toujours sous les yeux. Quelle idée que d’aller farfouiller dans les abstractions ou s’embarquer dans des expéditions folles ! L’homme est un glouton funeste ! Et un mouton triste ! Et Ad Astra a raison de se positionner de façon sceptique, finalement en garde-fou allégorique, face aux mirages de l’espace ; son réalisateur notamment doit anticiper le retour des fantasmes de masse et grandes promesses de ce côté et relever tout ce qui déjà y participe. Il conçoit la grandeur d’un tel sujet, son film sait donc flatter cette tentation et évite de la salir, l’épargne le plus longtemps possible.

Néanmoins en dernière instance, l’amour et le refus de la solitude sont là pour nous soigner et modérer, le reste n’est que vanité ! Aussi même si la beauté voire la délicatesse du film peuvent nous leurrer sur l’intégralité de la séance, celle-ci ne va pas loin ; on est intellectuellement dans l’expectative, puis trop platement floué pour sentir une frustration sérieuse ; et à mesure qu’on s’éloigne de la salle, ce film gentiment planant et agréable tombe en poussières. Au jeu des comparaisons Ad Astra est mal loti et relativise l’importance des défauts de récentes grosses productions ciblant l’Espace. Interstellar est infiniment plus étoffé, First Man fournit un climat émotionnel plus nuancé, Premier contact est peut-être un peu fumeux mais c’est qu’il a payé sa prise de risque. Gravity assumait par défaut sa nature de thriller disneyen, donc au pire on s’ennuyait simplement et s’il diffusait une morale gênante il fallait s’accrocher pour la relever. Le vulgaire Passengers allait au bout de son idée, sérieusement connectée aux besoins et au tragique humain ; le non moins grossier Life origine inconnue se chargeait de nous divertir et y parvenait probablement. Si on remonte plus loin on peut trouver une antithèse à Ad Astra, également fondée sur une quête du père et une poursuite de son œuvre : le carrément mielleux et aussi sûrement mésestimé Contact. Ces concurrents ne sont pas mirobolants mais tiennent debout et sont naturellement inspirants, alors qu’Ad Astra est trop plein de ce qu’il nous montre pour s’ouvrir à d’autres possibles et, tout simplement, se soucier de tempérer ses incohérences.

Qu’il n’y ait rien de neuf n’est pas un drame, mais beaucoup trop de choses clochent dans cet espèce de Solaris américain. De nombreux dialogues sont vaseux ou creux à en devenir bizarres, l’écriture et tout ce qui relève de la conception des personnages semble éteint. Des incongruences sont laissées en plan et digérées par de nouvelles ou simplement grandissent dans l’oubli. Il n’y a rien d’évident dans le traitement dont écope Brad Pitt lors des scènes importantes, des rencontres ou nouvelles étapes. Le scénario doit être trop une notion archaïque, ou alors c’était une lourdeur mortifère qui nous ramenait dans le champ des illusions modernes et pré-modernes : quoiqu’il en soit on l’a flanqué par-dessus bord. Le flux de belles couleurs et d’images léchées compense d’ailleurs décemment l’absence de difficultés ou de barrages à cet aller-retour sur piste étoilée (même si nous n’avons pas l’originalité visuelle ni la riche palette de Blade Runner 2049). On devrait trouver étrange qu’il faille simplement un engagement long donc coûteux pour arriver au bord de l’univers et à portée des éventuels extraterrestres ; malaise sûrement aussi ingrat que celui qu’on peut ressentir à la réaction immédiate au second message (c’est pourtant évident, même les ours visionnaires ont des petites faiblesses au cœur) ou lorsque Braddy rejoint aisément l’équipage au moment de l’envol (les pauvres ralentisseurs ne servent qu’à éviter l’invraisemblance extrême digne du nanar et ont surtout une vocation symbolique). Il vaut mieux accepter l’état de flottement et donc ce climax dans le douteux avec le bouclier anti-astéroïde artisanal : rien n’arrête notre ‘anti’-héros taiseux dans la marche vers son destin.

