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WELCOME **

18 Fév

2sur5 Contrairement à Le Havre, ce film essaie d’être réaliste et ne se confond pas en niaiseries. Au lieu de fantasmer carrément, il se contente de multiplier les approximations et d’exagérer sans tambouriner pour amalgamer l’ennemi avec un régime policier. Ce qu’il contient de misérabiliste n’est pas théâtral ou unilatéralement flatteur pour l’ego et la pureté supposés de l’hôte européen en lutte contre le Mal et ses vils concitoyens ; l’étranger n’est pas réduit à une espèce d’ET sympathique, coopératif et exclusif. Welcome réussi à placer le spectateur en position de responsabilité, à s’imaginer lâcher ou trancher avec sur les bras des éléments de contexte lourds ou contraignants, peut-être en commettant les erreurs ou en éprouvant les ambiguïtés affichées à l’écran.

Il se rapproche du documentaire ou reportage non-sensationnaliste sur certains points (tout le début avec les passages en camion). Globalement, c’est regardable voire appréciable même si on est fatigué de la propagande pro-migrants – ce film-là a des qualités d’humanité et d’exécution, situe la barre loin des enjeux de remplacement et ne se soucie pas directement d’appels à l’ingérence. Même Lindon, l’écorché agressif-parfois mais sensible au-fond et épris de justice, n’est pas exaspérant cette fois-ci – s’est-il rattrapé sur les plateaux télé lors de la promotion ?

Pour autant le poison récurrent est bien présent et à haute dose, simplement plus nuancées. Les excès typiques des humanitaristes et des cosmopolites restent bien sûr de la partie ; le cher point Godwin arrive au bout de 30 minutes, au supermarché où une fille se réfère à l’Histoire pour défendre la Générosité et le Bien : ‘l’interdiction d’entrée dans les magasins, c’est comme ça que ça commence’ ! Bien sûr les geôliers ne sont pas des sadiques ravis, les jeunes migrants ne sont pas des anges en communion et le peuple de l’amour universel et du progrès manque de courage, mais toutes ces couches de gris n’affectent pas l’idéal et le jugement de fond ; aussi Welcome est bien de l’avis de cette bonne dame et dénonce le ‘délit de solidarité’ (en interview le réalisateur a été au bout en commettant le parallèle final [avec les Juifs cachés sous l’Occupation]).

Puis nous avons les procès en lâcheté et les stéréotypes ou accusations qu’on décrétera soit fondés sur des fantasmes, soit du rigorisme ou du matérialisme idiot. Ainsi, même les gens prenant la défense des malheureux migrants sont nourris de préjugés à leur encontre ; Lindon, à fleur de peau, après une déception accuse son invité de l’avoir volé ; son ex-épouse, inquiète du sort de son Simon, lui recommande ‘d’arrêter avec ce truc trop risqué’ malgré ses petites envolées chaleureuses dignes du Clavier médiatique d’À bras ouverts. À ces déviances sont opposées la rédemption du maître-nageur égoïste et tout simplement sa redécouverte du goût de la vie.

Note globale 46

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Ceux qui travaillent + Eastern Boys + Le grand bain + Moi Daniel Blake + La vache + Le passé

Les+

  • subtil et ‘angle large’ pour un film engagé et pire ‘de conviction’
  • pas de grave défaut de conception
  • modérément prenant, aidé par son approche ‘humaine’ bien que clairement politique

Les-

  • dialogues parfois pompeux et souvent caricaturaux
  • la musique malgré sa discrétion n’est pas ‘dans les zones de gris’
  • banal et lourd dans l’ensemble surtout passé la mise en place
  • même si les deux protagonistes parlent lentement en anglais, avec leurs accents (surtout celui de Simon) c’est épuisant de les suivre et les comprendre

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