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CONVERSATION SECRÈTE ****

22 Oct

conversation

4sur5  Réalisé entre les deux premiers Parrain et cinq avant Apocalypse Now, Conversation secrète est l’un des meilleurs films de Francis Ford Coppola. Cette Palme d’Or cannoise de 1974 a déjà les atouts esthétiques de celle de 1979 (Apocalypse Now) et raconte comme lui la solitude d’un homme coupable et aliéné, basculant sinon dans la psychose, au moins pas loin du délire, cela sans jamais quitter le sol commun. Conversation Secrète recèle de séquences profondément troublantes, en relation avec le dialogue entre cet homme et le monde extérieur.

Harry Caul est un spécialiste de la filature, joueur de saxophone à ses heures. Il suspecte un couple de déguiser un projet de meurtre sous des conversations banales leur servant de code. Développant une obsession au sujet de cette affaire, il sent une menace, dans lequel il tient un rôle indéfinissable. Dépourvu du moindre humour, le film évolue sur cette solitude mentale et aboutira à des séquences proches de l’horreur, des passages à la lisière du cauchemar et de l’hallucination. Ambiance De Palma claustro.

Avec Conversation secrète, Coppola partage certaines fixations anxiogènes de Polanski, une propension au huis-clos, à la peur et au vertige existentiel. C’est un film très étrange, extraordinairement sombre, apparemment explicite, carré, mais sentant l’opacité. Les forces du complot ont gagné : la lecture n’est pas politique, elle est plutôt technologique. Ceux qui ont les armes et les masques pour les utiliser dominent dans l’ombre et font des autres leurs pantins. Il n’y a pas de mur pour les pantins, tant qu’ils n’ont pas le germe du doute.

D’une part, c’est le règne d’un climat paranoïaque où la réalité est proche d’une terrifiante fantasmagorie. Il faut vivre en se sentant à disposition de forces planquées, au sens propre (écoute) et au sens large, finalement. Insécurité partout, intégrité et intimité inexistantes. À cette prise de conscience de pouvoirs occultes et de leur assise technique s’ajoute celle de la mesquinerie de tous. Dans cette prison, même ceux vivant dans l’illusion sont cruels gratuitement et somme toute, ils sont disposés à vous moquer et vous détruire.

Percevoir ce manque d’égard pour votre personne empêche de s’épanouir et de traiter le monde avec une rationalité éclairée. En même temps, les éléments dont vous disposez sont intuitifs et les quelques manifestations concrètes peuvent être relativisées par les autres, ou au contraire confirmer cette réalité vraie. Mais percer le voile de l’hypnose vous expose tout en vous isolant ; et ceux situés dans l’entre-deux pourraient même vous en vouloir à mort. Puis il y a un autre niveau : toute cette angoisse est nourrie par votre culpabilité.

Il y a la peur d’être pris en défaut et de rendre des comptes sur des attitudes non-éthiques, puis celle d’être abusé comme vous-même avez abusé. Vulnérable, Harry est aussi comme un sociopathe craignant que tous les autres soient disposés comme lui ; et réalisant que d’autres esprits malveillants l’observent, comme lui a observé des vies en toute impunité. Dans Conversation secrète, les progrès technologiques sont le masque de la domination et ils rappellent que vos droits ne pèsent rien devant les facultés techniques d’organisations malveillantes.

Note globale 83

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Suggestions… Le Voyeur + La Vie des autres + Blow Up + Blow Out + Le Conformiste + Hellraiser le Pacte + Snake Eyes   

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VELVET GOLDMINE ***

17 Août

4sur5  Cette ode au glam-rock n’est pas une hagiographie d’un univers et de ses protagonistes ; c’en est une exposition mélancolique et flamboyante, fidèle à l’essence de ce courant, reflet avisé de ses avatars, tout en optant pour un filtre profondément subjectif. Dans Velvet Goldmine, un journaliste (Christian Bale) est sur la piste d’un chanteur disparu lors d’un attentat. À cette époque, il y a dix ans, Arthur Stuart était fan de Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers) et le glam-rock lui a fourni des codes extérieurs qui à ses yeux reflétaient sa propre personnalité, ses désirs, son identité, sa vérité que lui ne savait exprimer.