Malgré ses airs de tout considérer par en-dessus cet Ad Astra nous pond bien un discours précis. Il est dépressif mais en mode pantouflard ou régressif, sans avoir encore cet élan sincère pour l’inconnu, cette sorte d’espoir morbide que manifestait Annihilation. Ici nous sommes davantage dans une posture de revenu de tout en train de [prétendre] trouver du charme à ces habitudes, ce plancher pour mammifères – en s’y forçant par politesse et par une certaine noblesse, souverainement toxique et nihiliste bien qu’elle se présente sans reproches. Chaque mode autorise un jardin, alors on garde un œil sur l’océan d’évasions perché là-bas, en l’enfouissant obstinément – comme cet homme s’appliquant à compartimenter et intérioriser. C’est une fuite légitime de ces diversions cosmiques pour revenir au réel et faire face à la banalité, chercher de la chaleur, dans ce monde fini ; bref un point de vue d’humain fatigué prenant sur lui pour y croire ou rester focalisé et éviter l’overthinking car ça le rend malheureux et ne mène à rien. Or même dans les baudruches du même moule (Hollywood) on voit d’habitude l’agitation naine, les gens autour, leurs motivations certes simplettes. Ad Astra ne laisse personne vivre ni l’ouvrir. Que de beaux gains grâce à ce ménage : des gesticulations futiles réduites au minimum, pas de niaiseries ou de trompettes, peu d’humains donc peu de bruits et d’odeurs ; mais pour quel dépassement et à quel prix ? Nous arrivons ici en-dessous de la peur et du défaitisme, dans des eaux où plus rien ne compte et où même l’essence reptilienne des individus apparaît comme une mesquinerie. Tout est subordonné à un monologue distant et épuré, qui semble depuis longtemps en mode automatique. Il est permis de rêvasser mais sans plus rien percevoir (donc sans transformation possible) et sans volonté ou imaginaire un peu intense, en aseptisant même la vie intérieure. Ad Astra c’est l’inflation négativiste d’une humanité sous médocs emmitouflée dans les rayons safe de Soleil vert.

Note globale 52

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…  Mission to Mars + Sunshine + Apocalypse Now  

James Gray : Little Odessa + The Yards + La nuit nous appartient + Two Lovers + The Immigrant + The Lost City of Z

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MINI-CRITIQUES 8 (2018-1)

5 Mar

Hook ou la revanche du capitaine Crochet ** (USA 1991) : Signé Steven Spielberg et doté d’un gros casting (avec Julia Roberts en fée et Dustin Hoffman en capitaine pirate). La morale et les moments avec les enfants prêchent chacun à leur façon pour une morale et une joie humbles et conventionnelles, prenant l’imagination comme opium. La séance est sympathique mais prévisible en tous points. Ni fausses notes ni grands et beaux moments. Robin Williams montre encore, encore, l’étendue de ses talents, tout en paraissant exactement le même. (56)

Your Name. ** (Japon 2016) : Néglige la cohérence de son concept et parfois même le corrompt au bénéfice de surenchères ‘romcom’. Très joli et plutôt agréable, mais gâché par ses préférences infantiles. (62)

Vape Wave * (Suisse 2016) : Documentaire diffusé sur LCP, pas sorti en salles mais projeté dans plusieurs pays, pris en charge par Jan Kounen (narrateur ‘cobaye’ et réalisateur). Les saynètes et les effets, puis les laïus d’effarouchés, dominent les faits et l’éclairage (brut, amélioré ou approfondi, peu importe). Le vapotage est présenté comme une pratique mal perçue, accablée par des fantasmes relayés par les médias, parfois persécutée. Les fumeurs également sont plaints – ils sont victimes de ces gens et organisations n’acceptant pas encore que la vie puisse être douillette. La séance est un mélange de conventionnalisme, de foires d’egos en douce et d’exercice de style en roue-libre ; la véracité est d’autant plus sujette à caution.

Mais en tant que film ou même clip et non documentaire, Vape Wave montre régulièrement une marque propre et le talent créateur de Kounen (qu’on apprécie ou pas ses applications et ses motifs – je ne les ai pas appréciés). Malheureusement cela représente une petite portion, concentrée au début (et dans le futur). Le reste est une publicité à peine masquée, ou une propagande de service public et/ou de collaboratifs ‘consciencieux’ socialement, avec toujours un ton infantile, complice, secrètement d’un sérieux absolu et plombant (régressif). Les petits sketchs sont forts mous, l’imitation par Kounen de la ministre de la santé est un bonheur soudain. Enfin tout ça aurait pu être massivement raccourci. (38) 

