Archive | juillet, 2019

BARBE-BLEUE ***

27 Juil

4sur5 Dans les années 1860, Pierre-Jules Hetzel commande au sculpteur et dessinateur Gustave Doré une série de gravures pour une édition de luxe du recueil des Contes de Perrault. Cette série fascinante, enchanteresse et pourtant réaliste, aspirée par le versant ténébreux suggéré par les contes, accompagnera les représentations des générations suivantes. Méliès s’en inspire pour adapter Barbe-Bleue à l’écran en 1901. Il y utilise un grand nombre de trucages et renouvelle ses deux fondamentaux, la surimpression et l’arrêt-caméra, notamment pour obtenir six ‘expositions multiples’ (comme dans L’homme-orchestre ou Le mélomane, avec cette fois la tête de Méliès et non des corps entiers). La scène où sa 8e femme est secouée et traînée par Barbe-Bleue est simulée grâce à un arrêt-caméra parfaitement précis car invisible – succès un peu gâché par la raideur ‘flasque’ du mannequin.

En introduction, Méliès présente un Barbe-Bleue charmeur et affable, quoique son extravagance embarrasse ; un jeune et exalté papa noël, généreux pour les dames, bon avec les domestiques. Conformément au conte ‘de Perrault’ (au XVIIe, il faisait passer ces histoires orales à l’écrit, leur origine étant indéterminée et située dans le peuple), le mari ne montre son visage effrayant qu’après la découverte de ses anciennes femmes. Cependant Méliès traite le sujet de façon légère, atténuant l’horreur en gardant jusqu’au-bout le caractère de l’ogre superficiel. L’exposition des six pendues est le seul ‘viol’ de la bienséance : il est frontal, de l’ordre du grand-guignol ‘soft’, exécuté à distance. Cependant les heurts ne sont que physiques. La violence morale et sentimentale sera forgée par l’imagination du spectateur, notamment les plus jeunes ou les éventuels découvreurs.

Avec ses 10 minutes, ce film est l’un des plus longs de son temps, quand ses concurrents plafonnent pour l’essentiel à 2 minutes. Méliès s’était déjà frotté à cette longue durée pour L’Affaire Dreyfus (1899) et Jeanne d’Arc (1900), là encore sur deux thèmes ‘objectifs’, connus de tous – le premier en tant que film d’actualité montre que Méliès était un innovateur au-delà de sa contribution majeure, les trucages. Ce temps est employé avec succès grâce à une multitude de petites animations et interactions, ce qui n’est pas toujours le cas chez Méliès : Le Voyage dans la Lune et celui à Travers l’impossible, si brillant soient leurs dispositifs, ont tendance à grossir l’insignifiant en le remplissant avec les gesticulations des personnages. Ici Méliès a encore sa tendance à étirer et l’applique aux scènes collectives, surtout la première. Elles permettent d’afficher le grand nombre de décors peints, au raffinement naïf proche de l’Art nouveau (présent également mais modestement dans Le diable au couvent).

Enfin Méliès arrive à casser un peu de la distance propre à son cinéma, défavorable à l’impact émotionnel, due à son attachement au dispositif théâtral, qui lui-même handicape le développement fictionnel. Pour souligner le détail crucial (la tâche de sang sur la clé) de l’histoire (sans recourir aux intertitres ni se reposer sur les acquis du voyeur), Méliès a recours à un grossissement étape par étape de la clé – substitut du gros-plan, technique encore exceptionnelle (The Big Swallow la pousse à l’absurde la même année) : dans la foulée Méliès en trouvait un autre pour L’Homme à la tête en caoutchouc. Le cauchemar avec les clés dansantes permet de conforter la dimension poétique de cette apparition, balayant l’éventuelle suspicion sur la brutalité du procédé. En revanche, le jeu médiocre de la femme (pourtant interprétée par Jeanne d’Alcy, la dame vite escamotée) abaisse un peu le charme d’ensemble. De plus, l’issue est rendue confuse (avec un trop-plein de personnages et de démonstrations au monte-charge) et fait l’erreur d’excentrer ses éléments dramatiques pendant la cohue.

Note globale 73

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Suggestions…

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LE ROI LION ***

20 Juil

4sur5 Cette version ‘live’ tient ses promesses, en premier lieu celle d’un visuel sublime. C’est bien une sorte de reboot plutôt qu’une actualisation ; le souci de correction et de ne fâcher personne ne renvoie pas spécialement à aujourd’hui. Certains points forts ont tout de même été ripolinés voire évacués : les êtres et les relations sont désexualisés, la relation entre Nala et Simba y perd. Les féministes apprécieront peut-être qu’elle se montre sarcastique (sans connotation d’aigreur) et batte trois fois son inlassable ami-amant ; elles pourront aussi relever la chef des hyènes, distinctement au-dessus des autres, posée et intelligente, l’allure souffrante et profonde, quand Shenzi n°1 était davantage pleutre, geignarde et roublarde.

Il n’y a qu’un seul sacrifice sévère mais c’est un des plus énormes imaginables : Soyez prêts est réglé en une minute de basse intensité. Il faut reconnaître que la danse, l’ambiance dionysiaque lugubre et le défilé auraient été compliqués à intégrer dans un contexte hyperréaliste (comme la descente dans les épines, sûrement une source de sensations trop agressive). Tout est moins théâtral et les envolées cartoonesques ne sont plus au rendez-vous ; les scènes poignantes le sont encore mais aucun moment ne se détache absolument (peut-être la course dans les adventices). En contrepartie Le roi lion sert des fantaisies crédibles (évidemment pas vraisemblables), des figurants ravissants et se permet quelques séquences de doc naturaliste enjoué (la souris menant à Scar) ou péripéties silencieuses façon Minuscule (la touffe de Simba témoin d’une destinée moins mystique). Même la VF (où Jean Reno paraît sur le point de mourir plutôt que d’éduquer et où reprendre Semoun aurait été aussi bien) ne saurait gâcher les instants de ravissements ou de contemplation (pas tous délicats puisque certains auraient leur place dans Rage ou Mad Max).

C’est dans le son qu’on trouve les points faibles, voire les fautes empêchant la séance d’être parfaitement magique – un moment d’évasion ou d’abrutissement heureux accompli. Toutefois si le chant explosif de l’ouverture ne vous gâche pas le plaisir, les deux heures devraient se passer sans gêne. Les ajouts conséquents sont rares mais du plus bel effet : les lionnes sous le règne de Scar avec ses servantes en patrouilles permanentes, toute la faune amicale incarnant la philosophie du Hakuna Matata dans une sorte de paradis mi-hippie mi-individualiste acharné. Ces deux bouts du film ouvrent à des univers déjà présents en 1994 mais de manière synthétique et toujours centrée sur la poignée de protagonistes clés ; aujourd’hui ils sont superficiellement étoffés (le retour compulsif à la résistance passive du conseil des lionnes peut frustrer, même si Sarabi rationalise efficacement avec son sens du devoir ; l’égoïsme revendiqué des nihilistes contredit leur facilité à partager). Disney comme le reste a tendance à se reposer sur des marques établies, alors on peut craindre ou rêver des prolongations dans cet eden libertaire.

