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TABOU (2012) **

29 Mar

2sur5  Avec Tabou un ancien critique déjà expérimenté en tant que réalisateur sort la grosse artillerie pour une fantaisie art & essai. Le soin est très poussé, pas pour la galerie ou pour flouer, mais pour refaire son monde à l’écran, dans un esprit zen plutôt que mélancolique. Le film (portugais) est tranché en deux parties : la première avec les trois femmes dont une Aurora nostalgique et soudain communicative au seuil de la mort ; la seconde avec les colons blancs – où se trouve le passé de l’agonisante.

Par endroits le film (tout en nuances de gris, davantage que noir et blanc) ressemble à un documentaire maniéré, gardant la distance en travaillant le style et la forme, délaissant l’action et l’information pure. Dans la seconde partie les dialogues sont absents, la voix-off prend la relève pour lier et accompagner quelques élus. Les bavardages de la première semblent indiquer tout le mépris pour la parole et la prise directe, qu’ils soient travaillés en ce sens ou symptomatiques. Le film passe par des tunnels de muet et d’effacements, se livre à des divagations clipesques dans certaines impasses qu’on avait pas vu venir.

Place aux bruits, aux sons naturels ou de ‘flux’, de vie, dans la seconde portion surtout – tout est plus étanche dans la première, à la léthargie peu attractive, par opposition au flegme extrême et romanesque de la suivante. Des fantaisies lunaires sont ponctuellement transmises aux personnages (la plus voyante et enfantine est les formes animales dans les nuages) ou ciblées dans leurs expériences (les chanteurs). Des miasmes cérébraux se répandent partout – avec élégance mais sans portée, une continuité qui se passe de caractères, d’individus clairs. Un croco se faufile et grandit – running-gag sans le gag et sans la vitesse. Les adeptes de Weerasethakul et Antonioni (Le désert rouge, Profession reporter), voire de la Nouvelle Vague française, pourraient se sentir chez eux.

Note globale 50

Page IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… À la verticale de l’été + L’Odeur de la papaye verte + Out of Africa

Scénario/Écriture (2), Casting/Personnages (1), Dialogues (-), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (2), Pertinence/Cohérence (2)

Note arrondie de 49 à 50 suite à la mise à jour générale des notes.

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LES ANGES EXTERMINATEURS (Brisseau) **

24 Avr

2sur5  Branlette au propre et au figuré. Lorsqu’il réalise Les Anges Exterminateurs Brisseau sort de son procès pour harcèlement sexuel auprès de ses actrices : il va nous démontrer qu’il est un cinéaste téméraire. C’est parti pour les théories en mousse, la sincérité paumée à la Ed Wood, le cortège de spécialistes ébahis devant tant de profondeur et de sophistication.

Les Anges Exterminateurs est une démonstration malgré lui, presque une thèse, du cinéma d’obsédés random déduisés en intellos arty. Oui ce genre existe. Voilà un film sur les films underground dont la vocation véritable, en dernière instance, n’est que de faire du cul, mais avec des manières. Juste avec les yeux, sans y mettre les doigts, ou pas les siens. Attention avalanche de déblatérations sur les mouvements du corps et la sensualité transgressive (mais pourquoi « transgressive »?). On va faire monter la sauce et s’émoustiller, en restant sérieux et concentré.

Second opus d’une trilogie sur le plaisir féminin par Jean-Claude Brisseau, Les Anges est présumé nous raconter un jeu dangereux. La tension est noyée sous les bavardages et le ton sentencieux. On joue aux visionnaires de l’érotisme, on s’extasie sur un hypothétique mystère féminin. Tout cela pour fondamentalement ne déboucher que sur une chronique de la désillusion annoncée.

On éprouve un vif plaisir, celui de voir un auteur en roue libre, nous déverser le résultat de son introspection sélective. Le personnage masculin du film, le ténébreux Frederic Van Den Driessche, est le double (fantasmé, bien sûr) de Brisseau, éprouvé par des comédiennes, cette catégorie désespérante, pleine d’individus immatures. Point de vue appréciable.

Reste qu’on nous vend un réalisateur (celui du film et celui dans le film, les mêmes, avec les mêmes aspirations) simple et plein de principes, cherchant envers et contre tous à être l’instigateur de l’extase mystique, tout en jouant in fine les moralistes complexes. Heureusement il ne fait pas semblant lui-même d’y croire : il y a des limites à la bullshit.

