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FOUTAISES & LIBERTÉ

2 Fév

La liberté est une valeur élémentaire. C’est la valeur ultime pour beaucoup ; ceux qui se trouvent confrontés au monde des idées tout en ayant la phobie que l’une ait la suprématie vénèrent cette liberté. Et souvent lorsque les valeurs arrêtées ou tangibles manquent, la Liberté devient le début et la fin, mais aussi le milieu ; finalement, le seul critère arboré (pourtant ce n’est pas le seul qu’on défend dans son existence, ce n’est pas le seul but poursuivi). Peu importe ce qui est, choisir la liberté de toutes façons, la chérir résolument. Il faudrait plutôt l’assumer en posant sa subjectivité sans rien réclamer, mais en opposant ses droits légitimes à toute rationalisation ou empiétement abusifs. 

Les (d)ébats sur la Liberté ne servent à rien et se revendiquer défenseur de celle-ci en tant qu’idée plate est nul. Si cette liberté existe seulement en tant qu’outil abstrait ou que mot, elle n’est que foutaise. La Liberté doit renvoyer à quelque chose. Et la Liberté, c’est d’abord et avant tout la non-contrainte ; ensuite, l’opportunité d’agir selon ses capacités, donc ses talents mais aussi son pouvoir, ses moyens. Cette opportunité doit d’abord être théorique, car sinon il devient illégitime que chacun n’en jouisse pas à niveau légal. Nous n’avons pas tous les mêmes cartes, c’est une fatalité à accepter ou qui plonge dans la maladie, le dégoût et la jalousie. Par contre, nous avons besoin qu’une équivalence existe ; que notre Liberté soit soutenue et défendue de manière positive lorsque des entraves s’imposent et viennent en empêcher l’exercice. S’il ne doit pas y avoir de « société » pour nous soutenir inconditionnellement, il doit y en avoir une pour nous protéger, car sans cette concession la liberté que nous défendons n’est vraie que sur le papier, pendant que le réel est une souffrance, car écrasés par des mécanismes que nous ne pouvons plus nommer.

L’oppression n’est pas le seul ennemi de la Liberté ; l’absence de jugement en est un aussi fort et pernicieux. La Liberté n’existe pas sans trois concessions : elle doit être reconnue (cette reconnaissance passe donc par certaines limitations), elle implique une forme de résignation (la toute-puissance est une parodie de liberté, elle n’existe jamais ou pas à long-terme), elle nécessite une définition. 

Les conditions à l’existence d’une liberté véritable :

1) le détachement : individualisme par rapport à la communauté, qui ne s’oppose pas à la conscience d’être « un » à l’intérieur de « tout » 

2) la possession : notre liberté n’est rien si nous ne pouvons l’exercer ; et notamment, si tout est partagé et exposé. Il faut des normes, des frontières, entre les gens, entre les sociétés, entre les cultures. Quelle liberté a-t-on lorsqu’on a pas d’espace à soi ? Où s’épanouir, se retrouver et, parfois, se réfugier ? Nous devons être renvoyés à nous-même pour mesurer notre état et celui de notre liberté ; sinon, notre liberté se consume dans la dépendance et l’exhibition et alors, nous ne nous appartenons pas, puisque tout appartient à tous.

3) un contexte : donc une société où règne le droit, pas la loi des passions, pendant que les individus délibèrent avec leurs consciences pour eux-mêmes et pour leurs proches ; et, à partir de ces consciences en interaction, en guerre ou pas, s’imposent organiquement les normes nécessaires, avec la souplesse qu’un excès de rationalité ne permettrait pas.

Sur la notion de possession, il faut élargir le champ (et il inclut les deux autres conditions) : la possession ultime c’est celle de d’autres si on a soif de domination, d’un territoire si on a soif de vie. Donc à un niveau supérieur, la liberté implique l’affiliation à un espace existant, terrestre ; au niveau politique, à une commune, une région, une Nation. Un ensemble défini qui a des frontières et un contenant. On est pas libres si on est nulle part. Dans ce cas-là, on est même pas de ce monde. Et si vous n’êtes pas de ce monde, trouvez-vous en un, celui dont êtes issus malgré vous ou même celui que vous respectez. 

Si vous êtes libres sans être détachés, sans posséder quoi que ce soit (à commencer par vous, mais aussi un « chez soi »), sans être inclus dans un contexte où cette liberté peut s’exercer (qu’il soit dans la Nature ou dans une communauté) ; alors la liberté que vous mettez en avant n’est qu’une farce. Il se peut même que vous soyez un esclave grégaire, tandis que des théories vous permette de brandir l’inverse, peut-être même d’affirmer une transgression (dont vous n’auriez pas besoin si vous étiez libre).