Rétrospectivement les ellipses étaient nombreuses dans l’original, alors qu’ici on s’étend copieusement. L’exemple relativement malheureux est le retour de Nala et Simba, occasion de servir un dégueulis girly égalant le pire de La reine des neiges (auquel au doit sa notoriété). Certains cas ou personnages semblent négligés (les déçus a-priori diront placés par obligation) puis réintègrent le cycle avec force : c’est le cas de Rafiki (chaman génial et farceur devenu une figure paternelle décontractée). Les hyènes et leur environnement sont bien plus sinistres. Seul l’humour très appuyé autour du débile de la bande (davantage un dépendant pathétique qu’un attardé achevé) adoucit le trait. L’humour est justement le second témoin ou réceptacle des limites du film, après la musique : il n’est pas spécialement balourd mais donne quand même dans un second degré plombant à l’occasion. Lors des logorrhées de Zazou on perd en charme sans y gagner en drôlerie ; celles de Timon et Pumbaa sont convaincantes (Ivanov était un choix excellent pour réformer Pumbaa). Une fois que la glace a été trop vite brisée ils poussent la décontraction assez loin pour ne pas inspirer de regrets (cela implique malheureusement une démonstration bruyante qu’un Norbit lui, par sa vocation, n’avait pas le droit d’éviter).

Enfin le sous-texte politique est plus explicite et brouillé : la philosophie des doux anars est précisée et son illustration attractive, les marginaux sont devenus carrément écœurants mais ils sont plus blessés que ridicules, on entend leur amertume autant que leur envie. Ils sont mal-nés certes et pas moins irrécupérables – et d’aspect ingrat (Scar décharné, affublé d’une piteuse crinière). Leur détresse a le tort de les avoir endurcis plutôt qu’invités à l’acceptation du bel ordre du royaume (la résilience ne fait pas partie des concepts envisagés). Sur ce plan Le roi lion n’est pas plus conservateur qu’il y a 25 ans, il a simplement perdu de son sens mystique (dans les processus comme dans les symboles) ; il est davantage ‘bourgeois matérialiste et réactionnaire’ (d’où cette moindre aisance lors de l’apparition du spectre bienveillant). Car le problème désormais est autant économique que dynastique. Comme autrefois Scar fait des promesses d’abondance et parasite son propre domaine – lui et sa horde sont des chasseurs irresponsables dignes de Cersei dans GOT. Leur manque de conscience et de culture commerciale doublé de leur avidité les poussent à croire qu’il n’y a qu’à se servir, dans un lieu de paradis où les denrées sont inépuisables – mais seraient confisquées arbitrairement. Quoiqu’il en soit cette seconde mouture ne fera pas de l’ombre à l’original concernant les dialogues et chansons cultes ; même des enfants enclins à fuir une animation dépassée devraient trouver les anciens plus percutants.

Note globale 72

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Suggestions… Alice au pays des merveilles/Burton + Un amour de coccinelle

Les+

  • visuellement et techniquement brillant
  • une foule de figurants adorables
  • effort de vraisemblance pour les déplacements des animaux
  • des ambiances sévères et tristes
  • plus grande possibilité d’expression et plus d’humanité pour les méchants
  • pas trop guilleret ou niaiseux
  • le nouveau Pumbaa et sa VF

Les-

  • son, musiques
  • des détails bâclés ou éludés
  • les phrases cultes coulent avec le reste
  • des demi-copies pas du meilleur effet (comme l’amour sans étoiles)

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US *

19 Juil

1sur5 Les gens sceptiques concernant Us en raison des déclarations et préférences racistes de son réalisateur oublient l’essentiel : ce film est mauvais. Est-il raté ou simplement bâclé ? Son inconséquence et son martelage de propos stériles l’empêchent d’être pertinent. Il y a bien cette représentation de la difficulté à s’approprier la parole et éviter le ridicule voire l’étrangeté lorsqu’une ombre revient dans le monde, le reste est affaire d’imaginaires privés. C’est évidemment un alter ego de Parasite ou un Body Snatchers très synthétique dans un îlot verni, mais c’est aussi un peu tout ce qu’on veut, s’est fait et se fera. Us se planque dans la confusion des genres pour assumer son ambition esthétique et politique tout en restant ‘fun’ et disponible aux interprétations engagées : à elles d’aller au bout de ses intentions (sans doute nobles, l’objet de l’empathie étant le même que dans Metropolis).

Le style est criard, les voisinages et références multiples. Us est principalement fait à l’ancienne et pas en ramassant le meilleur. Il ose des clichés dépassés comme la coupure électrique en 2019, reprend les gimmicks des vingt dernières années (comme les chants saccadés effrayants). On se rend compte [au plus tard] dans la seconde maison que les doubles au costume rouge lorgnent sur Funny Games. Juste avant cet énième contraste de bourrin sarcastique et mélodramatique que le cinéma ‘choc’ nous sert depuis Orange mécanique – un air des Beach Boys sur une scène sanguinolente avec la victime en train de ramper.

Le programme est convenablement justifié si on est coulant, au seul niveau de la structure : la réalisation aligne les présages, les symboles pleuvent. Concernant les raisons des événements, leur origine et les motivations des envahisseurs, c’est calamiteux. Sur la gestion de ces souterrains et l’ensemble des questions matérielles, le niveau zéro est atteint. Même les Freddy les plus extravagants s’arrangeaient pour que leurs folies aient une cohérence interne. Le petit nombre d’éléments curieux et la bonne facture technique peuvent donner l’impression de flotter près d’eaux potables mais même le potentiel est surfait. Il n’y a ici que de l’image ‘forte’ à prendre et pour ça les bande-annonce font déjà le travail ; quand à l’ensemble du récit il pouvait être tassé en une trentaine de minutes sans rien sacrifier d’unique, d’important ou de stimulant.

Et c’est le pire malaise : tous les arrangements servent l’idéal de train fantôme, mais tout est voyant, creux et à peine efficace. Les personnages sont en retard sur le spectateur. L’humour, les sous-entendus, les clins-d’œil sont balourds et futiles. Les amateurs pourront apprécier la petite patte dans le ‘yo mama’ et le potache grâce à papa ESFP. Comme on pouvait s’y attendre après Get Out la séance est gratinée en bouffonneries glauques mais au lieu d’un festival nous avons droit aux répétitions et aux langueurs rendant définitivement la séance impossible à prendre au sérieux. Le summum est naturellement la rencontre avec la mère alternative (dont la VF est un comble). À force de la jouer sous-blockbuster ce film s’interdit tout ce qui fait la qualité d’une série B et accumule les manières d’un nanar sans s’en attribuer le charme.

Il reste simplement à spéculer tout le long, où l’absence de nouveaux éléments à une exception près permet de maintenir son point de vue sur la chose et rester ouvert en vain. Le face-à-face final entre néo-slasher d’il y a 20 ans et pitreries depalmaesques redonne des couleurs à cette fantaisie – si prévisible. Puis un grand malheur se produit : la fin est reportée. L’occasion de déballer de nouvelles bizarreries dont on ne peut trop savoir si elles sont bien les pures incohérences dont elles ont l’air ; sans éclairer cette ‘affaire’ parallèle et les motivations (en-dehors de celles indispensables et kitschouilles des jumelles maléfiques). Par contre on nous pond de beaux travellings jusqu’à l’annonce d’une révolution, avec en ornement des œillades invitant à se re-palper le menton. Prenez plutôt le risque de (re)découvrir Society, lui aussi ne redoutait pas le ridicule (ni d’avoir l’air soap) ; ou bien Killer Klowns et Le sous-sol de la peur si vous placiez vos espoirs dans la déglinguerie horrifique.

