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JE VOUS SALUE MARIE **

17 Fév

2sur5 Le fétichiste des éruptions intellectuelles jette son dévolu sur la religion – catholique. Après une période de babillages conformes au pire des habitudes, son Je vous salue Marie cesse de jouer avec les mots et les questions pour mieux rapporter le cheminement d’une jeune vierge présentée comme la Marie du nouveau jour. À terme Godard refait la vérité et la vocation de Marie et finalement reformule donc la foi et un culte pré-existant à sa sauce. Conclusion : tout peut être balayé, pardonné, etc, tant qu’on est lunaire, chaste et de bonne volonté.

Toutefois mademoiselle se révolte, de façon si belle et bonne que la solution lui apparaît : la fornication alternative sera la vraie méthode pour niquer Lucifer (ça c’est dans le texte). D’où cette sentence magique : « On a pas besoin d’un trou de bouche pour manger, mais d’un trou de cul pour avaler l’infini » (62e minute dans la version courte). Décidément la pédanterie mène à des sommets, certes des sommets à l’envers, mais musclés à leur façon. La catholicité réelle est tout de même de la partie, d’ailleurs on fait retentir l’orgue ; puis les sujets sont forts : quelle cause première, qu’est-ce qui orchestre, etc.

Questions monstres, il faut évacuer ; c’est bien difficile ; alors on tartine, puis se drape dans des annonces sur l’esprit et le corps interagissant. Plouf plouf, mais avec des gratifications ! Dans une scène éclair la fausse Marie est surprise nue dans sa salle de bains et nous ferme la porte ; peu après on la retrouve dans sa baignoire avec la voix-off expliquant ses satisfactions élevées. Dans les empilements qui suivront la nudité sera très présente et le montage (par Anne-Marie Miéville, réalisatrice du Livre de Marie qui est le complément et la supposée introduction à ce Je vous salue Marie) se fait moins épileptique, presque posé, ce qui permet au style Godard de s’harmoniser dans son apathie raisonneuse.

Les multiples passages de diverses filles matures mais sans impuretés, gras ni poil divertissent, mais cette redondance a le tort de s’appliquer aux autres motifs. Les plans face au ciel se répètent, comme si Godard avait aperçu là-haut un moignon d’idée et revenait guetter, à moins que ce soit simplement par pause, habitude, ou car paraît-il la révélation surgirait de là. Quoiqu’il en soit cet opus vaut le détour, car même si au départ les manies les plus désinvoltes et débiles de Godard sont poussées à fond, avec systématisme, dans l’ensemble la séance doit être une des plus agréables. Godard se lâche en terme d’humour (pas autant que dans Week-end et sans viser ce niveau) et fait défiler un chien stoïque, son élu consacré dans Adieu au langage.

Note globale 40

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RENDEZ-VOUS ROMANTIQUES (Gorki) *

25 Nov

2sur5  Ce premier film de Michka Gorki, financé par un club soixante-huitard, était confidentiel jusqu’ici (aucune note sur IMDB, pas de fiche sur Allociné). MUBI le propose actuellement (14 novembre au 13 décembre) alors que sa réalisation suivante, Interprétations (1975) sera présentée à Cannes en avril 2019.

Cet essai est une bonne illustration d’une vanité idiote et d’une agressivité tout juste masquée et démesurée, plutôt féminines. L’actrice-réalisatrice est d’une mesquinerie flagrante, utilise les prétextes de l’art et du challenge ‘intellectuel’ pour se comporter de façon inique et en rajouter dans tout ce qui la rend pénible ou déplorable. Naturellement madame veut incarner toutes les femmes, prétend qu’on trouve en elle ce qu’elle-même passe son temps à vouloir induire. Cette espèce de sirène à la ‘folie géniale’ surfaite ose en plus nous accueillir en exagérant encore la niaiserie feinte – son petit théâtre grotesque pour le générique dicté et animé, où elle inflige sa voix sur-aiguë de ‘femme-enfant-connasse’.

Les invités ont des profils très différents, plusieurs se prennent pour des genres d’artistes, ou manifestent une espèce de virilité timide ou mollement lourdingue. Ils peuvent être amusants (sauf le troisième, trop sombre, avec finalement cette assurance de dépressif) ; on satisfait son voyeurisme, voire une variété de mesquineries (selon ses attentes et son sexe).

Les injonctions aux femmes ne sont pas flagrantes – au maximum il y a quelques injonctions tout court. Leurs propos trahissent surtout le poids de la société, de la morale, des conventions, de l’imaginaire collectif. Leur machisme est dérisoire (cet homme d’affaire à la rutilance misérable par exemple). On voit davantage la pudeur et les faiblesses de ces hommes – pour un peu on deviendrait condescendant ou rieur à leur égard. Gorki nous entraîne vers de mauvais sentiments en jouant l’investigatrice innocente.