La liberté, comme l’individualisme réel, n’est pas l’extase hallucinée où tout se confond et se prête à nos souhaits. C’est l’émancipation, avec son prix et ses exigences : tempérer ses désirs ; être sobre et nuancé ; et ne pas se faire d’illusion ni s’aliéner. Il faut des concessions pour arriver à la liberté, notamment reconnaître sa solitude et celle de tous ses semblables. C’est d’ailleurs ce qui nous dope et nous pousse à créer, transformer, restaurer. 

CARTES POSTALES DU GROTESQUE ACHEVÉ – DIVINE, LES MORCEAUX PHARES

22 Oct

Déstockage de Divine. Ne vous fiez pas trop aux notes, c’est un indicateur mixte. Et, dans le cas présent, fixé selon des critères contradictoires.

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Divine est un personnage fascinant, euphorisant et immonde. Son mépris incroyable vis-à-vis de son propre personnage ne relève même pas de l’ironie : c’est une bête de rage, de fureur et de haine. C’est le mauvais goût dans son élan le plus disgracieux, le plus infect, abject et antipathique ; c’est inouï, malpoli, refusant tout compromis. Il y a quelque chose d’achevé, d’absolu, dans cette attitude surgie du chaos et condamnée à replonger dans le néant.

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Cet article est sans doute celui qui exposera les pires atrocités depuis la chronique sur la saga Guinea Pig. Autre registre, autre méthode, mais l’ambition et le résultat sont les mêmes : performances au nihilisme effréné, allégorie de la décadence en action, emphase totale avec des pulsions de dégénérescence et d’impureté jusqu’au-boutiste.

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Divine, le travelo obèse qui passait ses journées à se titiller le nombril en le barbouillant d’éclaboussures de merde flétries. Il ne reste plus rien de ses passages, on en sort pantois, repus et brouillé.

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Cet article fait suite à « L’Antifemme Opulente ».

I’m So Beautiful, le titre-phare de Divine, a déjà été traité sur la Blogosphère.

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DIVINE – YOU THINK YOU’RE A MAN (LIVE AUSTRALIA TV) °+° = *****

Répugnant et dantesque, You Think You’re a Man est une sorte de new wave rudimentaire, avec échos minables, effets d’un kitsch inconvenant, agressif.

Le clip, avec ses prises de vues rapprochées des plus glauques, arbore un petit côté Cruising pas trop fauché. Divine cantatrice dans les zones d’agonies crapoteuses… Il faut bien avoir été confronté à un puritanisme oppressif et mal digéré pour aboutir à une telle représentation. Le dégoût du sexe, du corps des femmes et du désir des hommes, est criant même s’il n’est pas consommé explicitement.

Cette vidéo pour la TV australienne se montre plus exubérante. L’entrée de Divine, d’une beaufitude monumentale, accueillie par une choré gay ringarde au possible, puis tous ses déhanchés bourrins (faussement hytériques) surpassent en dégueulasserie la vidéo précédente, jetant peut-être même, pour un moment, dans l’ombre son monstrueux I’m so Beautiful.

Cette prestation de Divine est son sommet. Putride, effroyable, définitif : le trash à découvert.

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DIVINE – BORN TO BE CHEAP *** (4sur5)

Born to be Cheap : le chant qui la résume parfaitement, son étendard, dionysiaque acrimonieux, au nihilisme typique. A voir pour la fureur, pour cette hargne et cette rage quasi surréalistes.

Dans un contexte où elle est raillée sans détours, Divine s’exécute pourtant parfaitement, au mépris des circonstances et du climat dominant. Mais au lieu de simple souci de  »s’assumer », propre des parfaites créatures ratées masquant leur désespoir par une sur-valorisation d’elles-mêmes vaine et insipide, Divine  »assène », elle affirme ce qu’elle est, clame sa laideur et réclame, non pas la reconnaissance, mais la liberté de jouir de cette misère, au détriment du bien commun, de l’harmonie et des humeurs voir de la santé collective. Divine, icône libertaire et régressive, ne respecte aucune culture : elle est toute la culture qui soit.

Le contexte restreint, voir élude un peu, la dimension morbide du délire, la pulsion de vie paradoxale du personnage, polit un peu la façade décadente de la démarche, mais ce face-à-face crâne avec sa fin en soi [entre racolage et intimidation] en affirme pourtant, sans doute pas tout, mais beaucoup de la substance.

Sinon, la musique est plutôt immonde mais Divine est là, avec ses facéties étranges, à l’instar de ces petits pas improvisés.

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SHOOT YOUR SHOT *** (4sur5)

Assurément l’un des chefs-d’oeuvres du personnage et une perle trash de façon générale. Shoot your shot, soit l’équivalent de…  »tires ton coup », assommante et hallucinante balade aux confins d’on ne sait trop quoi, fut un carton chez les Allemands en 1983 [la drag-queen plaît davantage en Europe].

Il y a ce son  »psyché » brinquebalant du début, avec rideau de fumée, une atmosphère décalée et absurde qui ne font que préparer le terrain à un moment de solitude assumé au-delà de toute raison. Le filmage panoramique est sans concession, Divine pas moins à son propre égard.

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WALK LIKE A MAN *** (4sur5)

Encore ces effets  »psyché » atrocements cheaps : look at like everything radiates in the sky, mais attendez trente secondes avant [le choc] que surgisse Divine et sa voix plus éraillée que jamais. Walk Like a Man ressemble à un bad trip épuisant ; la musique obstinée et sans motif est entêtante malgré elle.

Divine se traîne dans la boue en entraînant avec elle les avatars d’une imagerie précaire, mix improbable entre Ouest sauvage et Petite Maison de la prairie. C’est en fait tout Divine : réinventer les acquis, atomiser la culture, s’attarder sur les restes.

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LOVE REACTION ** (1-1-2sur5)

http://www.youtube.com/watch?v=Fx7Hdj3wIQo&feature=related

Sorte de phase de  »maturité » pour Divine, plus sobre que d’habitude, dans la maîtrise. Dans le clip, elle apparaît en diva marginale assumée, pas au top de sa forme. La bêtise est pleine et entière, mais le ton moins trash. C’est un petit dégoulis, pénible à suivre jusqu’à son terme car sa nullité est objective et guère passionnée, ne se traduit pas par des jaillissements horrifiques ou libidinaux mal placés.

http://www.youtube.com/watch?v=mYTYvWpApi4&feature=related

Après l’épure, la version naturelle. Dans la version live, Divine arbore le costume d’un Michou hardcore. Sans calcul. Elle sursurre ou hurle, le résultat est techniquement désastreux et le contexte minable. L’ensemble dégage la puissance d’un spectacle de majorettes première année, sauf qu’à la naiveté et la sincérité s’ajoute la dégénérescence et la sueur. Immonde, mais pas dégueux. Nul, simplement. Un peu pathétique, quoique la transparence de Divine rende son humanité laide, parce que vierge, trop candide pour être tenue en estime. C’est trop, parce que maintenant c’est vraiment l’enfer et la crasse, sans espoir de rédemption.

http://www.youtube.com/watch?v=4Wk1zm9qkjc

On peut se rabattre sur le titre officiel, exploité commercialement, qui constitue peut-être le seul morceau sérieux de Divine. Pousser le vice jusqu’à prétendre qu’il est le seul à être potable est trop pervers pour moi. Mais ce re-pompage du Blue Monday de New Order est néanmoins audible, à l’image de la créature immonde tout en étant plus lisse et raffiné.

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HARD MAGIC * (2sur5)

A condition d’être influencé par des matières autrement toxiques, le clip est drôle quelques portions de secondes pour son esthétique grand-guignole. Mélodie plus monocorde, degré zéro, Hard Magic est moins menaçant que les standards de l’icône trash, quoique très flippant tout de même : Divine en icône sexuelle pataugeant dans son bac à sable avant d’être l’objet de jouissance d’affreux vilains sauvages. Très beauf (d’ailleurs, les gros plans scabreux abondent), très  »particulier ». Un exercice de style presque curieux, mais douteux jusque dans la cohérence du personnage : en clair, il y a ici des choses qui n’alimentent en rien son univers et paraissent même hors-propos. Encore un effort avant de répondre aux critères de MTV, puis peut-être…

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JUNGLE JEZIBEL * (1sur5)

Lorsque je compare cette chronique à Guinea Pig, ce n’est pas tellement par hasard. Dans Flowers of Blood et The Devil’s Experiment, une femme est sacrifiée à un théâtre morbide organisé par des hommes, un spectacle gratuit et odieux offrant un individu réduit à son état le plus primal, diminué et humiliant.

Avec Divine, c’est la même chose. Elle ôte toute décence, tout honneur à son personnage, lui interdit même la vie. On croirait assister à un extrati de Strip-tease, en plus glauque. Dans cette vidéo (réalisée au club Hacienda en 1983, comme pour l’extrait similaire de Love Reaction), Divine touche le fond. Pour ceux qu’intéresse les abymes et qui tendrait bien la main, à moins que ce soit pour un peu plus l’enfoncer, à des putes borderlines à la médiocrité et la vacuité tragique. Attention c’est vraiment, vraiment minable, presque énervant. Ou quand après avoir tout rasé, annihilé les émotions des spectateurs, Divine se transforme en petit incitatif à la colère. 