Note globale 32

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Suggestions… La prisonnière du désert + Disjoncté + Wonder Wheel + Abandonnée + The Mirror/Oculus + It comes at night + Caché/Haneke

Les+

  • certainement tourné et produit par des gens doués..
  • l’image (même ce + est tiède)
  • le culot inoffensif d’un film faisant n’importe quoi
  • de l’idée mais on est encore scotché aux germes
  • casting ok

Les-

  • .. mais sur ce coup soit cyniques soit irréfléchis
  • nombreux dialogues et personnages déplorables
  • ironie plate et bruyante
  • débile
  • ringard et actuel à la fois
  • même pas original
  • ennuyeux malgré le grabuge et l’enfilade de conneries
  • mystères foireux
  • incohérences probables dans le délire
  • des postures physiques et des réactions qui font douter du sérieux au montage et au scénario
  • osons couper le son !

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MINI-CRITIQUES 11 (2019-2)

15 Juil

Sans toit ni loi *** (France 1985) : Une vagabonde et parasite authentique, donc puante, égocentrique, insensible et désagréable, avec une tendance au chapardage et à l’ingratitude. Heureusement pour tout le monde rien n’est trop appuyé. Les acteurs ne sont pas brillants mais Macha Méril fait une excellente surprise (elle qui a pu nuire quelquefois, peut-être à cause de rôles trop laconiques et excentriques). Inhabituellement froid et mesuré de la part de Varda, sans spécialement imposer de distance (pour certains ce sera même ‘brûlant’ – d’autres égarés ou des femmes rétives qui s’y reconnaîtraient). Les bulles face caméra de Yolande Moreau brisent la cohérence et l’efficacité du film, ramenant le niveau vers l’art et essai balourd et superflu. Malheureusement la séance se traîne sur la fin – un écho volontairement ‘gauche’ de plus au parcours débile de cette fille. (64)

Flic Story ** (France 1975) : Une des collaborations Delon-Deray, où Delon pourchasse Trintignant, sombre crapule. Bien foutu ; finalement très routinier et prosaïque. (58)

La veuve noire *** (USA 1987) : Une enquête dans la première partie, une affaire personnelle dans la seconde. Chez les riches et dans des décors exotiques. Du kitsch de qualité et de compétition, bien de cette époque radieuse (fin des années 80 et années 90). Tension sexuelle et corruption autour de la veuve noire. L’instrumentalisation de la relation entre les deux femmes est le plus vicieux – il y a artifice mais la motivation n’est jamais sûre (‘acheter’ la concurrente, la bloquer, la donner en pâture pour se protéger – profiter de ses charmes et de sa personne, sincèrement ou pas). (72)

Cléo de 5 à 7 ** (France 1962) : Excellent casting féminin, les mecs sont bien lourds en moyenne. Contient le court Les fiancés du Pont Macdonald. Le temps resserré ne m’est pas paru évident, avant la rencontre avec le légionnaire – peut-être à cause de nombreux essais similaires convaincants réalisés depuis. (62)

Préjudice *** (Belgique 2015) : voir la critique. (64)

Ready Player One * (USA 2018) : voir la critique. (26)

The Wicker Man * (USA 2006) : Passable mais confus à force de vouloir enfler le mystère. Animé par un Cage ne calculant rien (quand il hurle et court tout le sérieux de l’affaire est ruiné – la fin contient de délicieux moments, celui où il se déplace en combinaison d’ours a ma préférence). Des pans importants de l’original (tourné en Écosse) ont disparu – le truc de la virginité éclispé. Des faux suspenses étranges (notamment celui de la paternité), des questions longues à sortir et mal posées, des réponses fragmentaires et inadéquates. Effets un peu cheap, la bizarrerie et la brutalité les sauvent – ou les enfoncent aux yeux des nanardophiles compulsifs. Dialogues WTF plus qu’à l’occasion. Beaux décors situés dan l’état de Washington. (42)

The Lobster ** (Irlande 2015) : Cette farce sinistre est ma meilleure expérience avec Lanthimos, même si les deux autres opus sont finalement plus intéressants (Canine et Mise à mort) et qu’au moment de dresser les comptes celui-ci n’est pas beaucoup moins désespérant.

La voix-off et les notions curieuses de ce monde tirent vers le conte, les dialogues et situations vers la comédie. Les personnes s’expriment candidement, presque sans états d’âme ni arrière-pensées – c’est la franchise formelle, aliénée (on est franc mais intégralement prisonniers). Ce décors rappelle The Invention of Lying. Les gens ont quand même plus de latitude pour calculer ou retenir ce qu’ils disent, le mensonge reste possible. Les émotions sont réprimées mais pas supprimées – rares remontées de spontanéité et micro déviances (la gifle d’une condamnée à son amie).

Je suis peut-être indulgent avec ce film tant la deuxième partie n’est qu’un dégonflage sans fin. S’y ajoute l’incongruence : étrange que ces gens des bois ne soient pas repérés, leur couverture et probablement leurs moyens étant faibles et flous. Et puis Léa Seydoux en leader : non.

Dans les deux contextes la hantise du conformisme chez Lanthimos trouve à se nourrir : la résistance est stérile face à un ordre social accompli, la secte répressive et ‘libératrice’ se charge aussi de vous annihiler ; enfin le couple exige de lourds sacrifices. Lanthimos ne croit pas aux évasions romantiques ni à la possibilité d’une ‘liberté’ pour les pauvres humains. Il fait partie de ces gens qui se replient sur les galeries d’art et probablement les perspectives de socialo-communistes sans rêves ni espoirs, du moins concernant l’humain. (46)

Dans la maison *** (France 2012) : Avec du voyeurisme avançant sous le masque de l’amour de l’art, de l’envie mal placée (d’être un mentor, de compenser ses impuissances et de se rapprocher très fort de sa cible) sous la vertueuse prétention à jouer le tuteur. L’ado vicieux à face angélique et à l’imaginaire sadique m’en rappelle confusément d’autres – thrillers teen, We need to talk, variations sur les thèmes de Bel-Ami. Il utilise son monde, se colle à un prof aigri et un camarade falot, tous les deux dans l’attente sans le pouvoir de réclamer. Le traitement des proches en personnages de fiction et l’interpénétration sont stimulantes pour les manipulateurs comme pour les spectateurs (les personnages restent longtemps à ré-évaluer). Les deux aspirants écrivains se dopent à l’imagination pour entrer par effraction dans la réalité et la maîtriser. Le résultat est plus agréable que véritablement concluant, comme souvent chez Ozon ; l’issue sera décevante. Bien qu’effectivement c’est la plus sinon la seule soutenable, elle est un peu grossière et réductrice concernant les jeux dramaturgiques. Casting excellent, le couple prof/galeriste sonne vieux semi-socialistes devenus réacs à temps complet. (68)

Some Freaks *** (USA 2017) : Point de vue honnête et empathique sur des pas beaux donc marginaux. La fille est la plus digne et intéressante du trio, elle m’est devenue spécialement sympathique après que sa défensive et ses phrases théâtrales m’aient gavé. Blasé et cynique concernant les humains et notamment son exemplaire le plus ‘libre’ [de croire en sa force] donc cruel, la jeunesse. (74)

