Tag Archives: Bill Murray

BROKEN FLOWERS **

30 Avr

broken flowers

2sur5  Don Johnston est un ancien séducteur, aujourd’hui stoïque. Son élan vital semble perdu à tout-jamais et il se résigne machinalement à retrouver une énième fois sa condition de célibataire endurci alors que sa dernière conquête s’enfuit. Il reçoit alors une lettre anonyme lui apprenant qu’il est père d’un fils le recherchant. Son ami, grand lecteur et se prétendant rédacteur lui-même de polars, le pousse à retrouver son fils. Johnston l’apathique entreprend alors le voyage, sans conviction.

S’ensuit alors un semi road-movie dans le ton habituel du cinéma de Jarmusch, léger et affable, doux et perplexe. C’est du mélancolique cotonneux, sans vraie mélancolie, sans tourments non plus, juste ce mélange de sidération bonhomme et de patience, avec un héros avançant dans un réel sans brouillard, sans promesses non plus. Broken Flowers vire au film à sketches, fatalement, avec les retrouvailles des anciennes amantes devant lesquelles Johnston arrive, l’air neutre mais présent derrière son bouquet de roses.

La séquence avec Jessica Lange, avocate reconvertie en communicatrice pour animaux, est la plus sympathique. Le spectacle dans son ensemble est mou et plaisant, n’allant nulle part comme son héros s’en doutait. Il n’y aurait absolument aucun intérêt si cette atmosphère ne retranscrivait pas la solitude d’un homme dont l’âme s’est envolée et l’humanité évanouie à un niveau juste fonctionnel. Jolie manière d’anticiper les lendemains moroses des dandy et don Juan tout vides sous leurs masques.

Note globale 53

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Suggestions…

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Jim Jarmusch sur Zogarok >> Only lovers left alive + Broken Flowers + Dead Man + Stranger than Paradise

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MOONRISE KINGDOM *

24 Avr

moonrise kingdom

1sur5  La patience n’est pas une vertu inépuisable : il vient un moment où on ne peut plus demeurer tolérant face à ce qui nous exaspère instinctivement. Ce moment est arrivé pour moi avec la découverte de Moonrise Kingdom, après La Famille Tenenbaum et The Grand Budapest Hotel, prises de contact stimulantes tout en étant assez pénibles, me laissant un arrière-goût amer, surtout dans le premier cas. Wes Anderson a un talent très prononcé pour la direction d’acteur et surtout un style fort : grandiloquent, haut-en-couleur, potentiellement euphorisant.

Mais c’est un cinéma sans tripes et rose bonbon, prenant le parti de la fantaisie creuse et du caprice enfantin, éludant toute violence et profondeur. Il en résulte une sensation de bonheur obligé, une brutalité bien plus désagréable au cinéma que celle d’un drame humain ou d’un pseudo-documentaire ouvertement prosélyte. Cette tendance, toujours présente, y compris dans Fantastic Mr Fox, atteint son paroxysme dans Moonrise Kingdom, ironiquement l’oeuvre la plus louée de Wes Anderson jusqu’à Budapest en 2014. Le camp de scouts de l’île Prudence (Rhode Island) est le théâtre d’une éloge crétine de la supériorité de ‘l’imagination’ sur la morne réalité des adultes.

Le caractère visionnaire des enfants les poussent ainsi, d’une part à répandre leurs délires sans souscrire aux règles des adultes, d’autre part à prendre leur relève en étant responsables tout en sachant rester joyeux, vivants et plein d’espoirs. Exactement ce que les adultes ne sont pas, naturellement, d’ailleurs Anderson inverse les rôles et nous montre des adultes déraisonnables, s’agitant inutilement. Moonrise est donc une croisière en ultra-Burtonie, les pires aspects du créateur de Edward étant comme radicalisés et supplantés. Ses dualités sociales et existentielles pour pré-adolescent emo sont terrassée par le délire démagogue et niaiseux d’Anderson.

