L’ANNÉE DERNIÈRE A MARIENBAD **

16 Déc

2sur5  Le triomphe du formalisme sans objet ni sujet. L’année dernière à Marienbad est souvent considéré comme un chef-d’oeuvre ultime et un film charnière. Sa structure narrative éthérée et son esthétisme ont été une source d’inspiration, voir un modèle imité, notamment dans la publicité ou le cinéma dit  »d’auteur ». Voilà un label portant peu de sens, qui sied parfaitement à ce produit, quintessence du snobisme laissant supposer que sous ses cartes se cache un puits d’intelligence, alors que la seule valeur est celle de surface.

Aussi prétend-on que Marienbad joue des frontières entre réalité et imaginaire ; on lui prête une dimension onirique et tous les cinéastes flirtant avec ce jeu-là sont présumés un peu redevables de Marienbad. Quand bien même ce serait le cas, De Palma, génie formaliste justement (Dressed to Kill, Body Double), ne dit pas que du bien d’Alfred Hitchcock dont certaines œuvres lui servent de référent (Vertigo, Psychose) ; et il s’est appliqué à les dépasser, les reformuler. Il y a sûrement beaucoup de génies sous le charme de Marienbad, qui ont fait ce que lui ne sait pas faire ; un peu à la manière de Blow Up.

Par rapport à celui-là, Marienbad échange les qualités : Marienbad est objectivement d’une joliesse éclatante, Blow Up est d’un terne sensationnel ; Blow Up a des intentions floues, Marienbad n’a pas d’intention du tout et floute à fond pour créer un effet. Car Marienbad, c’est 94 minutes de travail de mise en scène à la fois remarquable et nul. Les travelling, la composition, tout est faste, minutieux, massif. Mais le film n’est pas beau. Resnais capture des espaces luxueux, un hôtel immense, un parc ; eux sont beaux, de beaux participants dans un catalogue à l’inanité mortifère.

La voix monocrode, avec ses propos byzantins et ses descriptions distanciées sans interruption, sans point virgule ni même les deux, est devenu un gadget caricatural du cinéma expérimental pour bourgeois bohèmes (ou aspirants) à l’élitisme culturel d’une grotesque artificialité. Comme Resnais ne sait rien faire de ce qu’il a face à lui, il utilise cette voix-off pour commenter les décors et sinon tenter de fabriquer une profondeur, au moins la mimer. Ainsi sont énumérés les états d’âmes de Delphine Seyrig et le spectateur se laisse bercer par des constats tels  »vous n’aimez pas vivre dans ces décors, ces escaliers trop grands, ces rideaux trop.. ». Voici l’ancêtre du Kamoulox des humoristes Kad & Olivier (épuisants de bassesse et de banalité mais souvent traversés par des idées lumineuses).

Rien n’irrigue jamais L’année dernière à Marienbad et surtout pas son casting, ribambelle d’outils figés. Le fétichisme de Marienbad est catastrophique car les protagonistes sont des fantômes. Resnais a voulu créer un contraste entre la passion de deux individus tâchant de percer la rigidité d’un environnement somptueux mais immobile. Malheureusement ceux-là ne sont bons qu’à demeurer en figurants évanouis dans ce cadre extatique. Des thèmes chéris sont là, à dormir, sur la mémoire, la peur de l’oubli et de la non-individuation : ils attendent les observateurs pour forcer l’observation, car Resnais associe le désengagement total et la confusion systématique à l’orchestration propre et nette.

Lost Highway est peut-être trop gros et étrange pour une seule séance, mais c’est une réelle extase parce qu’il est soutenu par tout un système – comme du Kubrick : on est submergé, soit, mais par un manège coordonné et plein de sens. Rien de tel dans cette chose anéantie avant d’arriver à mi-chemin entre le Pierrot le fou et Eraserhead. Entre le crapaud rutilant et le visionnaire en état de grâce. L’année dernière n’est pas une bullshit gratuite pour autant (mise en scène et photo envoûtantes), mais c’est la quintessence d’une œuvre piège. À quoi bon rester là à se délecter, ou faire semblant de s’exalter, devant un spectacle d’une opacité d’autant plus pure qu’elle sert de béquille au néant ?

Note globale 44

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur Dailymotion ou Libertyland 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :