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COPYCAT ***

23 Oct

4sur5  Enfant du Silence des Agneaux et cousin de Seven, Copycat est un produit typique parmi cette vague de thrillers des années 1990 où les notions psychologiques ou psychiatriques occupent une place d’honneur. Comme son titre l’indique, le film s’intéresse à un imitateur de serial killer. Il semble viser haut et si ce n’est pas un classique, c’est au moins un excellent film de genre. Dans son registre, c’est un peu Volte/Face, sans le kitsch. Ses lourdeurs elles-mêmes sont sympathiques et ne pèsent rien face à la qualité de la mise en scène et la richesse des personnages.

C’est ici que Copycat trouve sa valeur ajoutée. Le tueur est un fils à maman inscrit dans une belle carrière, geek a-priori au départ, s’avérant un genre de Patrick Bateman (American Psycho) plus tard. C’est un protagoniste redoutable, mais les meilleurs sont ailleurs : ce sont ses trois poursuivants. Sigourney Weaver est positivement monstrueuse dans sa peau de psychiatre devenue agoraphobe après l’agression d’un ancien patient. Elle prête main forte à la brigade de police de San Francisco, laquelle fait face à la première vague de meurtres en série de son histoire (excepté l’affaire du Zodiaque, un échec).

Les deux policiers en charge de l’enquête sont MJ (Holly Hunter) et Reuben (Dermot Mulroney). Les relations entre ces trois personnages vont occuper une place importante dans le film et l’attachement pour eux s’ajoute à la tension puissante que John Amiel et Ann Biderman savent provoquer. Cette dernière parsème le film de dialogues ou one-line caustiques et spirituels. Le réalisateur John Amiel soigne énormément l’ambiance, fait vivre une poignée de lieux-clés (l’appartement devient un QG attendant son siège) et tend à épurer l’espace et les objets. La stimulation l’emporte finalement sur la simple anxiété. La séquence charnière des toilettes est une vision  »de genre » géniale.

Note globale 75

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Suggestions… Haute Voltige + Le Masque de l’Araignée + Calculs meurtriers + Scanners + Les Incorruptibles  

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HAZE ***

18 Oct

Haze Tsukamoto

4sur5  Tourné en treize jours, Haze est d’abord un court-métrage de 24 minutes censé promouvoir une nouvelle caméra DV à l’occasion du Festival international du Film de Jeontsu (Corée du Sud) en 2005. Shinya Tsukamoto n’en est pas resté à la commande et en a profité pour mettre au point un moyen-métrage, d’une durée finale de 49 minutes. Son Haze est un film indépendant au sens le plus strict, comme toujours pour l’auteur de Tetsuo et Bullet Ballet.

Et conformément à l’ensemble de son œuvre, ce morceau-là laisse pantois. Voilà un essai monstrueux parfaitement accompli, malgré une issue bancale. Le film repose sur un postulat équivalent à Saw et Cube, avec un homme se retrouvant enfermé dans des conduits improbables et passant au travers de pièges douloureux. Haze est cependant bien plus radical et abstrait : pendant le premier quart-d’heure où il circule, l’homme peut à peine se mouvoir. L’espace est oppressant, au sens physique le plus immédiat : un cercueil serait plus confortable. Tout est exigu, tout se confond, tout est hostile. C’est un aperçu possible de l’Enfer, où on rampe sans savoir quel est le début ou la fin de cette aventure, quelle est la nature de la situation et de cet endroit. Et enfin où notre présence elle-même n’a aucun sens.

Le personnage est donc amnésique et bloqué entre ces tuyaux, métaux, matières incertaines. La confusion finit par être nuancée par quelques souvenirs fugaces et quelques repères. Lorsque le protagoniste, interprété par Tsukamoto lui-même, débouche sur une pièce où il peut survivre et entendre son écho, il rencontre une femme. Ils ont une longue conversation puis se remettent en marche. Plus tard, la fin très incertaine dénote dans l’univers de Tsukamoto et apporte une fausse solution (consciente probablement) à ce dernier. Elle pose une note d’optimisme improbable une fois le drame consommé. Comme si l’horreur dans le quotidien était un soulagement après l’enfermement dans le monde figuré et d’essence démoniaque sorti de l’imaginaire de Tsukamoto.

Cauchemar absolu donc, avec des moments de terreur en flagrant délit. Une des séquences les plus exemplaires est l’aperçu des damnés, croisés par l’homme au cours de son périple. Ils les voit dans une cellule de taille indéfinissable, perceptible au travers d’une espèce de lucarne se trouvant dans son couloir. Là encore l’espace est soumis à la confusion et les distances comme les séparations, sans être flexibles comme dans un monde onirique, sont ambiguës. Techniquement, Haze est une fabrication artisanale prodigieuse. La bande-son est l’affaire de Chū Ishikawa, collaborateur récurrent de Tsukamoto, quelquefois aussi celui de Miike.

