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LE BALTRINGUE *

24 Déc

1sur5  C‘est pourri oui mais comme promis. En 2010, Vincent Lagaf tourne son premier film, dirigé par Cyril Sébas (Gomez vs Tavarès) et imaginé avec Larbi Naceri (frère de Samy). À cette époque, il est présentateur de la seconde mouture du Juste prix (c’était le début des retours en masse d’émissions phares de la merde passée et de leurs présentateurs navrants [gros lourdingues en besoin d’attention ou potiches mâles indignes de présenter la Météo]). L’animateur du légendaire Bigdil (1998-2004) était alors un homme métamorphosé, travesti en chauve et révélant en interview son côté sérieux, son côté dur (à l’image de Franck Dubosc qui eut pu faire part de sa sensibilité exacerbée et de sa résilience face à de douloureuses épreuves dont il garderait le fin mot pour lui).

Le Baltringue est venu souligner l’échec de cette transformation : finalement, Lagaf’ est resté prisonnier de sa fonction de bouffon pur, tout en flinguant son charisme. La maturité est un poison pour les clowns de kermesse. Toutefois cette tentative de buddy-movie survolté a quelques atouts pour plaire aux nanardeux. Sa médiocrité est par moments jubilatoires. Certains élans euphoriques sont réjouissants, comme ce merveilleux passage où Lagaf’ américanise son délire et commet quelque chose qui ressemble à des claquettes. À la fin de cette scène, il danse avec sa femme de ménage black : en se projetant dans la peau d’un désespéré sous morphines, ou simplement celle d’un insomniaque résigné, on sent bien que sans être l’éclate, il se passe quelque chose qui appartient à la même famille d’émotions.

Malheureusement, en dépit de petits moments de beauferie flambante et un côté méga-déchet bien vécu, la séance est peu trépidante. Vincent est le seul atout de son film. Cette volonté de jouer le ringard, peut-être par autodérision ou pour enterrer ses personnages du passé, était sensée, juteuse même ; mais l’inspiration n’est pas venue, d’ailleurs à peu près rien n’a suivi. Le chassé-croisé avec la mafia de l’Est s’englue, les cerveaux fondent, le burlesque ne parvient pas à prendre sa place. La bande son débile, genre de sous bossa nova, les ambiances et recettes de téléfilms bâclés ou de jeux débiles, apportent un semblant d’identité à cette espèce de compilation de rushes avariées. Au maximum de son expressivité, le film donne à voir le monde perçu au travers des vannes de cours de récré ou des stéréotypes des fictions gênantes rediffusées par TMC.

Forcément ce fut un bide pantagruélique. La presse s’est à peine emparée du sujet, ne serait-ce que pour pondre les quelques lignes de circonstances où il s’agit d’aligner superlatifs et recommandations ciblées. TF1 diffusera ce Baltringue en cinquième partie de soirée (3h), case où elle passe normalement des films trop curieux, trop vieux ou trop obsolètes. Le Baltringue manque de numéros et de panache, même suicidaire et surtout rigolard, pour offrir un plaisir coupable consistant à qui que ce soit. Néanmoins il occupe une place d’honneur sur l’étagère des sur-bouses garanties à vocation comique, comme sur celle des gros plantages de peoples s’essayant au 7e art (à l’instar de Philibert capitaine puceau ou du Caco d’Elmaleh) en sautant les étapes (elles ne maîtrisent aucun art, à part à la rigueur les blagues potaches approuvées sur les plateaux d’Arthur).

Note globale 20

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Scénario & Écriture (1), Casting/Personnages (1), Dialogues (1), Son/Musique-BO (1), Esthétique/Mise en scène (1), Visuel/Photo-technique (1), Originalité (1), Ambition (1), Audace (1), Discours/Morale (-), Intensité/Implication (1), Pertinence/Cohérence (1)

Passage de 19 à 20 avec la mise à jour de 2018.

Voir l’index cinéma de Zogarok

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