Effraction ** (USA 2012) : Mise en scène positivement lourde pour cette sorte de double-épisode de série policière pour la télé, en plus libre et coloré. Généreux en rebondissements avec une tendance à titiller l’invraisemblance. C’est une façon de compenser le peu de progressions voire de véritables événements – la violence concrétisée est rare, les preneurs d’otage sont finalement trop [durablement] inhibés pour que le film soit crédible – d’où des répertoires limités pour les acteurs (heureusement les Nico sont attachants et excellents dans l’absolu). Les flashback censés nous plonger dans le doute concernant la volonté et les liens de deux personnages sont trop kitsch. (54)

Greystoke **** (UK 1984) : Un gros défi relevé du mieux possible : l’accommodement avec les animaux est remarquable. Lambert paraît tout de suite plus crédible et intéressant si on le voit commencer sa carrière ici – je vivais inconscient ! Jane est probablement trop en retrait par rapport à ce qu’on pourrait espérer, mais cet affichage modeste n’est pas aberrant (les pesanteurs culturelles s’ajoutent aux barrières plus primaires). La descente du vieux dans l’escalier est d’une débilité épique (avec un goût de Fanny et Alexandre) et abouti à une des morts les plus joyeusement consternantes du cinéma, près de celle du spécialiste dans World War Z. (78)

Embrasse-moi vampire *** (1988) : Original et excentrique avec des séquences magiques et la source préhistorique de l’usine à même>département Nicolas Cage. Engage une approche humble, passionnée et pertinente de la folie. Le ‘nanar’ est proche, je ne sais trop à quel point ; évidemment les pitreries du pseudo-vampire semblent en relever et l’indifférence du film aux bornes et à un scénario bien ‘fixe’ l’amène dans les contrées incertaines ; le ridicule en est décuplé. Cette tentative sans psychologie, pièces rapportées ni grosses pudeurs et craintes pour le prestige ou la crédibilité est excellente car elle nous rapproche du réel et de la subjectivité d’un individu loin de la terre ferme. (76)

Douce nuit sanglante nuit *** (1984) : Rend son tueur attachant et pathétique en montrant les deux traumatismes de son enfance. Peut-être un ‘nanar’ et sûrement un slasher réussi. De l’horreur parfaitement premier degré, sérieuse et décontractée, permissive comme sa catégorie ‘bisse’ l’y dispose. La violence graphique reste modérée, trois effeuillages sont à relever. Les diverses figures d’autorité et les adultes apparaissent non-fiables et diversement pervers ou stupides. (72)

La vérité de Bébé Donge **** (France 1952) : Couple Gabin-Darrieux. Pas spécialement engageant au départ mais captivant à partir de la concrétisation de leur relation. Sobre et mordant. À ce stade je vais devoir tenir Henri Decoin pour une valeur sûre (j’ai peut-être eu tort de retenir ma note sur Les amoureux sont seuls au monde). (78)

Boyz’n the Hood, la loi de la rue ** (USA 1991) : Casting 100% noir avec de futures têtes bien connues (Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et Angela Bassett) et le rappeur Ice Cube (vu dans 22 jump street et Ghosts of Mars). Curieusement compte tenu de son statut ‘culte’, c’est un exemplaire du cinéma conventionnel de l’époque – musiques, mouvements de caméra, enchaînements sont joyeusement datés. Gentiment pertinent, aucunement délirant ou hargneux, pas mal chialeux. Une séance cool et grossièrement mélo. (48)

La piste des éléphants ** (USA 1953) : Scénario soigné mais finalement pointant pas grand chose. Taylor et l’exotisme souvent artificiel des décors sont les vrais arguments. (48)

La planète blanche *** (France 2006) : Bande-son curieuse et souvent déplaisante, parfois d’une originalité relativement raccord (notamment sous l’eau, par exemple avec les bélugas). Il faut reconnaître un certain culot à balancer du Bjork dans un film pour la famille et les enfants. Sujets magnifiques et quelques plans excellents. Commentaires pas fortiches et heureusement rares, mais à quoi bon ces tentatives de créer du suspense et d’instrumentaliser si c’est pour s’arrêter toujours si vite ! Autrement dit pourquoi prendre un pouce de La Marche de l’empereur – autant tout laisser de côté. Sur le plan documentaire les propos sont un peu stériles. (64)

Les Lois de l’hospitalité / Our Hospitality ** (USA 1923) : Muet avec Buster Keaton et second long où il est (co-)crédité à la réalisation (après The Three Ages). Commence dans la tristesse voire l’effroi. Carré et fluide sinon, capable de toucher sans trop ébranler, à défaut d’employer en profondeur des ressorts ‘universels et transgénérationnels’. Joliment restauré. (62)

Between Worlds ** (USA 2018) : Réjouissant ! Cage à son apogée post-respectabilité : en slip, en T-shirt crocodile (l’acteur est fan de reptiles, d’où probablement leur présence dans Bad Lieutenant NO). Devient direct un de mes ‘nanars’ préférés. Au sommet avec trois autres : Les Gaous, Kill for Love, T’aime. Le premier produit hors de l’Hexagone ! (62)

Le Livre d’image ** (Suisse 2018) : Reste aberrant mais, quand on connaît le Godard récent, c’est facilement regardable, quoique plus haché qu’Adieu au langage et Film Socialisme, vu qu’on se rapproche de l’ambition de Fast Film. On redécouvre éventuellement et sans fards le gauchisme de Godard, qui s’attarde chez les arabes jusqu’à déclarer qu’il sera « toujours du côté des bombes ». (38)

Le Livre de la jungle *** (France 1967) : En-dehors de l’air principal, les musiques ne me resteront pas, bien que je les ai appréciées. Aucun personnage ne me marque ou me plaît suffisamment, contrairement à Robin des Bois vu il y a cinq mois. (72)

Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame ** (USA 1939) : Visuellement irréprochable et techniquement sophistiqué. Quelques horreurs [principalement] grâce au ‘freaks’ porté par Charles Laughton. Personnages et axes narratifs globalement statiques, les interprétations s’en ressentent. Cela fait de beaux tableaux et une séance à la fois remarquablement ‘facile’ pour un film de 80 ans, en même temps pas forcément passionnante. Claude Frollo est un homme de l’establishment fanatique, sombre et engourdi. Son frère est aussi un homme de pouvoir et d’Église – je n’ai pas lu le livre mais dans Notre-Dame de Paris de Delannoy (1956) il n’a aucune importance. Louis XI est un vieux débonnaire et un roi libéral, encourage les progrès techniques et sociaux – mais il n’est pas nécessairement pro-actif, compose avec les superstitions (s’en remet au hasard lors du procès) et paraît presque niais face à l’adversité. (62)

Drôle de frimousse *** (USA 1957) : Lent. J’ai aimé mais sans accrocher comme devant Charade ou Chantons sous la pluie. (66)

Les Triplettes de Belleville **** (France 2003) : Animation soigneusement déglinguée avec un goût pour le grotesque et la sublimation de l’hideux. La toute dernière minute est décevante et la musique de générique écœurante. D’ailleurs l’album reprenant la bande-originale est pollué par les passages chantés. (80)

