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RIO BRAVO **

22 Août

2sur5  C‘est la quintessence du western, paraît-il. Et lorsqu’il s’achève après deux heures et vingt minutes de gentilles péripéties guillerettes, rien d’autre n’a été donné à voir qu’une liquéfaction d’un genre en gros loukoum familial. Ce constat doit être nuancé par le travail technique et narratif opéré sur ce Rio Bravo, huis-clos à ciel ouvert orchestré avec une minutie remarquable, à défaut de génie ou d’invention dans la mise en scène.

Lui-même inspiré du Train sifflera trois fois et de 3h10 pour Yuma, Rio Bravo sera une référence pour de nombreux cinéastes comparable à Blow Up. Tarantino et Carpenter lui ont rendu hommage avec Assaut et Reservoir Dogs et l’ombre de Rio Bravo plane sur plusieurs productions parfois majeures de cinéastes ultérieurs. Ce sont souvent des œuvres cherchant le mélange de genre, ce que Rio Bravo n’accomplit pas, sauf si l’alliance de la guimauve et du western peuvent être qualifiées ainsi (dans le mielleux Je suis un aventurier vaut mieux).

Le western est le grand perdant de cette association. Face à Rio Bravo la question se pose : où est le western ? Il n’y a aucun paysage, quasiment aucun affrontement physique, absolument aucun horizon à conquérir. Il y a tout juste un gunfight en conclusion, expédié comme une affaire courante, dont l’acte le plus spectaculaire est la chute d’un type du premier étage, moins impressionnante et pittoresque que celle d’un bourguignon dans Les Visiteurs 2.

Les acteurs ont de belles gueules mais les personnages sonnent creux. La caractérisation de certains relève du cartoon sénile et inassumé : Stumpy (aka Walter Brennan) passe son temps à hurler comme un constipé en surcompensation et s’il a vocation à amuser les enfants il a aussi le don de générer une grande souffrance lorsqu’il s’agit de contempler ses laborieux numéros (heureusement rien de tel qu’avec La dame du vendredi).

Ces personnages manquent de charisme, de destin même : ils sont insuffisamment confrontés. C’est le revers du parti-pris de Howard Hawks et John Wayne, qui ont décidés de présenter ce dernier en cow-boy de service public. Wayne l’infirmière affectée quoique sobre va ainsi tirer le meilleur de ces gens pas forcément vertueux a-priori et les mobiliser pour faire face aux envahisseurs hostiles lors du siège qui se prépare.

Par conséquent, on piétine pendant deux heures, autour d’intrigues qui devraient être secondaires mais occupent tout l’espace. Les enjeux sont faibles mais on se laisse facilement charmer par la romance se profilant entre Wayne et Angie Dickinson et prend un certain plaisir lors d’un passage chanté ou quelques confessions innocentes d’un protagoniste. Malheureusement il faut réaliser que rien de plus puissant n’est prévu au programme et que ces accompagnements acidulés sont en fait le cœur du spectacle (La rivière rouge n’était pas pétaradant non plus, mais plus solide sur les relations et personnages).

Au cas où on douterait de sa perception, la fin sidérante vient signer. Nous étions bien devant la variante familiale, niaise et optimiste d’un genre que les italiens ont vraisemblablement tiré de la noyade. Pardon John, Howard et Warner Bros si l’idéalisme un peu farouche de Fred Zinneman vous a contrarié au point qu’une mission de purification vous est apparue nécessaire ; mais où est le western (ou à défaut le scénario, les conflits, la tension) ? Pardon les cinéphiles, mais où le chef-d’oeuvre dans ce qui est probablement plutôt un fétiche de votre enfance ?

Note globale 52

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…  Le dernier train de Gun Hill + Scarface

Ajout (à l’occasion de la publication SC en février 2019) de la dernière parenthèse et de la référence à Je suis un aventurier ultérieurement (vu en juillet 2017 vs juillet 2014). Idem pour La rivière rouge (décembre 2014) et La dame du vendredi (janvier 2015).

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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