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AKINJEON / LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN **

17 Août

3sur5 Polar descriptif et assez prosaïque, divertissement fiable et efficace. Le niveau est celui d’un film d’exploitation contemporain secouant et cognant allègrement son petit monde. C’est à proscrire pour les spectateurs en quête d’originalité, à recommander pour ceux lassés des thrillers timorés. Pourtant les bavardages ne sont pas exclus : le film est lent pour lancer les réelles hostilités et boucler la collaboration. Il préfère traîner autour des motivations des deux protagonistes. Comme il ne vise pas de grandes découvertes ou des sommets d’intelligences, il aurait gagné et nous aussi à se passer d’explications – éventuellement pour multiplier les démonstrations comme celles introduisant ses champions, quoique le résultat soit déjà gratiné.

Les portraits ne sont pas géniaux mais les profils assez truculents. Le gangster est un pourri blasé paroxystique mais taiseux et sans méchanceté fondamentale – un Clint avec des responsabilités. C’est clairement le leader de cette galerie emplie de testostérone où les individus sont plutôt agréables mais pas respectables (ou parfois joyeusement méprisables et idiots, même s’il y aurait de quoi pleurer, par exemple de ce larbin fanatisé). Le flic est le plus turbulent – un jeune fougueux, quasiment un chien avec la ruse en bonus, qui ne volera pas ses deux coups dans la colonne. Le démon de l’affaire est une sorte d’ovovivipare transi mais exténué avec la peau grasse et les idées sombres. Son intérêt (encore plus que celui de Don Lee) tient à sa gueule et son attitude : on dirait un croisement entre le nain diabolique de L’homme au pistolet d’or, un autre hippie dissident de l’époque Charles Manson et Gaspard Ulliel dans Hannibal les origines.

Les scènes d’action sont musclées (avec une poignée de détails burlesques ‘sans le faire exprès’) tout en restant loin des références telles que Raid 2. Les manques techniques se font alors sentir, notamment lors du passage rempli d’éclats de verre. La vraisemblance dans l’ensemble potable est jetée aux oubliettes le temps d’une bagarre seuls contre tous aux conclusions dignes d’un cartoon. L’esthétique peut se faire kitsch, en particulier lors des descentes surmontée d’un petit air ringard et dynamique. C’est raccord avec le mépris de la subtilité et les lettres du titre couvertes de sang. La fin livre sans surprise un incitatif à la peine de mort digne de Schumacher (8mm, Le droit de tuer), puis une image finale où la confusion des démons semble l’emporter.

Note globale 58

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… The Chaser + Hard Day + The Spirit

Les+

  • énergique et tient ses promesses
  • Ma Dong-Seok
  • l’once de drôlerie

Les-

  • des démonstrations voire des scènes répétitives
  • bas de plafond

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SAGA RAMBO ***

31 Août

RAMBO ***

4sur5  Sylvester Stallone restera dans l’Histoire du cinéma grâce à deux contributions majeures au cinéma d’action : Rocky et Rambo. Les deux opus originels de ces sagas sont en dissonance avec la carrière future de Stallone et donc son image dominante. Les deux suites de Rambo dans les années 1980 seront elles-mêmes, déjà, des décharges de testostérones un peu aveugles et sans grande épaisseur. Le premier opus, baptisé First Blood aux USA mais adapté d’un roman (de David Morrell) nommé Rambo, présente la chasse à l’homme d’un innocent et ne contient qu’une seule mort (un abruti sadique), dont le héros éponyme n’est pas directement responsable – dans le 3e opus, il y aura 127 victimes. Ce rôle a été proposé à de nombreux acteurs américains des plus fameux (De Niro, Al Pacino, Dustin Hoffman, Jeff Bridges..), qui l’ont tous repoussé.

