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LA GRANDE BELLEZA ****

3 Juil

4sur5   Le sacre de La Grande Belleza est paradoxal, à peu près aussi ironique que l’inertie de la censure (autoritaire et plutôt puritaine à l’époque) devant Hellraiser ou l’adulation de Fight Club par des ados confus. En marge des récompenses attribuées au film, les réactions très lisses et bienveillantes des autorités italiennes et des leaders politiques frisent le ridicule. Cette Grande Belleza dont ils se félicitent du triomphe nie leur puissance. D’une part elle propose une vision romancée de l’Italie et des italiens, un regard d’étranger les confinant en caricatures dans un écrin doré.

 

Et en plus de cela, La Grande Belleza est une crucifixion. Ce n’est pas un objet vaguement mélancolique, c’est le reflet d’une décadence. Boulevard du crépuscule étendu à tout un peuple. Et autour, les fastes, la ville éternelle. Les meubles, ce sont les individus. Jep le journaliste à succès en a bien conscience et a choisi de s’enfouir dans une bonne carrière, renonçant à imiter les génies et se laissant vivre et bercer par Rome. Il fréquente les mondains et les regarde échoir, comme lui.

 

Le tableau est extraordinairement pessimiste. Il n’est pas tellement acide en revanche, car nous sommes à la hauteur de ces personnages un peu minables, tout petits face aux splendeurs dans lesquelles ils s’abritent. Paolo Sorrentino montre une population creuse et fatiguée, quoiqu’elle en pense, dans une ville millénaire, dont elle pollue la beauté, avec la politesse toutefois de ne pas se lamenter.

 

Si Jep s’accommode de cette situation, cette ambivalence fait s’interroger. Difficile de ne pas s’agacer des branlettes de vaniteux élitistes. Sorrentino se positionne de manière opportune à cet égard, si bien que malgré des réticences sur le fond le spectateur se retrouve, comme Jep, à défiler dans ce monde-là, en profitant du divertissement.

 

Il y a cette satisfaction d’être le spectateur au crépuscule, qui est surtout moral et culturel ici, qu’il s’agisse de ces abrutis exhibant leur fille pressée de barbouiller une toile en mode inspiration sauvage (in extremis, on nous montre un résultat  »cohérent ») ; ou de la performance de cette femme nue, l’étage du bas peinturluré du logo des communistes, s’éclatant la gueule dans un mur avant de venir déclamer « je ne vous aime pas » à un public de dégénérés conventionnels l’applaudissant.

 

Les gens s’éteignent, parce qu’ils ont tout. Il n’y a plus besoin d’ailleurs quand on est déjà au paradis, quand bien même les camarades seraient d’une insignifiance égale à la nôtre et d’une grossièreté supérieure. Jep a choisi de se gier devant cette « grande belleza » et a une tendresse un peu amère pour ceux qui tentent de l’attendre par leurs propres moyens. La Dolce Vita réactualisé, sauf que Fellini n’allait pas au fond de ce recueillement paradoxal.

Note globale 80

 

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Suggestions…  Le Syndrôme de Stendhal + Opera + Hannibal

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L’HOMME DE RIO ****

2 Avr

4sur5  Largement inspiré de Tintin et du personnage de fiction Bob Morane, L’Homme de Rio est l’un des films d’aventure les plus remarquables du cinéma français, mettant en jeu de vastes moyens et dépensant autant d’énergie. Il arrive à injecter dans la réalité une ambiance de ‘facilité’ propre à la bande-dessinée, rarement crédible ou pertinente ailleurs (les véritables adaptations de Tintin ont d’ailleurs aussitôt sombré dans l’oubli à cause de leur raideur). Autrement dit il arrive à décréter la fantaisie, à l’aide de personnages réussis, aimables, dans le sens d’un cartoon ou d’un James Bond innocent.