La vie de château ** (France 1966) : Comédie de Rappeneau où la jeune Deneuve n’est pas gâtée par son personnage (bien qu’elle-même soit flattée par les hommes – au point d’attirer une exultation troupière, incompatible avec les mœurs ‘anti-sexiste’ 52 ans plus tard). Le film a des points communs avec Papy fait de la résistance mais n’est pas si chargé que lui. Sa légèreté le tire parfois vers la mollesse. Personnages ‘mono’ mais sympathiques. (62)

Star Wars – L’empire contre-attaque *** (USA 1980) : J’ai apprécié le premier opus la semaine précédente, également vu lors de sa diffusion sur TF1. Je sais que cet opus au moins ne fera jamais partie des films que j’aime ou respecte particulièrement, mais j’ai bon espoir pour les deux suivants, qui semblent dotés de ce qui manquait ici – les décors fastes, les arguments déjà réglés pour l’épopée.

Le 2e ou 5e épisode est effectivement supérieur en terme de mise en scène et de divertissement. C’est du grand spectacle, sans les côtés boiteux du premier. Cet opus est relativement sombre, très vif, comblera celui qui se laisse aller. Les décors, la photo (les couleurs !), les gadgets sont remarquables. Les personnages emblématiques gagnent en épaisseur : Yoda est une excellente recrue, qui déniaise un peu les tendances religieuses ou à défaut les étoffe ; Dark Vador gagne en charisme, sa mission et son passé se définissent. En revanche les personnages du groupe principal ratent leur décollage : les deux robots piétinent, la princesse et Harrison Ford entretiennent une relation un peu absurde, mais individuellement ils affinent leurs styles. Chewbecca est superflu mais son incongruité finit par le rendre bienvenue (ses grognements ressemblent à des pleurs d’autiste). Je comprends toujours mieux l’adhésion à Indiana Jones mais j’ai cette fois franchement (même si légèrement) aimé, tout en y voyant de nombreux défauts et pas l’ampleur d’une épopée culte à ce point, notamment lors des combats. (68)

Scoop ** (USA 2006) : Vu à la télé, comme tous les autres sur cette liste à l’exception de Your Name et de Slaughterhouse. Woody Allen est très drôle, parfois sa satisfaction personnelle est un peu trop visible et parasite la vraisemblance (idem pour Joansson, son amusement déborde au bar par exemple). Séance très plaisante, même si le scénario est assez fainéant surtout pour conclure et pour renforcer le réalisme (un millionnaire doublé d’un probable tueur en série se montre si insouciant, ne cherche ni n’obtient d’informations sur cette fille sortie de nulle part ?). (58)

Hatchi *** (2010) : Inspiré d’une histoire réelle, produite au Japon début XXe, transposée aux USA. Le protagoniste humain est joué par Richard Gere, c’est un gentil petit-bourgeois, un professeur de piano épanoui habile au barbecue comme dans sa petite société. Il connaît tous les gens de son circuit quotidien et ne montre jamais d’émotions négatives ou antagonistes : un véritable ravi de la crèche avec le cadre assorti. Et c’est tant mieux. Le film est très niais, mais carrément niais, sans trembler – de la niaiserie pour enfants et pour gens qui ont vieilli et du tire-larmes efficace pour tout le monde. Offre quelques vues subjectives du chien (noir et blanc et couleurs altérées). (68)

La taverne de l’irlandais *** (USA 1963) : Positif comme le précédent, sans la tristesse. Se gâte un peu après la rencontre avec le père, soit au bout d’1h10 environ. Finalement John Wayne vaut bien Gabin (mais c’est une confirmation, pas une révélation). Le personnage de Lee Marlin est insupportable et méritait ce qu’il s’est ramassé ; dans l’ensemble, ce film est plein de justes leçons. Un ‘feel-good movie’ à sa façon, signé John Ford, l’auteur du populiste Les raisins de la colère. (72)

Le Cid *** (USA 1961) : Une adaptation très ambitieuse (de Corneille), superproduction de trois heures avec une foule de figurants, de décors, de couleurs éclatantes (Technicolor). Un excellent film de cape et d’épées, excellent film de type ‘saga’ ou super-soap aussi (rétrospectivement). C’est un grand plaisir jusqu’au-moment où la lassitude l’emporte – elle n’a plus qu’a grignoter doucement le reste du temps. C’est aussi un des derniers films dirigés par Anthony Mann, meilleur que les autres que j’ai vu de lui (Je suis un aventurier, Les Affameurs). (68)