Le carnaval selon Anderson consiste aussi à mettre en avant les deux jeunes acteurs novices, entouré par un cortège de grandes stars. Car c’est un casting quatre étoiles : Edward Norton (toujours aussi fatigué), Bill Murray (remarquablement sous-exploité), Tilda Swinton, Frances McDormand (la flic de Fargo) sont là, avec également des acteurs moins twee qu’à l’accoutumée : Bruce Willis (souvent au bord des larmes), Harvey Keitel (dans un second rôle). De leur côté, Kara Hayward/Suzy et Jared Gilman/Sam sont les parfaits dégénérés de cette île-monde, précocément en bout de course : créons-nous des drames pour remplir nos existences cotonneuses, meubler notre vacuité, s’encanailler et s’exalter en se prenant pour de grands démiurges en herbe ! Suzy est tellement vaine qu’elle en arrive à voler pour avoir un secret.

Ce monde-là, définissons-le. Il y a une esthétique Castors Juniors a-priori, univers correspondant bien à celui d’Anderson ; mais les Castors c’est encore trop pour Moonrise Kingdom. Ici l’aventure est réduite au minimum, il n’y a pas de codes d’honneur ni d’aspiration à grandir, juste celle d’imiter l’autorité (les militaires, les gestionnaires en tous genres) en leur donnant un visage plus ‘farce et attrapes’. On est plutôt dans Stand By me, mais avec des débiles bien encadrés au lieu d’enfants en marche, prêts à affronter la vie, se découvrir, oser vraiment, pas oser jouer à Denis la malice en prenant des airs graves.

Enfin il y a tout le pittoresque bidon de cette balade à la candeur exténuante : l’un des éléments les plus affreux est ce narrateur ridicule, avec son allure folklo débile et son air satisfait de vieux hippie enrhumé. Il y a trop de sucre et de déjections choupi dans ce film, avec d’ailleurs petits animaux à volonté et propension au lolcat inoffensif. Ajoutez à cela ces êtres oscillant entre la mollesse et l’hystérie, vous avez : Moonrise Kingdom, une certaine idée de l’enfer, avec son cortège de facéties écervelées et ses convulsions grotesques de faces de lune sous prozac. 

Note globale 28

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Suggestions… Mister Lonely

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SOS FANTÔMES & SA SUITE **

6 Juil

SOS FANTÔMES **

2sur5 De Gremlins à Retour vers le futur en passant par SOS Fantômes, la décennie 1980 est marquée par l’expansion d’une nouvelle catégorie, la comédie fantastique. Ces trois films ont marquée leur génération et ont générées des suites parfois tout aussi  »cultes ». Il est possible de rester totalement en-dehors du délire, c’est particulièrement le cas pour SOS Fantômes, produit assez vain et somme toute très conventionnel, dont l’identité lâche fait le charme pour ses amateurs.

 

Brassant les genres, confondant les registres, SOS Fantômes joue sur tous les tableaux et n’en honore aucun. Son amalgame de sérieux plombant et d’ironie penaude donne un résultat à la fois agité et progressivement froid (sauf vers son issue euphorique), aux enchaînements pesants. Le casting est excellent, l’accroche exceptionnelle (les parapsychologues ouvrant leur entreprise de chasse aux fantômes) et les dialogues sont soignés. La déification des répliques est disproportionnée mais c’est bien sur ce terrain que le film est le plus dense et éclatant.

 

Ce n’est pas le cas des effets spéciaux, assez cheap, probablement parce que c’est plus marrant ; pourtant le budget est là. De plus, les apparitions sont rares, Ivan Reitman et ses scénaristes de prestige préférant se concentrer sur l’équipe de Ghostbusters et fantasmer sur le destin de leur entreprise. Elle connaît une irrésistible gloire : visionnaire, controversée mais populaire, elle marque doublement une transgression de la réalité commune. Il est logique que les publics jeunes aient adhérés en masse et entretiennent encore ce totem.