Le film se propose comme un enchaînement de flash-backs, de scènes décisives, en mettant progressivement de côté l’enquête. En marge des émulations adolescentes pathétiques de Arthur, le spectateur suit l’évolution de Brian Slade, star quasiment décalquée sur David Bowie et empruntant notamment à son Ziggy Stardust, mais aussi au leader de T.Rex, Marc Bolan. Dans le sillage de sa révolution musicale et sexuelle, il se lie à Curt Wild (Ewan McGregor), amalgame de Iggy Pop et de Lou Reed. Le film met en valeur, au plan subjectif (individuel) et objectif (social) l’effet dans les médias et la société de leurs pérégrinations, quintessence du glam-rock.

Il n’y a pas d’allégresse dans la représentation de Todd Haynes, pas plus que d’impunité pour les protagonistes. Le glam rock est un rêve impossible, accompli pendant une période néanmoins (le début des seventies – 1971/1974), mais il s’impose en même temps qu’il signe d’avance ses contrecoups, voir sa mort imminente. Cette mode est comme une idéologie où se confondraient exultation et sacrifice. La jouissance pourra durer éternellement mais la douleur se fera sentir simultanément, comme le prix de l’outrance et de la singularité.

Les fantômes histrioniques se déploient, renvoient aux figures réelles (Jack Ferry prend la place de Brian Ferry), s’ajoutent à elle ou viennent les nuancer avec le filtre de celui qui vit la chose sans recul. Les costumes androgynes défilent, toujours glamour et percutants, souvent ridicules, parfois drôles. « La révolte sexuelle » se propose comme une nouvelle aventure dans l’histoire du rock, une étape de transition laissant des traces et ouvrant des voies, mais s’interdisant à elle-même un propre avenir. Elle trouve un public mais heurte en premier lieu les meutes du rock, comme celles composant les groupies souvent rustres de Curt Wild.

Velvet Goldmine livre tout de son sujet et a la même attitude de défi et de décadentisme suave. Il expose toute la valeur du glam rock, de cette musique, ce personnage et ces artifices ; ainsi que de ses ouvriers, actifs ou  »civils ». Il ne cache aucun de leurs travers, de leur superficialité ou de leur détresse abyssale ; tout comme il expose le sens profond, immanent, de leur attitude (« le premier devoir dans la société est d’adopter une attitude »). Comme eux il accepte de se piéger dans un processus de tragédie et va jusqu’à l’alimenter.

Il épouse cette attitude avec cette même complaisance étrange, à la fois morbide et opulente, dans la séduction – mais sait contempler cette démarche, en rendre compte, comme un prisonnier capable de ressentir son destin. Brian Slade apparaît tout à fait sincère dans sa démarche, comme un adolescent désenchanté peut l’être ; là où les autres sont des inventeurs et des performers, lui et ses acolytes vivent et purgent par eux-mêmes et via eux-mêmes leurs passions. C’est l’une des grandes vertus des artistes publics : être et expérimenter ce que des anonymes n’oseront accomplir ou révéler, sinon à eux-mêmes.

Note globale 75

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Suggestions… L’Homme qui venait d’ailleurs + Mysterious Skin + Boogie Nights + Billy Elliott + Man on the Moon 

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HARVEY MILK *

1 Août

harvey milk

2sur5  Une quinzaine années que Van Sant était sur ce projet ; et il en fait un téléfilm à Oscars niaiseux à souhait. Harvey Milk a été le premier superviseur (équivalent de conseiller municipal) ouvertement gay des Etats-Unis (années 1970). C’était aussi un activiste et son assassinat (doublé de celui du maire de San Francisco) puis la clémence en faveur de son meurtrier en ont fait un martyr de la ‘communauté’ gay. Milk avait laissé des enregistrements en cassettes, à écouter après sa mort en cas de disparition violente. Il a inspiré plusieurs œuvres, mais Gus Van Sant est le premier à faire son biopic, en 2008, juste après son Paranoid Park.

Gus Van Sant reprend cette anecdote des cassettes audio et retrace les grandes lignes de la vie de Milk. Il est conforme aux traditions du genre, construit avec efficacité et sobriété, vaguement prenant pour peu qu’on soit réceptif. Toutes les facilités et démagogies y sont. Tous les angles morts aussi. Les personnages, surtout antagonistes, sont mixés à la caricature. Par exemple, Briggs le promoteur de la loi se retrouve à bafouiller pendant une longue scène pour bien illustrer le conservateur ‘pris en défaut’, alors que Milk ne vient qu’ajouter une réflexion stupide pour court-circuiter celle de son adversaire. La rhétorique de nuls vs les postulats reacs aberrants.