Ulysse ** (Italie 1954) : Représentation directe (à tous points de vue – voilà un [relatif] péplum de moins de deux heures), théâtrale au début, charmante, avec une tendance à la mollesse (mais jamais au point de ‘lâcher’ vraiment). Face-à-face Quinn/Douglas comme dans Le dernier train de Gun Hill cinq ans plus tard. (62)

La Fin des temps *** (USA 1999) : Schwarzenegger vs Satan incarné. Humour grotesque, héros devenu cynique et voué à se racheter, degré premier ou zéro – qui déplaît puisque la religion est dans l’équation. J’ai aimé et me suis amusé. Les interprètes sont très bons (comme à leur habitude). Premier vu de Peter Hyams. (66)

Rescue Dawn **** (2007) : Un film d’Herzog passant à la télé hors-arte et même sur NRJ12 ! Cette anomalie est due à la présence d’un acteur AAA, Christian Bale. L’enrobage est légèrement plus classique (photo, mise en scène, montage, même la musique) à cause des parties impliquées dans la production. Le début et la toute fin ramènent aux joies (diverses) du troupier, le reste est un dur égarement dans la jungle. Les militaires (et autres) ne sont pas présentés de façon manichéenne ou idéaliste. L’excentricité du personnage principal (Dieter Dangler) est plus flagrante que dans le documentaire lui étant consacré précédemment réalisé par Herzog (Petit Dieter doit voler). Cette excentricité n’implique pas d’aberrations. Excellent film de survie dans la jungle, de détention (puis d’évasion), sur la démence. 400e noté 8/10 sur 3583 films sur SC. (78)

Riens du tout *** (France 1992) : Premier film tourné par Klapisch, dont je ne suis pas client, ni la cible. Satire du monde de l’entreprise et de ses petites mains. Léger et piquant, archétypes efficaces (assez ridicules et assez vraisemblables). Les ‘casseurs’ (des cracheurs dans la soupe) sont présentés positivement puisqu’ils sont les seuls à avoir du recul, même si c’est par névrose pour certains. Le jeune faux loubard, sorte de fil narratif par défaut, est dans ce cas ; je l’ai trouvé méprisable, comme son camarade négativiste et le crétin professeur de musique. Le film garde tout de même une certaine lucidité même sur ces sales gosses qui ont le bon rôle. M’a tout de même semblé légèrement ‘long’ pour un film d’1h30, sûrement car on se fatigue de l’effet catalogue. (64)

Le Capitan ** (France 1960) : Sorti dans la foulée du Bossu, avec les mêmes arguments. M’a paru radicalement meilleur, quoique s’englue aussi – les aventures valent mieux que les intrigues. Le duo Bourvil/Marais fonctionne et les farces de Bourvil sont efficaces, dans un registre enfantin et bouffon. (58)

Ennemis rapprochés ** (USA 1997) : Tandem Ford/Pitt, dirigé par Alan J.Pakula, spécialiste du thriller judiciaire/politique et auteur du fameux Les Hommes du Président. Un peu policier, un peu sentimental, un peu action, très ‘dramatique’ dans le ton et sans grand intérêt. Malgré des atouts supérieurs, a la même valeur pour le spectateur ou consommateur qu’un téléfilm amorphe et correctement ficelé. Une chose plaide pourtant en sa faveur : ces personnages réalistes, qui ne semblent pas tirés des conventions du cinéma et ne font jamais ‘tache’, médiocres ni caricaturaux (idem pour le récit, moins pour la façon de le présenter et dérouler). (46)

9 mois ferme ** (France 2013) : Sixième film tourné par Dupontel, druckerisé et donc loin de la fureur de Bernie, mais regonflé par rapport au Vilain. Son duo avec Kiberlain est excellent, le lourdaud/victime tient un numéro amusant. Court et efficace, sauf sur la fin, gâtée par les sentiments. Mise en scène colorée, avec quelques emballements [heureux] pour passer des propos lourds. (62)

Cartouche *** (1964) : Une des collaborations Broca – Belmondo, deux ans après le jubilatoire Homme de Rio. Inspiré d’un personnage réel du XVIIIe, sorte de ‘robin des bois’ et de terreur, dont on retient ici le potentiel affable et romantique. Interprétations très affectées. Fait le choix des sentiments voire de la tragédie dans la dernière partie, autour du cas de Claudia Cardinale. Énergique, film d’aventures enthousiasmant le reste du temps, quoique laissant peu de traces. Film de cape et d’épées à gros budget bien visible dans tous les cas, malgré des légèretés dans la mise en scène. (64)