Le scénario est virevoltant, en revanche dans ses élans le film aligne quelques faux raccords (dont certains ambigus, à la façon d’une faiblesse transformée en force ou en farce). Il ne contient pas une minute de pesanteur (sauf peut-être aux extrémités), sans pour autant souffrir d’hystérie ou de surcharge. Cette science de l’amusement devrait produire ses meilleurs effets sur les enfants, ou un public docile, abandonné, qui sera comblé – dès la poursuite à Paris (séquence marquée par un humour typique, proche des pitreries du Gendarme avec De Funès). Les décors sont variés et luxuriants, la caméra aussi aérienne en intérieur qu’en hauteur, Françoise Dorléac (la sœur de Catherine Deneuve dans Les demoiselles de Rochefort et dans la réalité, morte peu après) au summum de ses charmes en droguée enthousiaste.

Et surtout le Tintin réformé n’est pas un enquêteur scrupuleux, mais un esprit jeune, intrépide, dont les péripéties ont une tournure romantique. Belmondo est éblouissant, à multiplier les cascades – vu depuis sa fin de carrière, la plupart de ses usages stakhanovistes (en flic) ou à contre-emploi en prennent un coup. C’est alors une vedette montante, révélée quatre ans plus tôt au grand-public via À bout de souffle. Il a déjà mis Philippe de Broca sur les rails du succès en 1962 avec Cartouche, le triomphe de L’Homme de Rio est donc une consécration. Leurs noms deviendront indissociables (parmi les quatre autres opus à venir, le dernier c’est Le Magnifique), avant l’apogée de Bébel autour de 1980. L’Homme de Rio aura une influence sur la gestation d’Indiana Jones et d’OSS 117. Les épreuves exotiques des Douze Travaux d’Astérix ont des points communs, au moins en esprit – d’ailleurs la bagarre générale rappelle fortement Obélix et sa bande.

Note globale 80

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Suggestions… La Sirène du Mississippi + Mort sur le Nil + Les Mariés de l’An II

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (3), Son/Musique-BO (3), Esthétique/Mise en scène (5), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (3), Ambition (4), Audace (2), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (2)

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IRRÉPROCHABLE (2016) ****

2 Mar

4sur5 Au début on croirait retrouver la pseudo Marie-Joëlle de La Tour Montparnasse, dix ans et des rafales de claques plus tard, la ruine expliquant sans doute cette décadence. Marina Fois a toujours cette diction spéciale, qui semble à la fois sarcastique, témoin de sa gêne permanente ou de son anxiété déguisées, ou pourrait même être la voix logique d’une pintade calculatrice et désabusée à la racine. Dans Irréprochable son personnage est devenu pathétique ; malgré sa haute énergie, Constance a la quarantaine un peu dégueulasse, la résilience souvent vaine (hormis pour le maintien physique) et un risque de basculement fatal dans l’aigreur sur-élevé. Revenue dans l’arrière-pays où elle a grandi et fait ses premières armes, elle doit tenter sa dernière chance, forcer le destin qui la méprise à lui laisser une bouée où s’accrocher.

Un mix des mecs de Malveillance et de L’Adversaire (de Costa-Gavras) va se confirmer et se raffiner sous nos yeux. La force d’Irréprochable vient de choix simples mais radicaux, d’une épure du social et du chaos des subjectivités. Cette formule de thriller est classique, souvent efficace, peut atteindre de hauts niveaux avec un protagoniste bien cabossé ou dérangé et un interprète à la hauteur ; ce premier film (de Sébastien Marnier) vient gonfler la dernière catégorie. Au fond Irréprochable raconte l’un des derniers épisodes d’un triste cas de nulle ou d’exclue attachée à un monde où elle n’a pas sa place, voire n’a rien à faire – d’où un activisme aberrant avec quelque chose d’héroïque. C’est une gloire minable et dérangeante. Les vertus de Constance puent. Elle sait imiter la bienveillance et le désintéressement, mais par ‘coups’ : un peu trop d’exposition et le vernis va craquer, les frustrations vont remonter et emporter tout l’état d’esprit inventé dans lequel elle arrive à se couler.