Le spectacle est gentil, presque aimable, mais il ne faut surtout pas réfléchir ou vouloir sortir de la torpeur, sans quoi la bêtise du programme serait trop éclatante – nous poussant alors dans la position du connard réfractaire à une initiative remplie d’une si noble volonté. Car celle d’Harvey Milk, l’homme du XXe, l’était, noble ; tellement que ses points Godwin sont légitimes. Mais la vision portée par le film est d’une puérilité très brutale, d’une frivolité exemplaire. De l’assassin Dan White, il fait un libéral homophobe, disposition dont le moteur est bien sûr le refoulement de sa propre homosexualité.

Les alliés sociaux et politiques d’Harvey n’existent pas dans le film, seuls les gays inclus dans ses groupes sont à l’écran, tous égaux dans la figuration. Van Sant rate soigneusement toutes les opportunités. Lorsque Milk crée, au départ du film, son restaurant le Castro et qu’il devient un lieu de rassemblement gay, Van Sant ne s’intéresse pas davantage au sujet ; ni au fonctionnement du Castro, ni à la dynamique autour de lui. Milk dit lui-même que les boutiques « avec lui florissaient », les autres sont en faillite. Mais ce poids concret des gays (dans la société civile ou à San Francisco en particulier) n’intéresse pas Van Sant manifestement. Il est plus obnubilé avec son camarade Sean Penn par la confection d’un portrait sans aspérité de gay bien ‘propre’, un peu précieux et fofolle aux entournures, mais surtout optimiste et responsable.

Cette manie d’éluder est au cœur de la démarche après tout ; à l’ouverture, Milk est petit fonctionnaire évanescent, réalisant (sans aucun stress) qu’à 40 ans il n’a toujours rien fait de sa vie. C’est le moment où il rencontre James Franco, dont il est l’aîné de dix ans et qui va l’introduire dans la vie gay. On ne saura rien de plus sur le parcours de Milk, parce qu’il faut faire son hagiographie. Et ce n’est pas seulement qu’il manque de zones d’ombres ou de failles, c’est simplement qu’il n’a aucune consistance en tant qu’humain, aucune vie ; et surtout, ce caractère de faux mou épanoui. Il est présent dans son mythe en restant un petit être lunaire auquel Sean Penn donne corps – l’acteur est parfait pour interpréter l’activiste progressiste ‘pénétré’ bien brave et insupportable.

Comme approche politique, comme témoignage sur l’histoire ou reportage sur les faits : c’est médiocre. Van Sant a dressée une bluette ridicule. Rétrospectivement, elle jetterais presque le discrédit sur ses points de vue ‘engagés’ (Elephant) ; heureusement ce n’est pas nécessaire pour révéler la fadeur profonde d’Elephant, produit aussi sincère(ment vicié) qu’opportuniste. Mais tout ça n’est pas tellement dérangeant, pas plus qu’une occasion manquée. Le constat plus perturbant est formel. À quelques inserts près (les archives et fake archives, de rares effets carte postale du bonheur et de la liberté) et un assassinat au théâtralisme étrange (genre de bug), c’est le néant artistique.

L’absurde Gerry se caractérisait par des parti-pris esthétiques notables, indépendamment de la valeur qu’on peut lui prêter ; ici, rien, le spectateur est posté devant le film fainéant et incolore de base exécuté avec de gros moyens et l’ombre de talents attentistes. Le premier grand succès de Van Sant a pourtant été My Own Private Idaho, objet très original par son style comme par sa représentation des homosexualités. Harvey Milk n’est pas désagréable, mais c’est un film à voir entre deux tisanes chez mémé, qui à moins d’être antigay à un degré très avancé risque elle-même de rester stoïque. Sinon elle pourra se sentir profondément émue par une si belle leçon de courage, ce que tout le monde est invité à faire ; réflexe nécessaire pour les fans de Van Sant s’ils veulent garder à distance l’évidence que leur chouchou vient de battre des records de platitude.

