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LIVRES 2018 (BILAN)

29 Jan

Premier bilan du genre pour les Livres. Du plus récent au début de l’année. Diffusé tardivement (Jeux, BD, Albums et Cinéma les premiers jours de janvier) car je devais finir le texte de trois d’entre eux, dont deux copieux qui sont devenus des critiques, ce que j’aurais préféré éviter.

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Jean Teulé – Mangez-le si vous voulez * (France 2009) : Un roman abject ouvertement basé sur le lynchage survenu à Hautefaye pendant la guerre franco-prusienne (1870). Pourquoi les gens en sont arrivés là, quelles sont leurs motivations ? Peu importe, Teulé veut simplement s’en tenir aux faits ; n’a pas la prétention de nourrir fantasmes, conjectures, fait pas de l’idéologie ou de la sociologie. Dans ce cas, pourquoi n’est-il pas fidèle aux faits de l’affaire – une véritable affaire ? Si sa réalité est sans importance, pourquoi l’avoir choisie ? Cet auteur veut éviter les accusations de gratuité concernant la récupération de ce fait scabreux, tout en s’en servant comme d’un tremplin – et d’un aimant. Il cite René Girard et la Psychologie des foules dans ses inspirations, mais que dit-il de leurs thèmes ? Même pour du symptomatique, son livre n’apporte rien. Même chose concernant la violence et le gore ; que d’insignifiances ; tout ce qu’il y a de physique est très généraliste voire abstrait ; ne sert qu’à souligner l’horreur collective, introduire une ambiance – le fait avec les restes de son humour noir et une gravité qui font communément échec. Voilà le pire livre que j’ai lu et achevé (Trop intelligent parcouru seulement). (20)

Maurice Leblanc – L’aiguille creuse (France 1909) : Un opus plus ‘traditionnel’ et réputé d’Arsène Lupin (par rapport à L’île aux trente cercueils paru dix ans après). Moins psychologiste, toujours lourd. L’abondance de dialogues déguise de manière ‘divertissante’ (dont je ne suis pas client) une espèce de didactique criminologue. Elle enrobe une investigation laborieuse dont on doit toujours tout savoir, après avoir bien été mis au courant de tous les points insolites ou simplement mystérieux. La tendance à résumer de façon affectée plutôt que faire vivre directement empêche ce récit de devenir passionnant et gâche son dernier acte tragique (plein de facilités et d’emportements digne d’une œuvre pour enfants). La contribution de l’Histoire reste superficielle, une autre des pièces rapportées au menu. (44)

Alain Minc – Ce monde qui vient (2004) : Prospectiviste dans les deux premières parties ; les derniers des six chapitres collent davantage au présent. Minc s’y montre lucide sur l’état de la France, même si ses prescriptions sont floues, bien trop lourdes et/ou irrecevables (pour moi – qui suis contraint [ça ne m’est pas si difficile] de reconnaître sa justesse sur le ‘système social’ ou le nombrilisme français par exemple). Peut saouler avec sa manie de construire des hommes de paille ridicules auxquels il vient répondre « vous croyez que c’est ainsi ; c’est exactement l’inverse ! ». (50)

Stefan Zweig – Le voyage dans le passé (1929) : Cinquième et de loin moins bonne lecture de Zweig. J’ai accroché pour la situation du garçon davantage que pour la relation, tandis que la femme m’est apparue sans intérêt. Elle est presque abstraite, sûrement trop respectée, d’où l’impossibilité de ce livre de décoller, quand l’histoire est si triviale à côté. Zweig n’est pas totalement mielleux ou ‘planant’ et la fin m’a convaincu. (68)

Maurice Leblanc – L’île aux trente cercueils (France 1919) : Un Arsène Lupin où l’inspecteur n’apparaît qu’à la toute fin. Trop d’emphase, engendrant des longueurs superflues (sans devenir aberrantes) et surtout des redondances. 300e livre retenu sur SC (même si Alice au pays des merveilles a fait atteindre cette barre en premier, L’île étant initialement au 7 octobre sur l’agenda – départ de la lecture, qui a pris un mois et demi). (58)

Lewis Caroll – Les aventures d’Alice au pays des merveilles (UK 1865) : Tentative de reconstruire un rêve ; humour relatif à la ‘logique’ – application et détournements du sens littéral, jeux de mots ; souligne la force de démence au profit des conventions sociales, des normes aberrantes (conjuguée naturellement à la force d’inertie). La Reine et le Roi soutiennent péniblement leurs ordres avec des justifications absurdes, mais auxquelles chacun se plie. La résignation des adultes est intériorisée au point d’altérer le respect de la cohérence – ce qui règne en réalité, même si fou, est la norme ; voilà ce qu’est l’état adulte, semble nous dire ou bien ‘sentir’ ce roman. (80)

David Foenkinos – La délicatesse (France 2009) : Cumule beaucoup de ce que je réprouve, sans être une franche Némésis car sait rester pudique et son niveau n’est pas désastreux. Les manières le demeurent mais l’auteur arrive à placer des remarques valables, ou même faire rire (pour de bonnes en plus des mauvaises raisons). Certaines de ses appréciations sont tout de même curieuses, ce qui se dit à propos du suédois en particulier. Le pire reste cette manie de collecter les bouts de réel façon grand album (les extraits de chanson, du dossier en cours ou du dernier article lu par un protagoniste, les horaires de la radio, la playlist) – hormis allonger le roman et faire plaisir aux niaiseux pompeux à fibre artistique vouant un culte un collage, ça ne sert à rien et c’est moche. Au moins ça se lit facilement et n’est pas si déplaisant. Je pourrais retenter un Foenkinos si sa cote est excellente ou le sujet m’intéresse. (40)

Jules Amédée Barbey d’Aurevilly – Le rideau cramoisi (France 1874) : Première des six nouvelles composant Les Diaboliques. Il faut sauter le premier tiers pour arriver à l’histoire qui nous intéresse (et est illustrée dans le moyen-métrage d’Astruc de 1953). (60)

Pierre Drieu de La Rochelle – État civil (France 1921) : Biographie rapide, par thèmes (surtout en fonction des ressentis et des idéaux) et par bouts d’histoires. Malgré quelques scènes où il se brûle un peu, c’est trop propre et superficiel, ou bien trop abstrait. Le dandy engagé n’a pas encore posé ses bagages, ses précisions en deviennent futiles – sa volatilité est compensée par des assertions finalement stériles, ou des mises en scène de soi faussement compromettantes. Néanmoins le récit fourmille de petites phrases, de bouts d’atmosphère (avec sa grand-mère notamment) ou de pensées stimulantes. Paru avant ses romans, aux débuts de ses publications. (62)