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ETHIQUE MONDAINE

15 Sep

→ Les bobos (c’est-à-dire les individus « libres », « ouverts », « innovants » et « de gauche » – soit bien plus que le bobo de fait) réussissant, acquérant un statut ou une aisance, par une carrière non-productive, facile ou opportuniste, sont faces à un dilemme :

  • Ils ont rejoint un camp malsain, décrié : ils sont bourgeois
  • Ils ne méritent pas forcément leur statut (car qui mérite les honneurs, ne serait-ce ceux d’une place confortable et discrète : ils sont toujours les premiers à décrier cette optique et ce formalisme hiérarchique)… or il faut bien être « de droite » pour s’accommoder la bouche en cœur d’une position qui ne nous revient pas pour notre intelligence ou notre contribution à la collectivité, mais simplement pour notre conformisme

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→ Il y a alors un problème à la fois d’ordre moral et social. Bien que parfois libertaires (au moins, c’est l’essentiel, dans les paroles et les postures), les « bobos » sont néanmoins, pour une majorité, des êtres pétris de soucis moraux, qu’il s’agisse de lubie, de conformisme, d’altruisme ou d’idéalisme.

C’est là un curieux mais faux paradoxe pour ces « émancipés » de tout absolu, de toute croyance, pour ces hommes et ces femmes reniant l’impératif de réel comme les tâches sombres de l’Histoire de leur pays ou de leur classe.

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→ Afin de se soustraire à la culpabilité, ils doivent donc assumer une image décente et flatteuse, non toxique pour le collectif : ils sont alors progressistes. Quelqu’en soit le prix, qu’importe les aberrations et les paradoxes qu’il faudra enfiler. L’inconséquence (face à la recherche de vérité ou de justice) et l’absence de réflexions ne sont pas des fardeaux pour un maillon de la gauche « moderne » et « éclairée ».

Cette attitude s’accompagne d’un refus de l’ambiguïté. Un tel réflexe amène à la défense compulsive des signes extérieurs de conscience politique. La plus flagrante manifestation de ce phénomène, la plus caractéristique et maîtrisée par le bobo, est l’affirmation d’un refus (très commun, très commode et très flou) du monde tel qu’il est (attitude profonde de toute « Gauche » politique) en se montrant outré ou concerné par des conséquences malheureuses ; en imaginant jamais allez à la source, penser en système : ce qui permet de ne pas troubler le statut quo et d’en devenir même le généreux héros (contrairement au bo-no-bo, ce vrai salaud mais avec lequel on peut néanmoins travailler, étant donné qu’il est rude mais juste et que lui accepte les valeurs de la gauche morale ou au moins ne les entravent pas). Voilà la posture salvatrice et largement compensatoire pour les âmes paresseuses refusant d’assumer leur complaisance.

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→ Sauf que ça ne suffit pas. Pour ceux qui ont tués les cultes anciens, les reliques archaïques (la Nation, la consultation populaire en sont – mais aussi la liberté d’expression, parfois même les opportunités publiques d’Internet – les gauches « morale » et « moderne » ne le savent pas, mais elles sont par endroits liberticides comme ses ennemis réacs n’oseraient pas) et le souci concret du social, il faut une justification gratuite mais résonnant comme un argument, une délivrance définitive permettant d’évoluer du flou progressiste vers un gauchisme matérialisé. La défense des sans-papiers est l’engagement criard, vain et vérifiable comme se doit d’être un engagement au profit de la valorisation, par l’assimilation à des nobles visées, de sa propre image.

Pourquoi les sans-papiers sont devenus, depuis l’ère Mitterrand-Chirac, les otages des bobos ? Parce que ceux-là sont loin d’eux, ils ne sont pas non plus sales et pouilleux, leurs attachements ressemble à l’urgence de survivre avec dignité, leur identité a cet exotisme que n’a pas la culture où la gauche inconséquente refuse de trouver ses propres racines, et la conscience politique de ces malheureux semble vierge donc inoffensive, voir modulable… contrairement au déclassé rural ou à la France catholique dont personne ne veut être au chevet. En parallèle, le souci de la détresse humaine est affirmé : l’esprit « de gauche » s’en trouve alors toujours valide. Ouf. Le bobo pourra pavoiser et évoquer ses affinités politiques indépendantes et audacieuses, sa foi anti-establishment.

LES GAY-FRIENDLY FACON REAC

6 Mai

barjot et gays

Le réactionnaire n’est pas un simple pessimiste, ni un esprit condescendant à l’égard de naïfs présumés, ou un personnage cynique devant le déroulé constant des choses. Il est probablement tout cela mais ce n’est pas systématique et la vulgarisation des notions crée une confusion avec d’autres formes, d’autres attitudes. Il faut aller au sens des mots : et la définition veut qu’un réactionnaire soit le promoteur du passé. Le réactionnaire invoque les vertus d’un temps écoulé, éventuellement en l’idéalisant (quelquefois même en fabriquant des motivations entre les lignes de l’Histoire). Il y a trois postulats : dans le premier, l’époque regrettée porte les solutions aux maux d’aujourd’hui et dans ce cas, nous avons eu tort de nous écarter de ses schémas. Dans une version plus romantique et radicalisée, ce temps révolu est légitime, car il était au plus près de la réalité, d’un ordre naturel ; éventuellement, il rangeait les hommes à leur place. Enfin, la réaction peut être motivée par le refus de la réalité actuelle ou de basculements en cours, sans pour autant qu’un projet pour l’avenir n’intervienne, soit par amertume ou scepticisme, soit par indifférence.