 

La suite sommaire et criarde peut à la marge réhabiliter cette première mouture, car elle contient l’essentiel et authentique, non ses copies ou dérivés (le plus saillant sera la balade de la Statue de la Liberté). On retrouve le morceau culte avant modification et les démonstrations sont déjà plus intenses que dans SOS II (en-dehors du tableau maudit difficile à ranger au même niveau que les autres créatures) : nous avons droit à plusieurs monstres et à leurs grosses scènes (qu’on pourra juger nanardes ou grotesques – des maux qui sauf en temps ‘d’Horreur’ premier degré pour adultes n’en sont pas). Weaver paraît moins crédible que dans le II même si sa relative excentricité du personnage la protège davantage de l’illégitimité.

Note globale 52

 

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Suggestions… Fantômes contre Fantômes + Casper

Note arrondie de 53 à 52 suite au second visionnage (février 2019) et à la mise à jour générale. Ajout du dernier paragraphe.

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SOS FANTÔMES 2 **

2sur5  Fidèle à son prédécesseur à en flirter avec le copycat, SOS Fantômes 2 s’en distingue néanmoins par sa plus grande chaleur et fait pencher la balance vers la légèreté assumée. Toutefois s’y affirme la même pingrerie. Lorsque s’annonce un lâcher de monstres dans la ville pour boucler la séance, il semble qu’enfin soit venue l’heure des réjouissances.

 

Or non. Nous ne sommes pas dans Mars Attacks ni même dans les séries adaptées de SOS Fantômes, la fiction télé étant plus démonstrative et colorée que son modèle. Nous sommes dans le monde de Ghost, avec ce gentil recul pince-sans-rire. Et quand Bill Murray semble parti pour livrer une belle performance, tout est gâché très rapidement. L’opportunité de jouer sur son cynisme est saisie avec cette séquence prometteuse où il apparaît en présentateur télé d’une émission sur le paranormal, avec ses invités médiumniques.

 

Mais SOS va bien s’appliquer à étouffer tout son potentiel et passer cela à la trappe, pour préférer persévérer dans les gags de teenagers dépressifs se prenant pour des adultes blasés, tout psychiquement primaires soient-ils. Bill Murray se mue à l’occasion en tribun nonchalant mais là encore, il ne faut pas que cela prenne trop de place. Les genres, les acteurs, les performances : tout le monde jouit d’une parfaite égalité de présence et prend le devant de la scène pour mieux s’effacer.

 

Il y a toujours des bénéfices à ce manque de caractère des blockbusters, car il s’ouvre ainsi à d’agréables surprises (et donne une portion de vannes mesquines, une autre de prophétisme ludique, de mignonneries familiales ou de niaiseries comiques, de quoi contenter le plus de monde). Ici c’est Rick Moranis, dont la performance secondaire est prometteuse pour une carrière égayant les enfants amateurs de dingueries SF. À l’inverse, Sigourney Weaver est encore plus marquée dans le rôle de la jeune femme fraîche et dévouée. Et encore plus inadéquate, bien sûr ; autant que ces acteurs de 30 ans jouant les lycéens : tous ses efforts seront vains, peu importe son talent. Suffit cependant que le souvenir de ses rôles de dures à cuir soient confus ou lointains et on la trouvera simplement recevable malgré le décalage physique.

 

Au moins elle a la chance d’être en roue libre, ce qui n’est pas le cas des créatures pourchassées : dans les deux films, on aura très peu vus les monstres. Même le slime, cette matière rose relevant de l’Akira hollywoodien, est bien vite mis au placard. Ce n’est tout au plus qu’une matière dégueulasse qu’il faut dézinguer. Quand doivent éclore les personnages dans SOS Fantômes 2, où est le challenge ?

Note globale 46

 

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Suggestions… Le Blob + Hellraiser 3 + Les Visiteurs en Amérique + La Fin des temps + Shocker

Note arrondie de 47 à 46 suite au second visionnage (février 2019) et à la mise à jour générale. Critique légèrement complétée (avant-dernier paragraphe).

 

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