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REALIVE **

25 Déc

2sur5  Encore un exemplaire du genre aux fortes promesses et à l’emballage relevé conduisant lentement mais droitement vers la banalité et le triomphe sans partage de la nostalgie personnelle. Accrocheur et efficace à défaut d’être convaincant ou étoffé, Realive choisi tout seul de réduire son propos, l’ampleur de ses acteurs, l’usage de ses ressources – au profit d’un ‘essentiel’ lui-même décroissant. La mise en scène est donc alignée sur cette volonté d’indiquer un futur pas si incroyable ni formidable – ils ont encore des voitures et pas de soucoupe volante (quelle blague effectivement) ! Afin d’éviter les questionnements et surtout les obstacles trop compliqués, on se repose sur un protagoniste candide et pétris de pensées moyennes, fidèles aux repères triviaux. De quoi soupçonner une façade, mais non, c’est bien lui – un homme pourtant assez dégourdi et audacieux pour s’engager dans une aventure post-mortem aussi grave et impressionnante que la cryogénisation, après option suicide millimétré.

Realive assimile tellement bien le credo ‘Je suis un homme, pas un numéro’ qu’il en est arrivé au stade ‘Je suis une boule de sentiments irréductibles, pas un numéro’ – il marque un point pour ça, n’en rate peut-être aucun, passe à côté de tellement ! Après avoir pris connaissance des tentatives ratées, il devient le défenseur symptomatique de l’individu sensible de l’ère humaniste, certes moins évolué, mais pas plus indigne pour autant ! C’est la réduction de trop de la part de ce film, c’est même une demi-surprise qu’il se contente d’un recours aussi facile. Pour l’apprécier il faut savoir le reconsidérer ; c’est une œuvre existentielle, sur le suicide, la dépression, plus largement qu’un film de science-fiction – bien que cette couverture demeure jusqu’au-bout. À un niveau général, où les prospectivistes n’ont rien à apporter de plus pertinent, il nous alerte sur les difficultés à vivre encore après avoir accepté sa mort, ou du moins liquidé l’essentiel de sa vie bien jolie et bien remplie. À un niveau plus spécifique et raccord avec son étiquette, Realive plaide contre l’immortalité. Elle n’est qu’un enfer, car nous serions accrochés à nos petits bouts de temps et nos émotions présentes ou révolues – et quasi exclusivement les révolues lorsqu’on a fait un trop grand voyage. Le point de vue régressif offert par ce film gagnerait à se confronter aux autres, y compris en y allant avec hypocrisie pour s’assurer de les diminuer ou les refuser. Un peu de distance par rapport à l’attitude de Marc (Tom Hughes) aurait été bénéfique également – il est curieux que le scénariste de Tesis et Ouvre les yeux soit devenu si humble et indifférent en passant à la réalisation. Tout se produit dans une bulle ; sortis de la ronde des souvenirs de Marc, on ne fait qu’apercevoir l’extérieur dans un plan peu lisible, en convier une portion d’élite, donc lissée et excentrique en une occasion (la présentation aux investisseurs). Le probable petit budget peut expliquer partiellement ces manques et ce maintien de tant d’angles morts.

Le film pourra agacer à cause de la faiblesse de ses réponses et de leur portée ; le cheminement se défend, mais perd aussi de sa valeur à l’aune des prudentes conclusions. Que Marc exprime ses états d’âme, c’est mieux que les réprimer ; mais qu’il refuse catégoriquement devrait se discuter. Car il n’est pas seul dans cette affaire, il y a d’autres personnes et surtout d’autres enjeux – il est l’outil d’un programme révolutionnaire ; sa situation est désespérante mais il a quelques façons de la rendre un peu agréable, il a le nécessaire pour la rendre vivable. Garder ce focus sur sa situation de « cobaye » est une manière de justifier sa dérobade – en même temps, c’est bien ce qu’il est et ce que nous pouvons devenir : des cobayes. Si on suit la logique du film, nous ne faisons qu’un tour de piste et l’hypothèse est rationnelle ; mais sa façon d’envisager une vie bonne est plus délirante et inquiétante. Sans bonheur ni plaisirs, la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue ?! Realive n’a pas l’air soucieux de simplement euthanasier les égarés, les vieux esseulés et les jeunes déprimés, il semble tenir pour normal d’anesthésier toutes les parties de la vie déplaisantes, sérieusement imprévisibles (il n’est pas question de ‘réalités inconvenantes’ ou immorales, ce filtre-là n’est pas le sien, tout comme l’intention d’éviter la vie aux plus faibles ou aux nouveaux-nés mal lotis appartient à une autre galaxie que la sienne). Les ouvriers du futurs et les acteurs du passé comme du présent sont tous rendus là. La vie ‘parfaite’ de Marc, d’après ses souvenirs, est équilibrée entre celle vantée par la publicité et celle vraiment intimement désirable ou agréable ; elle est sans heurts, ne contient que des bonheurs, des petits chocs ou semi-traumatismes insignifiants. Un tel paradis laisse deux effets majeurs : il se fait regretter ; il conduit à ne pas trouver la vie si puissante qu’on pourrait le croire, ou alors faite de frustrations et d’un ennui massifs dès que les cadeaux se sont émoussés. À la place de Marc, on est poussé à jouir de la vie, partager cette jouissance et son innocence, puis sortir quand ce n’est plus possible – hors du bonheur terrestre et intérieur, point de salut.

En suivant toujours la logique ou du moins les préférences (spontanées et revendiquées) du film, il y a de quoi se demander : un suicide universel serait-il préférable à une aliénation renouvelée ? L’espèce dira toujours non, les seuls vrais accidents sont les ‘oui’. Il reste simplement à s’éteindre avec sa génération pour éviter la submersion ; sur ce point le film a raison, évitons de nous placer à l’avant-garde. Mais l’attention exclusive à quelques pages de sa vie, adulte(s) de surcroît, sera toujours une erreur ; c’est le romantisme aberrant à son maximum. Pour l’individu générique ou pour l’individu Marc, pour forger ce film, c’est encore une erreur manifeste. C’était donc un nouveau double épisode de Black Mirror – gros synopsis, se laisse regarder, puis joue la facilité tout en ouvrant à des champs et des questionnements prolixes, sur lesquels il se garde d’avoir plus qu’un engagement émouvant, restreint, et/ou prudent.

Note globale 54

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario/Écriture (6), Casting/Personnages (5), Dialogues (5), Son/Musique-BO (-), Esthétique/Mise en scène (6), Visuel/Photo-technique (7), Originalité (5), Ambition (7), Audace (4), Discours/Morale (5), Intensité/Implication (7), Pertinence/Cohérence (6)

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