Archive | août, 2019

LE FUGITIF ***

30 Août

3sur5  Adaptation d’une série du même nom, étalée sur quatre saisons entre 1963-1967, Le Fugitif est un des amalgames thriller/action typique et des plus réussis des années 1990 (sans atteindre l’ampleur des Die Hard). Marquant le retour en grâce de Harrisson Ford (le visage des Indiana Jones de Spielberg), il a connu un grand succès à l’échelle mondiale. Il justifia une suite, qui est plutôt un spin-off, U.S.Marshals.

À défaut d’être tout à fait satisfaisant pour l’esprit, The Fugitive est un divertissement de qualité. Pourvu de quelques cascades redoutables, d’un rythme sans faille et d’un scénario astucieux, le film doit beaucoup également à ses acteurs (Tommy Lee Jones, Julianne Moore dans une moindre mesure). La place des personnages est originale. Fortement caractérisés, avec les grands poncifs hollywoodiens et des aspects plus bis ou soap, ils maintiennent tous une grande ambiguité, qui permet de redoubler le suspense en faisant l’économie d’invraisemblances.

S’il tient toutes ses promesses, Le Fugitif apparaît assez désuet vingt ans plus tard. Il est enfermé dans les standards de son temps, même s’il en est un digne représentant. Volte/Face, pourtant nanardesque sur le fond, semble moins usé. La mise en scène énergique voir oppressante de Andrew Davis, elle, se moque du temps passé et des archétypes trop lourdement identifiés. Il y a beaucoup à redire sur Le Fugitif mais il demeure un petit modèle d’efficacité.

Note globale 67

 

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À BOUT DE COURSE ****

24 Août

à bout de course

4sur5  Sidney Lumet est l’auteur d’une cinquantaine de films dont quelques-uns sont parmi les plus respectés ou cités du cinéma contemporain : Douze hommes en colère, Un après-midi de chien, Network, Serpico. C’est un cinéaste ‘liberal’ dont l’œuvre évoque sans relâche l’injustice et la corruption, dans un ton parfois très anxiogène, souvent didactique, avec des constructions narratives et théoriques très claires. À bout de course est à part dans sa carrière. Dans ce film réalisé en 1988, la politique est passée au second plan et est un fardeau du passé. Les grands projets sociaux et élans idéologiques ont menés à l’impasse et la nouvelle génération est otage de ces schémas devenus obsolètes et de luttes devenues absurdes.

À bout de course raconte l’heure du choix pour un adolescent, entre son aventure individuelle jusque-là perpétuellement étouffée et l’allégeance à « une unité » : sa famille, cette micro-société autonome et masquée condamnée au secret et à la fuite. Lorsque Danny (River Phoenix) avait deux ans, ses parents ont fait explosé un laboratoire de napalm en signe de protestation contre la guerre de Viet-Nam. Cet attentat a laissé un blessé grave qui n’aurait pas dû être sur les lieux. Depuis, Arthur et Annie Pope sont poursuivis par la police et imposent à leurs deux fils une vie décalée. Ils ne restent jamais plus de six mois au même endroit et doivent changer d’identité. À chaque fois, une vie d’emprunt recommence.

Les idéalistes d’autrefois sont devenus les prisonniers de leurs fautes passées. Ils ont sacrifié leur jeunesse sans nécessairement parvenir à leurs fins socialement. Non seulement ils n’en ont tiré aucun bénéfice personnel mais cet idéal n’est plus vraiment de la partie ; et au lieu de changer ou remuer le monde ils doivent s’en cacher, se trouvant d’autant plus aliénés bien qu’ils échappent aux lois communes. En outre, ils n’ont pas d’attaches, pas de racines, en plus de n’avoir aucun élan vers l’avenir ni le loisir de se satisfaire de leur existence. C’est un combat perpétuel pour la survie, empêchant tout développement.