Le choix des armes ** (1981) : Réuni Deneuve, Big Gérard et Yves Montand, sous la direction d’Alain Corneau (Série noire, Police Python 357, Crime d’amour). Beaux ou bons décors, quelques séquences remarquables autour du trio (romantiques avec Deneuve/Montand, ou explosives avec Depardieu – comme le passage à la station-service). Trop long. (58)

Slaughterhouse, l’abattoir de l’angoisse * (1987) : Slasher digressant depuis le cas célèbre déjà source d’inspiration de Texas Chainsaw Massacre (1974). La mise en place avec les prétendus ados est fausse et régressive d’une manière qui démoraliserait les parodistes. Une part de farce cohabite avec la franche horreur. Tout un univers passe autour de cet abattoir et d’un filtre cochon, mais le décollage et l’approfondissement n’auront pas lieu. Il reste le travail sur la musique, les cris de cochons, le duo de cinglés et des petites références pour gourmets et goreux (‘la fête du porc’, l’anecdote des empreintes digitales douloureuses). Le complément du titre est spécifiquement français. (42)

Fast & Furious : Tokyo Drift * (2006) : Premier F&F antérieur au 5e que je découvre. Très kitsch (dialogues, relations). Du Crash pour fans de tunning. Quelques bizarreries de continuité. Trop léger et répétitif, juste deux-trois ‘tournants’ dans l’histoire. (32)

Fast & Furious 7 ** (2015) : Après deux opus mieux réputés (ceux que j’ai vu, en plus de Tokyo Drift), la réalisation a été confiée à James Wan. Cet épisode est d’un niveau supérieur aux précédents, également aux autres productions de masse ou franchises dans le domaine de l’action-movie. La photo et les effets spéciaux sont assez brillants tout en étant communs. Le film est souvent simpliste pour soutenir son déroulement et l’introduction de gadgets. Il vire en mode BD avec des sauts d’immeuble ou le débarquement surréaliste à la montagne et retrouve de la beauferie (bling-bling) à Abu Dhabi. Il contient beaucoup de moments sentimentaux, lourds sans être indigents, jusqu’à la diapo où frère Diesel ressasse sa relation avec frère Brian – aka Paul Walker, acteur décédé sur le tournage. (62)

Libre comme le vent ** (1958) : Western sur la forme et drame en pratique, avec les aléas relationnels d’un Steve au centre (Robert Taylor) – avec son frère (John Cassavetes), avec une nouvelle arrivante (Julie London) et dans une moindre mesure avec la communauté. Court et lourd, conventionnel dans ses procédés et ses jugements plutôt que vraiment niais. Animalise un peu le Tony, comme une sorte de nerveux malfaisant et fébrile. Joli habillage. (58)

10 canoës, 150 lances et 3 épouses * (Australie 2006) : (concours de) Bites à l’air libre, chasses, épouses, intrigues relationnelles médiocres, rites et combats : la vie dans cette communauté est des plus dissuasives. Construction instable (portraits/ récits/ enchâssements et répétitions), développement lent. Sous-titré, langage anglais et aborigène. Des passages en noir et blanc. (38)

The Lady * (2011) : Un des regrettables Besson, réalisateur dont je trouve les films habituellement potables, légèrement bons ou simplement mauvais. Besson a voulu s’exprimer sur un symbole vivant et incarné de la lutte contre les tyrans, contre la corruption, pour le pouvoir du peuple par le peuple. Il vient à un moment où tout le monde peut dire du bien sur une ersatz [perçue] de Gandhi. À cette fin il enjambe plein de faits et de nécessaires ambiguïtés. Le film est niais, ses méchants grossiers et mono-traits avec une surface encore plus réduite que pour les autres. Il dramatise à outrance, jusqu’aux petites souffrances d’une otage (et le dilemme avec sa famille). The Lady est une BD mielleuse et donc une misère pour un biopic. Tout comme le ciné-gentil n’a aucun intérêt pour traiter la politique (sauf du point de vue d’un larbin ou de son maître). The Iron Lady à la gloire de Thatcher, à peu près aussi partisan et un peu moins aveugle, en tout cas pas unilatéral, vaut largement le double voire le triple de cette bêtise. Séance débile quoique pas désagréable et sans longueurs. (28)