Rambo cherche à montrer les ravages de la guerre et se déroule hors des champs de bataille. Le personnage éponyme est un vétéran du Viet-Nam, vagabondant dans sa patrie en y trouvant qu’indifférence et incompréhension. Au-delà de l’ingratitude des concitoyens américains, le film pointe surtout le cynisme des décideurs états-uniens et la violences des autorités à tous les échelons. Le métrage s’ouvre sur la découverte de la mort du dernier camarade de combat de Rambo, dont le cancer est un effet de « l’agent orange », défoliant utilisé par l’armée américaine. John Rambo est seul et bientôt livré à une police locale dévoyée. Le seul délit de Rambo est l’errance. L’homme doit porter un fardeau et être blâmé pour cela, alors qu’il n’est coupable de rien. Bafoué à la base, détruit jusqu’au-bout, il devrait encore se justifier et subir les turpitudes de ses supérieurs ou d’autres bandits assermentés. Dans un premier temps, il oppose une résistance passive à l’agressivité abusive s’abattant sur lui. C’est un homme impassible parce qu’il est solide mais abîmé : et en tant qu’abîmé, il se doit d’être d’autant plus fort. Il est imperméable parce que vidé de son énergie et par réaction immunitaire, qui le contraint à endurer l’iniquité.

Il ne s’attend à rien, a passé depuis longtemps le cap du dégoût ou de la haine, ou du moins les a-t-il endormis pour arriver à tenir. Ce profil (son histoire moins) fait donc écho à celui du héros de Rocky, où Stallone interprétait de façon tout aussi brillante une brute sensible, endurcie par un univers impitoyable et médiocre : dans Rocky l’outsider devenait un champion, ici le rêve américain est dénié et le champion n’est qu’une bête humaine devenue obsolète et même dangereuse, tardant à mourir alors qu’on l’a purgée de ses ressources. Rambo n’est donc pas un film de guerre mais sur la guerre et ses lésés, c’est-à-dire le matériel humain, employé pour confronter le réel mais aussi instrumentalisé pour être fondu en machine de guerre. La bureaucratie militariste se décharge de toute responsabilité et laisse ses sbires se défouler. Lorsque la traque de Rambo s’engage, le déploiement est excessif. Les forces de police sont surtout conduites par leur colère gratuite et leur mesquinerie, voir par la promesse de récompenses. Rambo revit alors, chez lui aux Etats-Unis, une situation où il est l’ennemi public. Là où il devrait avoir le repos et être respecté pour son sacrifice, il revit l’enfer. Le stress post-traumatique vient se joindre à ce vécu pour en faire une réminiscence littérale.

Les limites plus formelles du film sont là : la démonstration est implacable, mais le prétexte de la chasse peut sembler léger (les policiers s’enflamment vite) et les enchaînements qui en découlent gardent un côté surfait. Ces quelques détails, ou les tunnels d’irrésolution liés à la traque ou son organisation (notamment lors de son lancement), n’entament pas la force et la cohérence du propos. Le final est ouvertement politique et explicite le message, avec l’implosion émotionnelle de Rambo, qui s’est déjà effondré sur ce terrain. Film d’action original, aéré plus que désuet, Rambo est aussi un survival décalé, révélateur d’injustices occultées : c’est le cas en général et ça l’était à son époque, lorsque les soldats rentraient dans une Amérique sous influence hippie, vannée par l’échec de l’expédition et tous ces efforts de guerre infructueux, la mettant face à son immoralité, ses faiblesses et son usure. Les vétérans deviennent alors des charges pour les rois du monde-libre et accessoirement les bouc-émissaires des moralistes s’opposant à ce bourbier sans tenir compte du facteur humain lié à leur propre maison.

Note globale 71

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Predator + Assaut/Carpenter + Class 1984  

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (3)

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RAMBO 2 **

2sur5  Rambo perd sa substance initiale pour être re-politisé anti-communiste dès sa première suite. La séquence d’ouverture est éloquente, en elle-même et en tant qu’annonce : la photo de Jack Cardiff est remarquable, les décors soignés et déjà, le scénario est bancal. Le colonel vient chercher Rambo en prison pour lui confier une mission en Thailande. L’opération est hautement périlleuse mais il sera probablement gracié pour ce service. C’est tout à fait défendable mais ça cloche déjà par rapport au premier opus. Le seul écho relativement fidèle, c’est qu’il se passe peu de chose pendant que Rambo s’égare dans la jungle – c’est l’essentiel, parsemé de scènes d’actions explosives mais sans sève.

