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READY PLAYER ONE *

16 Oct

1sur5  Ce film a réussi à me surprendre sur deux terrains où il est grand : laideur et banalité (Tron Legacy et Westworld l’écrasent sans efforts). Tout le reste relève de l’intégrisme de l’entertainment des trente dernières années jusqu’au présent (+1-1 pour la cohérence achevée), avec bien entendu une emphase particulière sur les 1980s (et leur musique). Les arguments les plus fantasques, les plongeons dans les souvenirs, sont à peine un frémissement : si l’essentiel du film était dans le goût du passage dans Shining, ça ne vaudrait qu’un train fantôme trop gras. Le reste du temps on s’étale en citations creuses et sensationnelles comme celle du Géant de fer (dans une moindre mesure de jeux : Minecraft, « planète Doom ») et on recoure à toutes sortes de ressorts éculés pour mettre en branle la supposée machine à se projeter.

Et c’est là où Ready Player One nourrit l’illusion avec pertinence : dans sa bulle consumériste, chacun vit une grande aventure – voire une aventure maximale. Mais cette bulle est fragile, alors il faut des icônes vivantes et une éthique ! C’est pourquoi nous avons un énième candide prophète des temps heureux – Kévin/Bobby 16 ans (ici Wade Watts orphelin, ailleurs Greta poussée par la conviction) parle au monde entier, c’est le porte-voie de bons sentiments et lui va faire la différence. C’est le seul sur des milliards d’humains à avoir relevé une phrase du grand patron dans les archives accessibles à tous (car il est le dernier à les écumer). C’est le type ‘différent’ et 100% commun, y compris dans les conditions (plutôt pauvre/classe moyenne de préférence, franchement pauvre comme ici est souvent une bonne affaire) dans lequel l’ensemble des jeunes ou vieux jeunes doivent se retrouver (ou se tasser sur ‘le jeune’ en eux). Il a bien entendu pour acolytes un garçon plus stupide (présent en mode mineur) et une fille un peu peste pour le challenger.

La seul moment un peu notable pour d’heureuses raisons est celui de la projection spéciale, avec le logiciel de contrôle des émotions et la combinaison pour retransmettre les sensations, notamment celles de « l’entrejambe » (depuis Kingsman et Deadpool on est plus lubrique dans le AAA américain). L’exécution a moins de valeur que l’idée mais pour l’œil c’est le seul moment un peu original du film, devant l’incruste chez Kubrick plutôt neutre sur ce plan (tandis que l’ensemble est dans le négatif). À déplorer également le torrent de trucs inconsistants, absurdes émotionnellement ou relationnellement, cela en laissant de côté les invraisemblances propres à un blockbuster promettant du lourd. Wade oublie aussi vite que nous et les scénaristes la mort de sa tante, s’en rappelle juste à temps pour boucler l’arc ; il est assommé et capturé par une équipe pourtant amie : l’inviter aurait pu être fastidieux mais là aussi ce serait utiliser des moyens indécents ! C’est une fiction aveugle de plus – probablement la condition de l’enchantement immédiat.

Dans son optique ‘Gregarious Game’ les films sont des objets de ‘pop culture’ et tout est fabriqué avec la culture entièrement phagocytée par le divertissement – le monde et notamment celui de la culture est un grand dépotoir aseptisé (montée de laits ou d’adrénaline sinon l’inertie) où chacun est invité à s’épanouir en recyclant pour soi les exploits et les émotions. Un nerd, un cinéphile, un gamer n’est jamais totalement étranger à cette déviance, alors on pourrait y voir une façon décente de se distraire du réel (en laissant de côté les jugements de valeur concernant les façons d’approcher les objets et ces objets eux-mêmes) ; on pourrait aussi espérer la politique exclue or on la retrouve sous une forme mesquine, avec la flatterie des egos et du bel idéal d’open-source, un méchant capitaliste en épouvantail sur lequel tous doivent s’accorder, tandis que le management crétinisant fait son office, se déguise et se pare de vertus.

La dite pop culture devient un rempart au cynisme et le refuge des authentiques (« Tu me prends pour un connard d’entrepreneur qui aime pas la pop’culture ! »). D’où cette morale finale consternante selon laquelle, le réel c’est carrément bien ; oui on peut et il est bon de jouer ! Mais pas tout seul ! Alors l’autorité va décider de votre consommation et orienter vos activités – hey les millennials le temps de la domination rance paternaliste c’est bien fini, vive l’abrutissement enthousiaste et consenti dans la communauté retrouvée et bigarrée ! SF oblige le film répand sa petite prose ‘critique-dystopique’ (sa conclusion que je viens d’évoquer n’en fait pas partie pour lui) or il est fasciné et amoureux et ne fait que rabougrir l’enfer comme le paradis ‘futuristes’ – en y ajoutant une sorte de mélancolie de nerds superficiels. Il projette le mauvais sur la publicité et présente en modèle le disruptif, rêveur, HQI et puceau tardif Halliday (au moins Big Bang Theory a le mérite de laisser de côté les valeurs). Voilà un nouveau mariage réussi entre la bêtise et la technophilie. Un anti Wall-E qui ne vaut pas Zero Theorem.

Note globale 26

Page IMDB    + Zoga sur SC

Suggestions…

Les +

  • sens esthétique plus prononcé à l’occasion, comme lors de l’ouverture et quelques autres séquences
  • de rares tentatives comme la scène de la danse – mérite d’exister à défaut ; une mocheté un peu plus ‘volontaire’
  • énormes ambitions et gros moyens
  • forcément des détails pour tout le monde dans la galerie – la satisfaction aussi est au détail

Les +

  • pour le moins radin de son Oasis
  • manque d’intensité, d’identité, de nouveauté, du moindre courage
  • puéril et pas amusant pour autant
  • personnages inintéressants voire interchangeables
  • volontiers incohérent en plus d’être futile

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