La question de la loyauté se pose à Danny. Il subit à la fois cet héritage plombant et l’absence d’ancrage qu’il implique. La problématique identitaire ne s’arrête pas là puisqu’il ne peut développer sa personnalité, exploiter ses compétences et assumer ses intérêts. La scolarité ambitieuse qui lui est proposé est rendue impossible. Il risque de gâcher sa vie et épuiser ses talents, comme celui au piano. Le film raconte ce déchirement entre l’appartenance à un modèle limitatif, mais qui est le seul qu’il ait connu depuis qu’il soit né ; et l’acquisition de l’autonomie, l’entrée dans la réalité et surtout dans sa propre existence.

Sortir de ce piège dans lequel sont tenus ses parents, c’est aussi les trahir. C’est les abandonner et leur enlever la raison de supporter cette situation. C’est aussi les pousser à rompre avec ce cheminement, quitte à se rendre ou à prendre des risques avant un nouvel équilibre. Soit les chemins se séparent, peut-être pour toujours, soit tous coulent ensemble. Sidney Lumet signe là un drame plus ouvert sonnant comme une remise en question très large (avec un script proche de Daniel, opus oublié de 1983). Ses personnages vertueux se sont enfermés dans une spirale vicieuse et sont exclus des progrès de leur époque, y compris de ceux pour lesquels ils avaient combattus.

Passé le temps de la révolte, il y a les conséquences ; il y a aussi un double besoin, celui d’avoir des bases solides auxquelles se rapporter et celui de s’émanciper. Ce double désir frustré, c’est la vie qui défile pendant que vous êtes un passager clandestin. La mère est une dissidente fatiguée, souhaitant pour son fils un confort qu’elle rejetait autrefois car elle a pris conscience de la nécessité de certaines étapes pour arriver à l’épanouissement. Le père est un dissident refoulé, il ne veut pas allez dans le mur mais il restera dans le brouillard, avec ses responsabilités en plus de la culpabilité.

Proche du mélo, brillamment écrit, A bout de course est un film remarquable méritant de figurer parmi les plus grandes réussites de Lumet. Le seul point mitigé concerne la photo, à la fois lumineuse et assez morose, typique de la période, évoquant parfois celle de Birdy, parfois celle des soap de prestige. Le casting est excellent, River Phoenix et les interprètes des parents admirables, Judd Hirsch dans le rôle du premier amour assume un personnage tellement corrompu par ses postures et ses fièvres adolescentes que seul le drame peut la pousser à la cohérence. Sidney Lumet livre un beau film dans le sillage des œuvres d’Elia Kazan (A l’est d’Eden), dont la profondeur du point de vue et la puissance émotionnelle gomme sans ménagement les quelques aspérités.

Note globale 78

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Suggestions… Mosquito Coast + Hardcore + Society + Retour vers le futur + Blue Velvet

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AKINJEON / LE GANGSTER, LE FLIC ET L’ASSASSIN **

17 Août

3sur5 Polar descriptif et assez prosaïque, divertissement fiable et efficace. Le niveau est celui d’un film d’exploitation contemporain secouant et cognant allègrement son petit monde. C’est à proscrire pour les spectateurs en quête d’originalité, à recommander pour ceux lassés des thrillers timorés. Pourtant les bavardages ne sont pas exclus : le film est lent pour lancer les réelles hostilités et boucler la collaboration. Il préfère traîner autour des motivations des deux protagonistes. Comme il ne vise pas de grandes découvertes ou des sommets d’intelligences, il aurait gagné et nous aussi à se passer d’explications – éventuellement pour multiplier les démonstrations comme celles introduisant ses champions, quoique le résultat soit déjà gratiné.