Finalement « l’expérience » (elle y tiens, ça pardonne tout) n’est pas concluante ; pas assez de dérapages pour épater la galerie, pas assez de grasses confidences pour autoriser les habilitées à exalter leur haine ou leur avidité ; mais surtout la démonstration tourne court, car elle est forcée. La pêche est bonne pour une vulgaire séance de caméra cachée, malheureusement la concurrence est si rude – et les méthodes sont plus gênantes que le résultat. Le gros bourru à la fin (que la monteuse a la décence de ne pas montrer) surpasse les espérances féministes, sauf qu’elle est effectivement affalée devant lui et l’a probablement aguiché – car manifestement l’initiative dans la rue est venue d’elle, au moins pour les candidats dont il y aurait davantage matière à se moquer.

Note globale 40

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Suggestions…

Scénario/Écriture (4), Casting/Personnages (6), Dialogues (6), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (3), Visuel/Photo-technique (-), Originalité (6), Ambition (7), Audace (6), Discours/Morale (2), Intensité/Implication (5), Pertinence/Cohérence (2)

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CAPTIVITY *

1 Fév

2sur5  Avant d’être un naufrage, Captivity est surtout une anomalie. Son existence interroge. Que vient faire sur les plate-bandes de Saw le cinéaste Roland Joffé, lui qui délivrait dans les années 1980 la Palme d’Or Mission ou encore La Déchirure ? Pourquoi s’acoquines-t-il avec Larry Cohen (producteur des Maniac Cop) pour fabriquer cet étrange objet ? À quoi bon si c’était pour un tel produit, si maladroit, rappelant les derniers crus de Argento ?

Soit on estime que Roland Joffé, pour revenir, a simplement surfé sur la vague du torture porn, alors à son zénith (2007). Soit on préfère le croire moins bassement cynique et suppose qu’il a tenté sa lecture propre de ce sous-genre ; une relecture de cinéaste expérimenté et autrement évolué que les faiseurs hasardeux et goreux peu vigilants qui sont les fournisseurs habituels de ce genre de produit.

Tous les détours utilisés pour allez vers le torture porn soulignent l’inadaptation de Joffé. La violence est là, outrancière, mais sinon la pluie d’acide elle est quelconque et n’a guère d’impact. Entre les références fondamentales, à savoir Cube et Saw, Captivity n’est pas grand chose, sinon un catalogue d’esthétisme glauque forain et nouveau riche. L’ensemble n’est pas tant banal que carrément pauvre.

Peu crédible, Captivity l’est autant par manque de moyens que de calcul. La séquence du bar est un sommet de ridicule. Que penser de ce mannequin taciturne se baladant avec son chien ; et au milieu des nightclubbers adaptés, s’amener en semi-créature de giallo pour glisser sa dose de GHB, est-ce bien raisonnable ?

Et puis Captivity renvoie à une autre référence, Nip/Tuck, en présentant comme dans la saison 3 de cette série un tueur moraliste écoeuré par le culte de la beauté plastique qui irait à l’encontre de la nature féminine. Ce n’est qu’un os à ronger pour le spectateur car Captivity n’en fera rien et a même été chercher cette posture pour meubler.

En vérité, Joffé se démène jusqu’au changement de perspective. Il nous réserve un beau rebondissement 25 minutes avant la fin et il valait bien cette inconstance. Voilà une vrai idée, de pur romantique. À défaut d’être exploité pour lui-même à bon escient, le syndrôme de Stockholm est un bon prétexte. Au moins dans l’idée, car naturellement tout cela tourne à la bouffonnerie involontaire (le réveil du frère).

Il y a néanmoins dans Captivity un charme zeddard indéniable, quelques promesses, mais dois-t-on excuser un film aussi brouillon sous ce prétexte ? Le spectateur a trop à faire pour réparer ce produit et allez au bout de ce qu’il engage, remplir les cases, imaginer à sa place. C’est plutôt une berezina modèle.

Note globale 40

 

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Suggestions… Bug + Saw 3 + Saw 5

Passage de 39 à 40 avec la mise à jour de 2018.

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FLASH GORDON *

27 Août

2sur5  Flash Gordon était d’abord un comic strip US des années 1930 et une référence dans le domaine. À cette époque marquant l’apogée des comics sortira même un premier Flash Gordon (1936), film de plus de quatre heures. En 1980, Dino de Laurentiis produit une nouvelle version, supervisée par Mike Hodges (La Loi du Milieu, Damien:La Malédiction 2). Porté par une BO signée Queen, des décors kitschissimes et une ambiance proche de l’accident industriel ubuesque, Flash Gordon est devenu un nanar de référence.