Turold – La chanson de Roland (France 1170) : Serait le plus ancien texte littéraire français conservé. À lire au moins dans deux versions dont une traduction du début XXe maximum. Assommant à cause d’une répétitivité et d’une étroitesse délirantes. Aussi romantique que le Chrétien de Troyes sans en avoir la poésie. A dû plaire sur le fond et pour son appel plutôt que sur la forme. (52)

Michel Delpech – J’ai osé Dieu (France 2013) : S’assume comme un témoignage porteur d’une parole spontanée, de sentiments et de préférences irrationnelles ; tant mieux car ses appréciations et sa lecture de la volonté du Christ et de l’Église sont parfois légères. Les aspects répressifs de la religion sont bien là et resteront tant qu’elles en seront – ou juste tant qu’elles seront intègres. La naïveté revendiquée mais éclairée du chanteur ne m’ont pas empêché d’être un peu déçu et surtout blasé. (48)

Edmond Rostand – Cyrano de Bergerac (France 1897) : Hystérique surtout au début. Naïf voire invraisemblable par négligence. (54)

Friedrich Hayek – La route de la servitude (1944) : Généralise et pousse les principes à leur terme pour l’ennemi mais pas pour ses propres idéaux ou préférences. (68)

Guy de Maupassant – Bel-Ami (France 1885) : De quoi faire redescendre les réacs romantiques. Rabroue cette vieille sensation collective d’une Légion d’Honneur bradée seulement depuis quelques mandats. (76)

Vercors – Le silence de la mer (France 1942) : Le recueil ‘Livre de Poche’ avec les principales nouvelles de Vercors : Le silence de la mer, etc. Trop idéaliste et maniéré pour moi. (58)

François Mauriac – Thérèse Desqueyroux (France 1925) : Déception venant de Mauriac, après la découverte heureuse via Les chants de la mer puis la confirmation par Le nœud de vipères. Le style est plus simple et émotif, les phrases courtes, certaines restent ouvertes. Quelques phrases ou intuitions remarquables pour un ensemble plutôt pris au piège par son ‘cas’ Thérèse. (60)

Dean Koontz – Night Chills / La peste grise (USA 1979) : Ambitieux par son thème mais finalement se fond dans le trivial. Première partie (La conspiration) très supérieure à la seconde (Terreur), pour le fond comme pour le plaisir. Se lit vite mais pas en une fois. Quelques moments de sombre drôlerie. 360 pages. (62)

Louis Millet – Caractérologie (France 1994) : Voir critique. (62)

Mazarin – Bréviaire des politiciens (France XVIIe / 2007) : Le défaut de cet ouvrage est son manque d’organisation. Il contient des répétitions, ou plutôt des redites sous formes atténuées. Les aphorismes s’accumulent, se répondent ou s’enchaînent rarement. (64)

Fernand Braudel – La dynamique du capitalisme (France 1985) : Conférence rapportée à l’écrit. Bien pour une porte d’entrée et pour sauter aux conclusions – mais des conclusions circonstanciées, incomplètes. (70)

Jean-Claude Michéa – Les Mystères de la gauche (France 2013) : Nomme mal les choses ou néglige leur définition, pour préférer plaquer ce qu’il désapprouve. Comme son « libéralisme Moebius », ne fait que dérouler sa pelote identifiable de A à Z dès la première approche. On apprend rien en le lisant, sauf des détails bibliographiques et quelquefois historiques, qu’on a pu trouver ailleurs, ou qui de toutes manières ne justifient pas de pondre un tel livre.
C’est juste un socialiste/homme de gauche s’en prenant à ses concurrents, prêtant au libéralisme et/ou à une droite l’invention du Mal, puis faisant de l’adversaire un bloc, dont tous les autres seraient l’idiot utile. Le truc habituel, avec moins de ressentiment et pas de délire manifeste (mais beaucoup de sarcasmes).
Autant s’en remettre :

  • pour l’antilibéralisme et le potentiel ‘rouge-brun’ : à Soral (son Comprendre l’empire a le mérite de donner des dates, noms, chiffres et même -!- de ne pas considérer l’ennemi comme une unité, encore moins formée par les seules idées)
  • pour le populisme égalitaire : à Chouard (dont le souci des gens me semble plus profond et même héroïque)
  • pour le communisme critique des modernes : à Francis Cousin. (46)

Carl von Clausewitz – Principes fondamentaux de stratégie militaire (1812 / France 2006) : Direct, équilibré entre le factuel et le théorique, avec une part de ‘management’ plus idéaliste ou délicat. Rédigé en 1812 pour la formation militaire du prince de Prusse. La thèse de la ‘fraction’ et d’autres éléments étayés dans Vom Kriege / De la guerre (publié à titre posthume en 1832, rédaction entamée en 1818) sont déjà ici, dans ce rapport de 70 pages pour un ouvrage allongé par un épilogue de Grégoire Chamayou, les notes et une biographie. (68)

Extraits : « L’état dans lequel se trouve l’ennemi, on ne le voit pas ; notre propre état, on l’a sous les yeux ; c’est pourquoi ce dernier agit plus fortement sur les hommes ordinaires que le premier parce que, chez les hommes ordinaires, les impressions sensibles sont plus grandes que le langage de l’entendement. » (pp.70-71). « Il faut que quelque grand sentiment vivifie les grandes forces du commandant en chef. Que ce soit l’ambition, comme pour César, la haine de l’ennemi, comme pour Hannibal, ou la fierté d’une fin glorieuse, comme pour Frédéric le Grand. » (p.74)

Alain Soral – Comprendre l’Empire (France 2010) : Je connaissais évidemment Soral depuis 2011, ait vu de nombreuses éditions de ses Entretien du mois et lu plus tard son manuel sur la drague. Rien de nouveau sur l’orientation, mais des détails et subtilités absentes à l’oral. Quelques fautes d’orthographe ou de présentation, excusables dans la mesure où Soral se passe quasiment d’intermédiaires. (64)

Patrick Suskind – Le Parfum (Allemagne 1985) : D’un cynisme et d’une sensibilité remarquables. Quelques courts capotages de traduction sur la fin.J’avais été sensible aux charmes de l’adaptation cinéma même si elle semblait manquer d’action et de justifications autres qu’esthétiques. (86)

Michel Onfray – Cosmos (France 2015) : Voir critique. (38)

Alain Minc – La machine égalitaire ** (France 1987) : Extraordinairement répétitif. (50)

Fernando Pessoa – Le banquier anarchiste ** (1922) : Fameuse nouvelle, ignorée à l’époque, ressortie et adulée par certains ensuite.

