Archive | 00:11

LES BÊTES DU SUD SAUVAGE *

24 Déc

les bêtes du sud sauvage

1sur5  Petit film indépendant tourné pour 1.8 million de $ par un inconnu, Les Bêtes du Sud Sauvage s’est vu porté par un buzz incommensurable, jusqu’à devenir la vedette de tous les festivals et de toutes les cérémonies de récompense d’Europe et d’Amérique telles que les Oscars, Sundance, Cannes, Deauville, etc. Benh Zeitlin y présente Hushpuppy, une enfant de six ans n’ayant pour famille plus que son père alcoolique, tâchant de le retenir vers la vie et de faire face à une catastrophe naturelle.

Les Bêtes se pose ainsi comme une variation de l’americana, ce genre hollywoodien passé mais rayonnant encore, invitant dans les milieux populaires sudistes pour raconter des histoires optimistes. Les protagonistes ici sont des comédiens non-professionnels et le tournage s’est déroulé en Louisiane dans les vestiges laissés par l’ouragan Katrina et au moment d’une marée noire liée à l’explosion d’une plateforme pétrolière (Deepwater Horizon). Avec ce contexte d’extrême pauvreté et son actrice précoce au caractère frondeur, Les Bêtes du Sud a de sérieux éléments pour inhiber tout jugement critique.

Ce n’est pas pour autant qu’il grandit son sujet. Les personnages présentés sont tous des ignares ou des hystériques et Zeitlin ne s’intéresse jamais à eux, sinon en tant qu’entité collective grotesque résistant avec peine mais bonhommie. Hushpuppy est en fait la seule à l’intéresser, tous les autres étant invisibles ou dévalorisés. Par ailleurs, le contexte du tournage a permis d’assumer le budget relativement modeste et certaines faiblesses techniques ; il couvre aussi un certain manque de goût. Assister aux Bêtes du Sud sauvage donne l’impression de regarder une pub pour Kodak. Ce n’est pas Samsara ou les Qatsi : d’un côté, on montre des enfants, des festivités, des petites éléments faisant couleur locale et une rafale d’anecdotes souriantes et mignonnes.

Mais l’ambition est d’introduire du drame dans une imagerie digne des cartes postales tapissant nos vieux ordinateurs, pour ramener au réel puant et cruel. Ainsi s’invite le concret, la facette sociale, toisée par cette gamine s’inventant des ailleurs, une relation à tous les éléments de l’univers, romançant les événements. Il s’agit alors de porter sur le quotidien, même difficile, un regard ‘authentique’ avec la sagesse de l’innocence et la profondeur de celui attaché à la Nature. Les Bêtes du Sud Sauvage est donc un film maniériste cheap et un produit humanitaire lorgnant vers l’onirisme artificiel, annexant de quoi susciter de chaudes émotions en se mouillant physiquement mais en se montrant incapable de regarder la réalité qu’il utilise.

Il se contente de capitaliser dessus tout en nourrissant un délire sur le triomphe de la rêverie, apte à n’avoir du crédit que pour les niaseux venus chialer dans un cadre assermenté. Certains ont un talent esthétique et narratif ahurissant et le mettent au profit d’univers ouvertement égocentriques, en livrant leur vision du monde et une éthique propre : Les Bêtes du Sud Sauvage est leur inversion totale.

Note globale 25

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… The Tree of Life + La Rafle + Kirikou & la Sorcière + Une Histoire vraie 

Voir le film

 Voir l’index cinéma de Zogarok

.

Publicités