SUPERSTAR ***

18 Déc

3sur5  Malgré la présence de Kad Merad dans le rôle pilier et le crédit accordé à Xavier Gianolli (Quand j’étais chanteur, Les Corps Impatients) après A l’origine, Superstar n’a pas rencontré le succès et écope de critiques sévères. Le film ne jouit pas de façon ostentatoire de son budget conséquent. Le traitement de son thème bizarre souffre à la fois de certaines confusions et de lourdeurs. Il y a enfin la question du public, qui cumule l’enjeu commercial et la destinée du film : premièrement, les férus de Bienvenue chez les ch’tis ne seront pas rassasiés.

Ensuite, le résultat est trop improbable pour convaincre un genre particulier de cinéphiles, sans être stylistiquement singulier de manière à intéresser les amateurs d’OCNI. Superstar raconte le parcours d’un type ordinaire devenant subitement célèbre, sans aucune raison apparente, sans n’avoir rien fait de particulier. Gianolli et Merad en rajoutent sur la caricature de l’homme du quotidien insignifiant : Martin Kazinski n’est pas seulement un homme comme les autres, c’est un petit bonhomme sans intérêt, morose, un peu demeuré sur les bords, taciturne, ennuyant, faible, creux, sans la moindre réactivité.

Martin est dépassé par les événements et comme à son habitude, se laisse porter par le courant, en essayant quelquefois de se planquer quand il n’arrive plus à trouver la moindre paix. Les hypothèses et enthousiasmes s’enchaînent. Gianolli n’a pas de recul non plus sur la situation, ne discrimine pas ces pistes et surtout accumule les redites et les outrances naïves. Ici est le problème capital de Superstar : c’est un film assez lunaire, ne sachant trop quel bout choisir pour servir des intentions elles-mêmes éparses. La première moitié est assez agaçante pour ces raisons, la seconde le surpasse en honorant à sa façon le schéma : lécher/lâcher/lyncher, avec un épilogue ambigu.

Tout le film l’est, ambigu. Il tire le maximum de réflexions de son concept, pose des constats ou des questions peu complaisants, tout en étant parasité par des attitudes plus consensuelles et prévisibles. Ainsi Gianolli dénonce la violence et le machiavélisme du show-business et des médias, mais le trait est grossier, à la limite du cri de rage niais et vite effacé. Et à partir de cette réalité-là, de cette faiblesse, le film rebondit en théorisant cette posture qu’il vient adopter (et en rejetant son parti-pris apparent éventuellement : idem avec la démagogie sur les attardés mentaux, avant que l’handicapé de service ne soit un beauf corrompu et enthousiaste comme les autres). Effet yo-yo garanti, où la dialectique sauvage passe par tous les états. Martin Kazinski subit ce même traitement, tant dans le film avec le regard des figurants, que dans la conception du film avec celui de ses auteurs.

Il est d’abord un héros des gens « banal » avant de devenir l’idole des anti tout ; puis ce n’est somme toute qu’un minable, l’apathie faite homme. Quand il peut être héroïque et qu’on lui donne tout, il ne sait pas prendre car il n’est qu’une matière molle et stérile. Et alors tout ce manège tourne à la thérapie d’un homme, impossible, tout en étant une représentation sociale, ratée à cause de l’erreur de casting, ou justement réussie parce qu’elle démontrait l’inanité de la célébrité en soi, forme vide, pleine de contenus lamentables, d’autant plus perceptibles quand les acteurs ne jouent pas le jeu. Mais cette démonstration, encore une fois, n’est pas le fait de Martin et il ne faudrait pas lui prêter plus de sens qu’il n’en a ; son sens intrinsèque existe, parce que c’est un être vivant, mais ce sens est minimaliste.

Gianolli mise sur l’absurde systématisé, avec une grande violence. Tout est déception dans Superstar, délibérément. D’ailleurs on songera au marketing de l’échec et de la fuite, pour ce type gris et ingrat. À l’issue du film, Martin essaie enfin d’attraper sa vie, de ne pas viser en-dessous au mieux, néant sinon, en prenant le risque d’exister. Mais ce qu’il est demeure ratatiné : cette personnalité éteinte va-t-elle se recycler ou s’éveiller ? De A à Z, un film étrange et passionnant, mais contrariant sans cesse, autant par son audace et son jusqu’au-boutisme que son ambivalence envers les constats faciles et la lecture morale puérile.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Jean-Philippe + Podium + Une aventure + Les Infidèles + Intouchables 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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