Sa lucidité est empêchée par l’affect, ses dénis n’arrivent pas à se nourrir malgré les efforts. Comme une jeune adulte sans boussole et sous pression, elle est secouée par une urgence de s’affirmer, à une époque où il est déjà plus que trop tard ; où elle n’a rien capitalisé dans ce monde où elle sait seulement faire illusion – ce pour quoi il faut savoir rester mobile, ne jamais entrer ‘vraiment’ (spécialement, par la voie principale ou autorisée) dans la vie de quelqu’un, sous peine de subir l’hostilité ou de voir le rejet profond se révéler – bien sûr le désir peut être trop fort, mais elle perd toujours à l’assouvir à fond (la relation avec Gilles/Biolay ne peut mener qu’à des rappels, ce qu’elle sait et tâche de délégitimer, mais qui viendra peu importe ses actions ou son ‘soi’). Elle garde des fixations d’adolescente ou de niaise, qu’elle n’est pourtant pas – elle est plutôt à l’autre bout, prête à pourrir, après avoir pour d’obscures raisons réussi à éviter l’assèchement.

D’ailleurs tous les objets sur lesquels elle jette son dévolu ne sont pas si brillants ou enviables, peuvent la renforcer mais pas assez par rapport à ce qu’elle risque et ce qu’elle paie quoiqu’il arrive ; c’est l’équivalent de la Sensation Introvertie de Jung en pleine transe malade (défigurée par les buts extravertis et matériels), avec des fétiches sans doute entretenus et dont l’intensité a été ressuscitée. La position dominante qu’elle a connu au moins en partie (au point de pouvoir claquer la porte il y a quelques années), au moins dans le regard des autres à un moment donné (le scénario n’est pas explicite sur ce plan, car tout se passe au présent), justifie probablement cette attitude – et encourage ses faiblesses de cœur. Son Philippe est vissé ici probablement depuis la naissance. Au volley, tout le contexte sent comme au lycée ; il est resté au même stade, avec une conscience pauvre, tranquille avec son étroitesse.

C’est le genre de type prenant des signes extérieurs de beauf pour de preuves de puissance, l’aisance pour la réussite – bien qu’on sente dans l’incarnation de Jérémie Elkaim l’embarras de celui qui n’arrive pas à comprendre suffisamment les rouages (des gens, de l’environnement) et pour qui ce manque revient souvent au premier plan. Simplement Constance a vieilli, doit faire semblant de l’accepter, n’a qu’à céder à des nécessités et des impératifs qui au fond n’existent même pas, mais maintenant la retienne ; le spectateur adhère parce qu’il sent le vide planant sur elle – et dans une moindre mesure, les turbulences, dont il voit surtout les effets (La prochaine fois je viserai le cœur faisait ‘passer’ les deux).

La mythomane ne l’est pas gratuitement, par plaisir ; c’est une aliénée. La première cible de ses fièvres manipulatrices, c’est elle-même, qu’elle convainc parfois plus vite que la vraisemblance ne le permet ; elle ‘vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué’ et surtout arrive à jouer trop à fond, à s’exposer d’une manière folle – d’autant plus intense pour le spectateur qu’il est le seul avec elle à connaître son secret ; et avec elle il peut omettre en quoi, à quels endroits, elle est une faussaire. Les libertés prises par Constance (qui s’introduit dans l’appartement de son ennemie, lui présente une identité, des fonctions et des intentions alternatives), ses pratiques de stalkeuse (de l’épluchage de Facebook aux repères quotidiens IRL) la rendront probablement effrayante voire répugnante, mais comme on voit le désespoir de son état et l’énergie qu’elle déploie, la sympathie est facile aussi.

Note globale 80

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Suggestions… Chronique d’un scandale + Un frisson dans la nuit/Eastwood + Le Faussaire/Schlondorff + Elle/Verhoeven

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (3), Originalité (3), Ambition (3), Audace (3), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

Note arrondie de 79 à 80 suite à la mise à jour générale des notes.