Denis Diderot – La religieuse ** (1796) : D’une continuité et d’un style laissant à désirer, peut-être pour donner l’illusion d’une narratrice authentique. Trop clairement et simplement téléguidé au service d’une charge par le ‘bas’. (52)

Philippe Arino – L’homosexualité en vérité ** (France 2012) : Voir la critique. (52)

François Place – Les derniers géants (France 1992) : Album jeunesse, ouvert aux autres, avec une page texte pour une illustrée (sur soixante-dix-huit). Un peu laborieux avant la rencontre avec les géants, vers le milieu. Conclusion : les hommes détruisent tout – là-dessus, partage des points communs avec les Chroniques martiennes de Bradbury ; dans l’ensemble, très proche du Monde Perdu. (66)

Lovecraft – Celui qui chuchotait dans les ténèbres (1931) : Nouvelle de taille et d’ampleur importante : 70 pages et la meilleure, de loin, du recueil mentionné en-dessous. (76)

Lovecraft – Le mythe de Cthulhu (1928/1996) : Recueil de nouvelles fondamentales concernant Cthulhu, la fameuse créature. La plupart des traductions sont de Jacques Papy. C’est mon second franc plongeon dans l’œuvre de l’auteur, longtemps après le recueil Je suis d’ailleurs et le niveau me paraît très inférieur ; cette édition pourrait en être partiellement responsable. Les autres traductions que j’ai survolées étaient bien plus fluides et même colorées ; ici elles sont scrupuleuses, précises, mais sacrifient la dynamique et probablement du style. (64)

Lovecraft – L’appel de Cthulhu (1926) : Lu à l’intérieur du recueil ‘Le Mythe de Cthulhu ‘. L’introduction est remarquable, la suite trop besogneuse – c’est évidemment un bon texte mais il ne retiendrait peut-être pas tant l’attention s’il n’était le pilier de ce ‘mythe’. (68)

Jonas Jonasson – Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Suède 2009) : Des chapitres portant sur la vie du centenaire rattrapent le présent, devenant les plus longs et surtout les plus intéressants. La lecture est facile, rapide, parfois amusée, mais sur 500 pages le développement aura manqué. Les personnages sont peu approfondis (Mabelle reste une ‘femme de caractère’ et surtout une charretière archétypale, totalement en surface). Les recours ludiques aux répétitions signent une volonté de faire malin et vaguement profond, avec une apparence faussement idiote : pourtant ce livre est par bien des côtés authentiquement con. Ses caractères négativistes, placides ou paumés embarqués dans de grandes aventures peuvent plaire – et m’ont fait penser aux films Le Tambour (pour la traversée du siècle d’un homme refusant l’engagement) et Saint-Amour (ce livre, adapté sur grand écran, est proche de ce dernier par ce qui lui sert d’éthique). (56)

Cizia Zyke – Paranoïa (1989) : Excellente comédie sinistre où Zyke semble écrire pour le compte de son ombre, ou d’un opposé/reflet quelconque. La naïveté et dans une moindre mesure la rigidité du narrateur rendent hilarantes ses situations. C’est un fou au milieu de médiocres, ne trouvant pas le feedback nécessaire pour le tirer de sa pente. Par le contexte et le postulat a des parentés avec Barton Fink et Le Locataire. La relative candeur voire la vulgarité occasionnelle m’ont légèrement rebuté au départ, puis le livre s’avale très vite et avec joie (moins vers la fin, une fois l’essentiel de la purge accomplie). (82)

Daniel Pennac – Des chrétiens et des maures (France 1996) : Un opus ‘de côté’, type préquel, dans la saga Malaussène de Pennac (initiée via Au bonheur des ogres). Très court, 80 pages de texte, semble inclure les enfants mais parfois cru et dans un esprit logicien. M’a semblé écrit suite à une décision d’écrire voire de remplir, plutôt que pour exprimer quoique ce soit et plutôt que par élan/compulsion. (38)

James Herbert – Fog (UK 1975) : Très bonne ‘série B’ à l’écrit, carpenterienne au passage, se permettant quelques fantaisies bonus via des portraits de victimes ou autres ‘héros’ confrontés à ce brouillard toxique. L’un des premiers pourrait s’appeler ‘Dark Fag, les fantasmes secrets de Mason Verger’. L’écriture est parfois légère, jamais radoteuse ou versant dans l’insignifiant. J’avais lu et peu aimé ses Rats, maintenant James Herbert m’intéresse car il n’est pas un niais. (72)

Jean Giono – Que ma joie demeure (1930) : Je ne repasserais probablement pas chez Giono. (36)

Arthur Schopenhauer – L’Art d’avoir toujours raison (Allemagne) : J’avais déjà lu la table des stratagèmes et quelques extraits finaux. Drôle mais avec des redondances. En avant-propos renvoie à Aristote et ses Topiques. (72)

Ray Bradbury – Chroniques martiennes (1950) : Recueil de nouvelles. Initiation à Bradbury dont j’ai encore deux autres livres. Je n’ai pas aimé l’indifférence à toute rigueur technologique, scientifique et le peu d’intérêts pour les implications sociales, (géo)politiques, stratégiques. (60)

Arthur Schopenhauer – Essai sur les femmes (Allemagne 1851) : Le texte est drôle, les mises en garde l’accompagnant achèvent. À la fois brillant et régressif, tient du cri du cœur ou du vieux coup de gueule plutôt que du compte-rendu d’un grand esprit. (70)

Desmond Morris – Le chat révélé (1995) : 150 pages de questions-réponses, avec une à quatre pages pour chaque cas. Tient ses promesses. Quelques détails sont douteux (à rebours de mes observations) mais l’approche est prudente et scientiste. Il peut donc y avoir des hypothèses depuis infirmées, mais qu’un minimum d’erreurs. J’y ai appris des anecdotes (les chats drogués, les épines du pénis..), été éclairé sur d’autres. Dommage que le ton soit parfois faussement mielleux ou vraiment sentencieux. (72)

Voltaire – Candide (1759) : A les défauts et une relative efficacité qu’on peut attendre d’une démonstration. Semble plein de rage masquée parfois au début avant que l’ironie ne se développe. Elle reste systématique mais ses manifestations se font plus légères. (62)

Jack London – Martin Eden (1909) : Roman plein de lucidité et de remarques percutantes. Il commet pourtant quelques fautes majeures : il est répétitif, l’action stagne, il est trop élogieux et unilatéral envers le protagoniste. Heureusement l’énergie du style et de la pensée, l’habilité de l’auteur qui met beaucoup de sa personne, comblent totalement ces fautes pendant la lecture et les relativisent en général. (80)

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SECOND TOUR : QUE LES COLÈRES NOIRES DEVIENNENT UNE INSURRECTION BLANCHE

3 Mai

Lapalissade absolue : la prise de l’Élysée par le Parti Socialiste sera une fausse alternance. C’est une lapalissade, mais apparemment pas tant que ça, au point que même dans le monde réel, des individus circulent tout en étant capables de vous tenir un discours différenciant sérieusement et profondément Hollande de Sarkozy, à partir de valeurs viscérales ou d’argumentaires à la logique éculée. Le plus sincèrement du monde, ils vous sermonnent sur la nécessité de barrer la route à un incompétent qui va ruiner la France ou d’évincer le nabot maléfique, persuadés qu’alors la France retrouvera son souffle. C’est là qu’on réalise que l’enjeu est de taille et que les débats vont être hardus.