Bons Baisers de Russie ** (1963) : Mon initiation à James Bond ! Avec une vieille lesbienne dure et traître à la patrie soviétique. Des moments repris dans OSS 117. Agréable mais futile et trop lent. (54)

La Mort en direct *** (1980) : Vu pour le thème et à cause de la direction par Tavernier. « La mort est la nouvelle pornographie – la nudité ne choque plus personne ». Initiative intéressante mais tendance à s’affaler ; manie (constante dans les futurs docs ou fictions sur la télé-réalité, comme Le jeu de la mort) de compatir formellement et de pointer le gouffre entre la mécanique ou le système et un ou deux humains mâchés dans le processus. Tourné en anglais avec des acteurs US dont Harvey Keitel. Emet le sentiment qu’il n’y a plus de drames et qu’il faut trouver de nouveaux dopants et divertissements à l’Humanité, qui s’ennuie dans son confort pour une part moisie. Le film lui-même offre une aventure authentique, avec vagabondage romanesque et semblant de romance tragique. En conclusion, il indique avoir été tourné en Écosse et à la mémoire de Jacques Tourneur. (68)

2 fast 2 furious ** (2003) : Bien meilleur que le suivant (Tokyo Drift) et au niveau des 56, en étant différent : plus coloré, plus émotionnel, plus sensuel et moins puissant. Un peu crétin, vulgaire, transparent, généreux. Casting sympathique. Finalement, c’est le plus aimable et enjoué que j’ai vu, après le 7e opus – c’est donc le meilleur après lui. (54)

Tellement proches ** (France 2009) : Troisième du duo Toledano-Nakache, autour d’embrouilles d’une famille supposée dysfonctionnelle. Recyclage joyeux et grand-public des clichés en terme de caractères et parfois en terme de vannes. Efficace et simpliste. Niaiserie ravageuse (et convenue comme le reste) dans la dernière partie. (48)

Au Service Secret de Sa Majesté ** (1969) : Second que je vois de la franchise, à nouveau sur FranceO. C’est un James Bond à part, avec l’australien George Lazenby et une ‘vraie’ romance avec engagement. Les décors (dans les montagnes suisses) et la musique forment les points forts. L’action (non le rythme) comble le vide. (48)

L’étudiante et monsieur Henri ** (France 2015) : Auto-adaptation d’une pièce de théâtre par le réalisateur qui avait commencé fort mal via Irène. Vu à la télévision où il paraît au mieux. Naïveté et réalisme, bons mots, bons interprètes. (58)

Bob le flambeur ** (1956) : La raideur habituelle de Melville est poussée à son comble, la lenteur est toujours de la partie et affecte surtout le scénario. Tout est dans le style pour cet espèce de cartoon très langoureux, propre et superficiel(lement ‘noir’). Avec un braquage en perspective, c’est en fait un film de gangsters, dotés du swag de l’époque. Les démêlées du groupe et les faiblesses des personnes occupent presque tout l’espace, l’action est rare, les buts restent mous, la direction est floue. (56)

Fatima ** (France 2015) : La femme du titre est une femme de ménage peu intégrée en France, avec deux filles qui elles parlent le français et n’ont pas grandi au bled (recrée sur place par les bigotes et faute d’accès à mieux). Le film s’attache à sa vie minable sans faire dans le misérabilisme. Il relève d’une école ou à défaut d’une catégorie ‘réaliste’ remplissant un job de fonctionnaire et préférant la vérité sociale à l’art, à la subjectivité (sauf celle d’une ‘héroïne’ mais toujours en plaçant sur elle une expression qui n’est pas la sienne, commente son ressenti de façon didactique). À la rigueur il pourrait être téléfilm et remplirait aussi bien sa mission – ou plutôt sa fonction. Le scénario et le contenu sont minimalistes et sans complexité, mais le film est sensible à son triple-cas, synthétique. La fin abrupte rend l’ensemble assez débile. Dans les quinze dernières minutes la politique commence à s’installer sérieusement et le film ne met plus seulement des mots dans la bouche de Fatima, mais aussi des convictions, les résidus d’une représentation du monde – c’est le rôle de sa lettre, pleine de ressentiment. Le film s’écrase alors : il a pu faire illusion, mais finalement n’est qu’un produit de convaincu, de partisan, qui s’est contenté de faits orchestrés, s’est bien dépouillé, pour installer le terrain et ne dire rien d’autre que ce dont son engagement a besoin. C’est dommage, car il y a de l’efficacité, un joli élan, de l’empathie clinique, une façon de se poser dans la laideur et la bête réalité qui avec davantage de perspective aurait joué un rôle constructif (à une échelle plus large que faire tenir des tranches de vie). (52)