Cette forme réactionnaire-là est plus pragmatique, orientée vers le confort ; l’enjeu n’est pas de maîtriser, mais de soumettre la société à une logique sécurisante et fermée, où une zone de jouissance est maintenue, quand bien même elle induit des souffrances ou une hypocrisie trop flagrante. Ainsi est celui qui se précipite dans les habits de l’artiste maudit ; ou encore le représentant politique issu des classes populaires, parlant en leur nom et les dénigrant de façon complice. Tous s’enferment dans un ghetto psychique leur permettant de cyniquement jouer un rôle social cadenassé, parfois dévalorisant, mais duquel ils tirent une satisfaction personnelle suffisante ; quitte à enfermer, dans leur caricature, ceux qui les rejoignent par l’attribut sociologique, culturel ou idéologique dont ils se réclament.

La garde hideuse d’un christianisme vociférant

Tout le monde connaît le borborygme boutiniste des « amis homosexuels ». Christine Boutin a raison ; elle et ses amis ne sont pas homophobes. Une part est simplement obtus ; il faut se rappeler aussi du magnifique « J’ai une grande capacité de pardon » lâché à l’intention, non pas des criminels ou des délinquants sexuels, mais des gays que Boutin connaîtrait si bien. Il ne s’agit dès lors plus d’affirmer un certain héritage, revendiquer des valeurs, ou même opposer à la ferveur aveugle d’un mouvement progressiste, le principe de précaution et de mise en doute ; non, il s’agit bien d’affirmer un principe théologique dans la démocratie. En confondant la loi et son esprit, le doigt de Dieu et la lune, etc.

Boutin et son PCD (Parti Chrétien-démocrate) sont intrinsèquement conservateurs ; mais son leader est une notable, une notable d’action éventuellement. Il faut comprendre que ce ne sont pas des idées ou une vision qui la pousse, ni même (et c’est plus préjudiciable) des croyances ou convictions réelles. Ainsi Boutin n’a que des combats négatifs – et peut remercier ces pédés, dont elle accueille des exemplaires pour « les vacances », de lui avoir permis de sortir du bois.

Alors que les chrétiens-démocrates classiques, qui ont dominé le centre et la droite modérée pendant l’après-guerre (le parti d’Angela Merkel, le CDU, reste ancré dans cette mouvance) étaient pragmatiques et traditionalistes, mais aussi proches des  »conservateurs compatissants » ; Boutin elle, rejette des valeurs plutôt qu’elle n’en défend. Cette attitude participe d’ailleurs à la déliquescence du christianisme en tant qu’agent social ; indirectement, Christine Boutin amène un dernier petit fagot et exclue la représentation religieuse et sa parole du sérieux politique.

Le confort de l’esclave

Ce qui frappe chez certains anti-Mariage pour tous de la droite littéraire façon Zemmour, ou des activistes apolitiques comme Frigide Barjot, c’est à quel point leur vision du gay est réactionnaire : elle en revanche ne contient plus un soupçon d’homophobie (ou si peu), mais exalte la grandeur d’un folklore et préfère l’homosexuel soit en  »zaza » soit en  »privé », soit en artiste torturé. Ils promeuvent un gay demeurant  »différent », à la marge de la société où il est très bien loti, pour le bien de tous. Un gay non-revendicatif, un fêtard voir une folle amusante, inconsistante et amicale.

Ce qu’ils aiment, c’est un gay liquéfié, pathétique, grossier, prévisible donc manipulable et duquel il n’y a rien à craindre. Ils aiment le pire du gay, car ils ont besoin du pire de tous les hommes, afin de l’instrumentaliser et de maintenir un désordre mesquin ; tout comme les vieux communistes académiques profèrent les louanges d’une classe ouvrière dont ils exploitent et affichent le plus laid et le plus trivial, afin de le garder dépendant et hors-d’état de nuire.

Ils n’aiment l’homosexualité que pour ce qu’elle a de criard et dégueulasse ; tout comme eux-mêmes sont grotesques et répugnants, entre la nonne recalée (et manipulée par Sarkozy) pour sa bêtise et sa mesquinerie ; et la vieille people délabrée et parasitaire.

Alors ils citent les vieilles figures, des auteurs du passé, dont l’homosexualité n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui ; et qui, croyez-le bien, jamais n’auraient adhérés à toutes ces manifestations, voir auraient préférés qu’on les « laisse tranquille », ou encore rejetteraient à leurs côtés les pro-Mariage pour Tous.

Voilà une posture entre nostalgie et fantasme d’un passé parfaitement structuré et ataraxique. Du reste, certains  »gays » s’y retrouvent, ou au moins essaient effectivement d’apporter un renfort ou une voix dissonante en s’opposant à la loi. Ainsi le gay-conseiller de Boutin ou le collectif  »+gay sans mariage ».