 

Parfois adulé, souvent considéré comme un plaisir coupable ultime, il est d’une pauvreté et d’un ennui confondants. Ses qualités sont corrompues mais on peut les citer : c’est de la jolie fantasy dans l’espace, les costumes sont pittoresques, les maquillages aussi. C’est extrêmement ridicule mais c’est ici qu’est son charme potentiel, dans cette overdose de nuances fluo d’un criard supérieur à Mars Attacks. Exécuté par une équipe manifestement ennivrée à mauvais escient par cette entreprise outrancière, Flash Gordon noie ses atouts dans la bêtise et l’amateurisme.

 

Pendant près de deux heures, les 35 millions de dollars sont employés à un recyclage de morceaux de décors en friche de Rocky Horror Picture Show ou Phantom of the Paradise. Si le psychédélisme façon Altered States sans imagination lors du premier contact avec les cieux passait encore, le métrage va surprendre par son manque d’ingéniosité et de pertinence fulgurants. C’est encore sans compter sur son absence d’autonomie et donc de caractère, réalité paradoxale pour un produit si outrancier.

 

Un érotisme latent omniprésent est présumé titiller le spectateur : mais Flash Gordon est un Caligula de mollusque et ne proposera rien de jubilatoire en-dehors de la séquence avec la princesse, d’un volontarisme SM salutaire. La parodie Flesh Gordon de 1974 a le mérite d’aller au bout de ses maigres ambitions, elle. Flash Gordon n’est qu’une daube stérile, cynique et rigolarde, exploitant vulgairement de riches ressources. Dans son dernier tiers, elle commence à partir en live. Cela donne quelques débuts de séquences aptes à devenir magiques et qui ne le seront jamais (le mariage).

 

Par ailleurs le spectacle croule sous les performances piteuses de cabotins à l’enthousiasme un peu violent : l’apparition de Zarkoff est d’une triste excentricité. Le Dark Vador du coin et la méchante frigide (résidu pas si malheureux de la Reine mère de Blanche Neige) sont moins minables même si leurs interventions ne sauraient sauver le film ; quand à Max von Sydow dans la peau de l’empereur Ming, là aussi seule l’enveloppe mérite d’être relevée. Le pire est cependant Flash lui-même, incarné par Sam J.Jones. Sorde d’androgyne nordique asexué et fade à en crever, il est l’un des héros les plus ratés de tous les temps et n’a même pas le mérite d’être drôle ou sympathique comme celui de Turkish Star Wars.

Note globale 40

 

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Suggestions… Zardoz + L’Age de cristal + Willow + Labyrinth + Phantasm + Ted

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À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT *

11 Juil

2sur5  À la poursuite du diamant vert est un de ces films multi diffusés dans les années 80s et 90s. C’est avec cette seconde réalisation que Robert Zemeckis s’ouvre au grand public et à la célébrité. Il réalisera ensuite le culte Retour vers le futur et ses suites, puis Forrest Gump et Seul au Monde. Michael Douglas est ici une tête d’affiche et le producteur.

C’est un film qui n’assume pas ses affinités. S’inscrivant dans le sillage des Indiana Jones, Romancing the Stone flirte avec la parodie tout en affichant son amour de l’Hollywood classique. À ce jeu là il est perdant puisqu’il ne s’emparera jamais de sa propre destinée, allant jusqu’à échouer dans le second degré obèse et fatigué. La mise en scène est très dynamique, mais le scénario tellement convenu que le spectateur sceptique ne peut que rester à quai. Le spectacle donne la sensation d’avoir mixé Le Jaguar (sorti douze ans plus tard) et Papy fait de la Résistance et a un capital sympathie considérable. Mais il est franchement plus adapté pour les enfants, bien que des gags vigoureux parsemés partout viennent bien indiquer qu’on pense aux adultes aussi.

Y a-t-il de véritables défauts de structure ou le film induit-il un désintérêt tel qu’on n’est pas en mesure d’apprécier les excellentes allez-et-venues de Dany DeVito (Dany, fondamentalement, à quoi tu sers ici?) ou les ingénieux et pittoresques rebondissements (pourquoi faire original tant qu’on peut faire bourrin) ? Ce film a beau être exotique comme promis, les acteurs être excellents (le duo Douglas/Turner rend digeste une romance saoulante en elle-même), son histoire est tellement stupide, son nœud si vaporeux, qu’il ne provoque qu’empressement et consternation. On peut faire dans le cartoon, mais la niaiserie vaporeuse à ce point, ce n’est pas tenable (l’homme sauvage éveillant la petite intello maladive : au secours, donnez-nous l’occasion d’y croire). Ça n’empêchera pas le film d’avoir sa suite, Le Diamant du Nil. Pourquoi pas, ça occupe les familles et les prime time de l’été ou de Noël.

Note globale 39

 

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