Tag Archives: Andréa Ferréol

LE DERNIER METRO ***

11 Mai

le dernier métro deneuve

4sur5  Ce n’est qu’à la fin de sa (courte) vie que François Truffaut connaît de grands succès populaires, après son passage devant la caméra dans Rencontres du troisième type (1977) de Spielberg. Avant La femme d’à côté puis Vivement dimanche ! avec Fanny Ardant, sa dernière compagne, il signe Le Dernier métro, cumulant 3.3 millions d’entrées et dix Césars. Selon Truffaut lui-même, c’est un « tableau de l’Occupation », où l’action se déroule quasiment en huis-clos au sein d’un théâtre. Marion Steiner (Catherine Deneuve) dirige le théâtre Montmartre depuis que son mari, juif, a dû quitter le pays. Il est en fait caché dans le sous-sol du théâtre et son épouse devenue son dernier contact humain direct. Un nouvel acteur (Gérard Depardieu), transfuge du Grand Guignol, rejoint son équipe pour la pièce qui se prépare ; elle en tombe amoureuse et s’en trouve exaspérée.

C’est un film entre ombre et lumière, à tous les degrés. L’emploi du temps de Marion/Deneuve est compartimenté entre vie publique et vie secrète. Dans les coulisses se croisent les comédiens à la scène et les faussaires quotidiens dont Marion fait partie. Sauf via la radio et les invités rapportant l’humeur du jour et les événements, l’au-dehors n’existe pratiquement pas en tant que tel dès que nous nous sommes engouffrés avec Bernard Granger/Depardieu dans le théâtre, c’est-à-dire au bout d’une poignée de minutes. Face à un contexte hostile, les fonctions de la scène se sont étendues au quotidien ; les collaborateurs surjouent leur rôle (l’employée insistant pour remettre les preuves de sa non-judéité), Daxia (‘méchant’ aux répliques succulentes) le mécène collabo affiche une mine complaisante dans le théâtre et attaque la troupe, Marion et son mari évaporé dans la presse.

À l’intérieur de l’Histoire et à l’ombre de la collaboration, Truffaut insère la petite histoire, raccordée à l’avatar du triangle amoureux qu’il a souvent mis en scène. Contrairement à la chronique existentielle Jules et Jim où ce triangle échoue, il peut ici se vivre grâce aux faux-semblants et à la différenciation des  »vies » de Marion. Les circonstances politiques servent de décors et apportent le premier élan, tandis que la création et la duplicité permettent cet équilibre. Truffaut réalise un film romantique où sont affichées toutes les ficelles permettant à la passion de s’exercer et aux arts ludiques de se regonfler (les contraintes, prisons et privations en font partie). Le prix de cette réussite est une certaine distanciation à soi-même, la subversion et le contrôle de ses multiples identités. Ausculter la passion pourrait être repoussant a-priori, or justement, c’est s’approprier les règles du jeu et faire fonctionner sa mécanique qui est le plus stimulant, en permettant de vivre ses désirs sans s’y noyer. Dans une telle configuration, Deneuve et son personnage au leadership froid paraissent l’icône de circonstance (proche de la sublimation des manifestations d’un caractère passif-agressif – peut-être le plus adapté à traverser la société en temps de lourdes pressions et de trahisons – en temps de vrai chaos ou de fausse paix acquise il en faudra un autre).

Note globale 74

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Le Locataire/Polanski

Truffaut sur Zogarok >> Vivement dimanche ! + La sirène du Mississippi + Fahrenheit 451

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LA GRANDE BOUFFE **

25 Déc

3sur5  C‘est probablement un film important. C’est aussi un film ennuyeux, une thèse démonstrative, somme toute creuse et naïve, ainsi qu’un spectacle qui en-dehors de ses provocations placées sur une autel, coule sur soi sans traverser. Autant d’excès que de redondances.

Quarante ans plus tard, le scandale cannois de 1973 a perdu une grande part de sa capacité de choquer ; son aura n’a que des vertus déceptives. Sur le fond on s’en fout, sur la forme ça cloche relativement. Pourtant il constitue une vraie audace esthétique, avec des provocations radicales (copulation mêlant la nourriture et mise en valeur des aspects divers de la dégénérescence) et un style très curieux, à la fois austère et gratiné, sombre et banal, tout à fait adéquat pour montrer cet enfer régressif.

La Grande Bouffe expose une agonie grotesque et pro-active, où quatre hommes se gavent pour mourir, se réduisant à l’état de tubes digestifs insatiables et désinhibés. Rots et flatulences en cascade. Une lecture sociale et même géo-politique s’impose : on y voit la classe aisée, ou plutôt le Nord mondial, se remplissant et déglutissant par tous ses pores. Trop gavée de son bien-être et de sa suffisance, au point de s’écrouler dedans sans avoir plus aucune forme de désir de vie noble ou cohérent, sinon dans quelques déclarations ludiques et passablement raffinées. Des nantis s’amusant, éventuellement à s’autodétruire, alors que d’autres rampent pour arracher leur part d’existence (le danseur noir que lui présente la fille de Marcello).

La proximité de la marque de Marco Ferreri avec celle de Bunuel est criante, mais le cinéaste italien est bien plus explicite que son homologue espagnol, davantage dans l’étendue et la démonstration que le portrait affûté. Tous deux cependant se consacrent à une peinture au vitriol de la bourgeoisie laborieuse ; d’ailleurs les quatre antihéros de La Grande Bouffe sont quatre bourgeois en bout de course, des notables boursouflés pour certains. Leur absence de valeurs les conduit à ce sacrifice ultime du bon goût, par la parodie de la pulsion de vie. Il leur manque l’instinct de conquête, comme celui du survivant.

Il s’agit donc d’une sorte de film-concept, dont l’animation repose sur les excès exhibés. Tenue assez paradoxale et limitative. Les personnages n’existent jamais malgré tous leurs cris et leurs déjections. Le concept est minimaliste et décliné à toutes les sauces, dans une spirale de la dégradation. Elle ressemble à une sorte de Visiteurs 2 muté en pensum sinistre (et plus vulgaire de toutes façons). Enfin toujours par rapport à Bunuel, on peut interpréter La Grande Bouffe comme un chaînon manquant ou une excroissance hardcore entre Le charme discret et Le Fantôme de la Liberté.

Note globale 57

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