Note globale 39

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POTICHE ***

27 Déc

3sur5  Farce complaisante et sophistiquée, Potiche renoue avec le kitsch et le féminisme paradoxal de 8 Femmes et des débuts d’Ozon, après quelques incursions vers les études de caractères égocentriques (Le Refuge, Le Temps qui reste), à la dimension plus concrètement sociale (Ricky). Adaptation d’une pièce de théâtre des 80s, Potiche trompe largement son support-prétexte pour dresser un tableau de la France pré-mitterandienne (1977) digne d’un roman-photo totalement désinhibé. On a dit que Ozon se moquait de ce qu’il montrait ici, ce n’est pas tout à fait vrai : il adhère à cet univers, il aime être le chef-d’orchestre de ce théâtre flamboyant. Il est complice de cette outrance. La différence, c’est qu’il est conscient et revendique cet abandon. Et surtout, il démontre par l’absurde l’échec et la facticité d’un certain féminisme, cette croyance mensongère consistant à espérer une politique différente sur la base totalement arbitraire du sexe et du style. Les artifices et apparences sont menteurs, même si Ozon garde toute son affection pour eux.

Toute la dynamique de Potiche consiste à révéler cette modernité somme toute chancelante, mais néanmoins vivifiante. Il ne s’agit que d’esquisser la réalité, en tirer l’essence sirupeuse mais aussi les pastiches délicieux ; et la fuir, s’y soustraire finalement, par la constitution d’un catalogue hystérique. La conséquence de cette cécité romanesque amène à sortir de la politique, des rapports de force (ou plutôt, de leur visibilité, mais à l’affiche, l’effet est le même), des logiques ancrées dans la société, les survoler de façon semi-lucide, en faisant semblant de croire à un monde simple, scintillant et agréable, où tout se joue sur l’avant-scène et se règle à l’écart de tout risque. Contourner la mise à l’épreuve en somme ; avec, pour réprimer cette impuissance, une foi et des icônes ravissantes, vraisemblablement un peu éméchées.

Les parallèles aux acteurs du monde politique immédiat (sortie en 2010) sont évidents : le personnage de Robert Pujol, l’industriel marié à Deneuve, sorte de vieux Picsou misogyne et grotesque, est férocement chargé et prend même pour lui les références à Sarkozy (dont le slogan  »Travailler plus pour gagner plus »). Le personnage de Deneuve, avec son tailleur blanc et sa conception spécifique de la justice, fait évidemment référence à Ségolène Royal. Tout ce manège et ces parallèles ne font que mettre en exergue la dépolitisation de la politique, sa mutation dans le spectacle ; et les candidats de l’élection présidentielle de 2007 furent les meilleurs artisans (par-delà leur propre volonté) de ce nivelage people.

Les enfants de ces réactionnaires burlesques et chics (ils le sont tous deux, simplement l’une a un costume post-moderne, et c’est ce qu’aime Ozon) sont eux-mêmes les quintessences de certaines attitudes socio-politiques. Le fils, petit dissident de confort, évoque le « sens de l’Histoire » dans lequel sa mère s’inscrirait – en étant une femme prenant le pouvoir, à l’image du mouvement du monde. Avec une certaine complaisance et une résignation complice à ce sujet, le partisan du progrès explique « le paternalisme c’est fini, si on veux réussir aujourd’hui il faut être une ordure, c’est le libéralisme et le capitalisme sauvage ». Dans sa bouche, c’est même assez glorieux, comme un signe d’acquis de conscience. Quand à la fille, authentique  »fille de » abrasive et planquée, elle raille le mode de vie désuet de sa mère, qu’elle considère piégée et humilie ouvertement ; dans le même temps, la jouisseuse individualiste se révèle autoritaire sans retenue.

Elle est la première à vomir les revendications sociales et à dénigrer les ouvriers en les considérant comme une cohorte de tarés, surfant de façon totalement cynique sur sa position et la jouissance d’être née du bon côté. Un conservatisme de soi, repoussant toutes les entraves, s’habillant de modernité et d’impertinence mais seulement pour servir un individualisme primaire et pratique ; voilà la caricature de la libertaire accomplie, opportuniste absolue, incapable haïssable, grimée comme une femme libre alors qu’elle n’est qu’une héritière indigne. Voilà la pure arrogance de classe, la vanité de la femme moderne ingrate, piteusement narcissique et déguisant sa médiocrité.C’est elle aussi, qui panique finalement lorsque tout se délite et que les choses évoluent, car, comme elle semble l’adorer, le monde change et offre de nouvelles perspectives… face auxquelles elle se retrouve finalement toute petite et désemparée, lorsque les vieilles reliques ne sont plus là comme un filet de sécurité, lorsqu’il faut choisir aussi entre une vie non-préméditée et la pilule pour se débarrasser.