Rambo II est moins méprisé que son successeur mais peut-être encore plus considéré comme un navet grandiloquent ; au rayon ‘nanarland’, Rambo III garde pour avantage les réparties bouffonnes ou perçues comme telles (« ça fait du bleu » ou encore « dans ton cul »). Ici les punchlines se font plus solennelles tout en étant à niveau question beauferie ou même niaiseries propagandistes ; c’est par conséquent plus ridicule dans l’ensemble. Le récit est très léger et volontiers incohérent, la romance avec Julia Nickson-Soul (sosie de Sophie Marceau) complètement ratée mais peut-être pas autant que la mort de la dame.

Ce qui sépare Rambo 2 du culte zeddard Hitman le cobra (1987) c’est son brio en dépit de ses manquements. Rambo 2 n’est pas un film de marioles, mais il apparaît tout de même patraque. Le scénario de James Cameron a été (comme pour les autres opus) retapé par Stallone : il faudrait savoir dans quelle mesure cela explique les bizarreries de ce produit à la fois bête et maîtrisé, raide et confus, brutal et atone. L’énergie de la réalisation de Georges Pan Cosmatos (Léviathan), qui retrouvera Stallone dans Cobra (son Commando), semble ‘glacée’ sans être du tout inhibée.

Les gueules d’atmosphère (les russes ou les supérieurs de Rambo – Trautman, Marshall Murdock) se répètent, se contredisent, amorcent de vaines déclamations et lâchent quelques bons mots. Souvent cité [pour sa scène de torture et plus largement] comme un archétype du film d’action décérébré, Rambo 2 honore sa réputation mais sans tomber dans la stupidité cynique ou le grotesque franc, malgré ses engagements idéologiques ou moraux sommaires ou outranciers. C’est une bourrinade un peu relax tirant vers le mélo, avec des exploits badass rares mais généreux (climax : le délire du retour à la caserne).

Note globale 48

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Suggestions… Légitime Violence + L’Etudiante + Le Chacal

Scénario & Ecriture (1), Casting/Personnages (2), Dialogues (2), Son/Musique-BO (2), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (1)

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rambo 3

RAMBO 3 **

3sur5  Changement d’ambiance. Rambo III est plus expéditif, plus violent mais aussi plus carré que son prédécesseur. Il ne se donne plus de justifications improbables même s’il tache d’insuffler quelques instants de sensiblerie virils et fugaces. Comme Rambo II, il est dans l’action pure et dure, avec un ennemi communiste conventionnel, en opposition au premier Rambo. Mais Rambo II tentait d’imiter les tensions introspectives exprimées par ce premier opus, alignant des séquences chancelantes et insipides à cet usage. Rambo III cherche davantage à maintenir un mouvement net et y parvient, même s’il n’a pas grand chose à exprimer ; s’il tourne à vide, au moins, il tourne et avec force.

Le sérieux extrême est toujours au rendez-vous, soutenu par des scènes d’action plus lisibles et des dialogues aux registres variés. Le changement de cadre est bénéfique, l’exotisme forestier s’épuisant déjà dans le second opus, alors que le désert afghan offre de larges possibilités, rapprochant parfois de décors très ‘BD’ (Indiana Jones ou Tintin) sans souscrire aux ambiances assimilées. On entre dans un ‘ailleurs’, directement et entièrement sur la zone de combats, où le sol américain n’existe plus (sauf dans le plan d’ouverture avec l’ambassade en Thaïlande). La lourdeur bizarre du 2 est évacuée, donnant un programme équilibré (en opposition aussi au 1, au découpage trop schématique).