Summer of 84 *** (USA 2018) : Réalisé à la façon d’une grosse pointure américaine des années 1980, évoque Body Double et Stand by Me. Dégage un réel charme nostalgique qui a autant à voir avec la jeunesse, le franchissement des interdits, le maintien de craintes vaguement ‘magiques’ et bien charnelles. De lourds clichés répondent présent et le récit a tendance à flatter les fantasmes du protagoniste, avec la grande fille complaisante à son égard, presque centrée sur lui ou du moins sa réalité. La musique est parfaitement raccord : sur-appuyée à l’occasion pour des effets éculés mais sentant bizarrement le frais. Puis ce film flirte sérieusement avec le registre horrifique et se distingue in fine des Stranger Things et Super 8, en se montrant peu mélo et pas trop gâteux. Un point négatif : l’ouverture et la fermeture sont d’un ringard et d’une ‘coolitude’ standard un peu trop plombants. (68)

Battleship Island *** (Corée du Sud 2018) : Opte avec succès pour un registre épique ; efficace même si je ne fais pas partie des publics pour qui ce sera mémorable. À voir si vous avez aimé Dunkerque ou Pandémie. (68)

Moi, Tonya *** (USA 2018) : Empathique mais sans complaisance ni intrusions vicieuses ou oiseuses (beaucoup de parties, notamment l’amitié entre Tonya et Nancy, sont quasiment invisibles). J’ai aimé que ce ne soit pas engagé ni manichéen ; ce film est comme l’avocat de Tonya en ‘off’. On voit les responsabilités, les pièges, les ornières de la championne ; son entourage la rattrape et saccage sa vie jusqu’au-bout. Sa mère indigne en premier lieu – celle qui trouve enfin la force de la féliciter quand le monde aussi l’a cassée pour de bon. Je regrette seulement quelques manières laides parmi la série d’effets brisant le quatrième mur et/ou simulant le reportage – notamment cette intro qui a failli me faire fuir. Recommandé à ceux qui ont apprécié Dallas Buyers Club pour l’immersion réaliste bien que toujours sensationnelle chez les rednecks. (74)

Upgrade *** (Australie 2018) : Ne m’évoque pas tant Black Mirror que la SF américaine des années 1990 (comme Stranger Days ou plusieurs rôles fracassants de Schwarzenegger). Aussi un cousin pas du tout intimiste de Realive. Bon film d’action, avec quelques détails flottants dans le scénario justifiés in extremis. A des chances de rejoindre le club des films du genre qu’on retiendra de la décennie, avec Looper et Ex Machina, mais plane clairement moins haut. (68)

L’autre côté de l’espoir * (Finlande 2017) : Le cinéma placide, léger et lourdement engagé, d’aspiration poétique, de Kaurismaki. Il ne semble jamais assumer sa tentation du burlesque mutique, reste lunaire. Tout en silence et personnages flegmatiques. Plus vieillot et délavé que d’habitude, ce qui commence à placer haut le curseur. Les autorités finlandaises sont froides et prudentes ou indifférentes – elles n’ont pas la méchanceté compulsive des françaises dans Le Havre. Les seuls méchants agissant ouvertement comme tels sont les videurs ou skinheads, à la présence marginale. Plusieurs bizarreries d’enfant-citoyen curieux du monde, comme le troupeau d’asiatiques lors de la conversion ‘sushi’ du restaurant (car c’est présumé à la mode, donc pas à cause d’une forte présence ethnique). Je le range dans le dernier tiers du réalisateur ; c’est peut-être l’opus le plus lent et soporifique, heureusement plus tonique à partir de l’embauche (donc pour à peine quarante minutes). (28)

La ballade de Buster Scruggs ** (USA 2018) : Démarrage à l’enthousiasme contagieux. Finalement plus de gueule et de compétences que d’histoires à raconter. Notes des six segments : 7, 6.5, 6.5, 6.5, 7, 5.5. (66)

L’homme au pistolet d’or *** (UK 1974) : Dernier des quatre signés Hamilton ; son premier, Goldfinger, est mon James Bond préféré à ce jour (devant les deux premiers et Sa Majesté). Celui-ci (où je découvre Roger Moore) le rejoint quasiment grâce à tous ses atouts criards ou exotiques et ses nombreux aspects pittoresques. À force de flirter avec la gaudriole et le nanar de luxe le film touche aussi ses limites – les scènes de bagarre avec les chinois sont trop longues. Déconseillé aux femmes. (58)

L’impossible monsieur Bébé ** (USA 1938) : Loin de m’avoir ennuyé comme La dame du vendredi. Bien que certains de ses élans restent désuets, infantiles et surfaits (Hepburn jouant la fille de la rue à la fin), c’est à peine gênant. (58)

Les galettes de Pont-Aven *** (France 1975) : Un road-movie franchouille et un sinon le film emblématique avec Marielle en macho volage. Excessif et ridicule mais pas nécessairement irréaliste. (68)

L’innocent *** (Italie 1976) : J’ai été peu réceptif à ce dernier film, sorte de résumé tragique et régressif de l’œuvre de Visconti. La nostalgie s’y fait amère, se démystifie, comme la et les valeurs du monde aristocratique dont vient le réalisateur. Acteurs excellents bien qu’ils aient offert le principal angle d’attaque des critiques à l’époque et malgré leur provenance ‘populeuse’. (58)

Vilaine * (France 2008) : Une gentille comédie pas spontanée et totalement rabougrie dans sa seconde partie. Marilou Berri et deux des trois fées sont correctes, le reste du casting à la ramasse ou enfermé dans d’inévitables surjeux. (34)

Hamlet *** (Allemagne 1921) : Adaptation pour le moins ‘libre’ car Hamlet est une femme et les personnages sont et agissent différemment, peuvent être plus engagés ou malveillants. Relativement facile à voir aujourd’hui. Les interprétations ne sont pas loufoques ou exagérément expressives bien que nous soyons encore dans le muet. La performance d’Asta Nielsen (actrice suédoise célèbre à l’époque) vaut mieux que le scénario, léger mais pas fin. Les adeptes du trouble dans le genre pourront y trouver une belle ambition. La séance est censée durer 2h11 mais les copies visibles semblent toujours amputée de 20 minutes. En introduction, un texte récapitulant les points de vue de grands penseurs et auteurs sur la pièce et le personnage crées par Shakespeare. (66)

3h10 pour Yuma *** (USA 1957) : Western atypique puisqu’on y trouve du positif et des libertés inimaginables chez John Wayne (sur les relations hommes-femmes, entre le camp des gentils et des hors-la-loi). Un ‘héros’ simple et en difficulté subjugué par un chef de gang de passage (Glenn Ford, le poison dans Gilda) – trop roublard et en même temps trop offrant. Mise en scène très soignée, peu d’artifices. Seconde adaptation (connue) d’Elmore Leonard, qui signera plus tard directement le scénario de Joe Kidd et a donné les bases de Jackie Brown et Hors d’atteinte. (68)

Un pont trop loin *** (USA 1977) : Film à gros budget et énorme casting (De Niro et Steve McQueen ont refusé un rôle – et Aldrich la réalisation). Porte à l’écran l’opération ‘Market Garden’, une offensive britannique (aux Pays-Bas en septembre 1944) qui s’est soldée par un échec face au Reich. Au lancement des opérations montre doucement le cynisme des généraux ; vers 1h35 une séquence où le sergent Dohun [James Caan] menace un médecin en pleine bataille pour examiner un capitaine apparemment mort qu’il vient de ramener d’une zone où le camp Allié s’est fait atomiser. Grosse ampleur et mise en scène moins inspirée pour les espaces confinés ou intérieurs. Un peu long avec ses 2h50. Plusieurs éléments du casting sont finalement peu exploités et je ne comprend pas pourquoi Redford a décroché plus d’un million pour de telles apparitions éclairs et non décisives. L’ensemble est plus proche de Dunkerque que ne l’est Week-end à Zudycoote. (66)

Wolfskinder / Les enfants-loups ** (Allemagne 2014) : Synopsis, démarrage et contexte prometteurs. Un peu mou quand même ; peut-être trop fixé sur la fratrie et ses retrouvailles ; peut-être que je n’étais pas le public idéal. Le titre n’est pas une référence poétique mais la citation directe d’un sinistre phénomène à l’est de la Prusse-Orientale. (56)

Films apparentés : Les Évadés/Téchiné, Le bois lacté, Le mur invisible.