Les portraits ne sont pas géniaux mais les profils assez truculents. Le gangster est un pourri blasé paroxystique mais taiseux et sans méchanceté fondamentale – un Clint avec des responsabilités. C’est clairement le leader de cette galerie emplie de testostérone où les individus sont plutôt agréables mais pas respectables (ou parfois joyeusement méprisables et idiots, même s’il y aurait de quoi pleurer, par exemple de ce larbin fanatisé). Le flic est le plus turbulent – un jeune fougueux, quasiment un chien avec la ruse en bonus, qui ne volera pas ses deux coups dans la colonne. Le démon de l’affaire est une sorte d’ovovivipare transi mais exténué avec la peau grasse et les idées sombres. Son intérêt (encore plus que celui de Don Lee) tient à sa gueule et son attitude : on dirait un croisement entre le nain diabolique de L’homme au pistolet d’or, un autre hippie dissident de l’époque Charles Manson et Gaspard Ulliel dans Hannibal les origines.

Les scènes d’action sont musclées (avec une poignée de détails burlesques ‘sans le faire exprès’) tout en restant loin des références telles que Raid 2. Les manques techniques se font alors sentir, notamment lors du passage rempli d’éclats de verre. La vraisemblance dans l’ensemble potable est jetée aux oubliettes le temps d’une bagarre seuls contre tous aux conclusions dignes d’un cartoon. L’esthétique peut se faire kitsch, en particulier lors des descentes surmontée d’un petit air ringard et dynamique. C’est raccord avec le mépris de la subtilité et les lettres du titre couvertes de sang. La fin livre sans surprise un incitatif à la peine de mort digne de Schumacher (8mm, Le droit de tuer), puis une image finale où la confusion des démons semble l’emporter.

Note globale 58

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Suggestions… The Chaser + Hard Day + The Spirit

Les+

  • énergique et tient ses promesses
  • Ma Dong-Seok
  • l’once de drôlerie

Les-

  • des démonstrations voire des scènes répétitives
  • bas de plafond

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PERDRIX **

16 Août

2sur5 Les personnages posés à l’écran sont potentiellement attirants mais la mise en scène est d’une langueur exagérée. Elle est une provocatrice tonitruante, le principe masculin en roue libre, au détachement outrancièrement revendiqué mais effectivement vécu ; lui est fiable mais ne sait trop rien, est consentant avec les autres et ce que lui laisse la vie (explicitement féminisé dans la scène d’inversion avec la vaisselle), il suit les procédures, est doucement malheureux et résigné. Et malheureusement le film est un peu comme lui lorsqu’il s’égaie.

L’écriture est élégante, certainement trop tant le film n’ose rien déflorer (Le mystère des pingouins [sortie simultanée] est moins niais). Du point A au point B s’écoule un minimum d’événements, de rares évolutions toujours sans surprise. Nous avons à peine droit à un état des lieux (chacun préserve son jardin secret). Fanny Ardant campe finalement le personnage le plus complexe, le mieux taillé pour relancer les cartes. En savoir peu sur son cas et en apercevoir autant de ses émotions la fait tenir, sans la rendre très captivante, à moins d’être ému par sa présence ou le style (inviolé) de l’actrice. Le frère est excellent, sa partition bonne mais encore trop timide (reproche qu’on ne pouvait adresser au Couteau dans le cœur où Nicolas Maury était déjà en type délicieusement aberrant et de mauvaise foi). Un seul personnage se révèle en progressant : Michel, le jeune homosexuel houellebecquien (relativement vif et inspiré, encore doté d’un peu de panache pour se lancer dans une dérive existentielle).

Le film cueille quelques fruits de son décalage, notamment avec ses flics naturellement imaginables (tout peut se rêver) mais forcément plus appropriés dans une œuvre située en France. Leur paresse n’est pas nécessairement improbable vu le contexte, le reste de leurs attitudes le sont. La scène où ils élaborent le portrait psychologique du capitaine est le véritable sommet de bizarrerie (de ce doux compromis entre Lelouch et Guiraudie en plein exercice de philosophie). Les dialogues sur-écrits voire inadaptés à leurs détenteurs blessent davantage la qualité du film le reste du temps – spécialement lors de la reconstitution. Le manque de mordant est d’ailleurs accablant à ce moment où les démonstrations de pantins mutiques donnent simplement de quoi sourire, comme on le ferait devant une farce d’enfant. La faute en revient toujours à cette auto-limitation. Pour voir au fond de ses personnages le film mise presque tout sur la parole, puis s’autorise des moqueries douillettes envers les gens en troupeaux, ou quelques envolées fantaisistes pour les affaires intimes. On pourra trouver jolies ces bulles entre silence clipesque et danse allégorique.