Enfin, Deneuve a rarement été aussi bien exploitée qu’ainsi : elle apparaît en bourgeoise sympathique, un peu dissociée et mélancolique, désespérée mais foncièrement revêche, stoïque et habituée à être pragmatique et imperméable, réprimant ses désirs et aménageant sa frustration. Ainsi elle se montre avide d’histoires sensationnalistes ou rêvées, les fabriquant même dans son entourage proche. Et puis la ménagère endormie devient une progressiste formelle, floue et passe-partout politiquement. Une maman venant remettre de l’ordre, avec fougue et émotionnalisme. Dans l’entreprise de son mari, avec sa méthode douce, elle passe plus facilement, tout en restaurant cohésion et dynamisme : pour autant, le dialogue social n’est pas plus actif, les revendications trouvent simplement une réponse fataliste, vaguement décalée et formulée dans un ton bienveillant. Et la voilà bientôt gagnée par le délire, proclamant les femmes au pouvoir et invoquant la montée sur l’estrade des amazones. Tout se termine en chantant pour agrémenter une vision doucereuse et utopique, délibérément sucrée et parfaitement grand-guignolesque, pour fantasmer un pouvoir sympathique et dépolitisé, ouvert et non-partisan.

Note globale 69

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Aspects défavorables

Aspects favorables

* à cause de son mélange de premier et second degré, entre fatalisme (résignation aux artifices) et fièvre progressiste et disco, Ozon noie le poisson et son propre sujet

* farce complaisante : mise en scène d’un théâtre factice mais tellement chatoyant et aimable

* caricatures avisées et précises

* une méchanceté sourde, une esthétique kitsch

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BOOGIE NIGHTS ***

27 Mai

3sur5 Boogie Nights offre une vision contrastée de l’industrie de la pornographie. Le film qui a révélé Paul Thomas Anderson (on lui accordera ensuite une confiance aveugle pour exécuter Magnolia) a de petits côtés  »Scorsese s’infiltre dans le porno » ; il nous introduit dans cet univers grâce à différents degrés d’appréciation.

D’abord, il se concentre sur le jeune Eddie Adams (Mark Wahlberg), un garçon paumé mais optimiste qui a trouvé sa vocation ; Boogie Nights s’applique également à être une espèce de traité  »du métier », en rapportant la signification et les implications à une période donnée (seventies -le « Golden Age of Porn »- puis eighties, avec l’arrivée contrariante de la vidéo). Enfin il définit sa nature d’un point de vue communautaire ; car avant tout, la pornographie est une grande famille consanguine.

Réaliste et intégral, Boogie Nights s’inscrit dans la grande tradition de la tragédie américaine, avec le schéma foi et/ou nécessité-extase-doute-décadence ; mais d’abord avec sa propre marque, drôle, lucide, dans un style puissant et précis. Finalement le regard (et le message moral – au jugement impersonnel, carré) est assez standard, de même que la trajectoire sans surprise. La chute de Eddie Adams est trop linéaire ; la star s’alourdit et perd de sa superbe, fait face à de nouveaux concurrents et subit les innovations dans le secteur (plus violent, plus osé, plus varié).

Malgré ce sentiment d’assister à un pastiche, on est néanmoins totalement imprégné par l’angoisse des personnages, ressentant l’impasse, les rêves brisés et les expériences accomplies, subissant la fatalité, notamment de ces portes qui se ferment au profit d’une jeune génération.. laquelle connaîtra certainement les mêmes délices, la même ivresse, la même arrogance, le même désespoir et finalement, la déchéance.

Toutes ces sensations se concrétisent avec le dernier tiers très sombre, où Eddie rejoint sans s’en apercevoir la condition des petits voyous se prenant pour de grands mafieux (on pense au second Scarface lors de la scène de l’échange chez le junkie richissime) : la fête sera courte mais intense. Après l’orgie, toujours la dépression (plan final presque macabre d’un homme seul avec son phallus blasé). Film poignant, emphatique à souhait, ironique mais jamais acerbe. Les acteurs s’y donnent de façon téméraire et on ne sait trop si on admire davantage ou au contraire si l’image de Julianne Moore en sort bien amochée, tandis que Philip Seymour Hoffman atteint des sommets dans l’art du sacrifice.

Note globale 69

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