Si on est un peu mesquin (attentif?) on y voit la démonstration des bonnes intentions d’un homme naif, persuadé finalement d’avoir trouvé la clé : il est l’homme fatal malgré lui. Mais dans la réalité, c’est l’autre qui ne le sait pas. C’est pourtant simple ! Ah, voilà un vrai film d’auteur, un malade et bancal, trop facile à piéger, trop entier pourtant.

Note globale 47

 

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Suggestions…  Les Raisins de la Colère + Welcome to New York + Room in Rome

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LA FORET D’ÉMERAUDE **

12 Déc

3sur5  Treize ans après Délivrance (1972) où des citadins se transformaient en sinistres sauvages, John Boorman prend le parti de la Nature. The Emerald Forest commence par la disparition du fils d’un ingénieur états-unien (Bill par Powers Boothe), présent en Amérique latine pour la construction d’un barrage hydraulique. Au terme de dix ans de recherches, il retrouve son fils, vivant et membre d’une tribu (les ‘Invisibles’) au cœur de la forêt amazonienne. Bill souhaite ramener Tommy dans son milieu d’origine, mais celui-ci connaît déjà sa famille. Et il y a plus urgent : les ‘Féroces’, tribu ennemie des ‘Invisibles’, leur ont déclaré la guerre en faisant une razzia sur leurs femmes et en cherchant l’appui des Blancs pour les anéantir.

Avec cet opus, Boorman qui entretenait déjà un rapport original avec les grands espaces verts, comme en attestait le ‘nanar’ culte Zardoz, entre définitivement dans la catégorie des cinéastes écolos. The Emerald Forest se veut un lanceur d’alerte, en pointant la menace pesant sur l’Amazonie. Il dénonce explicitement la cupidité et l’inconséquence des occidentaux, avec ses prédateurs industriels et ses bourgeois euphoriques ; consuméristes visionnaires ou citoyens débiles. La subtilité n’est globalement pas au rendez-vous et le message ne fait pas exception. Les personnages sont fadasses (les riches oisifs surtout, les indiens dans une moindre mesure), la présence de Meg Foster (la collabo froide dans Invasion Los Angeles) reflétant la préférence pour une humanité allégée.

La dimension anthropologique présente quelques défauts de réalisme elle aussi, la faute à un enrobage glamour. À défaut de profondeur le film pose en tout cas de grands constats, émet l’idée de ressources ‘finies’ et donc d’une Terre dont la modernité commencerait à toucher les limites. Il verse dans le fantasme post-moderne du retour à une Nature bienveillante et à des formes de vie apparemment primitives, en fait garantes d’une spiritualité incorruptible. La forêt d’émeraude apparaît rétrospectivement comme une mise en images précoce des idéaux altermondialistes (en 1985, ce mouvement éclot tout juste). C’est d’ailleurs la fonction la plus remarquable du film : comme l’ensemble des créations de Boorman, celle-ci brille par sa splendeur visuelle. Ces prises de vues idylliques sont le résultat de mois passés à arpenter l’Amazonie.

Enfin Boorman donne une illustration du mythe rousseauiste et propose une alternative au western traditionnel (le scénario renvoie à des constantes du genre, en particulier à l’emblématique La prisonnière du désert). Danse avec les loups ira dans ce sens avec plus de maturité cinq ans après. Le cinéaste se montre plus optimiste (sur les Hommes) que d’habitude, peut-être car il s’agit d’une histoire de famille au-delà du scénario : l’interprète de Tommy est le fils du réalisateur (Peter Boorman), ce qui a d’ailleurs provoqué la rupture de Boorman et Rospo Pallenberg, son plus proche collaborateur. Il l’avait déjà assisté pour le scénario de L’Exorciste 2, d’Excalibur et de Délivrance. Pallenberg fera un passage derrière la caméra avec Cutting Class, film méprisé mais légèrement tiré des oubliettes car appartenant à la préhistoire de la carrière de Brad Pitt.

Note globale 61

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Suggestions… Aguirre (1972) + A la poursuite du diamant vert (1984) + Jack Burton dans les griffes du mandarin + Le syndicat du crime + John Carter

Scénario & Écriture (3), Casting/Personnages (2), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (3), Pertinence/Cohérence (3)

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