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LE RIDEAU DE BRUME / SEANCE WET AFTERNOON ****

27 Nov

4sur5  Bryan Forbes est un auteur britannique connu dans son pays, peu en-dehors. D’abord acteur, il est devenu un réalisateur très productif, puis s’est lancé dans l’écriture de romans où il a connu ses plus grands succès. Il a également travaillé dans le théâtre et été chef de la production chez EMI Films. Sa Chambre indiscrète suscite l’engouement des ‘officiels’ en 1962-64. Armé de cette reconnaissance, il enchaîne avec Le rideau de brume, un polar pathétique, d’une tristesse foudroyante. Pour le spécialiste ce sera un thriller cru et désenchanté ; en lui-même, c’est un plongeon dans l’environnement de grands malades. Le couple formé par Billy et Myra n’est pas dysfonctionnel, il est en voie de damnation. Myra est la responsable parce qu’elle est la plus forte et ambitieuse. Elle fait partie de ces gens à qui les autres paraissent ‘morts et ordinaires’. Billy, interprété par le producteur Richard Attenborough (associé de Forbes), est son public et son homme de main, son petit garçon à charge aussi, avant d’être un mari. Pressée de maintenir son illusion de toute-puissance, Myra le rabaisse constamment. C’est facile avec un tel type : pleutre, fadasse, faux placide vraiment faible, atteint par une sorte de vulnérabilité nerveuse. La faillite narcissique semble toute proche. Elle remplit sa vie en menant son petit théâtre ; à ce degré, ça ressemble à la folie – ou à un cas d’école de ce que cette étiquette essaie d’appréhender. Le film la prend au moment où elle déborde.

Il les montre sinistres, dans leur vie quotidienne ; embrasse cette banalité sans faire du spectaculaire. Les airs solennels de Madame assurent déjà de ce côté. Elle doit se représenter comme un mélange d’executive woman et de grande bourgeoise, en plus de ‘connaître’ sa fonction et vocation de réceptacle de la voix des morts. Ses mines pompeuses et hautaines, son phrasé travaillé, nourrissent une image presque crédible. Ce numéro serait proche de la perfection si tout autour s’effaçait, elle pourrait être cet espèce de démiurge bienveillant mais excédé qu’elle interprète. Mais pour ça le déni ne suffit pas, il faut vampiriser. C’est pourquoi Billy se montre débrouillard sous la pression, parvient quelquefois à protester avec énergie ; toujours pour se coucher face à l’autorité, après avoir déployé des efforts gigantesques et s’être un peu plus assommé dans la foulée. Son empathie pour la gamine kidnappée est le résultat de sa moralité et de son état ; c’est une prisonnière malmenée comme lui. Poussée vers la souffrance, chargée des turpitudes d’une dame imposante et démente : laminée alors que sa base est encore faible, son ‘caractère’ inachevé. Pour soutenir ce tableau, la mise en scène est posée, pudique, mais édifiante. Techniquement le film est de haut niveau (le chef opérateur est Gerry Turpin, cadreur de Peeping Tom), les effets sont cinglants et poétiques. La trame musicale (par John Barry, équivalent britannique de Morricone en terme de quantité et de prestige) est oppressante, très ‘régulière’, avec des accents industriels et graves. Elle installe une osmose de rationaliste exsangue, prêt à glisser et à sombrer dans le malaise à force d’aberrations. La nausée monte.

Certaines séquences et ellipses brutalisent : le spectateur voit le minimum, sait et sent que les sécurités fondamentales sont compromises. Les fantaisies ne l’emporteront jamais, cette normalité devra bien céder. Cette aventure est imaginable dans la réalité. Il y a de ces excentricités qui se voient, se devinent dans la population (un peu comme dans La Cérémonie, où les ‘cas’ sont plus modestes [par la condition sociale aussi], mais d’autant plus violents que la détresse semble digérée). L’emphase sur le contexte géographique permet un retentissement plus intime ; peut-être vertigineux pour le spectateur de l’époque amené à traverser les lieux publics londoniens. Avec les déserts périurbains, déformés par le filtre glauque de la situation, ce sont les seules bouffées d’airs dans cette histoire. Et les seuls moments d’action : le monde extérieur n’est plus qu’un terrain de jeu hostile, où Billy risque sa peau comme un missionnaire pour marquer des points et organiser le délire conçu par sa femme. Des clés surgissent : les éléments du passé encourageant la dérive seront connus. Ça pourra sembler lourd ; mais les fixations et les troubles psychiques lourds affectent les ‘pauvres’ gens en priorité (vivre dans la misère, la crasse ou le malheur ; passé une certaine séparation du réel, les données matérielles et sociales peinent à fournir des explications). Pas besoin de fines analyses ou de psychanalyse pour en attester. Forbes réalisera plus tard, à Hollywood, le sarcastique Les Femmes de Stepford.

