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L’HOMOSEXUALITÉ EN VÉRITÉ (Philippe Arino) **

27 Fév

2sur5 L‘hypocrisie et l’orgueil catho et homo mêlés : amusant et captivant, puis glauque et accablant. Arino a le mérite de rabrouer les injonctions-explications du présent, d’avancer des observations et des récits pertinents sur l’origine et le vécu de l’homosexualité. Ses généralisations sans partage lui font perdre en crédibilité, sa manie de reprendre le vrai à son compte est regrettable – par exemple l’attachement à la souffrance, qui serait omniprésente puis surtout fondatrice chez les individus de son espèce (s’y rattache l’identification à la femme violée). Comme les autres thématiques monumentales (et comme l’ensemble des échecs et travers narcissiques débouchant sur la haine de soi, l’aspiration à la réification), celle-ci est aspirée dans la perspective exclusive de l’homosexualité – et du psycho-sexuel, comme en psychanalyse.

L’ennemi ultime et contemporain est la « bisexualité psychique » avec son rouleau-compresseur des sexualités et manières d’être. Hétéros et homos sont jumeaux nous annonce l’auteur, juste après avoir étayé sur l’obsession du « désir fusionnel de division » [constant chez les gens atteints du virus tragique mais sublime de l’homosexualité, donc]. L’idée est étayée : dans les recherches et théories psychologiques du XIXe, ils étaient les deux versants du bisexuel, avant d’être séparés pendant que ces termes techniques se répandaient dans le langage commun. Arino reproche à la « société bisexuelle hédoniste » son homophobie ‘refoulée’ mais ‘positive et optimiste’. Elle passerait sous silence les rudes vérités de l’homosexualité (violences, amours instables et faux, solitude, cassures à tous les étages), pour mieux aseptiser les mœurs et laisser in fine les homosexuels à leurs malheurs ; lui au contraire garde les vieilles catégories homosexuelles tout en les dénigrant, mais avec compassion. Voilà deux monstres aux antipodes mais sur la même corde : aliénation et répression – chacun dans l’hypocrisie souriante, l’un négligeant l’âme et l’autre non.

Même si Arino en bonne ouaille prophétique ou bolcho typique pratique l’inversion [accusatoire], il marque des points contre ces cibles externes – malheureusement en manquant de précision [pénétration] et en invalidant (ou compensant) ses propos par d’autres. Car à le suivre il n’y a pas de diversité authentique dans les vocations sexuelles – l’homosexualité serait la pente fatale de l’espèce (à considérer dans un sens moral, non managérial) – bien sûr il ne l’exprime pas catégoriquement, mais c’est ce qu’il faut conclure. Il affirme que le désir homosexuel définit l’homosexuel ; que « le milieu » c’est ce désir et donc il y rattache tous les concernés (non pratiquants, continents et puceaux inclus) ; mais annonce en ouverture de la deuxième grande partie que l’essentiel de l’Humanité est traversée par ce désir primaire (presque bestial), surtout dans la jeunesse [où on se cherche] – pourtant, ça n’en fait pas des homos.

Ce décret d’Arino n’a rien de mystérieux quand on comprend qu’il est jaloux de sa condition. Il souhaite que tous embarquent à bord de son avion des pécheurs ; lui sera l’hôtesse de l’air ou la petite mascotte chargée de divertir, de troubler et d’être entendue. Il veut prendre tous à parti pour continuer son cinéma et l’asseoir dans son identité – renforcée en dénigrant sa ‘caste’ pour mieux en reproduire les travers (caricaturaux – c’est un efféminé raisonnant massivement par les dogmes, les témoignages et les sentiments, avec une certaine finesse dans le développement de sa rhétorique), en manifester l’orgueil. Les autres homosexuels n’auraient donc pas que des raisons superficielles ou ‘modernes’ de réprouver sa propagande, néanmoins ils pourraient se consoler avec les belles places et médailles que sa prose leur garanti (tous les bisexuels et ‘alters’, peut-être aussi les hétéros hédoniques et homos non-enfantins, seront au mieux spectateurs au pire des contre-exemples, avec lesquels il conviendra d’être charitable mais de-n’en-penser-pas-moins en vertu des commandements divins).

Lui et ses camarades seraient les boucs-émissaires du mal-être existentiel des hommes séparés de Dieu, des « viols sociaux » divers (encore une communauté lésée avec prétention au double-poste de martyr universel et de guide de la grande communauté terrestre). Pourtant, les agressions homophobes n’ont lieu que dans le milieu homo, c’est-à-dire avec des personnes marquées par le désir homosexuel (donc les agresseurs s’invitant dans les espaces de ‘copulation’ et de racolage homosexuel sont des homos luttant contre leur propre désir – thèse classique). Bref, à l’instar d’autres remontant à une révélation, une constitution, un événement providentiel en toutes circonstances sérieuses, Arino suggère une généalogie où l’homosexuel devient l’auxiliaire, tandis que l’agent de la Foi traditionnel ou assermenté est le véritable arbitre. La seule chose existant en-dehors du filtre homo : c’est la Foi et l’Amour, confondus en une entité – elle aussi englobante.

Arino me semble un idéaliste souhaitant rester petit garçon spécial. Il encourage et pousse vers l’Église, pratique le prosélytisme pour l’institution et les institutions. Une phrase fameuse, je crois dite ou rapportée par Pasolini, trouve ici un renfort de premier choix : « Les gays sont des Christ ratés ». Les propos d’Arino renvoient constamment à ce complexe – et puis comme tous les gens grandioses, il faut bien remettre sa mégalomanie à quelque chose capable de la canaliser, lui donner du sens et la flatter. Naturellement l’aspiration absolutiste et le déni des différences individuelles sont au rendez-vous. Arino nie la diversité, veut jeter les autres dans le même sac (avec du bien et du moins bien) et place tous ses camarades en orientation « dans le milieu » ; ce qui lui permet de le mettre en opposition à l’affiliation religieuse – il faut alors choisir le bon camp or, comme il se veut rationnel, comme il l’apprécie et ne peut faire autrement, il ne saurait prétendre que l’homosexualité est une invention – donc il plaide pour la chasteté, en laissant aux homosexuels leur identité présumée d’amuseurs lunaires.

Son horrible volonté d’inclusion et de servage s’est confirmée dans les vidéos où il intervient suite à cet essai. Il veut enfermer ses homologues – non dans un rôle ‘de cul’, c’est sa simple différence avec les ‘gays’ habituellement ‘hautement’ visibles en-dehors des revendications. Il veut de la follitude et du catholicisme – mais de la follitude au service de ! Malgré toutes ses prétentions et ses apparences, Arino est symptomatique des supposés vices profonds de la société, de ce qu’il dénonce (après y avoir bien goûté et en conservant des restes tenus pour innocents) ; il a effectivement les manières surfaites et les poses aberrantes des homosexuels des ‘médias sociaux’ (la fibre artistique étant le versant positif de ce théâtre) ; il entremêle son ego et sa mission dévouée (dans une vidéo encore, sa part de projection va jusqu’à généraliser l’aspiration à être des anges), a une attitude de troll involontaire (ses chansons ressemblent à ce qu’un comique déglingué compose pour parodier l’objet de son exaspération – ou à type régressant dans la bonne humeur). Cette confusion entre la bonne volonté catholique et la sienne, sa vérité d’individu exhibitionniste et sa vérité de personne engagée, est gênante et le rend suspect.

Note globale 52

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