C’est encore un divertissement avec sa morale, souvent déformée par les détracteurs mais aussi plus largement par un public avide de caricaturer – comme s’il en était besoin avec des produits fabriqués pour être grossiers et donnant la marchandise promise par ailleurs. Il y a certes une centaine de morts mais sauf bolcho à l’horizon, John Rambo n’est aucunement un patriote malveillant et sans âme dégommant des étrangers inférieurs (ou cramant des viet-namiens au napalm). Au contraire on a à faire à un gentil film pro-afghan (après tout on pourrait les montrer comme une main-d’œuvre décérébrée) où les bourrins ouvrent leur cœur et parlent d’honneur. Ici les afghans forment une communauté de soldats valeureux et héroïques, défonçant les ennemis de la Liberté.

Au contraire de ces saints badass (le folklore aperçu est superficiel, comme les échanges), on retrouve les soviétiques : la mort de leur empire est proche mais il est encore temps pour ces cocos de se manger leur Viet-nam. Produit reaganien à fond, mais du reaganisme mielleux où l’axe du Bien inclus une race de warrior positifs, un John Rambo acceptant sa destinée de machine de guerre (habile court-circuitage -rachat?- du propos du 1) et même un colonel descendant sur le terrain, profitant de la fourberie soviétique pour rappeler ses aptitudes et son mérite (au contraire des autres militaires ou bureaucrates). Aujourd’hui le démon est mort et les alliés vertueux l’ont remplacé, par conséquent même les gauchistes pourront apprécier sans culpabilité la coolitude de Rambo III, sauf naturellement les moralistes avec trois wagons de retard.

Note globale 55

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Suggestions…

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (2), Ambition (3), Audace (2), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (2)

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john rambo

JOHN RAMBO ***

4sur5 Vingt-six ans après le premier Rambo, le super-soldat malgré lui fait son retour, dans l’un des rares films occidentaux reflétant les conflits armés contemporains en Birmanie. Stallone réalise lui-même John Rambo (il tournera Expendables l’année suivante), quatrième opus en rupture avec les deux suites de 1985 et 1988, produits conformes aux velléités de l’administration reaganienne. De la dénonciation d’abus de pouvoirs et manipulations de ressources humaines par l’armée, Rambo devenait un américain indépendant rejoignant la ligue anti-communiste, soutenant au passage les bons, pieux et badass Afghans (3e opus) dans leur combat pour la liberté.

Débarrassé de toute grandiloquence et de toute connivence avec une idéologie du moment, John Rambo se rapproche du premier opus en auscultant discrètement l’état psychologique et moral de son (anti)héros. John Rambo s’inscrit plus clairement dans le registre de l’action-movie et est sur ce plan le meilleur cru de la saga, de loin le plus intense et énergique. Simple, carré, percutant, il pose un cadre concis, opère en 80 minutes, avec une mission menée à son terme : faire le job, montrer ce que c’est surtout. John Rambo (film comme personnage) est un exécutant excellent et sans bavures, mais aussi un exécutant lucide, sec.

L’approche est intéressante, nullement hagiographique, brutale et sincère. Le personnage éponyme a évolué, son recul s’est radicalisé et teinté d’un désespoir inamovible. Mature, posé, Rambo n’est plus secoué par ses troubles passés et a carrément évacué toute spontanéité. Il prend en charge les situations, sa non-émotivité flirte avec l’indifférence aux agitations voir aux provocations des autres, sa maîtrise des contingences le conforte dans une telle position. Fataliste, il admet que les hommes sont ainsi, faits pour la guerre. Une telle disposition est vertueuse, lorsqu’elle rend prêt à agir en occultant ses besoins propres ou une morale personnelle ; quand il ne vivote pas, il s’élance afin de réparer, un peu, ce monde inique et sordide.