Note globale 79

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Suggestions… Kidnappés/Secuestrados + Borderland

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (4), Dialogues (4), Son/Musique-BO (4), Esthétique/Mise en scène (4), Visuel/Photo-technique (4), Originalité (4), Ambition (4), Audace (4), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (4), Pertinence/Cohérence (4)

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MARATHON MAN ****

17 Juil

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4sur5  Comme Le Silence des Agneaux pour Jonathan Demme, Marathon Man est le chef-d’oeuvre d’un réalisateur efficace mais sans style propre. En adaptant un roman de William Goldman, romancier qui deviendra un scénariste très demandé pour le cinéma, John Schlesinger a réalisé un des fleurons du thriller paranoiaque et plus généralement, un des thrillers américains les plus marquants de son époque (1976).

 

Si Marathon Man atteint une tension si rare, ce n’est pas tant en raison d’un grand nombre de menaces concrètes ou fantasmées qu’en vertu de son climat étrange. La construction originale pose d’emblée l’absence de repères, mais aussi l’impossible fuite. Dans Marathon Man, tout l’ordre social et humain est corrompu. De l’extérieur, tout est probablement anodin. De l’intérieur, c’est une société en délitement, croulant sous un Mal omniprésent. La réalité de fond est masquée, cela se ressent sans interruption et elle va se révéler quand nous serons affaibli. Cela n’empêche pas le film d’arborer une facette politique bancale, que ce soit dans ses parti-pris avec les archives du coureur ou dans son imagerie supposée vraisemblante avec les manifestants  »contre la pollution ».

 

Anxiogène, la mise en scène ne laisse aucune paix, aucune sécurité de l’esprit. Les individus semblent contaminés par cette saleté, tous fatigués ou agités, même ceux compris comme des forces malveillantes. Il n’y a aucune légèreté ni aucun enthousiasme chez personne. Toutes ces qualités rendent le film singulièrement cauchemardesque. Au sens littéral : Schlesinger nous conduit souvent à la lisière du surréalisme, en particulier lors de l’issue, avec Hezel dans le quartier juif new-yorkais. Dans le même temps, le traitement est purement pragmatique, mécanique et Schlesinger semble encombré par des ambitions théoriques qu’il ne sonde pas vraiment. Marathon Man ne parle absolument pas du monde réel et Schlesinger gagne à laisser les ambitions du thriller paranoiaque typique (dans la lignée de Les Hommes du Président et de ce qui se faisait pendant les 70s) s’échouer pour mieux s’amalgamer avec le spectacle. Les complots dopent le spectacle, leur valeur didactique est nulle.

 

Outre ses séquences surprenantes et l’effroi qu’il inspire, Marathon Man s’impose grâce à ses deux principaux comédiens. Hoffman est un cas particulier. Le décalage entre son statut de fiction (étudiant) et sa réalité (c’est un homme de 38 ans) pose un problème logique, mais renforce à merveille l’esthétique du film, car il dégage la vulnérabilité d’un enfant précipité dans la gueule du loup. Le plus impressionnant est Laurence Olivier, l’acteur shakeasperien incarnant une des figures du Mal pur les plus saturées et précises que le cinéma ait fourni. Homme d’affaires névrosé, médecin sadique et ancien nazi, il porte un lourd CV, mais c’est encore sans compter sur son allure de bourreau policé et ses démonstrations implacables, dont la séance « Is it safe ».

Note globale 80

 

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Suggestions… Le Dentiste + American Gigolo

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