La Ritournelle ** (France 2014) : Film français très classique puisque très humble et portant sur l’adultère avec doutage joyeux et relance à la clé. Donne envie pour un contre-emploi insolite : Isabelle Huppert en femme d’agriculteur (en Normandie). Elle reste une névrosée planant au-dessus ou en-dehors du milieu et de ses fonctions – enfin, une Bovary plutôt qu’une névrosée. Les personnages autour d’elle, sauf le suédois, sont souvent dans la connerie ; elle a une tendance à la fuite, se montre intrépide puis lâche, déterminée mais distraite (elle part à Paris pour retrouver un homme, passe méthodiquement dans tous les magasins de la ligne où il doit se trouver, mais n’a pas prévu ce qu’il faudra lui dire). (58)

Gribouille ** (France 1937) : Vu dans le Cinéma de minuit de France3 avec un préambule peu engageant, où le narrateur n’a de mots que pour les acteurs et les films relatifs. Il indique qu’un remake hollywoodien a été tourné en 1940. Vu pour Michèle Morgan, qui n’est pas à son meilleur dans un rôle pourtant à fort potentiel et approprié (probable tueuse de son amant créant la confusion dans la famille qui la prend en charge). Lourd et traînant. Sorte de comédie à suspense, d’un registre courant dans les années 1930-40. La musique est le meilleur. Raimu chante Gloria In Exelcis Deo à l’Église – l’ensemble des scènes reste insignifiante. (36)

Chérie, je me sens rajeunir ** (USA 1952) : Comédie loufoque ou burlesque de Howard Hawks. J’ai peu accroché au début et sur la fin, aimé les phases de folie ou de régression de Cary Grant et Ginger Rogers, ou encore la participation du singe. Le film se renouvelle trop peu malheureusement et le silence aurait été préférable au laïus final sur la jeunesse en esprit, même s’il dure une vingtaine de secondes (avant le baiser convenu puis ‘the end’). Marilyn Monroe joue une secrétaire-potiche allumeuse (à quel degré de conscience ?). (56)

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Autres Mini-critiques : 9, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 2, 1 + Mubi courts 2, 1

SEVEN ***

16 Fév

seven

4sur5  Seven est le premier film de Fincher. Son Alien 3 est celui des studios, il le renie et classe l’affaire. L’ancien publicitaire s’oriente alors vers un projet un peu plus modeste (le budget passe de 50 à 30 millions de $) qui va devenir le maître-étalon du thriller, imprégnant le genre bien plus profondément encore que Saw neuf ans plus tard (2004). Le film raconte la traque d’un tueur en série conceptuel, basant une série de meurtres pour punir la transgression des sept péchés capitaux. Fincher reprend le procédé classique du cinéma d’action des années 1980 en réunissant un tandem dépareillé en guise de flics en charge du dossier ; mais le buddy-movie est loin, l’union pas tout à fait triomphante.

Cas ambigu. Compte tenu de ses répercussions, Seven ne peut pas être approché de façon neutre. Il est le fer de lance d’un renouveau du thriller, beaucoup plus frontal et focalisé sur la figure du serial killer : il est rétrospectivement conformiste. Et il est surtout un film opportuniste. Seven est un catalyseur plus qu’une pure création, ses codes ne sont pas neufs. De plus, il arrive quatre ans après Le Silence des Agneaux, celui-là ayant également une influence considérable mais moindre, avec une identité moins sommaire, aucunement dissolvable. Et surtout, visuellement y compris, ce n’est pas un film contemporain. C’est justement là qu’est toute la force de Seven et de son propos : c’est un film profondément moderne.