Rambo est un Churchill désabusé (et sans recul) lorsqu’il se tourne vers les autres recrues de la mission en cours (« vivre pour rien ou mourir pour quelque chose ») – l’armée d’élite partant en sauvetage. Le revers se manifeste là, en écho à ce fatalisme bourrin et implacable : il manque une extension pour faire de ce John Rambo un ‘grand’ film, quoiqu’il pèse déjà très lourd. Pas de ré-adaptation, pas de révélations ou de cheminement vers la révolution, pas de promesses lumineuses. Il ne pouvait y avoir d’envolées, c’est son caractère et le ciment de sa puissance ; mais sans doute qu’un plongeon plus large dans l’intimité de Rambo, ou même une relance majeure qui aurait allongé le programme, aurait pu porter ses fruits.

Tant pis, ce happening consiste à monter au créneau, un créneau d’une violence extrême et puis rien d’autre, du moins sans se perdre en ambitions futiles ou en espoirs menaçants. Ainsi, au départ Rambo rejoint le groupe humanitaire en étant persuadé qu’il ne changera rien de la donne actuelle ; mais la volonté, l’engagement sérieux et les charmes de la leader (Julie Benz, vue dans Les Visiteurs 3) le poussent ; de plus sa nature lui interdit de rester passif, quelque soit ses constats. Le final marque un retour au pays et célèbre cette simplicité ; un coin joli et pacifique pour le guerrier revenu de tout.

Note globale 73

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Suggestions… Rocky Balboa + Du Sang et des Larmes  

Scénario & Ecriture (2), Casting/Personnages (3), Dialogues (4), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (2), Ambition (3), Audace (4), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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MESSAGE FROM THE KING **

3 Nov

3sur5  Le sixième film signé Du Welz est probablement le plus clean et présentable (Colt 45 était grand public mais manifestement chamboulé dans sa conception). Il est aussi le moins significatif de son auteur, puis le moins représentatif tout simplement, par la normalisation du style et des effets. Mais si Message from the King pourrait avoir été conçu par un autre, ça n’en fait pas un raté pour autant. C’est un produit efficace et divertissant, équilibré, rattachable et traduisible sans être un décalque. Le focus est précis, tendu, le récit sans fioritures à l’exception des digressions à vocation émotionnelle (souvenirs en format ultra cliché). Le spectateur ne décolle du point de vue du frère en colère que pour en découvrir un peu avant lui (quelques temps avant le milieu du film), pouvoir anticiper ou mieux savourer les entrées.

La séance réserve son petit lot de tordus dignes des salauds ou semi-démons chez Joe Schumacher, quoique pas absolument antipathiques a-priori. Ils sont à distinguer des véritables tarés fournis depuis Quand on est amoureux (les plus forts étant à retrouver dans Alléluia et Calvaire). Cette différence est logiquement déduite des orientations de mise en scène et des préférences internes : Message from the king propose des aventures ‘objectives’ et non des dérives psychotiques ; ce qui s’y produit ne surgit pas de nulle part ou des individus, mais des turbulences de l’environnement et de conceptions récurrentes sur grand écran. L’influence des films ‘noirs’ des seventies (comme Bullitt, Hardcore), entre polars vengeurs et portraits masculins, se fait discrètement sentir. Message peut également s’ajouter aux nombreuses variations autour de l’univers de James Ellroy. Mais il n’en est pas tributaire. L’essentiel ne semble pas se jouer entre l’affirmation d’une touche personnelle et une sur-adaptation ; mais entre une remontée vers un monde perdu et sa découverte naïve, sérieuse, enthousiaste. À l’exception des moments où le cadre se fait chic, Los Angeles semble livrée par le filtre du témoignage, ou d’un viscéral toujours légèrement romantisé.

