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L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE ***

16 Déc

Liberty Valance John Ford

4sur5  Déjà en 1956, John Ford présentait avec La prisonnière du désert un de ces westerns dit  »baroques » marqués par le désenchantement, l’exploration du côté sombre de l’Ouest et aussi sa fin historique. Six ans plus tard, L’homme qui tua Liberty Valance est une sorte de méta-western, d’un grand classicisme tout en signant et analysant le crépuscule d’un monde. L’ère  »classique » du western est déjà passée depuis dix ans et l’heure est bientôt au triomphe de Sergio Leone.

Toujours dans une veine humaniste, patriote et progressiste, John Ford évoque avec nostalgie la mort d’un temps et d’un univers dont il s’est servi pour enchanter les spectateurs. Il nourrissait alors un mythe américain et ce même mythe est l’objet des protagonistes de son film. Les trois personnages principaux incarnent : avec Liberty Valance, l’Ouest dans ce qu’il a de plus malsain, rappelant brutalement à la réalité que John Ford, en tant que partisan du mythe optimiste, a souvent éludé ; avec Tom Doniphon, l’Ouest des valeureux cow-boys ; avec Ransom Stoddard, la modernité venant sortir l’Ouest de ses mirages et de sa violence.

Ce dernier est le véritable héros du film et l’architecte du mythe. Il est venu à Shinbone pour y apporter les lumières de la légalité, du savoir et du progrès. Il se comporte en missionnaire, apprend à lire et écrire aux adultes, enseigne les vertus civiques aux enfants. À la fin du film, il envisage de revenir plus tard à Shinbone pour s’y installer définitivement. Ce territoire en plein essor, où il a été l’émissaire du développement, est un peu son laboratoire consentant et il y éprouve la satisfaction de l’éducateur pouvant contempler le résultat de ses efforts.

Toutefois Stoddard reste régulièrement choqué par les mentalités. Il est heurté lorsque Doniphon lui indique dans une de leurs premières rencontres que s’il veut empêcher Valance de nuire, il faudra le tuer ! Stoddard pense à le mettre en prison et s’offusque : mais alors ici, tout le monde pense comme Valance ! C’est en effet le cas : les « lois » ne règlent pas tout dans ces terres, la force et l’individualisme le plus radical auront toujours raison. Par la suite Stoddard se heurte encore à ces résidus de la violence et de la dureté d’autrefois qu’il reste incapable d’encaisser.

Ce film-testament de John Ford raconte ainsi le processus de maturation d’une civilisation et d’une nation, évoluant de la loi du plus fort vers le droit, de l’ordre spontané de la tradition au progrès industriel, de l’égocentrisme primaire à des formes d’épanouissement plus édifiants. Ford met en relief la nécessité du mythe et sa valeur, par-delà de la vérité, légitimant ainsi ses accès les plus mielleux et sa vision allégée de l’Histoire dans nombre de ses westerns, comme ceux sur la cavalerie américaine (Fort Apache, Charge héroïque, Rio Grande).

Ainsi, « quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende » et ainsi une société organisée croit elle-même et en son glorieux cheminement. Stoddard est conscient de cette nécessité et en devient carrément le prisonnier lorsqu’il passe aux yeux de tous pour l’homme qui a tué Liberty Valance. Même si ses adversaires s’improvisent alors juristes pour l’accabler, cette légende lui apporte crédit et sympathie ; Stoddard en est immensément contrarié. Il doit cependant accepter cette perception au bénéfice de la communauté et de l’Histoire.

Il fallait que l’émissaire du progrès tue le pirate ; et non un homme de son sérail, quand bien même lui est un bon pirate. Ainsi Tom Doniphon, soit le cow-boy vertueux et adapté à son monde immortalisé par Wayne, apporte sa contribution au mythe et accepte de s’effacer.

Note globale 73

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