IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ****

28 Nov

il était une fois dans l'ouest

5sur5  Après la Trilogie du Dollar (ou de l’Homme sans Nom), Sergio Leone signe celle des Il était une fois. À l’instar du final en apothéose de la précédente trilogie, Le Bon la Brute et le Truand, l’ouverture des Il était une fois est un classique ultime, venu balayer tous les torts prêtés à Sergio Leone. C’est avec ce film que le cinéaste désarme les critiques, ce qu’il rééditera seize ans plus tard avec le chapitre final de sa carrière, Il était une fois en Amérique (1984).

C’era una volta il West est au western ce qu’Halloween est au film d’horreur ou Alien à la science-fiction : le film final, dominant et se libérant simultanément de son domaine. Leone voulait en finir avec les westerns mais les producteurs n’attendaient que cela de lui, il a donc dû assumer ses orientations nouvelles avec les Il était une fois. Le changement de ton est marqué ; loin du côté rigolard de Pour une poignée de dollars ou même de la Révolution qui va suivre, Il était une fois dans l’Ouest est une grande marche élégiaque. La mélancolie toujours discrètement présente chez Leone s’expose au grand jour et Leone raconte la fin d’un mirage : la fin de la conquête de l’Ouest et donc de tout le mythe qu’il a constitué.

Une légende se déploie sous nos yeux, celle d’un film et celle d’un territoire. La modernité s’installe, le sadisme et la violence règnent toujours, les derniers moments de ce règne marqueront à jamais. Le point de vue de Leone n’est pas dépressif, il tient plutôt du fatalisme bonhomme et majestueux. La mélancolie existe toujours en lien avec l’activité ; les personnages de Leone sont résignés mais pas moins combatifs. Claudia Cardinale, seul personnage féminin, ne se laisse pas plomber par les tourments et malgré ses doutes, sa volonté de retourner à La Nouvelle-Orléans où elle aura un avenir bien plus sûr, elle incarne la possibilité d’une renaissance de ce Far West.

Ainsi elle décide de rester, bien qu’elle ait tout abandonné pour rejoindre une famille décimée par les monstres éternels de ces lieux. C’est qu’elle doit aller au bout de son destin, même s’il a été brisé en chemin. Si on laisse les choses couler, les zombies de La Horde Sauvage vont naître à la prochaine génération et tout emporter sur leur passage. Sergio Leone fait de l’acceptation de son sort et d’une réalité affreuse mais surmontable l’équilibre, l’occasion de réconcilier le vice et la vertu, l’élan et l’ancrage, le sentiment de connexion à l’univers et l’individualisme le plus mesquin.

Avec Il était une fois dans l’Ouest, le cinéma de Leone se découvre une délicatesse, voir un côté glamour, lequel allié à sa force intrinsèque abouti à un résultat proche de la perfection. La séance est parfois proche de l’hypnose, peut-être moins dans le milieu du film. Sergio Leone transcende la notion même de classique : rendant hommage à John Ford (La Prisonnière du désert, La Chevauchée fantastique), il livre une œuvre gigantesque et personnelle, divertissante à tous les degrés, synthèse du western américain des premiers temps et du western spaghetti.

Il prépare le terrain de Peckinpah et laisse l’une des bande-originales les plus époustouflantes de l’histoire du cinéma. Signée Ennio Morricone, celle-ci comprend quatre grands thèmes, chacun assimilé à un des principaux personnages et joués lors de leurs apparitions. Il y a le son glaçant de l’harmonica associé à Charles Bronson, un orchestre mobilisé pour l’homme le plus complexe de la région (Frank), les envolées lyriques pour héroïne de tragédie, le pittoresque improbable de Cheyenne. Pour un objet si époustouflant, il fallait bien une somme ahurissante de talents : outre cette partition musicale et ce casting prestigieux, il y a également deux immenses cinéastes au scénario, Dario Argento et Bernardo Bertolucci, puis cette photographie de Tonino Delli Colli, collaborateur de tous les cinéastes les plus connus de son pays.

Note globale 94

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Lawrence d’Arabie + There Will Be Blood 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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