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Pourquoi votre vote ne servira à rien

Il convient de faire un rapide état des lieux. Rien de nouveau, juste une mise au point : synthétiser et aller de l’avant.

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Le Parti Socialiste et l’UMP (ainsi que EELV, le MoDem et dans une certaine mesure le Parti Communiste et l’aile prétendument souverainiste de l’UMP – les villiéristes et associés) valident les grands processus géo-politiques en cours. Qu’importe les postures, les discours ou même les clivages ou héritages : ces formations sont, de fait,  »européistes » et  »mondialistes », même si elles s’en défendent ou n’intègrent pas ces notions à leurs logiciels. Chacun a ses raisons, ses façons de déguiser un suivisme, un fatalisme ou une paresse politique.

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Concrètement, la classe politique est toujours plus impuissante et continue à déléguer ses pouvoirs, confiant toute marge de manœuvre à d’autres instances. Voici la synthèse, nourrissez vos réflexions de ces éléments :

PS & UMP sont sacrifiés à une Union Européenne antipolitique

ils votent 97% à 98% des amendements européens

le Traité de Lisbonne a été formaté selon leurs souhaits en 2008 (après le référendum de 2005, offre déclinée par les Français puis les Hollandais, dont la volonté a été trahie)

la Constitution Européenne était le premier traité économique (il n’était pas politique, ni social, ni culturel) impliquant un aussi grand nombre d’Etats (il ne s’agissait plus d’échanges commerciaux inter-Etats, mais de dissoudre les législations dans une norme commune)

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PS & UMP sont sacrifiés au dogme néolibéral

ils valident tous les deux le MES, qui implique la rigueur budgétaire, les coupes sociales et la mise à mort, à moyen voir court-terme, du modèle social français

ils valident tous les deux l’ouverture au marché transatlantique de 2015

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PS & UMP sont atlantistes

Hollande ne remet pas en cause l’intégration à l’OTAN

Sarkozy a dilapidé les stocks d’or nationaux pour les brader aux Etats-Unis et sauver leur monnaie

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Bilan du premier tour

Avec 55% des voix, les deux grands ténors du  »système », partisans d’une rigueur intransigeante, du recul de la souveraineté nationale et des acquis sociaux, ont assumés leur rôle avec brio. La propagande néolibérale et la complaisance bourgeoise ont étouffées les voix dissonantes, faisant de Dupont-Aignan un has-been, de Cheminade un illuminé, de Marine Le Pen un piège à débiles mentaux. Pendant ce temps, Mélenchon était sous les feux des projecteurs et artificiellement gonflé, au point ou le personnage lui-même et ses troupes se sont bercés d’illusion sur leur puissance mais aussi sur leur légitimité.

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Tout a été préparé pour que le vote Marine Le Pen soit minimisé ou assimilé à un « vote de crise », donc un vote de contestation brutal, spontané, irréfléchi, surtout motivé par l’envie de secouer l’ordre établi. Par exemple, faire du vote MLP un vote de  »jeunes non-diplômés » s’inscrit dans cette éternelle stratégie consistant à assimiler le vote FN à celui d’une masse d’ignorants, de petites gens mal éduqués, à l’intelligence et la condition médiocres.

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L’hypothèse d’un « vote d’adhésion » n’est jamais émise, les thématiques du FN de Marine Le Pen sont récupérées pour être caricaturées par Nicolas Sarkozy, généralement sur un ton haineux ou violent. Le vote FN est réduit à être le témoin d’une « peur » alimentant le conflit de civilisations et l’islamophobie. La masse votant en faveur du FN se voit attribué des fantasmes que les partis traditionnels alimentent mais ne peuvent clamer haut et fort ; en quelque sorte, ils projettent sur le Front National ce qu’eux-mêmes ne peuvent assumer mais aspirent à utiliser (et Marine Le Pen doit être prudente et résister à un opportunisme qui pourrait la couper de ses axes anti-mondialistes). Il s’agira ensuite de répondre à des menaces qui n’existent pas, en menant des politiques sécuritaires et liberticides (déjà largement entamé avec la culture du fichage de Sarkozy) au nom d’une grogne qu’on feint de mal comprendre. Ou comment faire d’un vote patriote et antilibéral concret et résolu, une constellation de fachos, de désœuvrés et de borderlines électoraux ponctuels.

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Vote blanc ou abstention ?

Bien sûr, un vote blanc massif ferait la fierté ponctuelle des personnages antisystèmes et révélerait une prise de conscience active de l’inanité du duel proposé. Mais si, le 6 mai, c’est un « 30% d’abstention » qui s’affiche (et c’est tout à fait probable – l’idée est plutôt de viser un score largement supérieur), alors cela aura plus d’effet, que si étaient enregistrés 24% d’abstention plus 6% de votes blancs (ce qui signifierait 8-10% des votants), car le « 30% » restera un chiffre-clé, voir façonnera une image mentale. Tandis que si une abstention relativement forte et un vote nul et blanc vaguement en hausse s’ajoutent, alors en vérité ils s’annulent. Dans ce dernier cas, la nuance ne sera relevée que par quelques érudits tatillons au beau milieu de débats qui se dérouleront sans tenir compte de cette anecdote qui, et ce sera vrai, n’aura pas grand intérêt puisqu’elle n’est pas significative, pas assez brutale.

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A moins d’un raz-de-marée de blancs, l’abstention est une sorte de potentielle esquive lucide. Il s’agit de s’inscrire du côté de ce raz-de-marée et de l’amplifier car il y a, ici, quelque chose qui peut se jouer et prendre forme.

