12 HOMMES EN COLÈRE ***

10 Déc

3sur5  Difficile d’évoquer le cas Douze hommes en colère en occultant sa position dans l’Histoire du Cinéma : c’est l’un des meilleurs films de tous les temps selon les classements officiels, cinéphiles et populaires, plus particulièrement auprès du grand-public. Il sort en 1957, époque où le cinéma hollywoodien profite d’une plus grande liberté d’expression suite à une réforme de 1952 marquant un recul de la censure. Sidney Lumet (Un après-midi de chien, Serpico, 7h58 ce samedi-là) présente alors l’emblème ultime de ces films profitant du phénomène pour s’attaquer à des tabous sociaux : en l’occurrence, la peine de mort, le droit et la Justice en Amérique, la pauvreté, l’exclusion et les différences raciales/sociales.

Il aborde toutes ces thématiques sous un angle rationnel et progressiste. C’est d’ailleurs la limite du film. Loin de la complexité de Network, toujours idéologiquement orienté pour autant et de façon éclatante, Douze hommes en colère assimile son point de vue à deux vertus : l’usage de la raison et la tolérance, que ses héros (deux, l’initiateur et la figure du vieux sage) sont les seuls à pratiquer spontanément, face aux esprits moins éclairés alentours. Les jurés restant crispés sur le OUI [culpabilité] sont des caricatures particulièrement affaiblies tout le long du film : c’est d’abord le camp des brutes, avec le commercial beauf (juré 7), l’ouvrier sanguin et puissant ‘juré 3). C’est aussi celui des vieux cons réactionnaires, avec le républicain psychorigide de service (juré 4) et le vieux grincheux rempli de préjugés (juré 10). Au contraire, les êtres plus calmes, discrets et éduqués sont dans le camp du NON et n’attendent qu’un meneur sobre et brave.

Cela devient un problème lorsque toutes les démonstrations du film vont dans le sens du prophète humaniste et qu’absolument aucune objection tenable ne peut lui être opposée. Les opposants se liquéfient peu à peu, leurs arguments et leurs certitudes volent en éclat face au doute triomphant, ponctué par des élans de compassion théorique pour l’enfant du ghetto. La disposition est parfois enfantine, à base de logique sourde et absurde : la scène où le juré n°4 est interrogé sur ses souvenirs est assez ridicule. Le bon sens simpliste prend les habits de l’intelligence subtile, reflétant la position des auteurs. Leur pensée est ultra-normative et ne fait donc que retourner les préjugés ; dans le contexte de 1957, c’est probablement un soulagement, avec peut-être même une part d’héroïsme.

Mais c’est de toutes manières du moralisme obtus, plus facile à porter étant donné qu’il place le doute et l’indulgence au-dessus de considérations absolutistes ou définitives : c’est une normativité où il faut affirmer qu’on ne sait pas, tant que les certitudes matérielles et seulement elles ne sont pas ; et que ne sachant pas, nous devons nous abstenir de tout jugement. La perspective elle-même est assumée, puisqu’on ne saura jamais si l’accusé est innocent ou coupable, ni s’il est responsable dans quelque mesure. Il est acquitté en raison de deux témoignages mal assurés, alors que tous les indices orientent vers lui. Si le doute est si fort, il faudrait alors reporter la décision. Or il y a bien une décision, marquant la fière victoire du relativisme. C’est bien, dans l’immédiat. Les conséquences ont-elles une quelconque valeur pour ce jury prudent au point de prendre le risque de libérer un criminel ? Apparemment non et il semble que ce soit très bien.

Douze hommes en colère a le mérite de rappeler à ces jurés leurs responsabilités et la gravité de leurs actes : ils ont le pouvoir de mettre à mort un homme et se contenter de présomptions mêmes fortes est insuffisant. Or la coutume les incite à classer rapidement l’affaire, preuve d’un dysfonctionnement profond, accepté par les citoyens, voir encouragé par ceux plus sensibles à l’ordre et l’habitude qu’à la justice et l’impartialité. Il y a donc un certain courage dans la position du film, en même temps qu’une certaine démagogie ; c’est de la propagande de demi-sage grossier. Dans le cas où il ne susciterait pas l’admiration convenue, le film maintient une forte attention grâce à sa rhétorique et son obstination habiles, bien que criardes. Le respect de la règle des trois unités lui profite et la mise en scène de Lumet est relativement édifiante, mettant de plus en plus sous pression (focales croissantes pour donner un effet ‘rapproché’). L’analyse des motivations des jurés, même les plus triviales (juré 7) et les débats moraux, logiques et très techniques sont aussi pertinents que les principes du film le permettent.

Note globale 66

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Rashomon + Vol au-dessus d’un nid de coucou + Le droit de tuer ? + L’armée des douze singes

Voir le film sur

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “12 HOMMES EN COLÈRE ***”

  1. le cinema avec un grand A décembre 10, 2017 à 22:16 #

    Chef d’oeuvre incontournable !!!!!

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