Note globale 75

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Suggestions… Buried + Necromentia + La Maison près du cimetière

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LES YEUX SANS VISAGE ***

10 Oct

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4sur5  Alors qu’il exultait via la Hammer en Grande-Bretagne et grâce à des cinéastes comme Mario Bava en Italie, le genre épouvante/horreur était une terre inconnue en France dans les années 1950. Elle est d’ailleurs restée un non-sujet jusqu’à l’aube du XXIe siècle. C’est dans ce contexte que surgit Les Yeux sans Visage, dont la contribution dans l’imaginaire du cinéma fantastique est considérable. Il a inspiré Carpenter, jusqu’à La Piel que Habito récemment, engendré le Eyes Without a Face de Billy Idol.

Au scénario participent Boileau et Narcejac, auteurs de romans policiers dont certains ont été adaptés par Hitchcok (son fameux Vertigo) et Clouzot pour devenir des films-clés du cinéma français (comme Les Diaboliques). A la mise en scène se retrouve Georges Franju, alors reconnu pour deux courts-métrages (Hôtel des Invalides et Le Sang des Bêtes), signant ici son seul film connu, sinon sa seule grande réussite. Elle a suffit à graver son nom dans les mémoires car ses Yeux sans visage, à défaut d’être irréprochable, est un joyau esthétique.

Les Yeux sans Visage a certains défauts : des seconds rôles parfois limite (l’appât), quelques caractérisations excessivement maladroites (les policiers), puis éventuellement le dérangement induit par cette vitalité morbide (lequel inclut un jeu très hiératique de la part des acteurs). Le style les gomme et l’audace de son histoire les transcendent. Grâce au mépris de son réalisateur pour le genre et aux contraintes s’exerçant sur lui, Les Yeux est une étape dans le fantastique, une proposition innovante débarrassée des tics conventionnels. Dans la lignée de ses courts-métrages documentaires, Franju adopte une mise en scène clinique, parfaitement sèche, glaciale, précise.

Il dépasse rapidement la relecture de Frankenstein pour concevoir un cauchemar cristallin, un opéra atone et implacable. Les lieux sont comme des mirages trop épais : ce château, les catacombes, les chiens, le laboratoire annexe. La violence est omniprésente mais intériorisée, tout comme le désespoir est converti par cette poursuite visionnaire. La passion du docteur Génessier et de son assistante Louise, sur laquelle il a déjà exécuté une greffe de visage, est aussi froide qu’intense : leur existence n’a d’autre horizon que de s’appliquer à la tâche. Ils sont des missionnaires, dans leur sanctuaire. Avec eux, leur otage, la fille du docteur au visage brûlé sous le masque blanc déréalisant.

L’apparition de Edith Jacob et ses déambulations sont saisissantes, mais toute l’ambiance des Yeux sans Visage est remarquable. Le film porte avec lui une esthétique singulière, un goût de la démesure qui n’empêche ni le lien au concret, ni une certaine dose d’académisme, mais qui serait le simple cadre choisi d’un artiste intégriste. Si Franju a exprimé des sympathies pour le surréalisme, son œuvre relève plutôt du réalisme poétique. Rien de surnaturel dans ce spectacle, mieux, rien qui n’échappe à la rationalité ; mais cette réalité-là est trop grave, ce manège est trop lugubre. Un enchantement s’opère, car dans cet univers atroce un absolutisme règne. Cette froideur galvanise, une telle prison, si pleine de sens et de beauté, serait le parfait endroit pour se languir éternellement.

Note globale 76

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Suggestions… Blue Holocaust + L’Horrible Docteur Orloff + Lisa et le Diable + Vampyr + Suspiria

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LA JEUNE FILLE ET LA MORT ***

5 Oct

4sur5  Dernier film de la longue période française (intégralité des années 1980 et 1990) dans la carrière de Polanski (Rosemary’s Baby, Le Bal des Vampires) et dernier avant une séquence de près de dix ans où le cinéaste se fait discret. La Jeune fille et la Mort est le nom d’une œuvre de Schubert, qu’un tortionnaire faisait tourner pendant qu’il s’attelait sur sa victime, Paulina Escobar. Vingt ans plus tard, Paulina est toujours incapable de vivre sereinement. Son mari, un éminent avocat, rentre en retard car sa voiture est tombée en panne. Paulina trouve à l’homme venu à son secours la même voix que son ancien bourreau.