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Cela sanctionnera aussi en passant, les postures et les tentatives d’OPA grossières des candidats, comme Nicolas Sarkozy souhaitant ravir l’électorat du Front National tout en vomissant ses cadres et singeant ses idéaux, avec toute sa médiocrité de petit teigneux qui se croit devenu Sage.

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Comprenons également qu’une abstention massive de second tour a un sens, lorsqu’au premier tour le peuple s’est mobilisé. Sinon, cela signifie que le jeu continue ; or là, il y a rupture et crise de confiance indéniable. C’est la seule façon de signifier aux apprentis sorciers que nous serons des otages certes, mais indisciplinés. Car le 22 avril, lorsque les deux grands représentants des libéraux-bourgeois sont venus valider, définitivement et avec des scores proches (qui permettent d’autant plus d’entretenir l’illusion d’une dualité à armes égales, et de créer deux camps aux antagonismes factices), l’américanisation et la bipolarisation vaine, absurde et menteuse de la vie politique, c’est le politique qui est mort. Il est donc temps de refuser cette mascarade mortifère, ce théâtre moribond et nauséeux parce qu’il est fourbe et artificiel ; même si cela n’y changera rien, au moins, la pièce se jouera sans notre participation, mais pas sans que nous ayons posé notre mépris et notre dégoût – elle est déjà écrite mais d’autres échéances permettront, avec un peu de foi, beaucoup d’efforts et de patience, ainsi qu’un vaste travail de désenfumage, de casser ce cycle.

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Le piège « Alter-kozy »

La perversité consiste à faire de Sarkozy l’ennemi et leurrer qu’en « virant Sarkozy », naturellement tout ne sera pas réglé, mais la France retrouvera un calme intérieur et surtout, que les politiques antisociales engagées par Sarkozy se stopperont. Au contraire, elles trouveront leur point d’orgue, la crise et la dette publique servant un discours « pragmatique » frauduleux.

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L’ennemi reste dans la maison ; c’est un néolibéral qui en chasse un autre. Qu’il le soit viscéralement ou qu’il le soit par la force de ses alliances, de ses réseaux et des logiques qu’il accepte. La situation continuera à empirer, car celui-là aussi, comme tant d’autres autour des grands partis mainstream, est dans l’acceptation et la résignation devant les règles du jeu.

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Nous sommes totalement, à cet instant, dans l’entretien de l’illusion du démocrate tout beau tout neuf, surgissant après le vil conservateur (c’est le piège éternel de  »l’alternance » conçue par les libéraux-bourgeois – ou, si vous préférez, par les néolibéraux et leurs assistants ou observateurs). En quelque sorte, Hollande est notre Obama. La région France est un peu plus paupérisée, alors vous excuserez l’écart de prestance… Nous nous replions donc sur le petit gros rigolo fait maison, en attendant de trouver plus  »cool ». 

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En marge… Comment ont voté les Zogarokéens ?

Les chiffres sont naturellement très différents de ceux issus des suffrages citoyens ; les Internautes sont souvent en rupture avec les schémas politiques ou avec les leaders habituels ; ce Blog fait de la politique un sujet-phare et  »se range » en prenant parti ; les petits candidats, peu mis en valeurs dans les médias traditionnels, compensent avec Internet ; enfin, les mélenchon-marinistes sont plus nombreux sur le Net, parfois même ont tendance à bourrer les urnes.

Sans surprise, les deux candidats des grands partis mainstream n’accèderaient pas au second tour avec les Zogarokéens ; ce sont même les seuls à se situer en-dessous de leur moyenne nationale. Marine Le Pen est largement en tête (24.61%, soit +38% que ses 17.90% en France) mais pour autant, Mélenchon (19.16%, soit +72%) et même François Bayrou (13.51%, soit +48%) sont davantage sur-représentés). Ce dernier a été devancé dans la dernière ligne droite par Sarkozy (14.87%, soit -45%) tandis que François Hollande est le looser pathétique sur Zogarok (9.13%, -64%).

Les petits voir micro-candidats, c’est-à-dire l’autre moitié, réalisent des scores naturellement très au-dessus de leur niveau réel, grâce à une meilleure reconnaissance et visibilité sur le Net. Ainsi, avec +1.760%, Cheminade est en quelque sorte le grand vainqueur du scrutin Zogarokéen, même si cela ne signifie qu’un modeste 4.40% le plaçant septième sur dix. NDA est le grand champion des  »petits » (5.86%, +327%), ce qui s’est accéléré après son intervention  »choc » du Grand Journal (phénomène validé dans l’ensemble des autres sondages, impliquant critères, popularité, confiance, etc.). Le différentiel est moins exorbitant pour Eva Joly (4.08%, soit +77%) qui fait néanmoins le double de son score national (mais c’était facile). Arthaud a réussi une petite percée (2.30%, soit +410%) assez curieuse, tandis que Poutou fait à peine mieux que dans la réalité (1.57%, soit +37%), ce qui, dans les circonstances présentes, a presque valeur de fiasco.

Zogarok

France

Différentiel

Hollande

9.63%

28.63%

-19.0pts (-64%)

Sarkozy

14.87%

27.18%

-12.3pts (-45%)

Marine Le Pen

24.61%

17.90%

+6.7pts (+38%)

Méluche

19.16%

11.10%

+8.1pts (+72%)

Bayrou

13.51%

9.13%

+4.4pts (+48%)

Eva Joly

4.08%

2.31%

+1.8pts (+77%)

NDA

5.86%

1.79%

+4.0pts (+327%)

Poutou

1.57%

1.15%

+0.4pts (+37%)

Arthaud

2.30%

0.56%

+1.8pts (+410%)

Cheminade

4.40%

0.25%

+4.1pts (+1760%)

L’ANTISÉMITE **

18 Avr

Un contexte brouillé

3sur5 Il y a une semaine, Dieudonné était convoqué devant la Justice par la Licra pour son film présenté en avant-première le 15 janvier et accessible aux abonnés de son site depuis le 23 mars. Refoulé partout en Occident, financé en Iran, regroupant des comédiens sans espoirs carriéristes, L’Antisémite personnifie la Mort et la Shoah, met en scène le guest Faurisson dans son propre rôle et construit sa trame autour des péripéties, directes ou mises en abyme, d’un personnage alcoolique, négationniste et antisémite. Ces tares sont d’ailleurs les motifs retenus par la Licra.

