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GUILTY OF ROMANCE ****

1 Déc

guilty of romance

4sur5  Premier film de Sion Sono sorti en France, Guilty of Romance arrive juste après Cold Fish et est une réussite fulgurante du cinéaste japonais. La radicalité de ses propositions est souvent entachée par une forme de déni, où le délire à l’écran prend toute la place et s’enfonce sans chercher un gain de matière, évoluant dans une spirale où la fureur compulsive dégomme toutes les cartes. Guilty of Romance au contraire étend son sujet au fur et à mesure, pour relier tous les éléments dans un système toujours aussi déroutant.

Parfois hallucinant, inédit, Guilty of Romance est un peu un Edmond au féminin, une sorte d’essai sur la condition féminine et sur le couple réalisé par punk consciencieux. Il présente une femme de trente ans, Imizu, mariée à un écrivain célèbre et femme au foyer très soigneuse, menant une vie très prude. Après avoir trouvé un petit emploi ingrât ne posant pas de problème à son aimable et sobre époux, elle devient en parallèle modèle. Elle s’ouvre de plus en plus aux plaisirs et possibilités terrestre et se met à fréquenter le quartier des prostituées et des love hotels, rencontrant une collaboratrice torturée.

Totalement exalté et pourtant d’une mélancolie abyssale, Guilty of Romance offre plus qu’une synthèse de contraires. Le point de vue de Sion Sono est tellement achevé et singulier qu’il se laisse deviner et aimer (ou détester) instinctivement, sans nécessiter d’explications. La scène du miroir est un bel exemple : ça ressemble à du lyrisme ironique, c’en est en partie, c’est aussi une véritable scène de tragédie, un constat humain d’une tristesse infinie et en même temps un cas personnel bouleversant. Et il y a bien de quoi mourir de rire.

Le film regorge également de grands moments insolites, dont l’absurdité est de précipiter un langage de vérité avec hystérie et précision, comme cette scène marquant la rencontre avec la mère de l’universitaire. Le goût de la performance de Sion Sono s’épanouit de façon optimale. Il n’y a plus cette pesanteur erratique de Suicide Club ou Cold Fish, ici Sono est plus clair et concluant ; des choses improbables surgissent et sont porteuses de sens, même dans l’apparente confusion galopante de la seconde moitié. Sion Sono n’est pas comme ces auteurs tournant autour de l’idée d’une victoire des ténèbres ou d’une perte des repères sans s’y confronter : dans Guilty of romance, les ténèbres ont gagnés, les repères ont volés et les personnages doivent vivre avec cela.

Une mère sait que sa fille est une dégénérée, le répète posément et avec la force d’une telle résignation, tient un bordel où elle s’illustre. Il ne faut pas arriver avec des espoirs dans ce grand cirque sensuel, il faut accepter qu’on échappe à l’immuable et qu’on a échoué dans les limbes du présent, mais la joie reste possible. Cette virée au « château » laissera des séquelles, de façon d’autant plus prégnante qu’elle est d’une cohérence et d’une limpidité parfaites. L’humour, la philosophie et le rythme très singuliers propres à Sion Sono en deviennent délectables, en ne cessant jamais de surprendre. Lewis Carroll aurait pu apprécier.

Note globale 79

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Année Bissextile + Le Dahlia Noir + La Secrétaire + Enter the Void + Marquis + Visitor Q + Tetsuo   

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