Aileen : life and death of a serial killer *** (USA 2003) : Documentaire sur celle dont la vie et l’œuvre servent de base au film Monster. Broomfield est assez complaisant envers cette multi-damnée fascinante – repoussante et pathétique. Loin d’être exhaustif mais aussi significatif que possible dans la poignée d’entrevues et de vidéos qu’il nous rapporte. Par sa face Aileen a parfois des côtés Dumberette, mais elle tient une couche mystique comme en atteste cette fascinante prémonition : l’Irak envahissant les USA en l’an 2019 – dommage ! (68)

La bataille d’Angleterre *** (UK 1969) : Vaut surtout pour son esprit et pour les scènes d’action (aviation). Plus court et ‘lié’ qu’Un pont trop loin, mais c’est aussi la vertu d’un scénario plus humble. Excellente bande originale. (68)

Gloria ** (USA 1980) : Une réalisation plus conventionnelle de la part de Cassavetes. La vraisemblance n’est pas la priorité, de même que la richesse et la bonne tenue du scénario ; si les mafieux laissent à ce point filer Gloria tout en sachant la localiser, c’est qu’il faut servir la volonté du film de bâtir une femme forte (entre autres messages explicites – le machisme inculqué à l’enfant mâle étant pas mal surligné aussi). Les quelques faux raccords ou étrangetés s’amalgament avec cet ‘oubli’ des réalités. Séance agréable dans tous les cas. Les décors et les deux protagonistes sont joliment filmés. (58)

Autres films de Cassavetes : Shadows, Faces, Minnie et Moskowitz, Meurtre d’un bookmaker chinois, Une femme sous influence, Opening Nights.

Pauvres millionnaires * (Italie 1959) : Comédie parfois burlesque de mongolos bien éduqués ou d’humbles de bonne foi, aux âmes guillerettes et puériles, aux préoccupations triviales – puis sentimentales. Avant cette évolution, le truc de l’amnésie ne donne lieu qu’à des situations criardes et paresseuses. Certains gags sont d’une nullité qui donne envie de mourir passé sept ans. Les personnages sont trop gentillets et insipides, le scénario et les agissements de même, la mise en scène est pour le moins minimaliste et souvent relève du théâtre ‘effervescent’ et certains acteurs, notamment masculins, jouent les retardés modérés d’une manière plus convaincante que dans Dumb et Dumber (Salvatore a un air de crétin bien au-delà du nécessaire et du raisonnable). Impossible de s’y intéresser, sauf si on est client du genre, si on a une connexion spéciale (une nostalgie ou une culture adaptée). Heureusement il y a la musique – de quoi entrer un peu dans l’ambiance – par un orteil peut-être. Et surtout le dernier tiers, avec le réengagement du couple, devient regardable ! La sortie du délire, avec la résolution indigne de la pire parodie hypothétique de Mars Attacks ou d’un épisode de Bean, dope aussi l’attention : bien sûr il ne servait à rien de se réveiller car pour se tirer d’un tel niveau de niaiserie on replonge simplement dans la logorrhée insignifiante et les farces de cour de récré. Je commence aussi mal la filmo de Dino Risi que j’avais entamé celle de Kaurismaki (avec Le Havre). (24)

In Dreams / Prémonitions *** (USA 1999) : J’ai apprécié le plan et son exécution ; le scénario n’est pas épais mais il est juste. Bande-son excellente. Décors/photos : un style particulier et d’époque, dont je suis client. Les délires des vingt dernières minutes et surtout leur géniteur peuvent laisser dubitatif : il ne faut pas être allergique au grotesque. Christian Rea pas à son meilleur, desservi par son personnage superficiel en plus d’avoir le ‘mauvais rôle’. (68ou72) schizophrénie, maternité,

Films apparentés : Le témoin du mal, Dogville, Le silence des agneaux, Jigsaw, Chucky, Blue Velvet.

Meurtres sous contrôle ** (USA 1976) : Original en mode nanar ambitieux, convaincu par son cahier des charges mais sans foi authentique. À la fois saoulant (presque ennuyant quand démarre l’enquête) et valant le coup-d’œil pour sa bizarrerie et son culot. Le contexte de production manifestement légèrement cheap n’empêche pas une bonne mise en scène – moins pour les scènes de rue et en admettant de courts passages plus confus (l’escalier dans la pénombre, illisible). Très inégal au niveau des interprètes ; petit côté cronenbergien à la fin ; musique perce-tympans. (58)

Films apparentés : Visiteurs extraterrestres, Panics, Tarentula.

Bellissima * (Italie 1951) : Troisième fiction de Visconti qui par ses gueules, ses sujets et ses manières ressemble à d’autres de cette époque (celle du néoréalisme et du développement des affinités avec les américains) et peu à Rocco (sans parler du Guépard et de l’après). Les postures sont respectables mais la séance est imbuvable, à cause de cette femme qui n’en finit pas de brailler – l’environnement a pu l’y prédisposer mais elle est facilement la championne. Tous les autres personnages, même récurrents ou hystériques, restent à l’état de figurants. (42)

Gambit / Un hold-up extraordinaire ** (USA 1966) : On a d’abord droit à vingt minutes où tout est fluide et élégant, la fille mutique et appliquée (d’une inertie presque surnaturelle) ; à la fin, quand vient le moment de lui remettre les 5.000 et alors qu’elle passe à côté d’un grand destin, on se dit pour de bon ‘dommage’ : or c’est maintenant que le film commence. Succession d’accroches au lancement du plan, puis tangente dès la rencontre avec Shahbandar. En-dehors de ce trio remarquable et de l’excellent tour du départ, pas grand chose à signaler. A eu son remake avec Cameron Diaz en 2013. (52)

Alibi.com ** (France 2017) : Comédie chargée en gras avec quelques gros morceaux (comme le gode avec belle-maman, la branlette de l’ami de famille). Interprétations parfois médiocres et accumulation d’incohérences ou incongruités, au-delà de la grosse farce nécessairement peu crédible. Quelques passages ringards en musique (en plus l’âge des titres est raccord) – mais cette ringardise pourrait être courante dans le genre, je ne suis pas assez connaisseur. Didier Bourdon (après Madame Irma et son rôle ‘sombre’ dans une fiction télé) s’actualise avec un tel film, Nathalie Baye semble davantage en terre inconnu – la scène de la salle de bains est d’une bassesse dans laquelle elle a rarement dû tremper. Enfin le postulat renvoie à un genre d’idées bête mais excellentes, qu’il va devenir urgent d’aborder, au sérieux comme pour assaisonner nos bouffonneries de masse. (36)