°

D’abord, il est certain que L’Antisémite aurait réalisé un score impressionnant au box-office et que sa condamnation, avant même que le projet ne soit concrétisé, était autant de principe que stratégique (une opération de sécurité publique et de maintien de l’ordre et du bonheur des citoyens, diront probablement les camarades de Malek Boutih ou d’Alain Jakubowicz). Un succès populaire aurait précipité la prise de conscience pour certains, la reconnaissance par d’autres, du phénomène de contestation et des frustrations que Dieudonné canalise ; sa présence contient peut-être davantage les esprits qu’elle ne les échauffe. Ainsi, certaines saillies de Dieudonné servent d’exutoire, quand son Théâtre de la main-d’or, QG officieux et temple de l’antisionisme, est devenu un espace d’expression notamment pour certains publics déshérités ou inaudibles. A coup sûr, la relative paix sociale doit plus à des chansonniers, artistes ou polémistes (ce n’est pas un fait nouveau) comme Dieudonné, qui sont parfois des portes-paroles ou des icônes malgré eux, qu’à des associations opportunistes (donc nécessairement viles si on tient compte de leurs engagements).

Le film en lui-même : une semi-déception

L’Antisémite ne cherche pas la nuance ni la réhabilitation, il s’en moque éperdument. Dans un élan à l’héroïsme bonhomme, Dieudonné balaie toutes les critiques dès l’introduction de son film (évocation de la Shoah en noir et blanc), ou il se vautre avec allégresse dans tous les écueils, cumule tous les gags les plus  »politiquement » irrecevables. Dès lors L’Antisémite peut commencer et exister pour de bon et pour lui-même ; et si Dieudonné dépasse les bornes, les aficionados seront probablement déçus de l’ensemble. Non pas que l’esprit des spectacles soit absent, mais nous sommes un ton en-dessous et la bombe subversive, si elle est offensive, a tout d’une bagatelle approximative.

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Sans surprise, Dieudonné campe le personnage-miroir entrevu dans la bande-annonce. C’est une sorte de Bernard Frédéric de Podium, en mille fois plus trash, mais avec cette même rigidité burlesque chez le héros. Sauf que le film promis par la bande-annonce se dilue dans un autre ; ainsi, L’Antisémite est une compilation d’extraits de tournage, un fake sur un fake, ou Dieudonné est une star respectée et accueillie pour concevoir un projet sur-mesure. Les Dieudonné multiples (à l’écran) partagent ainsi les mêmes traits ; hystériques, paranos, chacun voit des francs-maçons partout, amalgame tout ce qui lui passe sous le nez ou les yeux, à la façon des théoriciens du complot les plus farfelus ou incultes.

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A l’arrivée, c’est un festival de vignettes plus ou moins osées ou transgressives, mais plombées par une confiance excessive en l’inspiration et le talent, peut-être même par une forme d’empâtement. Que la dramaturgie soit méprisée n’est pas le problème ; c’est la méthode adoptée et elle atteint ses objectifs. Mais il n’y a ni envolées ni coups-d’éclats grandioses (hormis quelques symboles, assez créatifs d’ailleurs), au point que le meilleur de L’Antisémite est contenu dans ses premières minutes, avec le monumental monologue du nazillon en goguettes, c’est-à-dire lorsqu’il ressemble à un  »vrai » film (comprendre simple et structuré, de ceux qui ne confondent pas immédiatement les niveaux de réel). La seconde partie est même assez balourde, voir médiocre car redondante. Tout cela pourrait indiquer que Dieudonné, non seulement évolue en circuit fermé, mais en plus a épuisé le filon (ce serait donc un point de rupture car les dernières vidéos étaient toujours aussi brillantes et pleines de gimmicks fraîchement élaborés). Ou peut-être y a-t-il eu auto-limitation. D’ailleurs, la trivialité finit par mener au lieu d’accompagner (jusqu’au générique, drôle au début et vite limité), à la façon de ce gag du vieux beauf bloqué sur l’homosexualité qui finit par s’user.

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C’est donc une succession anarchique de saynètes potaches ; c’est artisanal, bon enfant dans la pratique et téméraire sinon scabreux dans l’intention ; une boutique ou les fans et curieux viendront piocher (et il y a de la matière). Les plus avertis apprécieront la prestation de Alain Soral en producteur juif, un peu athée et fasciste sur les bords ; un personnage borderline qui lui sied parfaitement (on relève la revanche sur le milieu du spectacle, infesté de sionistes et de folles – il le proclame au premier comme au dernier degré). L’Antisémite peut être considéré comme une sorte de bonus à une œuvre gargantuesque et jouissive… alors que ç’aurait pu en être un morceau de choix. Mais il faut dire que, idéologiquement, Dieudonné n’a peut-être plus grand chose à transgresser (au niveau des notions sérieuses ou essentielles) tant il a atteint les stratosphères de l’underground géo-politique. Après tout, Dieudonné n’avait aucune aide, aucune salle, aucun réseau pour fabriquer son film : il est donc naturel que L’Antisémite ne soit pas un film, mais une parfaite créature dégénérée.

L’iconoclaste indépendant

Ceux qui ont suivis les actualités du film par le biais des polémiques qui l’ont accompagné et ont permis aux ouvriers de la Licra de se nourrir seront heurtés (parce qu’ils se sont conditionnés dans cette intention) mais pas surpris. Les étonnés seront des menteurs et des hypocrites ; les choqués/scandalisés (sur commande ? commande de quoi?) des conformistes ou des drama-queens en mal de bien-pensance et de reconnaissance d’une quelconque conscience citoyenne ou humaniste.

°

A cette heure, Dieudonné est le plus grand vendeur de tickets de spectacles, dans l’indifférence générale. C’est peu dire que le quidam qui se contente d’un monde émergé factice, soit a oublié l’existence de celui qui se qualifie de « branche humoristique d’Al-Qaida », soit l’a catalogué ex-icône perdue de vue à tout jamais. Pour autant, Dieudonné continue non seukement à subvenir à ses besoins, mais aussi à vivre, au milieu d’une Société qui l’a mis au ban et le nie ou le combat sans plus trop savoir pourquoi. Paradoxe, c’est peut-être cet homme reclus dans des tranchées qui est le plus libre de tous, en tout cas son château fort à lui est l’un des plus épanouis, éveillés et visités, alors même qu’il ne s’impose à personne, par aucune voie ni aucune stratégie de propagande d’envergure.

*

Note globale 61

MADAME JOLY, JE COMPATIS

6 Fév

Une figure élitiste inappropriée

Madame Joly, vous m’avez fait pitié à plusieurs reprises récemment et notamment lors de votre passage dans Dimanche+ face à Anne-Sophie Lapix, ou quelques sondages venaient rappeler l’absence de crédibilité et le rejet qui sont les seules réponses qui aient fait écho à votre candidature. Votre problème peut se résumer de façon lapidaire ou en quelques axes, aussi je ne raterais pas une telle occasion.