Dégénérés opportunistes de toutes les corporations, unissez-vous !

C’est une vision totalement compatible avec celle de Frigide Bardot (qui la rejoint par intérêt et expérience plus que par idéologie ou sens commun). Elle a depuis toujours fréquenté la communauté gay, non pour la valoriser ou l’élever, mais pour la rejoindre et s’adonner avec elle à la cuite et les parades vulgaires.

En effet, c’est là qu’on retrouve de façon paroxystique cette collusion amusante entre  »gay passéiste » et  »gay hédoniste aveugle », communautaire replié et outrancier. Certes, ces derniers ne revendiquent pas tellement, ni ne cherchent un regard spécifique ; en revanche, entre folle réformée, jouissance monomaniaque. Ils sont obsédés par leur orientation bien qu’ils s’en défendent ; et se vivent essentiellement par là. Ils sont tout à fait à l’aise dans un contexte officieusement permissif et officiellement conformiste comme le nôtre (pour n’importe qui, s’il y a sa place, ce n’est pas une mauvaise formule, c’est même une certaine organisation sociale fonctionnelle). Dès lors, qu’ils soient inclus dans la société, sans plus pouvoir être des anomalies de confort est agaçant pour eux. En effet, ils y perdent le seul marqueur de leur consistance, la compensation à leur absence mortifère d’intériorité. La crainte d’être exposé dans le débat n’est rien, par rapport à celle de perdre le plus précieux des acquis : une identité exotique et affranchie, ou sa parodie.

Forcément, que ce théâtre laid s’arrête, que les pédés deviennent des individus libres et responsables est un crève-cœur pour Frigide, qui risque d’y perdre ses compagnons de dissolution et d’avilissement.

D’un autre côté, les pro-Mariage gay sont énormément plombés par les libertaires dégénérés, dans et hors de leurs rangs ; pendant que leur vision petite-bourgeoise de la saine homosexualité intégrée file de l’urticaire à n’importe qui évaluant le sujet depuis une distance moyenne, qu’il soit concerné ou pas, phobique ou empathique. De la même manière que les réactionnaires aveugles et pseudo-réalistes comme Christine Boutin se rassurent en faisant des individus les esclaves de formes rigides dont l’arbitraire est un moyen et non une fin ; les progressistes conformistes écrasent les individus sous le poids des catégories lisses et rabougries qu’ils cherchent à instaurer, dans un réel toujours insuffisamment discipliné et ouvert à leur conception horizontale de la matière humaine.

Par-delà toutes ces considérations, on oublie qu’il a longtemps s’agit de « mariage gay », label toujours utilisé, de tous bords. Pourtant voilà un terme déshonorant, relevant du ségrégationnisme bienveillant ; il est digne de la  »discrimination positive » de la droite paternaliste pressée de s’ouvrir au monde. La requalification en « Mariage pour tous » fut tardive et emmène d’une aberration sémantique à une éructation pas moins révélatrice ; le caractère grégaire et aveugle de la formule tend à subordonner une institution aux désirs de chacun. Comme si le progrès était dans l’abattement de toutes les frontières, la remise au niveau de chaque égo et chaque demande des constructions manifestes ; c’est une certaine définition de la Gauche.

La brimade progressiste

Le premier problème du projet de loi est sa confusion, car on ignore où s’arrêtent ses engagements. En vérité, nous savons tous qu’une petite majorité de la population est favorable au mariage, dans l’acceptation ou l’indifférence ; mais qu’une un peu moins courte majorité est plus sceptique sur l’adoption ainsi que sur l’autorisation du recours à la PMA. C’est la position d’un bloc important de l’opinion, tout comme de personnalités publiques à l’instar d’Alain Juppé.

L’autre grand problème posé par cette loi, c’est qu’elle bouscule la société à un moment inopportun ; en temps d’agitation et de frustration sociale, une telle réforme sociétale est vécue à la fois comme un mépris de la condition des masses, un cache-misère de la part du gouvernement, mais aussi pour certains comme une façon de priver des repères sécurisants ; et là aussi, de formes identitaires constitutives d’un mode de vie, d’un code social, d’une interprétation des rapports entre les hommes, qui est une richesse première. Si les élites ne perdent rien lorsque les traditions sont chamboulées, les catégories plus démunies elles, en revanche, se voient soudain culpabilisées et mises à l’écart pour les conceptions demeurant rennes chez eux. Certains progrès peuvent ainsi, à tort ou à raison, être ostracisant pour les populations qui elles, n’ont pas intérêt à remettre en doute l’ordre établi, car elles n’ont pas de parachute pour se prémunir de l’incertitude et que leurs valeurs y sont ancrées.

Par ailleurs, le projet n’est pas simplement en faveur d’un mariage assorti éventuellement d’une adoption sous condition ; il révise effectivement la notion de famille. Et à ceux qui se sentent ainsi floués, citoyens inaudibles dans une société civile confuse et anémiée, s’ajoute un mépris pour leur cadre de vie.