Finalement c’est surtout le film d’auto-justice (ou le revenge-movie) remis au goût du jour et surtout actualisé (dix ans après Death Sentence), avec des fantaisies de leur temps ou d’un passé proche (l’assistant de Mike a l’air d’un mix entre une parodie de Grace Jones et Arca ; les accusations à l’encontre de Mike renvoient à des frayeurs persistantes et irrésolues – trafic d’êtres humains et pédophilie ‘de luxe’ au cœur des grands pays). En même temps le film paraît indifférent à ce qui travaille ouvertement la société et à tout ce qui en émane et s’y rattache directement – le cinéma de Du Welz reste un monde à base de caractères et d’escapades uniques, pas un cinéma reflétant, analysant ou commentant. Le protagoniste black ne sert pas de tremplin à de la récupération (pas de blaxploitation, pas de médiocrité ‘blanchie’ ou de connivence) ou de l’étalage de ressentiment (la scène des douanes est la seule où il est victimisé par l’institution, comme le serait n’importe qui) – ce qui n’est pas anodin en 2016-17. Les vicieux pourront y voir une preuve de son manque d’ambition – l’hypothèse se défend, surtout que si le film fonctionne (pour l’impact immédiat et éventuellement le charme), son scénario se contente de peu et les exigences se tassent dès qu’il n’est plus question de technique.

Note globale 59

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Suggestions… Jane Doe Identity + 8mm + Mirrors/Aja + Get Out 

Scénario/Écriture (5), Casting/Personnages (6), Dialogues (5), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (4), Ambition (5), Audace (5), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (4)

Ennea : Le dentiste se présente comme un 3 intégré en 9 face à King.

Note arrondie de 59 à 58 suite à la mise à jour générale des notes.

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CONAN LE BARBARE ***

1 Août

4sur5  C‘était un des blockbusters de l’année 1982 ; il a reçu un accueil critique mitigé, a divisé au sujet de son personnage éponyme (auquel Schwarzenegger doit sa carrière) et de ses qualités, mais est instantanément passé culte. Mieux, Conan le Barbare a ouvert la voie à l’heroic-fantasy au cinéma et en est resté la référence jusqu’au Seigneur des Anneaux. Son impact commercial et culturel a naturellement appelées des prolongations sur grand écran : au-delà de Conan le Destructeur, pas de suite directe, mais Kalidor et Krulls surfent directement sur son label. Aujourd’hui, après le remake de 2011 par Marcus Nispel, nous attendons le troisième opus, avec le retour de Schwarzy, baptisé La Légende de Conan.

Tiré de l’univers de Robert E.Howard, l’un des grands géniteurs de la fantasy avec Tolkien, Conan le Barbare charme toujours grâce à son onirisme enfantin, ses ardentes scènes de combats, ses avatars ébouriffants (notamment le serpent géant). Il fascine car c’est un périple instinctif magnifié et complètement idéaliste : tendu vers le dépassement sans tenir compte des affres de la raison, où le héros, excité par les obstacles, accapare sans s’attacher. Le film surprend aussi par son masculinisme désinhibé et fantaisiste, avec ce combattant naturiste, anarcho-individualiste aux accents fascistes (on croirait un ancêtre premier degré de Fight Club) domestiquant une amazone.

C’est un spectacle féroce et cash, avec un sens de l’épique propre (scénario de Oliver Stone et John Millus) ; avec ce monde antique comme espace à explorer et maîtriser, la violence d’un univers sauvage, dominé par les valeurs de survie et d’exploitation, d’affirmation du pouvoir et de la force physique ; il capture une essence tribale et héroïque que Le Roi Scorpion et consorts ne font que parodier, réduisant cette magie brute à une bourrinade lustrée. À la citation de Nietzsche en ouverture, Conan apporte une illustration de conte badass, allègrement kitsch et flamboyante avec la vision d’un sur-homme bestial, aventurier et conquérant. Pour un regard actuel, Conan peut pourtant flirter avec le nanar, essentiellement pour ses dialogues (ce qui n’exclut pas leur génie) ; toutefois si le film est pompeux par endroits, c’est pour les mêmes raisons foraines qui en font le cousin de Indiana Jones.

Note globale 72

 

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Suggestions… Métal Hurlant

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Spirale Dynamique = Voilà un film parfaitement ancré en Rouge/Exploitive.