Madame Joly, vous assumez depuis le début le rôle de la candidate dite « de témoignage », dès lors la faille est double. D’abord, vous n’agissez et ne vous exprimez pas comme quelqu’un se proposant aux suffrages des Français, mais se portant devant eux pour exécuter une performance pré-rédigée par d’autres (et dans cette perspective, les Français peuvent venir tamponner, chaque voix est un bonus – bonus de témoignage). Vous vous permettez de nombreux écarts, mais vous ne pouvez vous émanciper ; aussi, vos « exploits » idéologiques déroutent et chacun en reste là, puisqu’il n’est pas question de persévérer ; donc, vous suscitez des polémiques en vain et elles ne servent qu’à vous plomber (au lieu de conforter vos atouts, vos dogmes).  Vous êtes alors, simplement, une candidate originale remplissant une fonction moribonde.

Mais surtout, cette « originalité » justement, se nourrit davantage des excès d’une vision « politiquement correcte » que de la synthèse de pensées contraires ou voisines, ou d’innovations quelconques. Ainsi, vous incarnez avec brio la gauche autoritaire, l’idéalisme punitif, prônant des valeurs moribondes et toxiques, sous l’apparat de la liberté et de l’ouverture (d’esprit – certainement pas politique) ultime. Le personnage contrasté mais aux traits saillants et caricaturaux que vous campez tient un peu de la méchante infirmière de Vol au-dessus d’un nid de coucou (même si vous avez une perception du monde « miroir » de la sienne) et de la mamie un peu destroy, progressiste et sans tabous, c’est-à-dire celle qu’on voudrait tous avoir, mais dont on n’est pas sûr qu’il serait avisé de la soutenir dans une compétition politique plus décisive qu’un scrutin local.

Il n’y a sans doute pas chez vous de mépris (en tout cas délibéré) du peuple, mais ce que vous dégagez sera forcément qualifié ainsi, parce que vous êtes dissuasive, castratrice (c’est aussi cette droiture et ce goût de la vérité tranchant qui ont séduit dans un premier temps) et coupée des peuples.   Le problème, c’est votre amour d’une vision du Monde abstraite, fantasmée et presque adolescente ; vous vous y complaisez en faisant mine de croire que chacun peut s’y confondre ; en attendant, vous êtes le laquais de la gauche « démocrate » (alors que vous savez bien qu’elle-même n’existe que parce qu’elle fait écho à l’UMP), l’acolyte excentrique, sensible et facétieux, mais toujours dispensable en fin de compte. Oui, le plus grave pour vous est là : vous êtes sous contrôle de personnalités qui vous méprise et vous utilise, vous poussant à exhiber vos défauts les plus gênants et à proférer les réformes les plus inappropriées.

Vous êtes l’outil permettant à EELV d’assumer sa proéminence sur l’échiquier politique sans que les leaders, officiels et officieux, de ce mouvement n’ait à se salir les mains. En d’autres termes, vous avez été sacrifiée par un jouisseur et une arriviste.

EELV comme tremplin (personnel) & instrument de paralysie (global)

C’est sans doute votre ambition d’entrer dans l’univers politique et d’en devenir un avatar (vous avez voulu percer en Norvège, au MoDem) qui vous a amenée à réprimer votre acuité, à nier la réalité avec laquelle vous alliez devoir composer. Cette volonté et cette ténacité à porter un projet personnel quelqu’en soit le prix ne sont pas seulement louables, ils sont admirables et montrent bien à quel point vous avez le cuir épais. Pourtant vous avez perdu.

Ce dont vous n’avez pas voulu prendre conscience, ou avec lequel vous avez estimé pouvoir jouer, c’est à quel point un programme fourni et un goût du combat se heurtaient, voir entravaient les stratégies internes de EELV et notamment des deux personnages piliers de cette plateforme, c’est-à-dire Duflot & Cohn-Bendit. Cette espèce de fédération électorale se borne à prôner le statut-quo, tout en donnant l’illusion d’une modernité audacieuse ; ce progressisme laborieux s’affirme par le biais de promesses de réformes sociétales mineures ou admises par l’écrasante majorité de la population civile et de la sphère politique (mariage homo, dépénalisation des drogues douces…).

Il faut voir aussi la logique et les intérêts des deux grands protagonistes ; les raisons de Duflot sont moins transparentes, mais aussi moins sournoises, sinon pathologiques et cruelles. La Présidente du parti s’est implantée et le temps du « Mme Souflot » est loin. Mais elle est encore trop récente, trop neuve sur les plateaux et il lui faut consolider son potentiel, afin d’être mûre pour l’avenir et pour envisager 2017 sous le statut de figure essentielle de la compétition. La limite de Duflot, c’est sa vacuité aberrante, son absence de projet, de vision et même de déduction flagrants. Pourtant, le personnage pourrait devenir l’un des plus plébiscités par sa génération, grâce à des prestations certes poussives, mais jouant toujours avec habileté sur la fibre émotionnelle. Mme Duflot se confond parfaitement dans les clichés du courant dans lequel elle s’est inscrit. Ses réparties pauvres et démagogues et ses démonstrations intellectuelles limitées (sens du raccourcis intellectuel d’une monstrueuse efficacité en tout cas) en font la parfaite candidate des nouveaux convertis aux urnes et à la citoyenneté participative. En d’autres termes, le côté petite conne savante de Duflot peut séduire les 18-25 ans (voir 18-34) désintéressés qui voteront par principe, mais peut-être aussi par nécessité (pression implicite du milieu) car il s’agit de se donner une conscience politique sans prendre le risque d’être exclu ou raillé par qui que ce soit.

Pour Cohn-Bendit, c’est très différent. Lui ne vise pas les hautes institutions, il se satisfait très bien de l’exercice d’un pouvoir plus concret : briller lui importe davantage que contrôler. Les présidentielles : il n’ira pas, jamais, il l’a promis et chacun veut bien croire que la fonction est incompatible avec ce qu’il est. Parce que Cohn-Bendit refuse toute affiliation, ne veut pas être encarté ; c’est qu’il lui faut jouir, il lui faut savourer sa liberté et même si elle n’était qu’un leurre (ce n’est pas le cas), il agirait de même.

EELV lui permet cela. Il peut ainsi avoir une place politique importante, satisfaire son désir de domination – dans le sens ou il a toutes les cartes en main et peut se moquer du jeu des autres, lui qui a assumé d’être le Gargantua poli de la scène politique hexagonale. Notre ogre libéral-libertaire s’en trouve ainsi marqué à gauche, son foyer naturel, en étant un agent indépendant mais actif : il peut tout faire chavirer alors même qu’il n’a qu’un pied dans le vaisseau.