Sur le plan psychologique, la séance est moins intense, mais sur le plan philosophique, Seven est un spectacle passionnant. Il est le témoin du nihilisme de son temps et de sa civilisation, passée au-delà du doute et du désenchantement, pour les consommer dans l’indifférence. Avec ce ‘premier’ film, donc, Fincher atteint déjà l’un de ses climax en terme de représentation de la face sombre de la société américaine. Il ne s’en prend pas à ses mythes comme d’autres l’ont fait, mais bien à son présent, s’enracine dans le quotidien et les images actuelles. À la richesse, il préfère la précision et la radicalité, touchant sa cible de façon directe, cinglante, abstraite mais évidente (s’il est racoleur c’est par cohérence). Dans Seven, le monde est présenté comme particulièrement décrépit ; l’apathie et le dégoût ont gagnés.

L’esthétique du film valide le discours du tueur. De même, le personnage de Morgan Freeman, vieux flic taciturne et blasé au bord de la retraite, est relativement perméable à la représentation du monde que se fait le tueur, comprend d’autant mieux ses plans et motivations, sans toutefois identifier nécessairement leur source et surtout sans avoir sa vigueur. Freeman est trop fatigué pour être révolté, le tueur trop isolé pour accepter la corruption. Le serial killer de Seven n’est pas tant le simple ‘produit’ de son époque, c’est surtout une réaction. Or toute la société pourrait comme lui entrer en réaction face à l’état des lieux. Seules les forces d’inertie peuvent contenir la décadence et freiner la réaction, mais elles ne font que couver les frustrations et les égarements, maintenant un équilibre jusqu’à laisser la nausée gagner partout.

Nous sommes donc dans Sodome & Gomorrhe pour John Doe ; pour Fincher et Kevin Walker (scénariste) et pour William Somerset (Freeman), c’est une idée qui se défend largement et contre laquelle ils n’ont rien à opposer, pas plus qu’ils ne sont armés (ne serait-ce que de l’élan nécessaire) pour la contrer. John Doe vient inséminer le poison final, remède (destructeur – donc ‘nihiliste’ mais de façon circonstancielle) à ce monde nihiliste. Et le spectateur horrifié par ses exactions (car le film va loin) est troublé par ses laïus. Sa morale d’illuminé est peut-être banale : elle l’est effectivement, elle va chercher directement dans les profondeurs les plus grassement manifestes et cadenassées, mettant en relief les contradictions et les résignations de l’époque. L’ambiance dépressive est relayée par le style visuel typique de Fincher, d’une originalité et d’une élégance inaltérables, dans ses tons les plus crépusculaires.

Note globale 78

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Note arrondie de 77 à 78 suite à la mise à jour générale des notes.

David Fincher sur Zogarok >> Gone Girl (2014) + The Social Network + Zodiac + Panic Room + Fight Club + The Game + Seven (1995) + Alien 3

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WORLD WAR Z ***

25 Déc

4sur5  Sorti pendant l’été 2013, World War Z est le tout premier blockbuster impliquant des zombies ou « infectés ». Dans son rayon, il est largement à la hauteur de 28 jours plus tard (de Danny Boyle) et même, en mesurer de consoler les impatients en mal d’une nouvelle dose de Walking Dead.

World War Z est une adaptation du roman éponyme de Max Brooks (2006). C’est lui, avec son Guide de survie en territoire zombie (2003) qui a contribué à populariser le zombie et le survivalisme ces dernières années. Le réalisateur suisse Marc Foster (Quantum of Solace, Neverland) travaille donc avec les outils de référence dans son sujet et cette exploration pour le grand-public est une réussite totale.

La sensation est un peu similaire à celle éprouvée devant Inception : concept et identité forts, spectacle absorbant et intense, course limpide avec sa dose de complexité et même de mystères (les moyens de mettre fin à l’épidémie, les prédictions ésotériques). Il faut attendre la fin du métrage, assez recueillie après de poignantes aventures, pour relativiser son ampleur. On se sent manipulé de la meilleure des façons.

Et on comprend que les enjeux ne sont pas si abstraits ; le raffinement se situe ailleurs que dans le commentaire politique (digéré et en lien avec le réel, mais négligeable), il est dans une vision emphatique et jamais farfelue d’une réalité extraordinaire, inconcevable, levant toutes nos défenses. Pour ce plongeon, World War Z exploite de gros moyens, un rythme frénétique, illustre la contagion sans frein. C’est un survival élégant et sans fausse pudeur, avec un Brad Pitt héroïque. Une belle chorégraphie des instincts en action.

Note globale 76

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