Ainsi, les Manif pour tous ont cristallisées ces angoisses ; il y a, par-delà toutes les réformes engagées, la colère d’être ainsi abandonné par le pouvoir, les autorités publiques ; et l’horreur de réaliser que la politique devient sa parodie.

Les représentants politiques jouent avec cela : la droite s’est trouvée un cheval de bataille ; la gauche fait s’éterniser la mise en œuvre et ces professionnels retrouvent ainsi une contenance, par la clivage artificiel.

La polémique creuse des égoïstes

Par conséquent, le monde politique apparaît caché derrière une confusion auto-entretenue. Sous le bruit et les bavardages, on ressent le dénigrement d’une politique ambitieuse. Le Parlement se prête à l’empoignade de circonstance plutôt qu’à la mise en forme de la société, ou même à se faire son réceptacle, son écho. Dans le même temps, c’est l’abandon des populations inaptes au mouvement qui est scellé ; en parallèle de la consciencieuse et profonde démolition des identités et les institutions nationales, les cadres traditionnels sont démantelés, après que leurs figures aient perdue une guerre culturelle où elle n’avaient guère de représentants. Pour les forces dominatrices (extrême-centre, libéraux de gauche et libéraux de droite), la droite conservatrice est une tout aussi profonde entrave que la droite souverainiste et nationale, c’est aussi l’ennemie la plus pratique, un sparring partner facile.

A l’arrivée, la peur est autant dans cette horizontalité des modèles familiaux ; que dans la sensation de n’être plus qu’une « variable d’ajustement » (comme le dit si bien Christine Boutin sans assimiler le message), au regard de gestionnaires passifs et virtuoses usurpant la place de décideurs. La question qui se pose est  »moi qui n’appartient à aucune minorité, moi qui ne me distingue pas de la masse, ais-je une valeur sociale, suis-je l’objet ou la cible d’une réforme ? » et la réponse auto-administrée sera, plutôt à raison,  »Les élites ne répondent plus à mes préoccupations d’homme ordinaire ou de composante d’un ensemble social, d’une communauté par-delà les communautés et les intérêts particuliers ; elles m’approchent éventuellement, par clientélisme, de la même manière qu’une entreprise s’enquiert des segments du marché s’offrant devant elle. » Car la politique sans vision, sans principes ni dynamiques, n’est plus qu’une boutique.

Et effectivement cette caste politique est essentiellement peuplée de fantômes et de challengers ; d’ailleurs les aventures personnelles ont pris le pas, avec les polémiques proches de la farce, pour mieux excuser l’abaissement des confrontations politiques et l’évaporation des projets cohérents et soutenus. Il est naturel que le monde politique soit un nid à carriériste, mais il est inquiétant qu’il n’offre plus, pour l’essentiel, que des caricatures cyniques. Les quelques héros isolés (Montebourg, Peltier) et pantins rugissants ne font qu’insuffler un relief ponctuel à un paysage désenchanté.

Le caractère factice et bassement opportuniste de l’engagement politique fut parfaitement traduit par l’approbation de deux seuls votants UMP lors de la présentation du texte de loi du  »Mariage pour tous » (retour du texte au Parlement le 23 avril). Parmi eux, Franck Riester, gay lui-même, c’est-à-dire personnalité n’intervenant que pour ses intérêts propres (et ayant trouvé la notoriété par le coming-out), se plaçant servilement dans le sillage tracé par sa tribu copéenne pour le reste. D’ailleurs, on attend toujours l’intérêt de la présence de Riester, la particularité de son profil ou de son logiciel. Sinon le refus de dévoiler son patrimoine personnel lors de la loi sur la transparence de l’après-Cahuzac, rien ne le distingue de sa horde. Par extension, on peut se rappeler de Roger Karoutchi qui avait tenté par le coming-out de relancer sa campagne pour les régionales. Il n’a pas bénéficié de la prime aux innovateurs (premier ministre en exercice à se dévoiler sur ce sujet) et fut sèchement battu dans ce scrutin interne à l’UMP.

AUX PORTES DU GRAND MONDE, LA CLASSE-PIVOT

21 Avr

Plusieurs sous-catégories composent l’univers des « libéraux-bourgeois », autant pour des raisons structurelles que sociétales : parmi eux, la plus visible et la plus globalisante est celle des  »bobos ». Or ce n’est pas la plus influente et sa sur-représentativité s’explique davantage par ses identifications et fièvres rentables que par une quelconque inflexion idéologique sur les ordres économiques et même sociaux.

Les  »bobos » vivent à la périphérie des puissants, mais se croient à proximité. Leur arrogance et leur propension à sacraliser des valeurs  »molles » est très mal vécue par les classes moyennes coupées des normes culturelles dominantes.