Saint Jack / Jack le magnifique *** (USA 1979) : Un joli film sur la corruption avec une bonne bande-son. Ressemble à du Cassavetes en mieux foutu et surtout plus aimable – peut-être car je me sens moins étranger à Gazzara ici que chez lui. Ne pas s’attendre à beaucoup d’intensité ou d’événements, seulement aux déambulations et petites affaires d’un type sans destin qui a su amortir sa perdition – je suis sceptique concernant le ‘Saint Jack’ car en quoi serait-il déchu ou plus noble qu’un autre ? Signé Bogdanovich, de retour sous le chapeautage du producteur Roger Corman (dans la maison ‘New World Pictures’), après des échecs commerciaux. (64)

Nevada Smith ** (USA 1966) : Un western qui a de la gueule et des interprètes convaincants, son lot de rocambolesque, mais aussi un ton foncièrement enfantin malgré les multiples meurtres. Paresseux pour assurer la crédibilité de ses bons sentiments et de son humanisme pratique ; le soit-disant mixage génétique n’est pas évident contrairement à ce qu’on y prétend (ni le côté jeune premier du protagoniste). Steve MacQueen campe un bon héros pour le public américain, pour bien d’autres et pour celui bercé par l’idéologie de Victor Hugo : pauvre analphabète braquant une banque par nécessité, impliqué dans des rixes, mais bien entendu avec bon cœur donc pas si coupable. Musique niaiseuse à souhait. (52)

Main basse sur la ville ** (Italie 1963) : Cynique et transparent dans sa dénonciation de la pourriture politique et de la pourriture mêlée à la politique. De bonnes illustrations des palabres et petites plaisanteries ou hypocrisies publiques des professionnels du milieu. Le tout sans recourir à la violence physique et aux grosses démonstrations mafieuses ; urbanité oblige. Les notables et même les religieux sont là pour aseptiser et valider le ‘projet’ devant les yeux de la foule. Malheureusement c’est bavard et à l’occasion lourdement démonstratif ou pédagogique sans avoir beaucoup à présenter – ne serait-ce qu’en anecdotes. Et ça croit en la gauche ou du moins en l’authenticité de son champion et de son discours au Parlement (comme dans Le président avec Gabin pour les populistes-réacs), quand chez les autres un type est prêt à compromettre son fils pour se sauver. Quoiqu’il en soit la gauche est exclue de l’accord de ce panier de crabes-ci où s’associent droite et centre [ces trois termes sont ceux des sous-titres]. (62)

Alexandre le bienheureux ** (France 1968) : Une comédie bucolique simplette avec un humour redondant, comme l’ensemble des réalisations dans son registre ; mais pas spécialement criant sur ce terrain et contient un lot décent de petits conflits. Plusieurs allusions graveleuses.

Ce n’est pas tant l’attitude d’Alexandre que la vie rurale qui paraît ‘facile’ et simple. Sa paresse exagérée fait partie des éléments dignes d’une fable ou une BD. Sa préférence constante pour une existence amorphe ressemble bien à un gâchis : il est fort physiquement, il a des terres, du matériel et un savoir-faire à portée de mains – et sans autres obstacles que la volonté. La résistance passive-agressive (à son maximum quand il suit bêtement les consignes de sa femme pour noyer l’outil de travail) se comprendrait mieux pour un salarié abruti, dépossédé et/ou limité, dans un cadre plus moisi, urbain, hiérarchique, complexe ou bureaucratique.

Cette façon d’être a tout de même une valeur – petite : celle qu’on peut accorder à un anarchisme/hédonisme doux et spontanément mis en œuvre. Sans être un activiste ou un convaincu, ce bienheureux est insoumis et anticonformiste. Il ne se laisse pas bouffer par l’environnement, sa morale, ses institutions ; l’embourgeoisement et le mariage s’avèrent une menace et comme d’habitude il sait y échapper. Tout ça ne se produirait pas si notre oisif n’était pas un propriétaire paysan – en train de probablement laisser pourrir son héritage, mais le film s’arrête bien avant que la situation soit critique ou compromettante pour lui. Ses démonstrations de générosité vireront-elles à l’exhaustif ? (56)

Mr.Holmes *** (UK 2015) : Un récit calme et sentimental sur la vieillesse, la douleur de l’attachement, le détachement raisonnable. Adaptation du roman Les abeilles de monsieur Holmes, un meilleur titre ; la mise en scène est classique mais le film pas si dérisoire. Déconseillé tout de même aux allergiques aux téléfilms sur grand-écran. Moins flamboyant que les autres versions certainement, moins lourd aussi sûrement. Sherlock sans son chapeau n’est pas un homme à femmes – il est gentleman bien après son rôle d’intellectuel. Tourné par un réalisateur auquel on a auparavant confié Twilight 3 et 4, Bill Condon. (68)

L’avocat de la terreur ** (F 2007) : Malheureusement c’est un documentaire générique, croulant sous les témoignages, certains de gens peu impliqués ou de journalistes. Il est pédagogique avec ses petites indications colorées ; mais pas très bien conçu, en donnant une part démesurée au dossier Carlos et aux terroristes gauchistes. Ce n’est même pas un portrait (ni une biographie) du clown passablement diabolique. Les spectateurs contemporains aux affaires apprendront peu sinon rien. Ce qui s’est produit chez les Khmers rouges et dans d’autres périodes louches : nous n’en sauront rien, sauf l’avis des autres. Quelques archives laconiques et des démonstrations en louvoiement de toute beauté par l’avocat bouchent les trous. (62)

Rosita ** (USA 1923) : Une comédie romantique dans un contexte historique, avec le roi d’Espagne épris d’une chanteuse de rue. Son petit amant est désargenté mais quand même aristocrate – le politiquement ‘libertaire’ superficiel est possible mais la bluette pour jeune princesse candide sort indemne. Propre et sans grand intérêt, aurait probablement gagné en allant sur le terrain de la fable, où sa mièvrerie aurait pu se répandre sans complexe. À la place on sent plutôt l’origine théâtrale (la source est une pièce française de Frédérick Lemaître). Le personnage de Mary Pickford est gamin, d’une vulgarité bien savonnée pour la rendre aimable au salon. Pour le reste, le casting compte des gueules communes mais flasques ou satisfaites dignes de bouffonneries italiennes des années 1960-80 ; comme les moches et les pauvres n’ont pas l’air trop indignes ou malheureux, la médiocrité des interactions a une saveur ‘moderne’. Le scénario et surtout sa résolution imposent cette même niaiserie égalitaire – il n’y a même pas d’hypocrisie là-dedans. Réalisé par Lubitsch (encore allemand) à son arrivée aux États-Unis. (46)

Much Loved ** (Maroc 2015) : Assez pauvre dès qu’on met de côté le contexte de production et se préoccupe de scénario, mais convaincant notamment grâce aux acteurs. Proche du reportage plutôt que du documentaire ; prend la vie telle qu’elle vient maintenant (pas de passé ou de psychologie) – en fait un catalogue, d’où l’aspect forcé et exhaustif. Je n’aurais pas deviné que le réalisateur est le même que pour Les chevaux de Dieu. Analogue à Divines sans partager sa douce beauferie bling-bling ; vue plus placide de la ‘liberté’ et des im/possibilités. Les gentils et les progressiste voyant en ces filles des ‘femmes fortes’ ont besoin de sortir de l’hypocrisie, du déni ou de la soumission aux femmes/à leur idée des femmes. Ces putes ont probablement une meilleure vie que leurs mères et surtout une vie plus rentable, mais ce n’est pas encore suffisant pour leur tailler un caractère spécialement fort ou indépendant, ni des personnalités de conquérantes ; ce sont des professionnelles dans un domaine embarrassant pour la société. (48)