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MAD MAX FURY ROAD ****

25 Juil

mad max fury road

4sur5  Le projet était plutôt décalé, le résultat est fulgurant. Trente ans après Le dôme du tonnerre, troisième opus marqué par l’insertion honteuse de Tina Turner, Mad Max reprend du service. George Miller est à nouveau aux commandes, avec des capitaux principalement américains et Tom Hardy (Bronson, Inception) à la place de Mel Gibson dans le rôle-titre. Le cinéaste australien surpasse une nouvelle fois la concurrence et met au point un des shows à gros budget les plus impressionnants mais aussi les plus passionnants de son temps. Comme il l’a fait avec les films pour enfants Babe ou Happy Feet, Miller donne un sens à la notion de « cinéma d’auteur » tout en honorant avec une énergie et une intelligence remarquables une vocation de spectacle grand-public.

Fury Road est une ligne droite, avec des enjeux resserrés dans un univers géant. Le spectateur entre presque directement dans la course poursuite et une pression exceptionnelle est maintenue pendant deux heures. Bientôt on se rend compte qu’il n’y a pas d’ailleurs et il faut alors continuer à tout donner. Nourris par peu de mots et d’intrigues, les sentiments soutiennent la rage ambiante et dramatisent encore le déferlement pulsionnel. La chasse est rugueuse, on fait face aux déflagrations, au premier plan, on se fond dans les mouvements des véhicules. Certaines images sont sensationnelles, comme lorsque le Ciel rejoint la Terre. Au milieu du sable, de la sueur et du sang, se dressent des apparitions glamour irréelles : les épouses d’Immortan, devenues le gang de l’impératrice Furiosa. Charlize Theron tient là un rôle remarquable, sans doute le meilleur de sa carrière.

Concentré de badass fantaisiste et d’épique racé, Fury Road est globalement déchargé du contenu politique des deux premiers Mad Max, mais il atteint des sommets en terme de profusion, de splendeur et de viscéralité. Fury Road compte parmi ce qui se fait de mieux dans le cinéma d’action à son époque ; idem dans la catégorie du pop-corn movie, où il s’inscrit mais en tirant le divertissement à un degré de raffinement et à une ampleur rares. C’est un prototype de séance d’évasion pure, ‘gratuite’, laissant des images et des sensations poignantes sur le long-terme. Son effet pervers est de pousser des spectateurs à aller vers les premiers Mad Max sans s’intéresser à ce qu’ils sont en eux-mêmes, alors que le premier opus souffre déjà de critiques acerbes. Ce ‘classique’ est d’abord un film ‘culte’ au sens puriste, un brûlot original et cheap sorti de nulle part : ce n’est pas une tornade rococo ni même un happening kitsch dantesque comme The Road Warrior.

Quand à Fury Road, il n’est pas tellement une mise à jour de Mad Max ; c’est carrément un autre monde et surtout un autre style, par le montage, le rythme, l’usage de la focale. Le cadre reste celui d’un pendant futuriste du western, exulté avec plus de ressources (comme le système Edge Arm et d’autres technologies innovantes) et un minimum de précautions. Le point commun avec la trilogie, c’est ce personnage éponyme, pourtant ici taciturne comme jamais. Le ‘héros’ occupe une place modeste tout en étant indispensable – c’est d’ailleurs l’homme providentiel et probablement le plus redoutable de ce désert. C’est aussi un agent secret au service de personne, animé par un besoin de s’évader toujours plus loin, rester en marche sans se laisser corrompre par l’espoir ou quelques garanties mesquines. Il préfère dispenser en chemin ses propres principes, affronter les nécessités les plus rudes, plutôt que s’accommoder d’un ordre assassin ou même d’un semi-paradis étriqué. Dans le chaos on est naturellement émancipé, toujours vivant au plus haut degré, forcé à dompter virilement ses mauvaises passions. C’est une fatalité dont se satisfait la vocation de Max.

Note globale 83

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Suggestions… Gladiator + Alien 3 + The Dark Knight Rises + Valhalla Rising

Scénario & Ecriture (3), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (5), Originalité (4), Ambition (5), Audace (4), Discours/Morale (4), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (4)

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