Il ne faut pas condamner ces  »bobos ». Mais plutôt s’appliquer à les tirer de leur complaisance, de leurs limites de jugements, de leur culture de classe égotiste, repliée et, souvent, intolérante par effet de puissance, sinon de rayonnement. Leur ascendant culturel, de même que leur adhésion à des standards hautement valorisés les floue.

Ce qui est nécessaire, c’est qu’ils comprennent que cela ne les épargne pas. Ce travail passe aussi par la désacralisation des icônes  »bobos » jouant les points d’accès au  »grand » monde, alors qu’ils ne sont qu’un miroir aux alouettes, une illusion vaste et conséquente freinant la conscience de sa condition réelle, au-delà de son capital culturel ou de ses appartenances, de ses connexions ou affects et connivences festives.

De même, l’attribution des intellectuels défiants envers les emprises du pouvoir politique et marqués « à gauche » est un poison. Dans toutes les fractions de la Gauche, le réflexe consistant à citer Bourdieu ou Chomsky, éventuellement Deleuze, est le masque d’une absence de conscience, la compensation à des doutes sur sa foi et sa morale, le cache-sexe de ses propres contradictions face au réel et à sa position dans l’échelle sociale. Tout ce scepticisme de bon aloi envers la télévision, le populisme, le conformisme, ne fait que légitimer un altruisme à géométrie variable, teinte d’humanisme ou de souci de justice sociale la course à un mode de vie conservateur, sécurisé et opulent. C’est aussi l’habile cache-sexe d’un rejet de la raison, d’une conscience basse et d’une ouverture factice : la gauche bourgeoise ne voit pas au-delà d’elle même, comme la droite la plus crasse qu’elle abhorre. 

L’enjeu c’est de rappeler aux bobos qu’ils sont un fragment du Peuple et qu’ils ne savent ni ne peuvent s’en dissocier. Il s’agit de faire sortir cette classe intermédiaire des mirages de la  »gauche » libérale et libérale-démocrate (qui est un centrisme odieux de mal repus), comme des archaïsmes et bouffées nihilistes et décivilisationnelles (qu’ont en commun une grande partie des Gauches, mais aussi certaines Droites libérales).

La bourgeoisie de gauche est paradoxale et réunit des individus à la condition parfois bien différente ; ils s’en trouvent à se leurrer sur leur propre état, mais les réseaux ou l’idéalisme compensent ces manques, permettant de baigner dans la sensation que la gauche démocrate est une voie saine et défendant ses intérêts objectifs. La plupart néanmoins sont bien ancrés, jouissent d’une assise sociale certaine. Cela s’étend de la petite-bourgeoisie à la grande, celle-là prenant un plus grand plaisir à s’encanailler en afficher une palette de réformettes sociétales et de démonstration d’ouverture aux mœurs de toutes sortes (tant que ses auteurs sont éparpillés ou impuissants – ainsi les enfants d’immigrés sont appréciés par la Gauche, car ils sont volontaires mais n’ont pas de capacité d’action, ni d’organisme indépendant pour s’affirmer de façon harmonieuse et intègre).

Ces bobos, mais tous les libéraux-bourgeois en général, verrouillent le progrès et l’égalité des prises en compte, leur trouvant des substituts partisans ; les mœurs et le niveau culturel devient un critère de sélection pour les gardiens semi-complices de l’ordre en vigueur. Cette attitude est souvent peu consciente, elle est la conséquence de maladresses et de renversements parfois subtils ou indéchiffrables pour qui se trouve coupé des impératifs de survie tout en étant une conscience honnête et active. Si la tentation est forte de blâmer, il faut surtout briser l’ivresse bobo, pour que le bobo lui-même se trouve forcé de trancher, d’abandonner les labels humanistes pour reconnaître qu’il ne fait que s’inscrire dans un progressisme dessiné par d’autres, et dont il ne perçoit que les aspects sains ou attractifs, tout en bénéficiant des effets de sa logique froide.

L’acquisition des bobos à la cause populaire mais aussi à la responsabilisation devant l’avenir commun est la condition d’émergence d’une société plus juste, car leurs infidélités et leurs penchants camouflés décident des tendances (le bobo peut voter pour la droite libérale, en affichant un certain dépit, tout en ayant un CV à brandir pour rappeler son âme de gauche et ses impulsions généreuses). Sans leur prise de conscience, jamais la société n’engendrera des individus forts. Un ordre naturellement bienveillant est celui où chacun est en mesure de faire des choix sans être légalement brimé ou objectivement refoulé en raison de la terre dont il est issu. Et le développement réel des Hommes et de leur conscience est impossible, si toutes les formes d’insécurité élémentaires (physique, intégrité sociale, perspective minimale d’élévation) ne sont pas réprimées. Dans ce cas où les Hommes sont libres, mais sans être arrachés à leurs croyances, l’assistance n’est pas nécessaire, car elle n’est qu’un réflexe à adopter en réaction ou par défaut.