Madame Sans-Gêne ** (France 1961) : Un brave divertissement ; assez difficile de s’y laisser prendre au départ. Il se traîne de nombreux défauts inhérents à sa légèreté. L’interprète de Lefebvre (Robert Hossein !) ne se foule pas pour jouer ce ‘bon bougre’. Sophia Loren est une ex-prolo au teint parfait : on patauge en pleine caricature de dérive fictionnelle et mieux vaut tolérer l’extravagance, y compris historique. La fille du peuple finira par tutoyer, comme au temps où il n’était pas grand chose, l’empereur Napoléon ; dommage que tout s’arrête alors. Ce film ne vaut peut-être pas grand chose mais il est assez curieux, amusant et racoleur pour surnager. (56)

Christophe Colomb * (UK 1949) : Une vision méchamment biaisée et consciencieusement niaiseuse du cas Colomb. Le film est pompeux avec, pour défendre le projet de Colomb, une pédagogie lourdingue (comme d’habitude) et bas-du-front digne d’un produit destiné aux écoles primaires. Le développement a sa part de réalisme : dans un premier temps, les intérêts, les questions de statut, de placement de soi et de son argent s’opposent à la détermination du navigateur ; plus tard c’est l’équipage sceptique prêt à la mutinerie. Mais ce film ne met l’accent sur des aspects cyniques (et les motivations essentiellement financières à la cour) de l’environnement que pour mieux mythifier son sujet. Le débarquement à San Salvador est un gag involontaire imaginable seulement dans une satire aujourd’hui ; les autochtones viennent se soumettre avec candeur puis se laissent gentiment réformer, diriger et déguiser. C’est la belle harmonie et le multiculturalisme à une voie : du colonialisme pour ravis de la crèche. Le pacifisme catho s’oppose à la logique du commerce ou de la guerre, aux préoccupations triviales et égocentriques des petits (marins) comme des nantis : il est en mouvement pour convertir, donc certainement pour sauver et protéger. Le gros interprète de Francisco de Bobadilla tient tous les mauvais rôles du réac cynique défendant sa bourse et l’ordre établi, d’ignare satisfait et impatient, d’orgueilleux vivant sur de vieilles gloires qui moralement ne devraient pas en être. À la fin, Colomb lésé par les seigneurs, les ‘bureaucrates’ etc, malgré l’amitié de la reine (une noble sentimentale raccord avec son idéalisme) ; vieux et rabougri, il sort en prétendant qu’on se souviendra de lui pendant ces siècles contrairement à ces idiots. Le visionnaire sort de scène, « Fin ». (38)

Téléfilm> Sharknado * (USA 2013) : Le pilier du courant des nanars volontaires avec requins exploités dans toutes les positions. Du cinéma bourré de compétition diffusé sur Syfy puis projeté dans quelques salles à cause d’une demande euphorisée. Ce qui m’a le plus marqué est son sens des proportions aberrants, ainsi que le quasi surplace d’un plan à l’autre lors de fuites. La réactivité régulièrement décalée, les actions incohérentes et les enchaînements aberrants sont légion. Les faux raccords sont constants et on a droit à une avalanche de trucs clichés : le vieux trauma de la fille déjà liée au sujet, les scènes sentimentales et familiales ‘obligées’. Même si je n’en suis pas fan, c’est du lourd et sûrement plus ‘pertinent’ dans son registre que la plupart des concurrents, car cet opus ne suggère pas. Il donne de quoi rire. Ce n’était peut-être pas une raison d’en tirer une si longue saga (avec des suites et déclinaisons). Le requin à cinq têtes est moins débile et moins fourni en bouffonneries mais j’avais autant aimé. (28)

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Autres Mini-critiques : 10, 9, 8, 7654321 + Mubi 4, 3, 21 + Courts 3, 2, 1 + Mubi courts 2, 1

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CAPTIVE STATE **

14 Juil

2sur5  La représentation d’une résistance pas spécialement cinématographique à un ordre inique permet à Captive State d’hameçonner le chaland en attente de projections réalistes plutôt qu’héroïques. Grâce à ce seul élément la séance paraît bizarrement décalée au départ malgré la trivialité de l’univers dépeint. C’est un monde désespérant où le pouvoir ne laisse pas grand chose et où seul le pire est envisageable – même si on en connaît pas les noms ni les nuances. Ce sera tout le problème : heureux les indifférents, ils ne perdront pas leur temps à espérer un sérieux développement.

La mise en contexte est fluette, le passé tient en deux lignes, le présent est fait de grands mots. Les acteurs sont irréprochables, leurs attitudes et agissements vraisemblables, leurs personnages évanescents ; après qu’ils se soient maximalement exposés, il n’y a déjà plus que des sorties à guetter. La seule apparition un peu mémorable est celle de John Goodman car il est désenflé, à contre-emploi. Le réalisateur revendique l’inspiration de Melville et de La bataille d’Alger et de telles références soulignent la vocation atypique de son film, mais le niveau d’exclusion de ses pions est une caricature de ces derniers. Même si le mode choral ne doit être qu’un moyen il ne peut pas arriver à l’écran si décharné, avec une intrigue et des démonstrations déjà diffuses (mais pas confuses).

La mise en scène par le biais des mouchards et caméra de surveillance, la capacité à aligner de la belle image régulièrement, participent au relatif crédit de l’ouvrage. Avec cette ambiance il arrive tout juste à la moyenne. Captive State ressemble à un milieu de film ou de série tout le long – ou une moitié de film incluant un milieu et la synthèse du début. On voit du grabuge mais laconiquement et plus souvent il nous est suggéré. À partir de la séquence du stade Captive State perd de son intérêt. Manifestement il n’est pas doté de l’envie ou des moyens de décoller en terme de scénario comme de spectacle ; d’en indiquer le dessein, oui tout de même. Ça ne fait que renforcer la sensation de gâchis léger.

Pourtant il évite les lourdeurs et les niaiseries rapportées tellement servies ailleurs. C’est davantage un film de niche, quelconque et superficiel alors qu’il souhaitait secouer son genre, lui donner une face plus grave, humaine et secrètement optimiste. Comme série B divertissante et résonnante, il est trop anecdotique ; préférez Upgrade. Comme film engagé passablement abstrait il s’efface d’emblée derrière Premier contact ou Daybreakers. Quant à la réforme du genre tout en absorbant les codes, District 9 et le reste de Blomkamp est mieux qualifié – cette originalité du ton étant son plus grand mérite.

Note globale 48

Page IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Annihilation + Ready Player One

Les+

  • tente d’améliorer le genre en le sortant du gadget et de la course à l’épate
  • mise en scène propre avec quelques détails et visuels soignés
  • divertissement potable

Les-

  • forme ‘chorale’ rabougrie malgré des acteurs convaincants
  • méchante chute de tension dans la dernière ligne droite alors qu’elle était déjà basse
  • effectivement commun et quelconque malgré ses ambitions

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