S’ensuit une tentative de vengeance de l’ancienne victime et un tribunal improvisé, où sa fureur l’emporte sur les considérations nuancées de son mari et la défense valide de cet otage. Polanski installe un doute permanent et l’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’une erreur sur la cible. Il interroge la situation et admet sa propre impuissance à la régler par un jugement moral. L’équilibre de la séance est inconfortable et chaque protagoniste est tiraillé ; Paulina veut une punition à la hauteur du crime mais semble plus obsédée par les aveux que par la condamnation.

Retrouver le contrôle apparaît ainsi plus important que l’acte punitif en lui-même. Il lui faut un nom pour se sentir en sécurité ; elle devine cette attente chez elle et cette conscience, si discrète soit-elle, a un effet paralytique. Son mari Gerardo est réticent mais incapable d’ignorer la gravité de la situation, aussi la rationalisation et la quête de justice et d’impartialité lui permettent d’évacuer toutes considérations à risque. Enfin Roberto l’otage accepte finalement de jouer le jeu proposé par Gerardo en se faisant passer pour le bourreau afin que Miranda soit soulagée et retrouve son sang-froid, mais cette tentative est dangereuse et le manque de crédit des allégations de Roberto ne plaident paradoxalement pas en sa faveur.

La Jeune fille et la Mort est dur, laisse perplexe, contrarie, mais ne peut être lâché : on a un compte à régler. Le spectateur est mis dans la posture du juré. La méthode évoque celle de Funny Games, film beaucoup plus agressif où l’attraction pour la violence comme le désir de revanche étaient blâmés par Haneke. La Jeune fille et la Mort a des intentions plus expérimentales et sa manière de laisser dans l’expectative tout en posant des questions cyniques est lucide et constructive. Avec ce film, Polanski réalise son huis-clos le plus littéral sur un plan formel et respecte manifestement la forme théâtrale de l’oeuvre adaptée. La Jeune fille interpelle aussi pour les performances d’acteurs, dont celle d’une Sigourney Weaver fragilisée, voir démolie, c’est-à-dire dans un rôle à contre-emploi.

Note globale 76

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Suggestions…

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MISTER LONELY ***

28 Sep

4sur5  On dirait une pub parfaite, avec pour seul élément discordant : ces imitateurs pathétiques. On ne les pleure pas mais ils divertissent, par leur sincérité et leur absolutisme. Et soudain on réalise qu’on a depuis le début pris leur parti, charmés par leur impérieux besoin d’exprimer leur affinité avec la beauté ou de la créer si elle manque, qu’importe s’il faut utiliser des moyens ridicules.

Mister Lonely est un très joli film et mieux : délicat. Connu pour Gummo, Harmony Korine prend le public à revers, pour délivrer un produit tout aussi inouï, mais agréable cette fois. Un sosie de Michael Jackson (Diego Luna) fait au début du métrage une importante rencontre avec un sosie de Marilyn Monroe (Samantha Morton). Elle l’emmène avec lui sur une presqu’île en Écosse, où se déroule un gala de sosies.

Michael y rencontre le Pape, la Reine elle-même, Madonna, le Petit chaperon rouge et bien d’autres. Pendant quelques temps ces doux-dingues vont se consacrer à leur spectacle. Le séjour est une fête permanente, sans véritable climax. Harmony Korine les scrute de leurs moments de blocages à leurs extases collectives, filme leur adéquation inattendue avec la Nature avec une grâce qu’on lui soupçonnait et un soin sur lequel un esprit raisonnable aurait pas misé.

Objet paradoxal, traçable quelque part entre Beckett, Sofia Coppola et Wes Anderson, Mister Lonely raconte l’interaction entre la mélancolie et le ré-enchantement. Le film lui-même oscille entre passivité et complaisance ; et allégresse en adhérant à ces vertiges enfantins. Il montre des otages, voir des esclaves névrosés, qui sont autant de magiciens ou de clowns sympathiques. Ils seront toujours décalés, grand-guignols, mais cette théâtralité est le reflet d’un noble activisme.

Un troll n’aurait qu’à tout moquer ou galvauder, il traverserait ces tableaux fragiles sans plus prendre le risque de douter ou d’être déçu. Eux sont des artistes en mal d’un monde où l’émerveillement l’emporterait du berceau jusqu’au tombeau. Et ils se tiennent à ce rêve, quitte à entrer dans le déni ou se heurter à la dépression, avec le risque de se résigner à une existence de fantômes, après celle d’instruments flamboyants.

Note globale 76

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