Cohn-Bendit récupère donc tous les bénéfices de la puissance effective, sans même se mouiller, sans mettre les mains dans le cambouis, sans être engagé comme il le serait s’il était au PS. Il y a donc, chez lui, un refus de faire face, esquivé avec virtuosité. Accessoirement c’est sans doute ce qui le rend si détestable au regard de certaines populations « de droite » (celle du travail, celle patriote et celle des valeurs, de la morale et des traditions).

Dès lors, il apparaît évident que ces deux-là se soit ligués et camouflés derrière la candidature « Joly ». Sans doute la situation amuse-t-elle Cohn-Bendit, qui est l’importateur d’Eva Joly ; il lui a donné son ticket pour la gloire et la regarde se débattre. Ce sacrifice écoeurant, roublard et peut-être malsain n’est pas que l’oeuvre d’un hédoniste, c’est aussi le fruit de la philosophie libertaire, espace idéologique romantique par son goût du chaos, du consumérisme qu’on imagine forcément flamboyant. Mais ce n’est pas celle qui peut être en charge du Monde, sinon celui-ci devient une fête, mais une fête pour si peu.

Ce tandem, mais aussi l’ensemble des cadres de EELV, ont alors fait savoir qu’ils se rappelaient à leurs engagements d’alliés supposés. Mais le résultat est terrible, puisqu’ils ont fait de Madame Joly une assistée, donnant l’impression qu’il était nécessaire d’interpeller les personnages proéminents pour assumer la campagne, voir la faire exister. Pire, cette assistance n’est qu’un faux-semblant grotesque, puisqu’en vérité ces associés dénigrent toujours ce que leur championne présumée fait, dit, mais aussi est (« la république irréprochable, moi je sais pas ce que ça veut dire »). Les hypocrites y verront un modèle de démocratie interne ; les adversaires, une aubaine et un cadeau.

La stratégie du sabordage & des concessions confortables

Avant de tuer Joly, les figures de EELV ont démolit tout ce qui était susceptible de remettre en question, relancer, diversifier ou préciser les positions du parti. L’échec de Hulot aux primaires de 2011 est la stigmate de ce phénomène, de cette industrie de planqués. Une victoire de Hulot menaçait EELV d’une intervention, voir d’une prise extérieure sur le parti. Il y avait le risque d’une clarification, d’une unité et surtout, ô cauchemar, d’une vague populaire.

Deux chamboulements inadmissibles auraient alors secoué le mouvement ; d’abord, séduire un électorat « populaire », moins orienté sur la gauche et plutôt sensible au charisme (contestable sans doute, mais effectif) de Hulot ; voilà qui aurait entâchée l’image d’EELV (qui se veut élitiste et éclairé), aussitôt en position déceptive pour ses maîtres. Ensuite, bien sûr, un succès précipiterait le parti aux responsabilités, stabiliserait le mouvement et son action et obligerait ses membres à rendre des comptes. Car les écolos, ce n’est dans le fond qu’un petit club ; on s’y chamaille, mais c’est un tremplin au service de carrières, rien d’autre, sauf lorsqu’on a décidé, justement, de capitaliser sur un leader important, parce qu’il y a une occasion et que le ciel est clair pour la gauche (Mamère en 2002).

Au-delà des turpitudes minables du parti étiqueté « écologiste », cette stratégie du sabordage réduit encore la possibilité d’alternatives aux deux blocs « mainstream » et à la logique d’affrontement stérile de deux mastodontes gravitant autour de modèles similaires mais se disputant sur les axes et l’esthétique des postures. Par conséquent, ceux qui reprochent au FN d’être un recours toxique n’ont pas d’ « alternative républicaine ».

Las, la stratégie d’EELV consiste à empiler les succès aux élections intermédiaires pour glorifier quelques personnalités, leur donner un créneau ou ils excellent et une machine qui leur permet une certaine autonomie. Ceci, tout en étant affilié à une majorité évidente, qui assume pour eux le principe du réel (ou se dérobe, mais c’est à sa charge). Pendant ce temps là, la star montante (ou stagnante) a tout loisir d’animer les débats sans jamais trop s’investir et récupérer tous les thèmes que les autres ménagent, par prudence, raison, stratégie (électorale ou de gouvernement) ou pragmatisme. En somme, le modèle individuel de Cohn-Bendit s’est généralisé à EELV (mais l’action politicienne de Jack Lang ou Rachida Dati, voir Rama Yade ou Luc Ferry, est du même acabit).

—-

Voilà, madame Joly – je suis obligé de revenir vers vous pour conclure, parce que ceux qui devraient être vos sbires, vos bras droits et vos promoteurs occupent davantage le terrain que vous et ont pris l’ascendant sur le petit bloc vert dont vous êtes la porte-parole bizutée. Vous serez probablement zappée en vitesse, surtout que vous ne touchez aucun public particulier : vous ne captivez pas un profil spécifique, en dépit de votre allure et de votre style pourtant assez hors-normes. C’est dommage, mais c’est aussi de votre faute, car vous êtes, peut-être malgré vous, le prototype d’une forme de dérive du progressisme (le « fascisme » de gauche) qui s’avère être le cheval de Troie du Mondialisme.

C’est cet excès qui, par-delà les calculs politiciens, les performances et les parures rhétoriques ou stylistiques, est la raison profonde de votre inévitable échec.  Vous incarnez la ramification extrême d’une branche de la pensée mondialiste et c’est pour ce motif que vos partenaires vous renieront, prenant des distances avec tant de déviances multiculturalistes et procédurières – et même liberticides (ou quand le paradoxe émerge et menace de flanquer par terre toute une cohérence ténue). En quelque sorte, vous pourriez, si vous demeurez telle que vous vous présentez aujourd’hui, être la facette « extrême » gênante de ce que seront vos collègues dominants ; comme l’homme de gauche se justifie de sa position de gauche en mettant en avant, sans avoir l’air, qu’il est une version atténuée de son homologue radical (Mélenchon aujourd’hui par exemple – que Hollande commence à faire semblant de prendre pour un interlocuteur possible, vraisemblablement pour installer l’idée qu’ils sont tous les deux liés mais séparés par des nuances – façon de maintenir l’illusion d’une cohérence du bloc de gauche & même de la validité d’une « gauche »). Vous êtes un peu la Le Pen du centre-gauche ; une position enviable, mais… Bon courage !