Note globale 52

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Suggestions… Je promets d’être sage + Petit Paysan + Un homme et une femme + Rester vertical

Les+

  • un peu original
  • décors
  • écriture fine
  • les dialogues…

Les-

  • assez plat, peu d’action et de conflits
  • trop doux, sa dinguerie en souffre
  • tourne autour de ses personnages : qu’on les secoue davantage !
  • dommage qu’ils n’aillent pas toujours avec leurs corps

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LE MYSTÈRE DES PINGOUINS ***

16 Août

3sur5 Ce film d’animation s’intéresse au développement de l’enfant sans le ramener compulsivement aux adultes et aux normes. Ou du moins il s’en donne les moyens en se concentrant sur un protagoniste plus doué et pressé que ses camarades, encore sous influence des représentations niaises mais déjà peu impressionnable. Ce gamin à l’esprit scientifique, ambitieux, arrogant et droit montre du sang-froid face aux épreuves et de la gêne devant la révélation de ses envies et petites faiblesses. Victimisé par une brute, il saura la duper et garde son répondant en toutes circonstances. Son intelligence et sa curiosité sont encouragées ou du moins pas refrénées.

Tout dans ce caractère est valorisant et juste pour les enfants. On s’inscrit dans le culte du ‘petit génie’ à l’heure de la valeur refuge et narcissique du ‘surdoué’ (le fruit faux et normal du malaise quand règne la foi dans la compétition), mais le film évite de se fourvoyer en incitant à l’empathie avec la personne plutôt qu’avec son ego. Son copain est un froussard et son entourage n’est pas brillant mais rien ni personne n’est rabaissé, aucune justification émotionnelle ou biographique tortueuse n’entre en compte pour le flatter. Il sert plutôt de modèle, humain donc animé, limité mais déterminé, d’autant plus méritoire.

Le film prend son jeune cœur de cible au sérieux et élève le niveau du scénario et des sentiments, à mille lieux des gros tirages américains du moment, de leurs gags et de leurs connivences vaseuses. Sans être renversant pour les adultes, notamment ceux qui auront grandi devant les Miyazaki, il sait aussi leur parler et potentiellement les divertir. Il peut être rapproché et favorablement comparé aux œuvres d’Hosoda (plus directement percutantes et tire-larmes).

L’animation numérique est posée et ravissante, riche en détails, le dessin exploite toutes sortes de nuances de bleu (du vert au violet jusque dans les yeux), le style est enveloppant, aérien tout en restant matérialiste. Un court passage dans une ville fantôme de type méditerranéen évoque la peinture symboliste et surréaliste (la référence pour une fois n’est pas galvaudée). Seule fausse note : les sons d’ambiance sont décents mais la musique atrocement aiguë et le tout bien lisse (aussi, « jeune homme » devient lassant la 20e fois en VF).

L’explication du mystère ouvre à d’autres totalement laissés de côté à ce stade. L’enquête occupe l’ensemble de la séance et les découvertes sont relativement cohérentes ou indépendantes ; les réponses sont a-priori valides mais un peu alambiquées, car les buts demeurent obscurs. Il y a là-dessous des motivations plus poétiques et intimes – comme si la part ‘rationnelle’ devait conduire à cet essentiel. Le film apparaît alors définitivement comme un rêve d’enfance issu d’une époque d’éveil décisif et enrobé par une fantaisie bien défendue. On flirte avec la science-fiction or c’est bien Un été 42 pour enfants qui s’est joué (avec pour climax la sorte de dépucelage accompagnant la révélation concernant les canettes).

Note globale 68

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Suggestions… Le Blob + The Stuff + Piano Forest + Le garçon et la bête + Solaris + Les maîtres du temps

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